
Titre : A genoux
Auteur : Haldol
Résumé : Suite de "Séquelles".
Buffy est traumatisée par le récit d'Angelus mais elle
n'en est jamais rassasiée : elle veut connaître la suite
des relations malsaines et dégradantes qui se sont nouées
entre Angelus le dominateur et Spike le dominé. Angel accepte de
poursuivre sa narration et explique comment la situation s'est
finalement retournée contre lui. Comment le tortionnaire est
devenu dépendant de sa victime...
Note de l'auteur : Attention ! Slash masculin. Description
très graphique de relations sexuelles entre hommes.
"Quoi encore ?" Ma voix et mes mots trahissent mon état d'esprit. Je suis excédé. Buffy est planté devant la porte, trempée jusqu'aux os par la pluie qui tombe sans discontinuer depuis le début de la soirée. Elle serre contre elle son petit gilet bleu. Elle a l'air glacée.
Ça ne fait même pas deux heures qu'elle est partie. Je croyais qu'elle devait prendre le train pour rentrer à Sunnydale et elle est encore à Los Angeles, à se geler devant ma porte.
"Angel, tu ne peux pas me raconter une histoire aussi violente, aussi dégradante et espérer que je me contente d'une fin aussi évasive... " Ses yeux sont durs et elle me fixe d'un air décidé. Elle ne lâchera pas le morceau.
"Buffy, tu n'avais pas un train à prendre ?"
"Angel, j'ai besoin de savoir. Besoin, tu m'entends ?" Elle a presque crié cette supplique ; elle tremble légèrement.
"Entre". Je ne peux pas la laisser là, toute seule, avec ses cheveux dégoulinants d'eau et ses vêtements humides.
"Je vais t'attraper une serviette et un pull. Tu ne peux pas rester dans cet état".
Je la laisse seule quelques instants et je vais chercher de quoi la sécher et la réchauffer. Seigneur ! Il va falloir sans aucun doute que j'endure encore un interrogatoire en règle, je le sens. Elle est venu me torturer sur mon passé. Elle veut que je revive encore ces années sombres de ma vie... de ma mort.
Je reviens quelques minutes plus tard dans le salon avec un de mes pulls noirs un peu moulant et une serviette éponge. Je les dépose à côté d'elle afin qu'elle se sèche : "Tiens, enfile ça pendant que je vais te préparer quelque chose de chaud à boire".
Je ne veux pas la voir se changer devant moi... Ca me rappellerait trop de souvenirs : j'ai encore imprimé dans la rétine ce soir où, trempée jusqu'aux os, elle s'était dévêtue contre moi et où je lui avais fait l'amour pour la première... et pour la dernière fois. Je ressens encore dans mon corps cette jouissance extrême lorsque j'ai déchiré son hymen. Ho ! Buffy, Buffy... Tu m'as brûlé la mémoire au fer rouge.
Je prépare du café... Même le café a son parfum. Je la revois encore me proposant d'en prendre un, de temps en temps. Du café... Elle me proposait du café alors que je rêvais que de la boire, elle, de la dévorer, de me planter entre ses cuisses...
Je chasse ces souvenirs douloureux et je reviens déposer entre ses mains gelées la tasse bouillante :
"Attention, c'est très chaud".
Elle effleure ma peau du bout de ses doigts. Je frissonne.
Elle s'est changée et, enroulée dans mon pull noir trop grand, elle me paraît plus belle que jamais. Je m'assoie à l'autre extrémité du canapé et je la regarde souffler sur la tasse d'ou s'échappe une fumée odorante.
Elle boit une rapide gorgée et, sans se retourner vers moi, elle murmure : "Angel, il faut que je sache. Qu'est-ce qui s'est passé après que tu ais... Enfin tu vois... ce que tu as fait subir à Anton".
"Seigneur Dieu ! Buffy ! Tu ne peux pas passer à autre chose ? " J'ai monté le ton.
Elle me foudroie du regard : "Non ! Et bien non ! Je ne peux pas passer à autre chose ! Tu viens de m'envoyer à la figure le récit de tes ébats mortifères avec des hommes, et tu crois que je vais tourner la page ? Tu m'as narré l'histoire de la dégradation de Spike et tu penses que je vais oublier et reprendre ma vie comme si de rien était ?"
Elle s'arrête un instant et respire de grandes bouffées d'air avec difficulté, en fixant le sol. Elle se retourne vers moi et articule avec lenteur : "Il est mon amant, Angel. Tu réalises ce que ton récit a produit sur moi ? Je suis allée à la gare et, en attendant le train, je me suis affalée sur un banc crasseux et j'ai... j'ai éclaté en sanglots"
Elle pince ses lèvres et baisse les paupières. Trop tard. Je viens d'apercevoir les larmes se reformer dans ses yeux si tristes. Elle respire de manière saccadée. Elle tente de ravaler sa peine, cachant son visage derrière ses cheveux humides en bataille.
"Oui... " souffle-t-elle doucement " Je me suis mise à pleurer comme une enfant en pensant à Spike et à tout ce que tu lui avais fait subir. J'ai imaginé en détails toutes ces scènes de torture élaborées que tu m'avais raconté... Il n'est peut-être qu'un vampire sans âme mais ce que tu lui as fait endurer, c'est... "
Sa phrase reste en suspend. Ses lèvres tremblent légèrement et une larme coule le long de sa joue. Elle l'essuie d'un geste rapide, espérant sans doute que je ne me suis pas aperçu de l'immensité de son chagrin. Les profondeurs abyssales de sa douleur éreintent mon coeur mort : je me rend compte que je suis jaloux... Jaloux de Spike qui la possède plus sûrement qu'elle ne le croit.
Elle poursuit, oubliant sa fierté, oubliant un instant qu'elle est la Tueuse pour s'avouer tout simplement femme et amante.
"Je couche avec lui, Angel. Je ne peux pas vivre sans savoir en détail ce qui s'est réellement passé entre vous, jusqu'au bout".
Elle relève ses yeux éplorés vers moi : "Ne me cache rien cette fois-ci, Angel. Je veux tout savoir, tu m'entends ? Tout !!!"
Elle m'émeut : je capitule. J'accepte de reprendre le récit là où je l'avais laissé.
"Après cet épisode avec Anton, dans la chambre, Spike s'est replié sur lui-même. Il me fuyait, refusant de parler avec moi, refusant de chasser avec moi. Il s'est réfugié dans les bras de Drusilla. C'est sans doute pour ça qu'il a paru si facile de dire qu'elle l'avait initié au monde vampirique. Elle s'est toujours, de facto, comporté comme sa mère. Bref, il est allé pleurer dans ses jupes. Je crois qu'il lui a, à demi-mot, avoué ce que je lui faisais subir. Ho ! Ç'a n'a pas du être une grosse surprise pour Dru. Elle s'en était toujours douté. Il existait tant de signes.
Son comportement m'a énervé. Je ne tolérais pas l'idée d'être dépossédé de mon jouet. Il fallait qu'il paye le prix de cette liberté qu'il s'était octroyé sans ma permission".
Buffy, à côté de moi, frissonne. Elle voit très bien ce que je veux dire. Elle sait de quoi je suis capable. Elle se mordille nerveusement les lèvres et tortille le bas du pull que je lui ai donné de ses doigts fébriles. Elle entrouvre sa bouche rose et murmure : "Tu as voulu le reprendre, n'est-ce pas ? "
Son air innocent et la naïveté de sa question réveillent le démon en moi. La rage me submerge sans que je puisse rien y faire :
"Il fallait que je le mate, Buffy !!!"
Je viens de hurler. Les mots sont sortis de ma bouche, comme ça, sans que je parvienne à me maîtriser. Angelus s'est frayé un chemin dans mon crâne, dans ma bouche. Il est venu insuffler son venin en moi...
Angelus.
J'oublie trop souvent qu'il est moi.
Buffy est raide, figée dans une expression effrayée. Elle ne comprend pas pourquoi j'ai craché ces mots terribles.
Je baisse la tête. Je sens encore la rage d'Angelus distillée sous ma peau, se faufiler dans mes veines : cette colère et cette frustration remontent lentement à la surface.
Le mater. Oui, c'est le mot adéquat : il fallait que je mate William, comme on dresse un animal à vous obéir.
Mais il y a eu un grain de sable, quelque chose que je n'avais pas prévu. A force de jouer à ce petit jeu pervers, je me suis fait prendre à mon propre piège. William qui m'échappait s'est révélé être bien plus qu'un animal domestique. Reprendre le contrôle sur lui est devenu, pour moi, une obsession.
Buffy est suspendue à mes lèvres. Elle attend ma confession, toujours plus sombre, toujours plus intime.
Je cherche désespérément les mots justes, les termes qui expliqueraient mon attitude envers Spike. Je ne parviens toujours pas, encore aujourd'hui, à qualifier les sentiments que j'ai eu pour lui : un mélange de désir et de dégoût, de mépris et de haine... Mais par dessus tout, cette faim qui ne me quittait pas. Petit à petit, ce désir de lui m'a consumé... Spike était devenu un feu qui brûlait en moi.
C'est dans ma nature : je suis un obsessionnel. Obsédé par Drusilla, obsédé par Spike, obsédé par cette jeune bohémienne, obsédé par Buffy... Ma passion me contrôle. La passion me ravage l'esprit : elle me possède alors comme un tyran et j'en deviens esclave.
Buffy le sait ; je le lis dans ses yeux. Elle se rappelle d'Angelus.
Il faut que je parvienne à lui expliquer le comportement irrationnel que j'ai eu à l'égard de l'homme avec qui, aujourd'hui, elle couche. J'articule avec lenteur et difficulté :
"Plus il s'éloignait de moi, plus je pensais à lui... Sans arrêt. Mon désir de lui était de plus en plus profond et lancinant. Il fallait que Spike courbe l'échine. Je ne pouvais supporter l'idée qu'il m'échappe.
Mes relations avec Drusilla ont commencé à se dégrader. Elle prenait de plus en plus d'ascendant sur William et acquérait une certaine assurance. Elle n'était plus la frêle jeune fille obéissante que j'avais enfanté. Elle devenait monstrueuse.
Et elle dépensait toute son énergie à le protéger contre moi. Elle faisait toujours attention à ne jamais le laisser seul en ma présence.
Lorsque l'on s'asseyait quelque part, elle vérifiait que quelqu'un, sinon elle-même, soit toujours placé entre nous. Elle avait souvent peur que sous la table, nos cuisses s'effleurent, ou que ma main, cachée sous la nappe, reprenne un contrôle sur lui. Son imagination débordante m'atterrait. Elle en devenait ridicule".
Buffy me regarde avec un air mi inquiet, mi amusé. Je crois qu'elle visualise Drusilla en ange gardien, en protectrice abusive, traînant dans son sillage un Spike léthargique et soumis.
"Spike n'est pas devenu du jour au lendemain ce gamin capricieux et turbulent qu'il a été par la suite. Son éveil à la vie vampirique a été douloureux et je confesse que c'est à moi qu'il doit cette apathie première et cette souffrance exacerbée.
Et moi, je passais mon temps à essayer de tromper la surveillance de Dru. Plusieurs fois, j'ai coincé Spike dans les couloirs, comme on coince de vulgaires bonniches. Je sentais immédiatement sa peur. Il me craignait : c'était un bon début. Je ne perdais pas espoir de reconquérir mon territoire".
"Mais qu'est-ce que tu lui faisais subir, dans ces moments-là ?" m'interroge Buffy en papillonnant des cils.
"Je le reniflais, j'effleurais son corps du bout des doigts ou bien, comme le fauve qui vient de capturer sa proie, je le caressais d'un coup de langue sur le visage. J'ai toujours aimé lécher la peau, goûter la chair...
Tout ça ne durait jamais plus de quelques secondes. La plupart du temps, il s'enfuyait en courant, laissant dans son sillage l'odeur de son excitation sexuelle. Parfois, c'est Drusilla qui s'interposait. Elle était en train de me rendre fou. Plus les jours passaient, plus je la haïssais. J'ai eu une passion dévorante pour Dru mais, une fois cassée, brisée, baisée, elle ne m'a plus intéressée. Et elle me faisait payer cet abandon en tentant de m'arracher William".
Buffy fronce tout à coup les sourcils : "Et Darla ? Tu vivais bien, en principe, avec elle, non ?"
"Ha ! Darla. Toujours subtile et exquise, le vice vrillé au corps. Elle savait appuyer là où ça faisait mal. Sa cruauté était sans égale. J'entend encore ses moqueries : elle riait de me voir chercher à retrouver ma domination sur mon jouet qui devenait autonome, qui m'échappait chaque jour davantage au profit de Drusilla. Darla était la spectatrice amusée de la guerre d'influence qui se jouait entre Drusilla et moi et dont l'enjeu était la conquête, la domination et l'asservissement de Spike".
Buffy soupire : "Et Drusilla a gagné... "
"Au final, oui. Mais, sa victoire est, en définitive, davantage le fruit du hasard que la résultante de mon échec... Elle ne m'a pas réellement vaincu"
Je suis choqué des mots que je viens à peine de prononcer : je parle de lui comme si j'étais encore en train de défendre ma propriété ! Buffy, je le vois, est un peu surprise de mon comportement. J'essaie de me justifier, de m'expliquer... Mais ces aveux sont difficiles.
"Buffy, William était ma possession, mon territoire. Je regardais les lignes de son corps comme les frontières du pays que j'avais conquis. Je ressens encore sous mes doigts le grain de sa peau. Spike a la peau si douce... Une peau de bébé, fragile et délicate..." Je m'arrête un instant et je la regarde. Buffy a le feu aux joues.
Je ricane : "mais tu le sais, n'est-ce pas ? Tu le sais, maintenant..." Elle baisse les yeux et murmure un "Oui" embarrassé.
Je la détaille et je n'arrive pas à l'imaginer en train de faire l'amour avec Spike. Elle couche avec lui comme elle a couché avec moi. Je détourne les yeux : je ne peux plus supporter de contempler cette femme que je ne pourrais plus jamais toucher et qui se laisse pénétrer par la créature que j'ai créée et que j'ai damnée.
Sa voix rompt le silence : "Angel, raconte, s'il te plaît... Sa peau, son corps, son odeur... Dis-moi, Angel. Dis-moi, je t'en prie" termine-t-elle dans un murmure dont émane de curieuses vibrations.
Je me demande ce qu'elle cherche exactement. Est-ce moi ou est-ce Spike qu'elle tente de connaître ? Ou bien est-elle tout simplement fascinée par cette relation sado-masochiste et dégradante entre les deux hommes qui l'ont déjà baisée, les deux vampires qui se sont déjà enfoncés entre ses cuisses blanches et douces ? Tout ça devient malsain. Je suis atterré.
"Tu veux entendre le récit de mes relations charnelles avec Spike ?"
Elle hoche lentement la tête, et je peux lire dans ses yeux grands ouverts une curiosité totalement déplacée. Je secoue la tête lentement, en signe de désapprobation, mais je décide de la satisfaire : "Bien... Puisque tu le veux".
Je vais lui donner ce qu'elle requiert, dans les moindres détails.
"Ce soir là, j'étais de très mauvaise humeur. J'ai laissé Darla, Drusilla et Spike sortir sans moi et j'ai défoulé ma colère contre le mobilier de l'hôtel particulier que nous habitions : j'ai brisé quelques vases, déchiré une ou deux toiles de maître, fracassé une commode et éclaté contre un miroir une pendule du XVIII° à laquelle Drusilla tenait beaucoup. Rien ne parvenait à me calmer. Je me sentais dépossédé, trahi et impuissant. Je ne savais comment restaurer ma domination sur William. Toutes mes tentatives étaient restées jusque là infructueuses. Ma cruauté bridée était comme une bête sauvage prisonnière de mon ventre et qui me dévorait.
Malgré le carnage que j'avais fait dans nos appartements, je ne me sentais pas calmé. Ma colère était intacte. Il fallait que je réfléchisse raisonnablement. J'ai essayé de reprendre le contrôle de mes nerfs émoussés. Je me suis déshabillé et glissé sous les draps. Allongé à plat dos dans le lit, les bras croisés derrière la nuque, je fixais le plafond dans l'espoir d'y trouver une soudaine inspiration, une idée qui me ramènerait Spike en servitude. Ravagé par la haine, je cherchais en vain à fomenter un plan, un moyen de me venger de la désobéissance de ma créature.
Moins d'une heure après le départ de Darla, Drusilla et Spike, j'ai entendu la porte du bas, dans l'entrée, claquer et des pas gravir quatre à quatre les escaliers. J'ai reconnu son souffle, j'ai senti son odeur. C'était William. Je savais que c'était lui et qu'il était seul. Ses pas crissaient contre le verre brisé qui jonchait le couloir, témoin de ma crise de colère.
Je fus saisi d'un espoir fou. J'ai pensé qu'il avait échappé à la surveillance de Dru pour venir me retrouver. J'ai cru qu'il allait entrer dans ma chambre mais il n'en fut rien. J'ai entendu ses pas s'éloigner dans le couloir.
Je me suis tout à coup trouvé ridicule. Plus que ça même, j'étais vexé et frustré. Comment pouvais-je me retrouver en attente de lui ? Je me suis mis à me mépriser. Il fallait que j'arrête ce processus de descente aux enfers. Je ne pouvais pas continuer à vivre ainsi, mon désir soumis à quelqu'un qui se refusait à moi.
Je me suis levé d'un bond hors du lit, j'ai enfilé à la hâte mon cuir qui traînait sur le sol et je me suis dirigé vers sa chambre. Je percevais des bruits provenant de cette pièce. Je suis entré sans frapper.
Spike m'a jeté un regard froid et m'a ordonné de partir : "Sors de cette chambre, Angel. On a rien à se dire et on n'a absolument rien à faire ensemble... N'est-ce pas ?"
Ce ton assuré ne me plaisait pas. Je croyais entendre la voix de Drusilla résonner dans sa gorge. Pourtant, je fus vite rassuré. Bien qu'il faisait tout pour le cacher, ses yeux étaient irrésistiblement attirés vers mon torse nu et mes épaules dégagées. Il détaillait mon corps de coups d'oeil rapides. Il vérifia même que j'étais pieds nus. Je ne portais qu'un cuir. Un simple et unique cuir noir qui moulait mes fesses, qui moulait mes jambes et qui trahissait le désir qui brûlait entre mes cuisses.
Il s'est retourné, dos à moi, et il a fait semblant de continuer à chercher un objet introuvable dans ses tiroirs. J'ai croisé les bras et j'ai attendu qu'il réagisse. Je pouvais sentir l'odeur de son excitation sexuelle croître peu à peu. J'étais rassuré. Rien n'avait changé. Il était à moi. Il me suffisait d'attendre, et je le dresserais à nouveau. Je le reprendrais à Drusilla.
Comme il ne se passait rien, il a fini par se retourner, s'inquiétant de mon immobilité et de mon silence :
"Qu'est-ce que tu veux, Angel ?" Je lui ai simplement souri, d'un sourire carnassier, plein d'assurance et je l'ai fixé droit dans les yeux. Spike a du sentir qu'il perdait les pédales.
"Merde... " a-t-il lâché dans un souffle rauque et il a voulu quitter la pièce, afin de me fuir. Lorsqu'il est passé près de moi, j'ai saisi son poignet d'un geste sec et ferme puis j'ai tiré son bras en arrière.
Spike s'est retourné vers moi en fronçant les sourcils :
"Quoi ?" m'a-t-il demandé en crispant ses mâchoires. "C'est fini ce petit jeu, Angel, terminé !"
Il a voulu s'arracher à mon emprise mais je l'ai maintenu plus fermement, en le fixant droit dans les yeux. Il s'est figé, respirant un peu plus vite, un peu plus fort, incapable désormais de s'échapper de mon étreinte.
Je suis demeuré silencieux et je l'ai attiré doucement vers moi. Il s'est laissé guider docilement. J'étais consumé par la fièvre. J'ai attrapé le bas de sa chemise coincée sous la ceinture de son pantalon et j'ai tiré le tissu afin de me frayer un passage jusqu'à sa peau.
Il s'est laissé faire, fébrile et haletant. Je sentais son corps excité mais tendu. Il avait peur. Il redoutait que je réamorce une de ses petites scènes de dégradation que je lui avais déjà fait subir.
J'ai collé mon corps au sien et j'ai respiré son odeur : l'odeur de ses cheveux blonds, le parfum de sa peau. Je respirais dans son cou, effleurant de mes lèvres sa chair frissonnante. Il a laissé échappé un râle et j'ai senti contre mon ventre son érection très dure. Mes mains ont caressé sa peau, glissant dans son dos, pétrissant la chair au bas de ses reins. Il m'a enlacé, m‘aspirant vers lui, infiltrant ses doigts sous le cuir qui enserrait ma taille.
Je voulais encore tester sa soumission. Il me fallait des preuves de la domination que j'exerçais sur lui : "Enlève ta chemise" ai-je exigé dans un murmure soufflé à son oreille, entre deux coups de langue dans son cou.
C'était les premiers mots que je prononçais depuis que j'étais entré dans la chambre. Spike, docile, a immédiatement déboutonné son vêtement et on s'est retrouvés torses nus, nos peaux directement en contact, l'une contre l'autre.
J'ai ravalé un rire qui montait dans ma gorge, ce rire qui sonnait le glas de sa révolte contre moi et qui annonçait le triomphe de ma volonté sur la sienne. Je me sentais puissant, enflé d'un pouvoir infini dont je voulais tester l'étendu : Spike ne pouvait m'opposer de limites. Il fallait qu'il se soumette, complètement et entièrement.
"Mets toi à genoux. A genoux !!" lui ai-je ordonné d'un ton dur et froid. Il a crispé ses mâchoires mais il s'est exécuté. Il m'obéissait toujours. C'était si jouissif de constater que mon pouvoir sur lui était intact, que je pouvais le contraindre à toutes mes envies.
Pourtant, en le voyant s'abaisser à mes pieds, ma haine s'est enfuie.
Il demeurait immobile, à genoux devant moi, fébrile et tremblant. La tête baissée, sans oser me regarder, il attendait que je l'humilie, que je le soumette. Il était prêt à tout encaisser, à tout accepter dans le seul espoir que je le touche.
Tout à coup, face à sa totale servitude, je me suis senti traversé d'un désir violent de lui : je ne voulais plus l'abattre, je ne voulais plus le détruire, je ne voulais plus l'écraser... sinon de mon propre poids.
J'ai eu envie de lui comme jamais je n'avais désiré aucun homme. Mon corps entier a été submergé par une voracité sexuelle ardente et infinie qui m'a consumée jusqu'à la moelle.
Je perdais le contrôle. Pendant un moment, j'ai oublié mes velléités de vengeance, de domination... J'oubliais tout. Je ne pensais plus à le mater, ni à le dresser. Je voulais seulement me noyer en lui.
Et là, je... Je ne sais pas ce qui m'a pris. Au lieu de l'enfoncer davantage dans cette déchéance ignoble que je lui infligeais jusque là, je l'ai attrapé par la nuque et je l'ai brusquement relevé. D'un mouvement rapide et rude, je l'ai plaqué au mur, les bras en croix, ses poings au dessus des épaules, enserrés entre mes mains. Je l'ai embrassé avec brutalité et avec un appétit indescriptible.
Sa bouche s'est spontanément ouverte et nos langues se sont mêlées. J'ai senti contre ma poitrine nue son torse qui frissonnait. Il était si surpris, si ému, qu'il s'est mis à trembler légèrement. Le contact de sa peau m'a submergé de plaisir. Je sentais contre ma chair les frissons qui hérissaient son épiderme.
Sous l'influence du plaisir qu'on s'échangeait, nos souffles sont devenus courts et on s'est mis à haleter, rendant nos baisers plus sauvages, plus brefs, plus profonds. J'étais tellement excité que j'ai mordu sa lèvre inférieure jusqu'au sang. Il s'est retenu de crier et à cet instant précis, j'ai connu une seconde d'extase : il ravalait sa douleur pour moi. Rien que pour moi. Il se soumettait, prêt à offrir sa chair à d'autres blessures qu'il me plairait de lui infliger. Je ne l'ai désiré que davantage.
Lâchant mon emprise sur ses poignets, j'ai caressé ses bras, ses épaules et enfin, j'ai enserré un instant son cou entre mes mains. Et puis mes doigts sont descendus le long de son torse aux reliefs noueux. A travers la toile du pantalon, je sentais son érection contre mon ventre.
On s'est frotté l'un contre l'autre, comme des animaux, abrasant notre désir. Je m'appuyais sur lui, l'écrasant contre le mur derrière son dos. Je voulais le capturer entièrement, le rendre prisonnier de mon corps. Seuls résonnaient dans la pièce le murmure des caresses de nos peaux qui s'effleureraient, de la toile brute de son pantalon contre mon cuir, et de nos souffles courts se dévorant l'un l'autre.
Je ne parvenais pas à cesser de l'embrasser. J'aimais le goût de sa bouche, sentir sa langue chercher la mienne. Je sentais contre mes flancs ses mains caresser et pétrir ma chair excitée.
Il me retenait contre lui, comme s'il redoutait que je m'évade à nouveau, que je le laisse pantelant et humilié. Mais je ne pouvais pas ! Je ne pouvais tout simplement pas m'arrêter de me frotter à lui, de l'embrasser, de le toucher. Je bandais tellement que j'en avais mal. Une douleur sourde qui me perforait les reins, me vrillait l'esprit et me faisait perdre le contrôle sur mes actes. L'envie que j'avais de le pénétrer, de m'enfoncer en lui, me forait le crâne et me ravageait le ventre. Je voulais qu'il me fasse jouir. Je ne pensais plus qu'à ça : éjaculer.
J'ai laissé mes lèvres courir dans son cou afin de souffler une supplique à son oreille. Je n'ordonnais plus : je suppliais. J'ai murmuré, en haletant : "à genoux... Mets-toi à genoux..."
Ces mots susurrés contre sa nuque, c'était l'acte de reddition d'Angelus, pris à son propre piège. Angelus était en train de se faire mater par le jeune William.
Je me suis alors adossé contre le mur et je l'ai attiré à nouveau contre moi. Spike est descendu le long de mon corps. Ses lèvres contre mon torse, contre mon ventre tendu, la pointe de sa langue autour de mon nombril...
Ses mains ont défait la boucle de la ceinture, déboutonné le pantalon. Je le regardais faire, docile et appliqué. Ca m'excitait, ça m'excitait terriblement... Je m'imaginais déjà en train d'enfoncer mon sexe dans sa bouche. Il me faisait crever de désir. Je caressais ses cheveux pendant qu'il me déshabillait, anticipant dans mes fantasmes la sensation future de sa langue traçant les contours de mon érection.
Il a fait glisser le cuir le long de mes jambes et l'a ôté, en me fixant de ses yeux bleus fiévreux. Il comprenait très bien qu'il avait déjà pris l'ascendant sur moi. J'étais passé sous son contrôle. Il a jeté le cuir sur le sol puis il a remonté ses mains de mes chevilles jusqu'entre mes cuisses.
Mes muscles ne me répondaient plus : ils se contractaient au contact de ses mains glissant lentement sur ma peau. Il a pris tout son temps, laissant mon désir croître jusqu'à ce que je le supplie de me donner ce que j'attendais. J'ai saisi sa tête entre mes mains et je l'ai plaqué contre mon ventre douloureux.
Et enfin, j'ai senti sa bouche contre mon sexe. Lorsqu'il l'a englouti, mon souffle n'était plus qu'un râle. J'ai fermé les yeux une seconde, inondé de plaisir et puis je l'ai regardé faire, je l'ai regardé me donner ce que je voulais, ce qu'il voulait... Je l'ai regardé s'asservir à ma jouissance, accroupi à mes pieds.
Je suffoquais de plaisir. J'avais l'impression que mon cerveau bouillait ; j'en avais des sifflements dans les tympans.
J'étais absorbé dans cette contemplation : j'aimais le voir ainsi, à genoux devant moi, me procurant des sensations qui me contractaient l'échine et me pénétraient jusqu'à l'os. Je ne savais si j'étais au bord de l'orgasme ou au bord de l'évanouissement. J'avais posé mes mains sur ses boucles blondes sans vraiment imprimer le rythme. Spike conduisait le mouvement sans mon aide, avec une sensualité et une maîtrise parfaite.
Je me suis alors rendu compte qu'il était en train de me dominer : je devenais dépendant du plaisir qu'il me procurait avec une perfection diabolique.
Sa langue s'enroulant autour de mon sexe, montant et descendant, ses lèvres comprimant de manière orgasmique mon érection... Il faisait des va et viens qui me rendaient fou. Un homme sait si bien comment satisfaire une érection... Ses doigts accompagnaient les mouvements de sa bouche. Ses mains glissaient entre mes jambes, puis remontaient par vagues, le long de mon sexe, excitant davantage ma chair électrisée par la fellation. Je sentais sa gorge qui aspirait mon énergie, sa bouche qui pompait ma volonté. Je n'étais plus que l'esclave de mes sens.
Je haïssais cette dépendance soudaine de mon corps au sien. Mais je ne pouvais pas l'arrêter : je regardais, fasciné, sa bouche me travailler et je sus qu'il allait me donner la jouissance ultime. Je ne pensais qu'à ça : éjaculer, éjaculer, éjaculer. Ejaculer dans sa bouche : le souiller pour me libérer.
Je voulais me vider en lui : déverser mon attirance pour lui dans sa bouche. Si je jouissais entre ses lèvres, sur sa langue, alors peut-être que je serais libéré de mon désir sexuel de lui et qu'il redeviendrait l'esclave humilié et consentant qu'il n'aurait jamais du cesser d'être pour moi.
Dans la maison vide, dans la chambre silencieuse, ma respiration résonnait comme un métronome qui s'emballerait et deviendrait fou. Mais, plus que tout, le bruit de la succion m'excitait davantage.
Je le maintenais bloqué contre moi, refusant qu'il puisse s'arrêter une seconde ou ralentir son rythme. Il allait me faire jouir et je ne pouvais tout simplement pas l'arrêter. J'en étais incapable. J'en étais obsédé : éjaculer. Ejaculer dans sa bouche.
Lorsque enfin, j'ai senti le sperme jaillir hors de mon sexe et ma jouissance exploser en lui, la situation s'est, en un éclair, renversée. Au moment même où j'avais joui, j‘avais senti la rage et la haine remonter en moi. J'avais à nouveau besoin de sentir sa soumission et de le rabaisser.
L'éjaculation m'a libéré de ma contrainte physique. J'ai serré mes mains contre ses tempes et j'ai lâché d'un ton dur : "Avale !" Je le maintenais fermement contre mon sexe, cherchant à nouveau à l'humilier. Ces mots brûlaient ma bouche, comme un nouvel orgasme.
"Avale ! " ai-je répété en haussant le ton.
Il a repoussé mon emprise physique d'un mouvement violent et il s'est évadé de mon sexe. Il a levé ses yeux bleus vers moi et... il a dégluti. Sa pomme d'Adam eut un léger sursaut : il avait avalé, comme je l'avais exigé de lui. Il avait tenu à me montrer qu'il était capable de tout pour moi, qu'il était prêt à obéir à n'importe lequel de mes ordres.
Bien qu'il fut toujours à genoux devant moi, il m'a alors regardé avec défiance, en essuyant ses lèvres du revers de sa main. Il avait le front fier et une esquisse de sourire narquois se dessinait au coin de ses lèvres. William venait de comprendre que je ne le dominais plus réellement. Il savait que mon désir sexuel, mon désir de lui, me conduirait encore, peut-être dans une heure, dans un jour ou dans une semaine, à me laisser aller dans ses bras. Il comprenait que je perdais le contrôle... qu'il avait désormais le pouvoir de me faire perdre le contrôle. Je ne sais pas ce qui se serrait passé si nous n'avions pas été interrompu.
En effet, à ce moment là, Drusilla est entrée dans la chambre. J'étais nu, adossé au mur, Spike, à genoux devant moi, vêtu de son seul pantalon qui ne parvenait pas à masquer son érection. Sa position témoignait de sa parfaite soumission à mon égard.
Elle s'est précipitée sur Spike et elle l'a relevé d'un geste tendre mais ferme et l'a attiré contre son corps osseux.
Elle s'est retournée vers moi avec des yeux brûlants de haine : "Qu'est-ce que tu lui as fait, hein ? Angel !!! Qu'est-ce que tu lui as fait ?!?" s'est-elle mise à hurler comme une hystérique.
Elle le tenait fermement contre elle, entre ses petits bras maigres, comme une mère protège son bébé.
Je me suis mis à rire : un rire gras et sarcastique d'ou transpirait tout mon mépris et toute la supériorité que je m'attribuais : "Rien du tout, Drusilla... Demande plutôt à Spike ce qu'il m'a fait, à moi. Ou bien embrasse-le. Mets donc ta langue dans sa bouche. Tu comprendras plus vite ce que je veux dire. Ce goût, ça te rappellera sans doute des souvenirs".
La paume de sa main a atterri sur mon visage avant même que j'ai pu réagir : une gifle sèche et violente.
Je suis entré dans une colère noire ; Dru et moi, nous nous sommes mis à débiter des horreurs, des insultes... Elle m'accusait de ne chercher qu'à détruire la créature que j'avais enfanté tandis que je lui jetais à la face ma victoire sur elle.
Drusilla n'avait pas compris que Spike commençait déjà à prendre l'ascendant sur moi. En définitive, elle m'a sans doute sauvé de la servilité qui me gagnait. Sans qu'elle le sache, c'est moi qu'elle a sauvé, pas lui.
Ce qui a interrompu notre violente dispute, c'est le bruit de la porte de la chambre qui claquait. Spike, lassé d'être l'enjeu réifié de notre combat verbal, était parti.
Dru et moi nous sommes précipités ensemble dans le couloir et on s'est retrouvés face à Darla, sans doute occupée à écouter à notre porte. Elle rayonnait. La reine des damnées n'aimait rien plus que d'assister en spectatrice à cette guerre de territoire. Tout l'amusait. Rien ni personne n'avait d'importance pour elle. Darla a toujours été vide et froide. La passion est un état qui lui est parfaitement inconnu. De plus, je crois qu'elle a toujours aimé me voir en difficulté".
Buffy, roulée en boule sur le canapé, boit mes paroles. Mais ce retour dans le passé me torture. Je me suis arrêté de parler. Il me semble que c'était hier. Les secondes s'égrènent lentement. Les murs, le plafond, les meubles... tout disparaît. L'image évanescente de Buffy s'évapore... Je suis seul avec ma conscience. Darla, lumineuse, qui me décochait son sourire carnassier. Spike à genoux devant moi... Je grimace : comment est-ce que j'ai pu faire tout ça ? Comment ? Je crois que je me hais chaque jour davantage.
"Qu'est-ce qui s'est passé ? " demande Buffy fiévreuse et inquiète, m'extrayant de ma rêverie.
Je ricane : "Darla s'est approché de moi et m'a saisi le bras avec une élégance raffinée. Elle a alors lancé de sa voix enjôleuse : "Je suis lasse de Londres. J'ai besoin de changer d'air. Que diriez-vous de visiter la Roumanie ? "
Buffy ouvre des yeux tout ronds. Elle vient de comprendre ce qui mit un terme aux relations dégradantes que je nouais avec Spike. Elle murmure, comme pour elle-même : "la Bohémienne... "
Je grimace en repensant à cette frêle adolescente d'à peine seize ans : "Oui, Buffy, la Bohémienne. Une passion en chasse une autre. Angelus est, certes, un obsessif et un pervers, mais c'est avant tout un inconstant".
Buffy hoche lentement la tête : "Je réalise à présent ce que tu as voulu dire tout à l'heure. Drusilla ne l'a pas réellement gagné... Elle l'a seulement récupéré lorsque tu as plongé dans ta nouvelle passion..."
J'opine d'un mouvement bref. Ca y est, elle commence à comprendre.