Déchéance

Par Haldol

1-4 | 5-8 | 9-12 | 13-15

Auteur : Haldol
Email : haldol (chez] wanadoo [point) fr
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, ils appartiennent à Joss, etc. (vous connaissez ça par coeur). Je les lui ai empruntés et je ne les lui rendrais que lorsque je les aurais tellement torturés et salis qu'ils seront complètement abîmés...
Personnages principaux : Anya, Buffy, Spike, Drusilla et Giles.
Rating : PG-13
Place de la fanfic : L'histoire se déroule après le dernier épisode de la saison 6, "Grave". Alternative à la saison 7 (dont j'emprunte uniquement quelques rares éléments). Spike a quitté Sunnydale pour aller se faire ôter sa puce et se retrouve avec une âme. Mais depuis, personne ne sait ce qu'il est devenu. Giles et Willow habitent ensemble à Westbury (Angleterre). Alex travaille dans la construction à Sunnydale et Dawn va au lycée. Anya, redevenue démon vengeur, se défoule sur les hommes infidèles mais s'ennuie. Buffy, sans emploi, veille tant bien que mal sur sa soeur.
Pitch : Nouvelle vie pour Spike, nouvelle vie pour Buffy. Mais leurs chemins séparés vont-ils converger ?
Avertissement de l'auteur : cette fic a pour trame la douleur et la déchéance. Déchéance physique, déchéance morale, douleurs des corps et des âmes. Sentiment d'être sale, recherche de propreté et de pureté.
C'est une fic sombre qui aborde des thèmes qui, bien qu'ils ne soient qu'effleurés (aucune description), peuvent déranger (homosexualité, automutilation, sado-masochisme, relations entre certains personnages). Si cela vous écoeure, passez votre chemin : cette histoire ne vous satisfera pas.

Sinon, bonne lecture.


Chapitre 9

-- Sunnydale --

Buffy ne parvenait pas à réagir. Elle se sentait assommée par le choc. Elle restait figée comme une statue, incapable de digérer toutes les informations que Anya venait de lui donner. Elle ne parvenait même pas à pleurer.

Londres, Drusilla, les tortures et les blessures, ses relations sexuelles avec ce vampire, ce Cameron, la puce qui le tuait, et par-dessus tout, l'âme...

Ces révélations étaient d'une telle violence qu'elle se sentit vaciller.

Spike avait une âme...

Il était parti en Afrique pour récupérer son âme, afin d'être digne d'elle et depuis, il sombrait dans la déchéance et cherchait à tout prix à se détruire.

Désormais, il mourait.

- Une âme... Spike a une âme" murmura Buffy, comme pour elle-même.

- Buffy ! Le temps presse ! Il est en train de mourir. Peut-être est-il déjà mort" répéta Anya. Il fallait qu'elle le sauve afin de se faire pardonner son erreur et sa trahison.

Buffy se leva tout d'un coup et attrapa les pages jaunes à la recherche d'un numéro. Puis, elle saisit le téléphone et appela American Airlines :

- Il me faut un billet pour Londres. Le premier vol pour l'aéroport d'Heathrow" demanda Buffy. "Quoi ?... Ho ! Peu importe le prix" déclara la Tueuse. Buffy avait encore les 4892 dollars et 67 cents qui restaient après la vente de sa maison : avec cette somme, elle pouvait largement se payer un billet d'avion pour retrouver Spike. "Très bien... Je pars tout de suite... J'irais chercher mon billet au comptoir de votre compagnie".

- Que comptes-tu faire ?" questionna Anya.

- Je pars tout de suite pour Londres" fit Buffy en ramassant à la hâte quelques affaires dans un petit sac.

- Mais... Spike ? Tu risques de ne trouver qu'un cadavre... Tu ne peux pas le sauver. Contre l'implant, tu n'as aucun pouvoir. Et puis comment comptes-tu le retrouver ?

- Pour ça, j'ai besoin de toi. Anya, tu vas aller trouver Willow, tout de suite, et tu vas lui demander de faire un sort de localisation. Dès que tu as l'information, tu me laisses un message sur mon portable. J'interrogerai ma messagerie dès ma descente d'avion.

- Je ne sais pas si Willow voudra..." Anya n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Buffy la coupa net, la voix pleine de rancoeur et de rage :

- Elle n'a pas intérêt à me décevoir. Elle me doit bien ça !!!" Buffy poursuivit d'un ton froid : "Ils savaient tous, n'est-ce pas ?" Anya hocha la tête sans oser regarder la Tueuse trahie.

Buffy crispa ses mâchoires :

- Giles ? Alex ?... et même Dawn ?

- ... Oui..." répondit timidement Anya en hochant la tête.

- Ils savaient tous et ils l'ont laissé crever...

- Non ! Tu es injuste, Buffy ! Ils ignoraient qu'il allait mourir : je viens juste d'apprendre pour l'implant !" s'écria Anya, très mal à l'aise.

- Je ne te parle pas de ça, Anya" cracha Buffy. "Ils savaient tous qu'il avait une âme et qu'il cherchait à se faire souffrir, comme pour se suicider" Buffy déglutit avec peine et ajouta d'une voix blanche : "Ils savaient tous, et ils ne m'ont rien dit. De quoi avaient-ils peur ?

- De ça, justement..." confessa Anya en regardant Buffy avec un sourire doux : "Peur que l'âme t'émeuve, peur que tu veuilles le revoir... Peur que tu l'aimes, tout simplement.

-Peur que je l'aime ? Ils n'ont rien compris !" lâcha Buffy avec haine. "Il n'y a jamais eu d'amour entre nous. J'ai des sentiments pour lui, c'est vrai, mais je n'ai jamais été amoureuse de Spike. Ce qui nous relie, c'est autre chose, c'est... Peu importe". Elle boucla son sac de voyage et se dirigea d'un pas pressé vers la porte. Avant de partir, elle se retourna vers Anya : "Je te laisse le soin de leur expliquer..."

Avant qu'elle ferme la porte, Anya eut le temps de remarquer que son regard était humide.

Buffy ressentait donc enfin quelque chose.

-- Londres --

Pendant tout le vol qui la menait à Londres, Buffy pensa à Spike. L'âme la hantait plus que n'importe quoi d'autre. Ce geste fou et volontaire était, de la part d'un vampire, réellement extraordinaire. Angel n'avait jamais cherché à gagner une âme permanente : il se satisfaisait très bien de son âme volatile.

Mais Spike... Oui, Spike, lui, était fou d'amour pour elle. Fou au point de sacrifier sa vie de vampire, fou au point d'endurer la douleur de regagner sa conscience et d'affronter ses démons.

Fou, aussi, au point de s'auto-détruire, de se laisser mutiler, de se faire volontairement humilier.

Buffy ne parvenait pas à croire tout ce que lui avait révélé Anya. Que Spike se fût réfugié dans les jupes de Dru, elle le concevait sans trop de difficulté. Normal : Dru était en quelque sorte sa mère et il l'avait aimé pendant près d'un siècle.

Mais qu'il ait pu coucher avec un homme, elle refusait de l'envisager. Non ! Son amant ne pouvait se laisser baiser par un mec. Pas Spike ! Non ! Pas Spike !!! Pas l'homme avec qui elle avait si souvent fait l'amour, pas l'homme qui la faisait jouir, pas l'homme qui avait posé ses mains sur son corps... Spike aimait les femmes ! Spike l'aimait, elle !

Buffy entendait encore la voix d'Anya qui confessait les aveux de Spike : "Il m'a dit qu'il ne pourrait jamais plus faire l'amour avec une femme. Pas après ce qu'il t'avait fait... C'est pour ça qu'il couche avec des mecs, Buffy. Il dit qu'il en a besoin : qu'il a besoin de la rudesse et de la puissance du corps d'un homme. Moi, je crois qu'il fait ça parce qu'il est complètement perdu... Sans toi, il n'a plus d'identité sexuelle. Sans ton amour, il est totalement à la dérive, Buffy. Il se meurt littéralement d'amour pour toi. Aimer à en mourir... Tu comprends ce que ça veut dire ?"

Buffy ouvrit le col de son chemisier afin de tenter de mieux respirer : elle étouffait dans cet avion. Sa poitrine était opprimée.

Ses pensées s'entrechoquaient. Elle avait l'impression d'être en surchauffe. Elle ne parvenait toujours pas à admettre qu'il ait pu faire l'amour avec un autre homme. Elle se sentait trahie, exclue, déboussolée...

Et puis toutes ces blessures, toutes ces tortures que Dru lui infligeait ! Buffy en avait la nausée rien que d'y penser.

Pourtant, elle comprenait que Spike ait besoin de la douleur physique. Elle se souvenait de leurs étreintes violentes et sauvages, du plaisir qu'elle-même ressentait lorsqu'ils se battaient, lorsqu'ils se frappaient jusqu'au sang.

La douleur de la chair efface la douleur de l'esprit, la douleur de l'âme...

Buffy se rappelait de cette fois où, dans une allée sombre derrière le commissariat de police de Sunnydale, elle l'avait battu jusqu'à le défigurer : et lui, couché sous elle, réclamait qu'elle le frappe encore...

Buffy grimaça de dégoût en se remémorant cette scène pathétique.

Spike avait toujours aimé être physiquement abusé. Et Dru était devenu son nouveau maître.

* *

A la descente de l'avion, Buffy alluma aussitôt son portable et écouta sa messagerie : "Vous avez... 4... nouveaux messages... Aujourd'hui, à 17 h...12 : Buffy, c'est Anya : Willow a réussi : voici l'endroit où se trouve Spike" Buffy nota sur un bout de papier l'adresse précise que lui communiquait Anya "En revanche, impossible de te dire si le corps localisé est encore vivant... Enfin, vivant, pour un vampire, c'est..." Buffy effaça le message avant qu'il ne parvienne à son terme. S'ensuivirent un message rageur de Dawn, un message coupable de Willow et un message paniqué d'Alex. Buffy n'en écouta aucun : elle les effaça aussitôt. Elle n'avait surtout pas besoin de ça en ce moment. Elle se foutait de savoir que tout ce petit monde se sentait mal ou bien, qu'ils fussent tous en colère ou pétri de remords : pour le moment, elle ne voulait plus entendre parler d'eux.

Une seule priorité existait : Spike.

Buffy prit un taxi et se rendit immédiatement à l'adresse indiquée par Anya : il s'agissait d'un grand immeuble bourgeois, du centre cossu de Londres. Buffy ne sonna pas, elle ne voulait pas attendre qu'on lui ouvre. Spike était mourrant, peut-être même déjà mort : elle défonça toutes les portes.

Dans le séjour, elle trouva le cadavre d'un couple de personnes âgées : sans doute les propriétaires. Morsures dans le cou, vidés de leur sang. "Drusilla" pensa Buffy "Elle a fait le ménage : elle a pris possession des lieux".

Pour ces deux-là, il était trop tard. Buffy enjamba les cadavres sans réelle émotion : elle était trop fatiguée et trop angoissée pour penser à autre chose qu'à tenter de sauver Spike. Elle déambula dans la maison à la recherche du couple de vampires.

Elle ne mit pas longtemps à les trouver.

Dans la chambre à l'étage, sur le lit de velours bleu, Drusilla berçait le corps inerte de Spike.

La vampire ne parut pas étonnée de voir Buffy débouler dans la pièce. Elle la fixa de ses yeux noirs et serra Spike encore plus fort contre elle.

A la vue du corps immobile du vampire, Buffy prit peur. Elle plaqua sa main contre sa bouche pour s'empêcher de crier. Puis, enfin, elle se précipita sur lui et s'agenouilla devant le lit dans lequel Dru berçait son ancien amant.

- Spike ! Spike ! Réveille-toi" hurla-t-elle en le secouant. Mais Spike ne bougea pas. Sa tête resta blottie contre la poitrine de Dru, et ses paupières demeurèrent closes. Drusilla glissa ses doigts dans ses mèches brunes. Buffy avait d'ailleurs du mal à le reconnaître avec cette couleur de cheveux. Mais elle s'en fichait ! Elle voulait apprendre à le découvrir, à le redécouvrir, avec ses cheveux bruns, avec son âme.

Buffy se releva, complètement anéantie. Ca ne servait à rien de le secouer. Spike ne se réveillerait pas. Pas comme ça. Elle se sentait tellement impuissante !!!

Dru n'était même pas agressive. Elle paraissait si résignée, si lasse :

- Il voulait mourir chez lui..." chuchota-t-elle en le couvant du regard : "C'est là qu'il est né, là qu'il a vécu avec sa mère, il y a près de cent ans... Je ne pouvais pas le laisser mourir dans cet immeuble délabré et sale. Ici, il est chez lui. C'était sa maison... C'est là qu'il voulait mourir".

Buffy resta un instant immobile, les yeux rivés sur le couple de vampires couchés devant elle : il fallait qu'elle réagisse, qu'elle fasse enfin quelque chose ! Elle ne pouvait pas rester là, à le regarder mourir dans les bras de ce monstre de Drusilla.

- Il vit encore, Dru" prononça enfin Buffy.

- C'est bientôt fini... Il ne souffrira plus..." chuchota-t-elle en caressant la joue froide de Spike.

Buffy secoua négativement la tête :

- Non ! Il ne peut pas mourir... Il n'a pas le droit... pas le droit de me faire ça" murmura-t-elle d'une voix tremblante. Puis Buffy sortit son téléphone portable de son sac et composa rapidement un numéro : "Oui, bonjour... Je voudrais parler à l'agent Riley Finn. C'est très urgent".

Chapitre 10

-- Westbury, deux jours plus tard --

Lorsque Spike ouvrit les yeux, il eut l'impression de regarder à travers une feuille de papier calque : il lui semblait voir un ange blond au dessus de lui. Etait-ce le paradis ? L'enfer ? L'apparition dorée sembla lui dire quelque chose mais il ne comprit pas. Ses oreilles bourdonnaient et il se sentait nauséeux. Il essaya d'aiguiser sa vue, de remuer sa tête, mais une douleur sourde dans la nuque lui vrilla le crâne et il s'évanouit à nouveau.

Buffy attrapa un linge humide et le déposa sur le front de Spike. Ses mains tremblaient un peu : il s'était réveillé. Oh ! Ca n'avait duré que quelques secondes mais il avait ouvert les yeux ; il était vivant ! Et puis elle était émue d'avoir enfin entrevu ses prunelles bleues. Elle venait de s'apercevoir que ce regard couleur océan lui avait terriblement manqué.

La jeune femme continua de s'occuper du malade avec délicatesse. Elle passa la serviette mouillée sur ses bras, dans son cou... Elle hésita quelques secondes puis elle tira le drap vers son ventre. En voyant son torse scarifié, elle frissonna : elle ne s'habituait toujours pas à cette vision de cauchemar. Les plaies commençaient à se refermer mais elles lui laisseraient certainement de vilaines cicatrices.

Sa peau autrefois si douce... Elle était désormais tellement abîmée.

Buffy avait les lèvres qui tremblaient : voilà ce que Dru avait fait à Spike... Ce que Spike voulait que Dru lui fasse endurer, ce qu'il réclamait : la douleur, la déchéance...

Et tout ça pour elle, pour se punir d'avoir tenté de la violer.

Buffy posa le linge humide sur la table de nuit et osa enfin toucher le torse de Spike : la sensation de son corps froid lui électrisa les sens. Sa chair se souvenait encore du plaisir qu'il lui avait donné.

La mémoire des corps...

Elle fit glisser la paume de sa main sur son épaule, en descendant le long de son bras, vers son poignet. Sa main était maintenant si près de sa taille...

Il suffisait d'un geste... D'un simple geste.

Elle mourait de curiosité.

Elle finit par céder à son désir.

La jeune femme leva le pan du drap et fit glisser le tissu le long de ses jambes. Elle voulait voir entre ses cuisses. Ses yeux se fixèrent sur son sexe endormi. Elle se contenta de le regarder, sans rien faire, perdue dans ses pensées : elle se rappelait de tous les orgasmes qu'il lui avait donnés.

Le sexe...

Spike avait couché avec des hommes. Ou tout du moins avec un homme : Cameron. Et Buffy en était malade. Elle ne comprenait pas. Ce sexe-là l'avait si souvent fait jouir ; elle aimait l'avoir en elle... Comment pouvait-il la trahir ?

Elle resta un instant à l'observer, des pensées confuses plein la tête. Puis, elle remonta le drap jusqu'en haut de son cou et se renfonça dans le fauteuil près du lit. Elle était hantée par le fossé d'incompréhension qui les séparait désormais. Que dirait-elle, que ferait-elle lorsqu'il se réveillerait ?

Giles pénétra dans la chambre aux rideaux tirés et referma la porte avec précaution :

- Toujours dans le coma ?" s'enquit-il auprès de sa protégée.

- Non... Enfin oui... Il a ouvert les yeux un instant mais il s'est à nouveau évanoui" murmura Buffy sans quitter Spike du regard.

- Buffy, tu dois te reposer. Ca fait deux jours que tu le veilles. Quand il reprendra enfin conscience, c'est toi qui sera dans le coma et tu ne pourras même pas en profiter" argumenta Giles. Ces mots lui coûtaient terriblement mais il ne pouvait que s'amender. C'était le seul moyen de reconquérir la confiance et le respect de la Tueuse.

- Je ne veux pas qu'il soit tout seul... Il ne va pas comprendre s'il revient à lui. Il ne connaît pas votre maison de Westbury. Il va se sentir perdu.

- Ne t'inquiète pas, Buffy" fit Giles en posant sa main sur l'épaule de la jeune femme "Je vais rester près de lui".

Buffy se leva et enlaça Giles avec tendresse : elle aimait se blottir contre son corps protecteur, contre son corps chaud et vivant. Dans ses bras, elle avait toujours l'impression de se ressourcer. Il savait la calmer, lui redonner un équilibre.

Puis Buffy desserra son étreinte :

- Merci" chuchota-t-elle en quittant la chambre. Et elle regarda Giles s'installer dans le gros fauteuil à côté du lit dans lequel dormait Spike.

Buffy referma la porte avec délicatesse et se rendit dans sa chambre. Elle se coucha en repensant à son observateur. Elle ne lui avait pas laissé le choix : en arrivant, deux jours plus tôt, avec le corps inanimé de Spike, elle l'avait mis au pied du mur, l'accusant de l'avoir trahie. Giles avait bien essayé de se défendre mais aucune de ses protestations ne tenait la route : il avait dû capituler et s'excuser de son comportement abusif.

Il avait donc recueilli Spike, contraint et forcé. Et depuis, Buffy devait bien l'avouer, Giles faisait amende honorable. Et elle se sentait si bien chez lui, comme dans un cocon protecteur. Giles était le plus tendre, le plus patient et le plus attentionné des hommes. D'ailleurs, qu'aurait-elle fait sans lui, toute seule dans ce pays étranger, avec Spike convalescent ? Heureusement, Rupert était là pour l'épauler et l'aider. Buffy ferma les yeux, soulagée de pouvoir se reposer sur cet homme qu'elle adorait : "Giles... Que ferais-je sans vous ?"

En réalité, même s'il ne le montrait pas, Giles était très inquiet. Buffy avait beau le rassurer, la disparition de l'implant rendait l'observateur nerveux. La présence de l'âme ne le rassurait nullement. Que se passerait-il lorsque Spike serait à nouveau valide ? Après tout, il n'était qu'un assassin... et un violeur.

Giles ne comprenait pas pourquoi sa Tueuse cajolait encore un vampire... Oui, sa Tueuse.

Buffy se laissait dominer par des sentiments malsains, elle se laissait manipuler par son propre agresseur. L'observateur aurait voulu lui briser le cou, lui planter un pieu dans le coeur et le voir définitivement disparaître.

Il devait bien se l'avouer, il était jaloux de la place dévorante que Spike avait pris dans la vie de Buffy... et sous son propre toit, en plus !

Rupert ignorait ce qu'il devait faire, comment il devait réagir. Etait-il encore l'observateur de Buffy ? Jouait-il encore le rôle d'un substitut de père pour la jeune fille ? Avait-il seulement le droit d'être protecteur ou même... jaloux ?

Giles se sentait perdu.

Lorsque Spike ouvrit les yeux le lendemain matin, il y voyait plus clair et plus aucun bourdonnement ne parasitait son crâne. Il se sentait épuisé, encore très faible, mais bien vivant.

Il ne parvenait pas à se rappeler ce qui s'était passé. Il se redressa avec difficulté sur ses coudes mais son corps était si fragilisé que ses bras ne purent le soutenir. Il retomba lourdement sur le lit. Pourtant, il avait quand même pu apercevoir un homme dormir sur le fauteuil près de lui. Il lui semblait avoir reconnu Giles :

- Giles ?" murmura-t-il d'une voix fatiguée. L'observateur tressauta et ouvrit un oeil surpris.

Spike était réveillé...

Spike était réveillé ?

Seigneur Dieu ! Buffy ! Il fallait tout de suite prévenir Buffy ! Sinon, elle ne lui pardonnerait jamais. Et Giles ne voulait prendre aucun risque dans sa reconquête de la confiance de sa protégée.

L'observateur se leva d'un bond et voulut sortir de la pièce pour prévenir la jeune femme. Pourtant, à peine était-il levé qu'il l'aperçut, endormie par terre, le dos appuyé contre l'armoire. Buffy, réveillée par le bruit, se leva péniblement : elle avait mal partout.

- Il est réveillé" se contenta de dire Giles alors que la Tueuse s'approchait déjà du lit.

Spike la regarda avancer vers lui comme dans un rêve.

Buffy... C'était Buffy. Son amour, sa passion, son obsession. Elle l'avait donc cherché et retrouvé et elle était désormais là, près de lui. Spike était si ému qu'il ne parvenait même pas à parler.

Un an...

Presque un an qu'il ne l'avait revue. Et elle encore plus belle que dans ses souvenirs. Le visage de Spike, pourtant, se crispa : ses souvenirs... Il n'en avait plus qu'un : la tentative de viol.

Mais Buffy semblait avoir jeté un voile sur ce drame : elle se précipita vers lui et lui saisit la main en le dévisageant :

- Je suis là... Tout va bien maintenant" murmura-t-elle, la gorge nouée par l'émotion. Giles préféra se retirer : il était écoeuré. Il quitta la pièce en silence et referma la porte derrière lui, mâchoires crispées.

- Buffy ?" Spike ne paraissait toujours pas croire qu'elle était là, devant lui, à lui tenir la main. Le vampire était complètement paumé : "Où est-on ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Ton implant... Il te tuait...

- Je me souviens" murmura Spike.

- J'ai appelé Riley Finn. Même si l'Initiative n'existe plus, les méthodes sont restés les mêmes et les militaires détenaient encore les secrets de cette technologie plantée dans ton crâne. Riley m'a envoyé une équipe de scientifiques de l'armée basée à Londres. Tu sais, ils sont partout... Enfin, bref... Ils sont venus aussitôt et ils t'ont opéré.

Spike plissa les yeux : il n'était pas sûr de bien comprendre :

- Ils ont réparé la puce ?" questionna-t-il soupçonneux. Buffy hésita un instant avant de répondre :

- Non. Ils l'ont enlevé.

Spike ouvrit des yeux tout rond : pourquoi Buffy lui faisait-elle confiance ? Il n'était qu'un monstre, qu'un violeur, qu'un assassin, qu'un vampire sans âme...

A moins que...

Spike comprit aussitôt : Anya avait certainement vendu la mèche.

- Tu es au courant, n'est-ce pas ?" demanda-t-il en se redressant dans le lit. Buffy hocha la tête :

- Je sais tout Spike. Tout sur l'âme... et sur le reste" ajouta-t-elle gênée.

Et sur le reste ? Spike fut saisi par la remarque : Drusilla, Cameron ! Il était tellement hypnotisé par Buffy qu'il les avait complètement oublié !

- Où est Dru ?" Il avait besoin de savoir. Buffy se leva et alla s'appuyer à la fenêtre. Elle détestait la tournure que prenait la conversation :

- Je ne lui ai pas laissé le choix ! Je t'ai pris sans lui demander sa permission. De toute façon, elle a compris que moi seule pouvait te sauver".

Spike ne dit rien. Il n'avait pas la force ni le courage de lutter et de discuter avec la Tueuse. Il fut pris d'un léger vertige. Il émit un grognement et sa tête retomba sur l'oreiller.

- Tu es fatigué, Spike. Il faut que tu te reposes. Je vais aller te chercher un verre de sang et après, tu dormiras" Et Buffy sortit de la pièce, laissant Spike perplexe : pourquoi la Tueuse l'avait-elle cherché, sauvé et recueilli ?

-- Londres --

Drusilla ouvrit la porte de la vieille bâtisse en ruines qu'elle avait longtemps habité avec Cam et Spike et elle se dirigea tout droit vers la chambre du fond. Elle cherchait Cameron et elle était sûre de le trouver là.

En effet, le vampire n'avait pas quitté les lieux : il errait, comme un rat en cage, l'air perdu. En voyant Drusilla apparaître, il reprit espoir :

- Nom de Dieu ! Dru ! Où étais-tu passée ?" Il chercha aussitôt Spike du regard : l'accompagnait-il ? Etait-il rétabli ? Ne le voyant pas, Cam s'imagina le pire : "Où est-il ? Il est... mort ?" Dru secoua la tête avec un air renfrogné : on aurait dit une petite fille à qui on avait pris sa poupée :

- Buffy me l'a volé : les militaires sont venus, ils ont réparé Spike, mais Buffy, elle me l'a enlevé.

- Il est vivant ?" s'exclama Cam soulagé "Où est-il ?

- A Westbury, chez le méchant observateur : il l'a enfermé dans une maison au milieu de la campagne et ils ne veulent pas me le rendre. Et il ne voudra plus de moi : Buffy est sa nouvelle tortionnaire : elle saura lui faire mal, très mal. Elle est très douée pour ça ! La Tueuse saura l'humilier et le détruire plus sûrement que moi...". Dru, le front boudeur, ne cachait pas qu'elle était vexée d'avoir été ainsi dépossédée. Elle pinça ses lèvres et poursuivit : "Il n'a plus besoin de moi, non. Buffy remplira le rôle de bourreau. Ce besoin là, elle saura le satisfaire".

Dru s'interrompit et changea complètement de ton. Elle se fit charmeuse, hypnotisante. et dangereuse comme un serpent. Elle s'approcha de Cameron à pas de félins et vint murmurer à son oreille les mots de la tentation :

- Mais Cam..." reprit-elle "pour toi rien n'est perdu. Tu sais qu'il a besoin de toi. Spike ne peut se passer de ce que tu lui fais, n'est-ce pas ?" Drusilla tournait autour du vampire qui se laissait envoûter par ses paroles sucrées : "Son corps est devenu dépendant du tien : tu sais qu'il aime ça, hein ? Spike est un vilain garçon... Il aime toutes ces choses que tu lui fais. Il a besoin que tu l'embrasses, il a besoin de sentir ta peau contre la sienne. Il ne peut plus se passer de tes caresses, de ta brutalité lorsque tu lui fais l'amour...

- Où veux-tu en venir ?" demanda Cameron qui sentait l'excitation monter en lui. En écoutant Drusilla, il revivait en pensées ses ébats avec Spike. Il avait encore terriblement envie de lui.

Drusilla sortit un petit bout de papier de sa poche et lui fourra dans la main :

- Il est là, à cette adresse" murmura-t-elle en s'éloignant de lui. "C'est très simple, Cam : tu le veux ? Tu le prends ! Il ne te résistera pas, j'en suis persuadée...".

Cameron demeura un instant immobile, les yeux fixés sur le morceau de feuille qui contenait l'information si précieuse. Il ne vit même pas Drusilla s'en aller.

La jeune femme avait sur les lèvres un sourire démoniaque : "Tu vas voir, Buffy" murmura-t-elle entre ses dents "Tu ne peux pas me prendre impunément ce qui m'appartient. La vengeance est un plat qui se mange froid".

Chapitre 11

-- Westbury, deux jours plus tard --

- Où est Buffy ?" demanda Spike en entrant dans le salon. Giles qui bouquinait, assis à son bureau, se crispa au seul son de la voix du vampire.

- Sortie faire des courses. Elle avait besoin de quelque chose... Je ne sais pas quoi. Les femmes ont toujours besoin de tout un tas de trucs. Et Buffy ne cesse de répéter qu'ici, elle ne trouve jamais rien" répliqua Giles avec nervosité.

- Ha..." se contenta de répondre le vampire en cherchant la télécommande. Il avait envie de regarder la télé.

- Spike ?" fit Giles en refermant son bouquin. Le vampire leva un oeil bleu vers l'observateur :

- Quoi ?

- J'aimerais profiter du fait que nous sommes seuls pour... comment dire...

- Parler entre hommes ?" plaisanta Spike qui sentait venir le vent.

- Voilà. On peut dire ça comme ça.

- Je vous écoute". Spike redevint sérieux.

- Je vais être très clair, Spike. Je ne vais pas tourner autour du pot. Qu'est-ce que tu comptes faire ?

- A propos de quoi ?

- De Buffy ! De toi !" s'enerva Giles en haussant le ton "Arrgghh ! Mais enfin ! Tu ne vois pas ce qui se passe entre vous ? Buffy a traversé la planète pour toi. Elle a tout laissé tomber pour sauver ta peau. Elle a même abandonné sa soeur pour venir faire du vampire-sitting au pied de ton lit !

- Je ne lui avais rien demandé, Giles !

- Mais je le sais bien !" s'agaça l'observateur.

- Au contraire" reprit Spike "J'aurais souhaité qu'elle ne me retrouve jamais, qu'elle me laisse avec Drusilla et..." Spike préféra taire le nom de Cameron : Giles ignorait tout de ses relations homosexuelles. Buffy, extrêmement gênée, s'était tue : elle était incapable d'assumer les choix de son ancien amant. Et Spike lui-même n'avait rien révélé à Giles. Il avait préféré gardé son intimité pour lui : personne n'avait besoin de connaître les errances de son coeur, de son corps... et de son sexe.

- Je sais ! Je sais tout ça, Spike !" fit Giles en levant les bras au ciel en signe de lassitude. "Mais maintenant, la situation est ce qu'elle est. Et il faut faire avec. Je ne sais pas quels sont exactement les sentiments de Buffy à ton égard mais, en tout cas, elle est liée à toi par quelque chose de très fort. Et toi, tu n'as jamais caché tes sentiments pour elle. Je sais que tu l'aimes.

- Comme un fou..." murmura Spike en baissant les yeux.

- Justement, Spike, si tu l'aimes, il faut que tu fasses quelque chose pour mettre fin à votre relation malsaine et ambiguë".

Giles s'interrompit un instant. Il regarda Spike, anéanti, qui pliait sous le poids de la culpabilité. Il prit une grande inspiration et reprit avec une voix calme et posée :

- Spike... Buffy a besoin d'une vraie vie de femme. Se marier, avoir une maison, aller en vacances à la mer... Un jour, elle aura envie d'avoir des enfants... C'est pour ça qu'Angel est parti. Il a eu cette décence. Angel a toujours compris qu'il lui faisait plus de mal que de bien. Maintenant que tu as une âme, je voudrais que tu considères l'intérêt de Buffy avant le tien, et que tu réfléchisses à ce qui est bon pour elle. Et si tu l'aimes vraiment Spike, tu partiras".

Giles essuya ses lunettes, soulagé d'avoir pu ainsi mettre les choses au point.

Restait à espérer que la discussion porte ses fruits...

* * * * *

En faisant des courses, Buffy ne cessait de penser à Spike. Lui seul occupait son esprit. Spike avait récupéré très vite de ses blessures physiques.

En revanche, il parlait peu. Il cherchait à éviter tous les sujets de conversation touchant à l'âme, à ses relations sado-masochistes avec Dru, ou sa relation homosexuelle avec Cameron. La curiosité de Buffy était donc insatisfaite. Mais elle préférait ne pas le brusquer : les choses viendraient petit à petit, d'elles-mêmes. Il fallait lui laisser le temps. Buffy le savait parfaitement. Elle saurait attendre.

Lorsque Buffy revint du centre ville, elle était nerveuse : elle avait acheté quelque chose pour Spike et cette idée l'excitait. Elle déposa ses paquets et chercha son vampire : il était dans le salon en train de mater la télé. Buffy s'approcha de lui et se planta à ses côtés en se dandinant sur ses pieds comme une petite fille :

- Viens dans la salle de bains avec moi" chuchota Buffy à son oreille. Aux seuls mots de "salle de bains", Spike se raidit : c'était dans une pièce d'eau qu'il avait essayé de la violer un an plus tôt.

Buffy devina immédiatement son trouble : "Non, Spike. Ce n'est pas la même salle de bain : on est ici chez Giles. Il faut oublier le passé. Tu as une âme, maintenant".

Elle le força à se lever et elle l'entraîna avec elle à l'étage.

- Tu vas voir, j'ai acheté quelque chose pour toi" fit Buffy d'une voix toute excitée.

- Qu'est-ce que c'est ?" interrogea Spike surpris.

- Un flacon magique pour te faire redevenir Spike" répondit Buffy en sortant d'un sac en plastique une boite de shampooing décolorant. Buffy ne voulait plus voir ces cheveux bruns, ce visage trop dur : ce Spike-là était celui qui couchait avec un mec et se laissait martyriser par Drusilla. Mais il n'existait plus maintenant : en redevenant blond, il redeviendrait son ancien amant, le Spike qu'elle connaissait.

Elle le prit par la main et ils entrèrent ensemble dans la salle de bains.

Giles, depuis son bureau, avait assisté à cette scène de tendresse entre le vampire et la Tueuse. Il se demandait bien ce qu'ils étaient en train de faire, tous les deux, dans la salle de bains. La situation l'angoissait. Il se mit à faire les cent pas dans le salon et finit par se rendre dans la cuisine : il lui était impossible de se concentrer sur un quelconque travail en sachant que Spike et Buffy étaient enfermés ensemble dans la pièce au dessus de sa tête.

"Nom de Dieu !" s'énerva Giles "Ce crétin n'a rien écouté de ce que je lui ai dit ! Ce n'est qu'un égoïste ! Il est incapable de partir, incapable de laisser Buffy tranquille !"

Giles se disait que Buffy était sur une pente dangereuse, une pente glissante... "Décidemment, parler ne sert à rien. Il faut agir !!! Si je ne trouve pas un moyen d'arrêter tout ça, elle va retomber dans les bras de Spike".

Mais que faire ? Giles ne voulait en aucun cas prendre le risque d'affronter Buffy et de risquer de perdre sa confiance.

L'observateur se servit une tasse de thé en cherchant un plan pour se débarrasser du vampire sans risque.

Mais aucune idée ne germait dans sa tête : son cerveau était devenu un terrain stérile. "Tant pis" se dit Giles "Il finira bien par se présenter une occasion, ou un concours de circonstances... Et, là, Spike, je ne te raterais pas".

* *

- Mets-toi dedans" ordonna Buffy à Spike en lui désignant la baignoire pleine d'eau chaude "Déshabille-toi. Je reviens" et elle quitta la pièce.

Spike resta planté comme un idiot, debout au milieu de la salle de bain. Il ne savait pas trop quoi faire. Il préféra obéir. Il en avait envie.

Il jeta au sol ses Docks et son denim élimé. Il se coula lentement dans le bain. Il sentit la chaleur de l'eau l'envelopper. Il entendit deux coups brefs frappés à la porte et Buffy entra aussitôt, sans attendre de réponse. Spike se mit immédiatement en position foetale. Il n'était habituellement pas pudique mais depuis qu'il avait récupéré son âme, il n'avait plus tellement envie d'exposer sa nudité : Buffy n'avait pas versé de bain moussant dans l'eau. L'eau, claire et pure, était d'une transparence parfaite.

La Tueuse rougit légèrement en pénétrant dans la pièce. Elle détourna son regard.

Buffy attrapa la boite de produit décolorant et l'ouvrit. Elle en extirpa la notice qu'elle parcourut rapidement :

- On applique la crème et 20 minutes après, tu seras à nouveau blond platine...

- On ?" questionna Spike. "Tu sais, Buffy, je peux faire ça seul. J'ai l'habitude...

- Je sais" se contenta de dire la Tueuse en lui jetant un regard profond.

Buffy releva ses manches et s'agenouilla près de la baignoire dans laquelle Spike était allongé : "Tourne-toi... Là, comme ça" ordonna Buffy en essayant de mettre sa tête brune à sa portée.

- Owww ! Aïe !" s'écria Spike en massant sa nuque "Tu es en train de me dévisser la tête, là !

- Flûte" Buffy changea de position afin que Spike soit mieux installé. Cette fois-ci, elle était très mal à l'aise. Elle se mit alors à genoux et lui fit pencher la tête de côté : "Et comme ça ? Ca va ? Tu as mal ?

- Aux cervicales" bougonna Spike en grimaçant. Buffy était ennuyée. Elle ne trouvait pas de bonne position pour appliquer le produit.

- Et là ?" questionna-t-elle en lui tournant la tête dans l'autre sens.

- C'est pire" lâcha Spike, laconique.

- Tant pis" soupira Buffy en se relevant.

- La Tueuse vaincue par la crème décolorante !" ricana Spike "Tu abandonnes ?" questionna-t-il d'un air contrit.

- Pas du tout" répondit Buffy. Et Spike la regarda, plantée près de la baignoire : elle était en train de se déshabiller. Le vampire ouvrit des yeux exorbités. Il croyait rêver ! Buffy enlevait un par un ses vêtements. Le choc fut violent pour Spike : jamais il n'aurait cru qu'elle pourrait encore avoir le moindre geste de la sorte envers lui. Buffy ôta son pull et son jean.

Une fois en sous-vêtements, elle ordonna à Spike de lui faire un peu de place dans son dos. Il crut défaillir en sentant la peau douce de Buffy effleurer la sienne. Le mouvement de l'eau que son corps déplaçait le berçait comme une déclaration d'amour. Il sentit ses jambes fines se placer de chaque côté de ses hanches, son ventre se coller contre ses reins, ses seins toucher de leur pointe durcie son dos. Et puis il sentit ses mains qui l'attiraient contre elle :

- Mouille tes cheveux, s'il te plaît" susurra-t-elle d'un voix un peu rauque. Spike se laissa couler en arrière contre sa poitrine, glissant contre ses mamelons tendus sous la toile du soutien-gorge en dentelle. Il se frotta malgré lui contre son ventre souple. Il leva les yeux vers elle. Il la voyait, à l'envers, au dessus de lui et il s'aperçut qu'elle rougissait.

Les doigts délicats de la Tueuse s'infiltrèrent dans sa chevelure mêlée. Elle fit descendre ses mains vers ses épaules et murmura très doucement : "Relève-toi un peu. Voilà. Comme ça" Elle enfila les gants en plastique, censés la protéger de l'abrasion du produit, puis versa le décolorant au creux de ses mains et enfin, l'appliqua sur ses cheveux bouclés devenus bruns. Elle frotta doucement sa nuque, ses tempes, son front, répartissant harmonieusement la crème qui allait à nouveau le rendre blond, qui allait enfin le faire redevenir Spike.

Spike se laissa faire, savourant la sensation des doigts de Buffy qui lui massaient la tête de manière tellement orgasmique. C'était le geste le plus tendre, le plus doux qu'elle avait jamais eu pour lui. Il bandait comme un fou mais il était trop tard pour verser du bain moussant ou pour tenter de cacher son érection. Elle le savait nécessairement : elle savait l'effet que le plus petit de ses gestes avait sur lui. Il n'avait pas honte de l'aimer et de la désirer. Il se sentait heureux. Si elle avait décidé de se couler dans le bain près de lui, c'est qu'elle n'avait plus peur de lui.

Il pouvait entendre sa respiration anarchique et son souffle brûlant contre sa nuque. Elle était troublée.

Elle massa un moment sa tête puis retira enfin les gants en plastique. Buffy avait fini d'appliquer la crème décolorante depuis plus d'une minute mais elle ne parvenait pas à bouger. Elle avait remarqué l'effet dévastateur qu'elle avait eu sur le sexe de Spike. Mais il restait là, immobile, sans la toucher, moulé contre elle.

Buffy fut parcourue d'un léger frisson : il la désirait toujours. Son amour pour elle était insatiable. Ses lèvres tremblaient légèrement. Elle sentit des larmes se former sous ses paupières baissées : ce devait être le produit qui lui abrasait la cornée. Elle battit des cils.

Le corps de son vampire, réchauffé par l'eau brûlante du bain, lui excitait les sens. Sa poitrine devenait réellement douloureuse et elle avait les joues en feu. Buffy ferma complètement les yeux et laissa son corps à l'écoute des sensations que le corps de Spike lui provoquait. Elle sentait les muscles du dos de son ancien amant frémir contre son ventre. Elle aurait pu rester une éternité dans cette position, collée à lui, en paix avec elle-même, enfin en paix avec ses désirs honteux et contradictoires.

Une minute... Rien qu'une minute...

Puis elle se ressaisit : elle ne pouvait se laisser aller : c'était injuste pour lui, injuste pour elle.

Elle finit par rompre le silence d'une voix fiévreuse :

- Il faut que le produit pose pendant vingt minutes. Je... Je vais sortir de l'eau à présent". Spike se força à décoller son corps du sien et sentit avec douleur les membres de Buffy s'évader de ses hanches, de son dos, de ses épaules...

- Tu viendras me rincer ?" questionna Spike en attrapant le gel douche posé sur le rebord de la baignoire. Buffy émit un petit sourire troublé. Elle s'enroula dans une serviette et sortit de la pièce sans répondre.

Buffy referma la porte de la salle de bain et se laissa tomber sur le lit de la chambre attenante, sans même allumer la lumière. Elle resta dans le noir, fixant le réveil.

Cinq minutes. Le clapotis de l'eau. Il devait laver son corps musclé et noueux.

Dix minutes. Le silence. Il ne bougeait plus. Il pensait à elle. Elle pouvait le deviner.

Vingt minutes. Elle entendit Spike qui faisait couler l'eau de la douchette : il rinçait ses cheveux désormais blond platine.

Vingt-cinq minutes. Elle l'entendit sortir de l'eau. Le bruit des placards qui s'ouvrent et qui se ferment. Le bruit du sèche-cheveux.

Elle demeurait immobile, incapable de bouger, de parler, incapable d'aller vers lui comme de le fuir.

Et puis la porte s'ouvrit et Spike apparut, la taille nouée dans une serviette blanche. Il alluma la lumière et sursauta en l'apercevant :

- Buffy ??? Qu'est-ce que tu fais dans le noir ?" Il s'aperçut aussitôt qu'elle avait les yeux vides et qu'elle tremblait légèrement. Il s'approcha d'elle et voulut s'agenouiller auprès du lit où elle était demeurée près d'une demi-heure, figée comme une statue. En le voyant s'approcher, Buffy se leva d'un bond et émit un sourire forcé :

- Oh ! Très beau ce blond... Mais... Heu... Qu'est-ce que je voulais dire... tes cheveux sont trop longs. Il faut les couper.

- Buffy, qu'est-ce qu'il y a ?" chuchota Spike, inquiet d'avoir fait quelque chose qui ait pu la blesser. Il craignait qu'elle ait eu un flash de sa tentative de viol en le voyant bander dans l'eau brûlante. Buffy recula brusquement et s'enfuit vers la porte donnant sur le couloir :

- Je... Je vais chercher des ciseaux".

Elle se précipita hors de la chambre, prise d'un besoin irrémédiable de fuir : il ne fallait plus qu'elle se laisse aller ! Avec lui, elle redeviendrait celle qu'elle détestait ! Tout recommencerait : elle serait à nouveau sale.

Pourtant, elle ne parvenait pas à lutter contre ses instincts : son corps continuait de le désirer plus que tout.

Elle courut jusqu'au salon, cherchant Giles désespérément. Il n'était pas là, ni dans la cuisine, ni dans son bureau. Buffy sentit la panique l'envahir. Elle avait besoin de lui ! Maintenant !!!!

Et puis, elle vit son ombre, à travers la fenêtre. Giles était planté dehors, sur les marches du perron, perdu dans ses pensées. En l'apercevant, son coeur bondit dans sa poitrine et elle sortit en coup de vent. Elle ne laissa pas le temps à Giles de prononcer un mot. Elle se précipita dans ses bras :

- Oh ! Giles... Serrez-moi dans vos bras. Serrez-moi fort". Il l'enlaça tendrement et caressa ses cheveux. Il pouvait sentir contre son torse le coeur de Buffy qui battait la chamade. Les mains de la jeune femme avaient enserré fermement ses reins, le pressant davantage contre son corps.

Giles était troublé par la violence passionnelle de son étreinte : Buffy s'accrochait à lui comme si sa vie en dépendait. L'observateur savait qu'elle était bouleversé : il pouvait ressentir la souffrance de la jeune fille jusque dans sa propre chair :

- Buffy..." questionna-t-il dans un murmure. "Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Ne me quittez jamais Giles..." hoqueta Buffy, le visage enfoncé dans sa poitrine. Elle avait les larmes au bord des yeux. "Ne me laissez pas ! Jamais ! Non, si vous me laissez, je..." Elle s'interrompit, haletante, comme à bout de souffle. Giles déposa un baiser sur son front et il la sentit frissonner contre sa poitrine. Elle reprit avec peine : "Si vous m'abandonnez, je ne sais pas ce qui pourrait arriver. Il... Il ne faut pas me laisser seule... Jamais". Giles fronça les sourcils : il n'était pas sûr de comprendre ce qu'elle voulait lui dire.

- Buffy ?" Il glissa sa main sous son menton et lui releva le visage : il la força à le regarder droit dans les yeux : il voulait lire en elle, lire dans ses pensées en plongeant son regard dans le sien.

Buffy se laissa faire, obéissante. Ses lèvres roses se mirent à trembler légèrement :

- J'ai besoin de vous, Giles" sa voix n'était plus qu'un murmure douloureux. "Sans vous, je suis perdue... Promettez-moi de ne jamais me laisser".

Dans un murmure glissé à son oreille, Giles promit... Il aurait promis n'importe quoi. Pour elle, il était prêt à tout.

Buffy était si bien entre ses bras : son corps épousait parfaitement le sien et, blottie contre lui, elle se sentait enfin en sécurité.

Le vent dehors était glacé. Instinctivement, Buffy glissa ses mains sous le pull de Giles. Elle voulait le toucher, le retenir contre elle... en quelque sorte le capturer. Giles sentit ses doigts gelés se faufiler contre ses reins et se frotter contre sa peau. Il frissonna, comme parcouru par un courant électrique.

- B-Buffy..." bredouilla-t-il, d'une voix mal assurée : "Que... Qu'est-ce que tu fais ?". La jeune femme leva vers lui ses grands yeux perdus. Ses lèvres roses et humides s'entrouvrirent. Giles sentit les ongles de Buffy s'enfoncer dans ses flancs : il lui sembla que son coeur s'était arrêté de battre.

Mais tout à coup, la voix de Spike se fit entendre depuis l'étage :

- Buffy ?" gueula-t-il, en la cherchant : "Où es-tu passé ?

Buffy sursauta, visiblement gênée, et s'évada tout un coup du corps protecteur de Giles. Elle recula sans même oser le regarder :

- Merci..." murmura-t-elle en rentrant dans la maison.

Elle n'avait pas relevé les paupières. Giles n'avait pu voir ses yeux.

Il l'entendit ouvrir les tiroirs de la cuisine puis crier d'une voix forte : "Spike ? J'ai les ciseaux !". Et elle monta les escaliers quatre à quatre.

Chapitre 12

-- Westbury --

- Giles, vous ne restez pas avec nous ?" questionna Buffy qui préparait une nouvelle bouilloire pour le thé. Elle prenait des habitudes très britanniques.

- Non, merci. J'ai encore du travail : un livre à terminer, avec des difficultés de traduction..." L'observateur préférait décliner l'invitation. Voir la complicité grandissante qui s'installait entre sa protégée et ce vampire honni lui collait un début de dépression. Il préférait ne rien voir, ne surtout rien savoir de la façon dont leur relation pouvait évoluer. Il en souffrait trop.

Giles attendait son heure pour agir.

Buffy et Spike restèrent donc seuls dans la cuisine, à grignoter des tranches de cake. Ils parlaient peu mais la tension physique entre eux était palpable. Ils étaient comme les pôles de deux aimants, irrémédiablement attirés l'un vers l'autre.

Dès qu'elle était dans la même pièce que lui, le vampire avait l'impression d'être en état d'érection permanente. Il avait des fourmis dans les doigts tellement ses mains crevaient de se poser sur elle. Il rêvait de lécher ses seins, de glisser sa langue entre ses lèvres pulpeuses, de lui ouvrir les cuisses, d'entrer en elle et de se fondre dans son corps.

Rien qu'en le regardant bouger, rien qu'en écoutant sa voix, le corps de Buffy réagissait. Elle pouvait sentir la pointe de ses seins durcir, sentir ses cuisses brûler et son ventre crier la faim qu'elle avait de lui. Elle ne pouvait empêcher son sexe de le désirer.

Pourtant, ils refusaient tous les deux de se laisser aller, pétris chacun par la peur, le remord ou l'angoisse...

Spike pensait sans arrêt à sa conversation avec Giles : l'observateur avait raison, entièrement raison : il avait le devoir de partir. Pour le bien de Buffy. Il ne pouvait quand même pas être plus lâche et plus faible qu'Angel !

Malgré tout, Spike habitait toujours chez Giles, avec Buffy. Il ne parvenait pas à se détacher d'elle. Spike ne trouvait pas les mots pour lui dire qu'il avait l'impérieuse obligation de l'abandonner... il n'en avait d'ailleurs nulle envie.

Il lui était impossible de la quitter, là, comme ça.

Spike et Buffy avaient bien conscience que cette situation ne pouvait durer : ils ne pouvaient pas rester à vivre en Angleterre, aux crochets de Giles, à se tourner autour du matin ou soir, à se chercher, à s'effleurer... Un jour ou l'autre, quelque chose briserait leur bulle et le temps suspendu reprendrait son cours.

Quelque chose...

N'importe quoi...

Un évènement ou un autre.

* * * * *

Lorsque la porte sonna sur le coup de 22 heures, Spike crut se rendre utile en allant ouvrir : il avait besoin de bouger. La proximité de Buffy le rendait fou de désir. Il était terriblement excité.

- Bouge pas, Buffy. Finis ton thé. Je vais voir qui c'est" Et il disparut de la cuisine en un mouvement rapide.

La porte s'ouvrit.

Puis le silence.

Buffy, depuis la cuisine, tendait l'oreille mais n'osait bouger.

Giles, installé dans la bibliothèque où il étudiait encore un livre sur les vampires et leur nocivité, fut plus curieux :

- Qui est-ce ?" cria-t-il.

- Rien... Enfin, c'est pour moi" répondit Spike d'une voix mal assurée. En entendant cette phrase énigmatique, Buffy se précipita dans l'entrée pour voir qui rendait visite à Spike après la tombée de la nuit. Elle pensait trouver Drusilla.

Elle tomba nez à nez avec un jeune homme brun à la peau très blanche qui lui rappelait vaguement Spike.

Le regard de Spike allait de Buffy au jeune homme, d'un air gêné :

- Buffy, c'est... C'est Cameron" finit par lâcher Spike avec difficulté. Au seul prononcé de son nom, Buffy se raidit. La chaleur moite qui l'avait envahie quelques minutes auparavant, alors qu'elle discutait avec lui dans la cuisine, s'envola. Elle se sentit glacée de l'intérieur.

Alors voilà à quoi ressemblait l'amant de Spike, l'homme avec qui il avait couché. Une vague de jalousie la submergea.

Giles, à son tour, s'avança dans l'entrée et examina Cameron du regard :

- Vampire, n'est-ce pas ?" questionna-t-il avec un air soupçonneux.

- Vampire" confirma Spike.

- C'est Cameron" répéta mécaniquement Buffy, comme si le fait de prononcer ce prénom tant haï allait la décharger du poids de sa jalousie. "C'est un... un ami de Spike..." bégaya-t-elle, incapable d'avouer à quiconque le secret des relations sexuelles agitées de Spike.

Giles leva un sourcil surpris : Cameron... Hum... Aucun intérêt. Il aurait préférait voir débarquer Drusilla et la voir kidnapper Spike. L'observateur essuya ses lunettes et conclut avant de se retirer :

- Bon, moi, je vais me coucher...". Et il disparut dans l'escalier menant à l'étage.

Buffy resta seule face aux deux amants qu'elle maudissait. Cameron n'avait toujours pas ouvert la bouche et Spike, toujours planté devant la porte d'entrée, paraissait de plus en plus mal à l'aise.

Enfin, il se décida à débloquer la situation :

- Buffy, il faut que je parle à Cameron. Je... Je sors". Il ferma la porte, laissant la jeune fille seule avec son désespoir.

Buffy se précipita aussitôt contre la fenêtre du salon : elle les chercha du regard. Ils marchaient à pas lents dans l'allée de gravier, s'éloignant peu à peu de la maison.

Cameron recherchait sans cesse le contact physique : il caressait le bras ou l'épaule de Spike. Il se frottait à lui d'une façon qui rendait Buffy ivre de jalousie.

Cameron embrassa même Spike qui ne le repoussa que mollement.

Puis, ils disparurent dans la nuit noire, au bout du chemin.

Buffy ne pouvait plus rien voir.

Elle plaqua sa main contre sa bouche pour ne pas éclater en sanglots.

Buffy courut dans sa chambre, les larmes aux yeux : qu'allait-il faire avec lui ? Que faisaient-ils à présent, maintenant qu'ils s'étaient enfoncés dans les ténèbres ?

Est-ce qu'ils s'embrassaient ? Très certainement... Ils devaient se déshabiller, toucher leurs peaux froides. Buffy les imaginaient en train de se caresser, de s'exciter...

Elle essayait de chasser ces visions de son esprit mais elle n'y parvenait pas. Il ne lui venait même pas à l'idée que Spike ait pu repousser Cameron. Non... Selon Buffy, l'appel de la chair était trop fort et Spike ne pouvait résister à la tentation.

Elle avait envie de hurler rien qu'à l'idée qu'ils puissent être en train de... Yerk ! Tout ça l'écoeurait. Mais elle en souffrait terriblement.

Buffy referma la porte de sa chambre et essaya de reprendre une respiration normale. Elle tournait comme un rat en cage. Elle se sentait tellement impuissante.

Elle fixa son lit : il était tard. Il n'y avait que ça à faire : se coucher et attendre demain. C'était la seule solution raisonnable.

Elle commença à se déshabiller en étouffant les pleurs qui remontaient dans sa gorge. Elle laissa tomber ses vêtements au sol. Elle enleva son soutien-gorge avec difficulté tellement ses seins étaient douloureux, gonflé par le désir. Puis elle retira sa culotte avec honte : elle avait tellement eu envie de lui, tout à l'heure, dans la cuisine, qu'elle l'avait mouillée. Elle ressentait encore cette excitation au creux de ses cuisses, son sexe qui réclamait d'être pénétré. Elle avait besoin de jouissance, besoin d'un orgasme pour libérer sa tension, pour écraser sa souffrance.

Elle aurait donné n'importe quoi pour faire l'amour, là, tout de suite...

A présent, elle était nue, seule dans cette pièce vide et Spike était loin, dans les bras de ce mec à se faire baiser... Buffy hoqueta de chagrin. Elle s'avança vers le miroir qui ornait la porte du placard et regarda son corps à travers son brouillard de larmes. Elle effleura ses seins, toucha ses hanches du bout des doigts puis essuya les grosses larmes qui coulaient sur ses joues roses.

Spike... Elle avait tellement besoin de lui !

Et lui, là... L'autre... Il allait le toucher, l'embrasser, le faire crier, tandis qu'elle se morfondrait, seule, dans son petit lit.

Pourquoi ne l'avait-elle pas retenu ? Pourquoi ne lui avait-elle pas dit qu'elle le désirait plus que tout ?

Elle voulait tant faire l'amour.

Elle avait un besoin désespéré d'être prise, de s'abandonner dans des bras d'homme, de hurler sa jouissance.

L'an passé, Spike la faisait vivre en la baisant violemment. Maintenant qu'il la laissait tomber pour un homme, qui apaiserait le feu entre ses cuisses ?

Rester toute seule avec ses désirs, c'était insupportable... La solitude l'anéantissait.

Buffy éclata alors en sanglots.

Elle enfila avec peine sa petite chemise de nuit rose et se précipita dans le couloir.

Giles sursauta en entendant la porte de sa chambre s'ouvrir : il craignait toujours de voir Spike venir le tuer dans son sommeil. Ame ou pas âme, il ne lui faisait absolument pas confiance.

Il alluma la lampe de chevet d'un geste nerveux.

Et, à sa grande surprise, il la vit.

Buffy...

Sa Buffy...

Sa respiration s'accéléra et il sentit son corps frissonner malgré lui. Couché dans son lit, il la fixa, sans oser bouger, sans oser parler.

Buffy, le visage barbouillé de larmes, se tenait plantée au milieu de la pièce. Elle était pieds nus, comme une petite fille. Ses cheveux blonds caressaient ses épaules nues. Son corps trop mince, à peine recouvert par sa nuisette rose, avait l'air d'être celui d'une enfant.

D'ailleurs, elle pleurait comme une enfant.

Elle restait immobile, les bras ballants, incapable d'articuler une seule parole. Elle aurait voulu lui dire, lui expliquer, mais les mots s'étranglaient dans sa gorge.

Elle était au bord du gouffre.

Une petite fille perdue...

Giles sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. La voir souffrir ainsi le martyre était insupportable.

Il releva le bord du drap et ouvrit son lit.

Buffy se précipita dans ses bras.

A suivre...