
Auteur : Haldol
Email : haldol (chez]
wanadoo [point) fr
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, ils
appartiennent à Joss, etc. (vous connaissez ça par coeur).
Je les lui ai empruntés et je ne les lui rendrais que lorsque je
les aurais tellement torturés et salis qu'ils seront
complètement abîmés...
Personnages principaux : Anya, Buffy, Spike, Drusilla et Giles.
Rating : PG-13
Place de la fanfic : L'histoire se déroule après le
dernier épisode de la saison 6, "Grave". Alternative à la
saison 7 (dont j'emprunte uniquement quelques rares
éléments). Spike a quitté Sunnydale pour aller se
faire ôter sa puce et se retrouve avec une âme. Mais depuis,
personne ne sait ce qu'il est devenu. Giles et Willow habitent ensemble
à Westbury (Angleterre). Alex travaille dans la construction
à Sunnydale et Dawn va au lycée. Anya, redevenue
démon vengeur, se défoule sur les hommes infidèles
mais s'ennuie. Buffy, sans emploi, veille tant bien que mal sur sa
soeur.
Pitch : Nouvelle vie pour Spike, nouvelle vie pour Buffy. Mais leurs
chemins séparés vont-ils converger ?
Avertissement de l'auteur : cette fic a pour trame la douleur et la
déchéance. Déchéance physique,
déchéance morale, douleurs des corps et des âmes.
Sentiment d'être sale, recherche de propreté et de
pureté.
C'est une fic sombre qui aborde des thèmes qui, bien qu'ils ne
soient qu'effleurés (aucune description), peuvent déranger
(homosexualité, automutilation, sado-masochisme, relations entre
certains personnages). Si cela vous écoeure, passez votre chemin
: cette histoire ne vous satisfera pas.
Sinon, bonne lecture.
Spike rentra un peu avant l'aube, épuisé et hésitant. Il avait passé une soirée difficile : Cam, Buffy... Buffy, Cam. Il était perdu. Il avait repoussé son ancien amant ; il avait lutté contre ses instincts physiques les plus primaires, contre ses besoins sexuels les plus bestiaux. Et il l'avait fait pour Buffy, par amour pour elle. Pour être celui qu'elle voulait qu'il soit.
Mais Spike était encore perturbé. Ses désirs heurtaient sa raison et les paroles culpabilisantes de Giles résonnaient encore dans son crâne.
Spike hésita. Bien sûr qu'il désirait Buffy plus que tout ! Mais l'aimer était un acte égoïste. Buffy méritait mieux qu'un vampire. Angel l'avait compris et c'est pourquoi il était parti. Angel l'avait quittée pour qu'elle soit heureuse.
Mais l'était-elle ? Non !
Giles se trompait... La fuir n'était pas la bonne solution...
Si elle avait des sentiments pour lui, il ne devait pas l'abandonner. Spike s'angoissa : des sentiments ? Quels sentiments Buffy pouvait-elle nourrir à son égard ? Ce doute le rongeait de l'intérieur, l'enfonçant dans un abîme de désespoir.
Spike glissa sa main sous son tee-shirt et toucha son torse du bout des doigts : ses blessures cicatrisaient.
Il se mit à fantasmer sur la souffrance physique extrême. Il avait besoin de faire couler son sang... Une seule lame de rasoir ferait taire cette douleur d'aimer Buffy.
La dextérité et la cruauté de Drusilla lui manquaient. Elle savait ce qu'il était, ce qu'il valait : autrement dit, rien. Dru lui avait sans cesse répété : il était sale, il devait être puni.
Spike prit sa tête dans ses mains, le crâne ravagé par ses pensées sombres et contradictoires.
Il fallait qu'il parle à Buffy.
Elle seule pouvait vaincre ses démons intérieurs, les tourments de son âme.
Peut-être que, si elle l'aimait, elle parviendrait à le sauver de lui-même...
Spike se précipita vers l'escalier et monta les marches avec rapidité mais sans faire de bruit : privilège de vampire...
Arrivé devant la chambre de Buffy, il hésita un instant. Il ne savait ce qu'il allait lui dire.
A 5 heures du matin, peut-être ne serait-elle pas vraiment en état de l'écouter.
Spike prit son courage à deux mains et ouvrit la porte avec précaution.
La chambre paraissait vide. Spike alluma la lumière, pour vérifier, et constata que le lit n'était même pas défait.
Il resta un instant surpris. Il cherchait une explication rationnelle mais n'en trouvait pas.
Où Buffy pouvait-elle bien être passée ?
Quelque chose qui l'avait-il conduite à quitter la maison ? Etait-elle partie à sa recherche lorsqu'il l'avait quitté avec Cameron ?
Ses sens de vampire étaient en alerte. Il sentait une odeur... Son odeur intime... Ce parfum qu'il connaissait si bien et qu'il adorait.
Spike regarda par terre et aperçut les vêtements éparpillés de la jeune fille. Il se baissa et ramassa la petite culotte qu'elle portait la veille et qui gisait sur le sol. Il la porta à ses narines : il pouvait encore sentir les effluves puissantes de son excitation : Spike en avait des vertiges.
Qui l'avait ainsi excitée ?
Où était-elle à présent ?
Et Giles ? Etait-il encore là ?
Spike sortit de la pièce et se dirigea vers la chambre de Giles. Il voulait juste vérifier s'il était toujours dans la maison ou si un évènement quelconque avait conduit l'observateur et la Tueuse à l'extérieur.
Spike posa tout doucement sa main sur la poignée et ouvrit la porte avec une extrême précaution.
Grâce à ses yeux de vampire, il pouvait parfaitement voir dans l'obscurité.
Le choc le cloua sur place.
Dans le grand lit, Giles et Buffy étaient enlacés, enroulés l'un contre l'autre dans les draps chiffonnés. La jeune femme avait posé sa tête sur l'épaule de son observateur et son bras fragile barrait sa poitrine. Ses cheveux d'or masquaient à moitié son visage mais elle paraissait apaisée.
Spike entendait leur respiration régulière.
Il serra ses poings, terrassé par le tableau qui s'offrait à lui. Il avait envie de vomir.
Il recula en titubant, puis referma la porte. Le bruit, bien qu'imperceptible, réveilla l'observateur qui avait le sommeil léger.
Giles ouvrit un oeil comateux et regarda le radio-réveil : 5 h 14.
Puis, il baissa les yeux en direction de sa Tueuse qui dormait tout contre lui. Il releva une mèche de cheveux blond et contempla son visage : ses paupières paraissaient gonflées. Elle avait tant pleuré... Pleuré des rivières de larmes à cause de Spike ! Ce crétin de Spike...
C'était d'ailleurs lui qui venait de faire une incursion nocturne dans sa chambre : Rupert en était sûr.
Bien qu'il n'en ait aucune envie, Giles savait qu'il devait se lever.
Oh ! Il serait bien resté encore des heures contre le corps tiède et fragile de Buffy. Mais il fallait qu'il parle avec le vampire. Essayer de régler enfin le "problème Spike" une bonne fois pour toute...
Giles posa un tendre baiser sur le front de Buffy et s'extirpa du lit en essayant de ne pas la réveiller. La jeune femme ne sentit rien : elle dormait comme un bébé.
Giles quitta la chambre à regret : le contact de la peau soyeuse de la jeune fille lui manquait déjà.
Buffy avait vaguement senti le corps de Giles s'évader du sien : il avait quitté leur lit et désormais, elle avait froid.
Elle ouvrit les yeux et regarda l'heure : 5 h. 21. Il était encore si tôt et elle avait sommeil. Pourquoi Giles l'abandonnait-elle ? Elle remonta la couverture pour tenter de se réchauffer.
Giles...
Elle avait passé une merveilleuse nuit.
Il l'avait câliné, dorloté comme une poupée, comme la petite fille qu'elle était. Il avait pris soin d'elle comme un père l'aurait fait. Mieux que son propre père ne l'avait jamais fait.
Giles avait essuyé ses larmes et l'avait bercée comme une enfant.
Buffy avait encore envie d'être cajolée, encore envie de faire semblant d'avoir dix ans. Elle ne voulait plus rester seule. Elle voulait respirer sans son cou, pleurer dans ses bras, dormir contre son épaule.
Avec lui, elle chassait ses désirs sexuels malsains. Ses besoins physiques d'être baisée avec violence s'apaisaient.
Blottie contre le corps chaud et paternel de Giles, elle redevenait une gamine, juste une petite fille sage. Il était son gardien, sa barrière de sécurité.
Dans ses bras, elle n'était plus sale. Elle redevenait propre, toute propre, comme une enfant.
Elle renfonça sa tête dans l'oreiller et se rendormit en murmurant son nom : "S'il vous plait, Giles, j'ai besoin de vous..."
Rupert savait exactement où il trouverait le vampire. Il se dirigea vers sa chambre et le trouva en train de récupérer ses affaires.
Lorsque Giles entra dans la pièce, Spike fit comme s'il n'existait pas et continua de remplir son sac.
- Tu comptes t'enfuir comme un voleur ?" questionna l'observateur.
- Elle n'a plus besoin de moi" dit Spike sans se retourner.
- Heureux que tu t'en sois enfin aperçu. Qu'est-ce qui a opéré ce miracle ?" fit Giles en croisant ses bras sur sa poitrine.
- Ho ! Giles ! Ne faites pas l'innocent ! Je vous ai vu !" cracha Spike en s'efforçant de ne pas élever la voix. Il ne voulait pas réveiller Buffy.
Giles se figea : vu ? Vu quoi ? Seigneur ! Spike pensait donc que... Ho ! C'était inespéré !
- Vu ?" répéta l'observateur d'un ton soupçonneux.
- Oui, vu... Dans le lit ! Tous les deux !!!" s'énerva le vampire en le fixant droit dans les yeux avec rage. "Vous m'écoeurez. Vous n'êtes qu'un vieux pervers dégueulasse. Vous profitez d'elle, de sa faiblesse, de son trouble. Comment avez-vous pu coucher avec elle ? C'est votre protégée ! Vous êtes comme son père et vous... vous... Arrgghhh ! Vous me donnez envie de vomir !" Spike ne trouvait plus ses mots. Il était complètement anéanti.
Giles encaissait les insultes, sans broncher. Il était prêt à tout subir dans le but de voir enfin Spike disparaître de la vie de Buffy. Même à passer, aux yeux du vampire, pour une sorte de père incestueux.
L'observateur n'osait se l'avouer mais il en concevait une sorte de fierté et d'orgueil : passer pour l'amant de Buffy le flattait malgré lui.
Et voir Spike crever de douleur et de jalousie était purement jouissif !
Il n'était pas question pour Giles de rétablir la vérité : cette méprise était la solution qu'il attendait depuis toujours. C'était enfin le moyen de se débarrasser de lui.
Et tant pis pour la morale.
Giles ne releva donc aucune des injures du vampire. Il reprit :
- Ca ne t'autorise pas à la quitter sans lui dire au revoir. Elle a le droit de savoir, Spike" fit Giles d'un ton sentencieux. "Tu veux partir ? Très bien ! Ce n'est pas moi qui te retiendrais. Mais si tu t'enfuis, elle restera dans le doute, elle te recherchera et vous en resterez au même point. Buffy est en train de se reconstruire une nouvelle vie : laisse-lui une chance d'être heureuse même si ses choix ne te conviennent pas. Pour une fois, pense d'abord à elle au lieu de toujours penser égoïstement à toi !".
Le vampire s'immobilisa : l'observateur avait raison. Il n'avait pas le droit d'être lâche.
- Très bien. J'attendrais. Je lui dirais au revoir quand elle sera levée.
- Spike, j'espère que tu trouveras une explication convaincante. Il n'est pas question que tu juges ses choix de vie. Tu n'es pas censé savoir que..." Giles était embarrassé par l'énorme mensonge sur lequel reposait désormais leur rupture.
Spike haussa les épaules :
- Je sais ce que je lui dirais... Ne vous inquiétez pas : je ne trahirais pas son secret... Votre secret..." rectifia le vampire avec dégoût. "Si elle ne me parle pas de votre nuit ensemble, je me tairais, par respect pour elle. Uniquement pour elle... Je ne voudrais pas l'embarrasser". Spike fit une pause puis, alors que Giles s'en allait, il l'interrogea : "Je peux téléphoner ?
- Bien sûr" répondit Giles avant de refermer la porte avec un sourire satisfait.
- Il faut que je prévienne quelqu'un" murmura Spike, dans le silence de la chambre vide.
* * * * *
Spike et Buffy se tenait l'un en face de l'autre, devant la table de la cuisine, sans parler. Il était à peine 7 heures du matin et le soleil commençait à se lever. Un bruit de voiture qui roulait dans l'allée parvint jusqu'à eux. Spike ramassa son sac :
- C'est Cam.
- Je ne comprends pas" murmura Buffy d'une toute petite voix.
- Tu n'as jamais compris". Spike voulut passer ses doigts une dernière fois dans ses cheveux blonds mais Buffy esquiva : elle ne voulait pas qu'il la touche. Pas avec ses mains qui avaient, la nuit dernière, touché le corps d'un autre homme. Ca l'écoeurait.
- Tu l'aimes ?" questionna-t-elle naïvement. Spike eut un sourire triste : Ha ! Les femmes ! Elles ramenaient toujours tout à l'amour, au grand sentiment.
- J'ai besoin de lui, Buffy" mentit Spike. Il voulait lui hurler que, la veille, il n'avait pas touché Cameron, qu'il voulait vivre avec elle, qu'il l'aimait plus que tout.
Mais l'image de Giles et Buffy enlacés dans le lit explosa dans son crâne : il avait sans cesse des visions dans lesquelles il voyaient Giles et Buffy en train de faire l'amour, Giles éjaculant entre ses cuisses, Buffy criant son orgasme. Il était dégoûté par cette relation incestueuse.
Giles se tenait en retrait, observant la scène avec émotion. Enfin il gagnait le combat. Enfin il sortait victorieux de sa lutte contre Spike. Et à quel prix ! Il gagnait à la fois le privilège d'être pris pour l'amant de Buffy et le plaisir de ridiculiser son rival dans le coeur de la jeune fille.
Giles allait redevenir son guide, son point de repère. Buffy ne subirait plus aucune mauvaise influence vampirique.
Mais en même temps, Giles se sentait un peu nerveux, mal assuré. Il lui semblait jouer avec le feu. Sa Tueuse lui appartenait à nouveau, corps et âme... mais à quel titre ? Dans la nouvelle vie qui s'offrait à Buffy, quel rôle aurait-il le droit de tenir ? Quelle place lui laisserait-elle occuper ?
Il sentait bien, au fond de lui, que la jeune femme n'avait plus besoin d'un observateur, ni d'un substitut de père : son comportement à son égard était parfois si ambigu... Cette nuit, dans le lit, elle exhalait une telle sensualité... De plus, voir Spike comme un rival était sans doute déplacé et excessif : Giles s'en rendait parfaitement compte.
Buffy regarda Spike disparaître dans le véhicule aux vitres teintées de Cameron. Elle sentit les larmes envahir ses yeux.
Dans sa tête, la jeune femme suppliait : elle priait pour que Spike ne retourne pas en enfer : "Cam, s'il te plait, ne le ramène pas à Dru ! Je t'en prie, ne lui donne pas Spike. Ho ! Cam ! Fais lui du bien, fais lui l'amour, offre lui ce bonheur qu'il mérite tant... puisque c'est avec toi qu'il veut être. Mais s'il te plait, ne laisse plus Drusilla lui faire du mal".
La voiture n'était plus qu'un minuscule point à l'horizon. C'était fini.
Buffy sentit de grosses larmes qui coulaient le long de ses joues.
Giles s'approcha tout doucement de la Tueuse et l'enlaça. Buffy, aussitôt, se blottit dans ses bras et éclata en sanglots.
- Chut, chut... Là, c'est fini..." murmura Giles en la berçant.
Les caresses de Giles l'apaisaient. Buffy ravala ses pleurs et sa respiration redevint peu à peu normale :
- Giles..." chuchota-t-elle à son oreille.
- Oui ?
- Il est encore très tôt et je suis fatiguée, si fatiguée... Je vais aller me recoucher. J'ai besoin de dormir encore".
Giles embrassa ses cheveux :
- Va... Dors autant que tu le veux, Buffy" murmura-t-il dans un sourire tendre.
Buffy leva ses yeux vers lui :
- Pas toute seule..." ajouta-t-elle d'une petite voix faussement innocente. Et ses mains cherchèrent celles de Giles. Leurs doigts s'entrelacèrent naturellement. L'observateur se sentit à nouveau troublé.
- Emmenez-moi" susurra-t-elle. Ses joues étaient devenues très roses et son souffle était court. "Prenez-moi dans vos bras et emmenez-moi me coucher".
Giles ne sut quoi faire d'autre qu'obéir. Il souleva la jeune fille et monta lentement les marches menant à l'étage. Il sentait sa respiration rapide effleurer sa nuque.
Il la conduisit dans la chambre où ils venaient de passer une nuit chaste et tendre.
Le grand lit était là, devant eux, prêt à recevoir leurs corps.
Giles allongea délicatement Buffy sur les draps puis, avec émotion, il se glissa auprès d'elle.
Aussitôt couchée sur le lit, Buffy se lova contre le corps de Giles. Elle avait besoin de sa chaleur, du contact de son corps. Elle avait besoin de s'abandonner dans ses bras et oublier.
Tout oublier.
Giles laissa Buffy se coller tout contre lui et il ferma les yeux. Elle le soumettait une fois encore à la torture. Buffy n'était plus une enfant et elle se comportait comme une adolescente inconsciente.
Rupert était paumé. Le parfum de ses cheveux, la douceur de sa peau, la tendresse dans chacun de ses gestes, tout perturbait Giles. Mais il ne voulait rien laisser paraître. Il restait stoïque, tâchant d'être celui que Buffy voulait qu'il soit. Un père ? Un observateur ? Giles l'ignorait...
Quel rôle voulait-elle qu'il joue ?
Il était prêt à tout prendre, pourvu qu'elle lui accorde une place auprès d'elle.
Buffy avait posé sa tête sur sa poitrine. Elle sentait battre son coeur à travers le coton du tee-shirt gris qu'il portait. Le rythme s'accélérait progressivement et il berçait la jeune femme. Cette musique sourde l'envoûtait. En écoutant le sang circuler dans les veines de Rupert, Buffy oubliait momentanément la douleur de perdre Spike.
Spike, vampire damné, corps froid, corps mort.
Aucun avenir.
Anormalité.
Quand elle couchait avec Spike, c'était toujours violent, c'était sauvage. Elle le laissait révéler tout ce qu'il y avait de pire en elle.
C'était mal.
Spike représentait le mal.
Avec lui, elle était la Tueuse en pleine déchéance.
Avec lui, elle se méprisait. Elle se sentait sale.
Elle ne voulait plus de ça.
Le coeur de Giles qui battait hypnotisait Buffy. Rupert était vivant. Son corps était tout chaud. Il la berçait, il la câlinait.
Avec lui, elle se sentait bien, elle se sentait propre.
Buffy enfouit son visage dans son cou et respira son odeur d'homme. Giles frissonna en sentant les lèvres de la jeune femme effleurer sa peau, et son souffle caresser sa nuque.
Giles tenta d'éloigner son visage du sien. Il était trop gêné par l'attitude sensuelle de sa protégée. Cette situation ambiguë le perturbait de plus en plus. Il craignait de comprendre sur quelle pente savonneuse Buffy était en train de l'entraîner.
Buffy pensait à ses ébats avec Spike. Elle n'avait pas fait l'amour avec lui depuis plus d'un an. D'ailleurs, elle n'avait fait l'amour avec personne depuis un an. Son corps s'était progressivement endormi l'an passé. Mais Spike, dans le bain, l'autre jour, avait excité ses sens, réveillé sa chair. Elle l'avait tant désiré que son ventre hurlait encore. Ce soir là, elle avait fini dans le lit de Giles, à se faire cajoler comme une gamine de dix ans... mais avec des pensées bien plus adultes.
Et à présent, dans la pénombre de ce petit matin, tout recommençait.
Spike était parti. Il l'avait fui ; il l'avait lâchement abandonné pour un autre homme.
Mais Giles était là pour elle. Il était toujours là.
Buffy frotta sa tête contre son torse, comme un chat qui ronronne. Puis, elle l'enlaça de son bras. Le tee-shirt se souleva légèrement au niveau du nombril. Leurs peaux entrèrent en contact. Giles crispa ses mâchoires : elle était en train de le rendre complètement fou.
Buffy trouva sa peau tiède si attractive qu'elle infiltra sa main sous le tee-shirt. Elle laissait courir ses doigts sur son torse. Son ventre était si dur ! Buffy n'avait jamais cru que Giles put être aussi musclé. Elle aimait la chaleur de sa peau... Et Giles était en train de brûler : son sang bouillait dans ses veines. Il se consumait littéralement sur place.
Giles comprima ses jambes l'une contre l'autre. Son caleçon n'était pas une barrière suffisamment protectrice pour masquer l'érection puissante que Buffy avait provoquée. Il la désirait tellement qu'il en avait mal. Mais il mourrait de honte : comment pouvait-il bander pour cette toute jeune femme qu'il avait connu adolescente ?
Il avait beau lutter, son corps ne lui répondait plus. Les mains de Buffy qui caressaient son torse et son bas-ventre étaient en train de lui faire perdre la raison.
Buffy elle-même ne savait plus trop ce qu'elle faisait. Elle avait depuis des mois envie de faire l'amour, et Spike avait réveillé ses instincts les plus voraces, ses besoins sexuels les plus primaires. Elle aurait voulu être chaste, ne plus rien ressentir. Mais ses efforts étaient vains : elle ne parvenait plus à faire taire ses pulsions.
Et Giles était humain, il était bon, il était normal. Giles était doux et il l'aimait : jamais il n'essaierait de la tuer comme Angel, jamais il ne tenterait de la violer comme Spike.
En plus, Giles savait tout d'elle : elle n'avait aucun secret pour lui. Il n'ignorait ni ses défauts, ni ses qualités.
Buffy commençait à flotter. Elle se sentait emportée par ce désir charnel puissant qui la débordait complètement. Au creux de ses jambes, son sexe réclamait la jouissance. La jeune femme avait besoin de s'abandonner, de se laisser aller. Lorsque l'orgasme la ravagerait, elle oublierait tout. Pendant l'amour, plus rien n'existerait, et surtout pas Spike... Spike et son amant.
Buffy écoutait la respiration de plus en plus anarchique de Giles. Elle sentait sous ses doigts son ventre se tendre et frissonner. Le voir ainsi défaillir et perdre le contrôle excitait la jeune fille.
Giles avait envie d'elle : elle l'avait parfaitement compris. Malgré tous les efforts qu'il faisait pour le cacher, elle avait senti contre sa cuisse l'érection violente qui le terrassait. Et elle s'en délectait : le sentir pantelant et bandant tout contre elle la rassurait et l'excitait.
Il rêvait d'arracher sa chemise de nuit, de lécher ses seins, de lui ouvrir les cuisses et de la pénétrer. Buffy le savait.
Mais elle savait aussi qu'il ne la toucherait jamais, par respect pour elle et pour la morale... peut-être également par sens du devoir... et sans doute aussi par peur : peur de s'abandonner, peur de dévoiler qu'il n'était qu'un homme, avec les mêmes désirs sexuels, les mêmes pulsions que n'importe quel mâle, humain ou non.
Cependant, Buffy était dans un tel état de souffrance qu'elle se moquait de tout : de la bienséance comme de la moralité.
Aimer Giles ne pouvait être mal. Le mal, c'était de désirer Spike. Ils lui avaient tous si souvent répété que la leçon avait fini par rentrer.
Buffy attrapa le poignet de Giles et l'amena sur son épaule. Dans la pénombre de la pièce, elle vit le regard paniqué mais fiévreux de Rupert, complètement à la dérive. Elle le força à faire tomber la bretelle fine de sa petite chemise de nuit rose pâle. Son sein gauche, rond et galbé, apparut. Giles sentit son téton se contracter sous sa paume : il se mit à haleter, incapable de contrôler sa respiration.
Buffy laissait ses yeux plantés dans les siens. Elle voulait le voir se soumettre et se livrer. Tenant fermement son poignet, elle entraîna sa main vers son ventre, puis entre ses cuisses. Elle fit glisser ses doigts sous sa chemise de nuit rose et releva le tissu, offrant son intimité à son regard.
Giles laissa Buffy conduire sa main contre son triangle d'or. Il agissait comme un automate. Au contact de son sexe, il serra le poing et tenta de s'échapper :
- Buffy, non..." gémit-il. "Je... Arrête, je t'en prie...
Mais Buffy bloqua sa tentative d'évasion, serrant davantage son poignet. Elle maintint sa main contre son sexe et murmura :
- Faites moi l'amour, Giles... S'il vous plait, faites-moi jouir". Et, dans un ultime geste d'abandon, elle ouvrit ses cuisses et l'attira contre son corps.
* * * * *
Giles regarda la pendule du mur de la cuisine : 11 h 32. Buffy devait encore dormir.
Buffy... Sa Buffy...
Seigneur ! Qu'avaient-ils fait ?
Giles prit sa tête entre ses mains, rongé par une intense culpabilité. Il avait passé la plus extraordinaire nuit de toute sa vie. Jamais il n'avait rien ressenti de tel. Jamais faire l'amour ne lui avait paru aussi extatique : il venait d'expérimenter le plaisir absolu.
Buffy l'avait d'abord forcé à briser ses résistances et à se laisser complètement aller. Ensuite, dès qu'il avait été dans l'incapacité de s'arrêter, elle n'avait plus témoigné aucune audace. Au contraire, elle s'était donnée à lui presque comme une vierge.
Désormais, Rupert connaissait véritablement tout d'elle. Jamais il n'aurait cru qu'en amour, elle fut si rougissante, si timide. Buffy l'avait laissé conduire et dominer. Allongée sous lui, elle s'était laissée faire comme une poupée innocente. Dans ses bras, elle avait tremblé, et elle avait joui. Giles avait eu l'impression d'être le premier.
Cette nuit avait été un rêve.
Mais le rêve s'achevait.
Il avait profité d'elle ! Profité de sa douleur, profité de sa jeunesse. Spike avait raison : il n'était qu'un vieux pervers dégueulasse et Buffy ne lui pardonnerait jamais d'avoir osé la toucher.
Il avait l'impression de mourir.
Giles se leva et attrapa la cafetière. Ce matin, le thé lui paraissait trop doux. Il se servit une tasse de café d'une main légèrement tremblante et retourna s'asseoir à la petite table finir son petit déjeuner. Il n'avait pas faim. Son ventre était noué. Il était beaucoup trop nerveux pour avaler quoi que ce soit de solide.
A travers la fenêtre, il pouvait voir le jardin d'un vert profond qui semblait s'étendre à l'infini. Le ciel était gris et il bruinait.
Puis, un petit bruit de porte se fit entendre à l'étage. Giles sentit son estomac se tordre. Il leva les yeux vers l'horloge : 11 h 37.
Buffy se levait ! Il allait devoir l'affronter, lui parler. Il avait si peur de lire le mépris dans ses yeux. Que devait-il lui dire ? Il fallait qu'il s'excuse.
Comment pourrait-elle jamais lui pardonner ?
Giles soupira : il était anéanti, incapable de penser. Son corps était encore envoûté par elle. Et sa raison luttait avec peine contre ses instincts sexuels les plus primaires mais aussi, et surtout, contre ses sentiments les plus nobles : Giles se l'avouait enfin : il l'aimait. Il l'aimait comme un fou.
Buffy arriva dans la cuisine avec un visage chiffonné. Elle bâillait. Giles remarqua qu'elle s'était enroulée dans un de ses pulls : il était trop grand pour elle : elle flottait dedans. Ses jambes nues sortaient du tricot de laine. Elle était belle, elle était désirable.
Il avait encore envie d'elle.
Il ne fallait plus qu'il la regarde.
Giles se leva d'un bond et alla s'appuyer contre l'évier, près de la fenêtre : il fixa la campagne anglaise avec des yeux vides. La pluie était désormais violente ; le ciel était anthracite.
- Buffy, je... Je ne sais par quoi commencer. Tout ce que je peux te dire, c'est que ce que j'ai fait est impardonnable" bégaya-t-il d'une voix mal assurée. "Je suis désolé" souffla-t-il en baissant la tête.
Buffy frotta ses yeux encore plein de sommeil et s'avança vers lui à petits pas. Elle se glissa dans son dos et l'enlaça. Giles sentit ses mains se nouer sur son ventre.
- Rupert..." murmura Buffy. Oui, Rupert. Il était désormais Rupert, et non plus Giles. Plus de vouvoiement : il était désormais si proche d'elle. Il devenait "tu". "De quoi est-ce que tu parles ?" questionna-t-elle avec candeur. Elle posa sa tête contre son dos.
Giles la repoussa afin de se retourner et de pouvoir lui faire face : il fallait qu'il soit raisonnable, pour son bien à elle.
Ils se tenaient face à face, leurs corps collés l'un à l'autre. Giles aurait voulu reculer et fuir, mais il pouvait sentir le métal de l'évier s'enfoncer dans son dos.
En voyant ses grands yeux qui le fixaient, sa bouche vermillon, Giles avait envie de fondre : il crevait de l'embrasser.
Buffy se haussa sur la pointe des pieds puis glissa sa main dans son cou. Elle attira son visage à elle et murmura :
- Tu ne m'as même pas dit bonjour". Et elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres.
Ensuite, elle s'évada de lui et se précipita sur le frigo : "Rupert, si tu savais, j'ai une faim de loup !"
Giles, appuyé contre l'évier, resta sans voix : il ne comprenait pas. Il la regarda sortir le beurre et les confitures, un yaourt, des fruits. Elle dévorait tout à belles dents. L'amour lui donnait faim. Elle avait l'air rayonnante, elle paraissait heureuse.
L'observateur demeurait perplexe : il se sentait perdu, en situation d'insécurité, incapable d'envisager l'avenir, ne serait-ce que le futur proche, genre la minute d'après. Où cela allait-il les conduire ?
Son coeur battait désormais la chamade.
Giles vint s'asseoir à la table en face d'elle : il planta ses yeux dans les siens et murmura, d'un ton sérieux :
- Buffy, il faut vraiment qu'on parle".
Buffy essuya son menton plein de confiture et regarda Giles assis en face d'elle. C'était la première fois qu'elle plongeait aussi profondément dans ses yeux depuis qu'ils avaient fait l'amour : c'était bizarre. Elle était toujours Buffy, il était toujours Giles. Et pourtant, en une nuit, tout avait changé.
- Buffy" commença Giles avec une voix grave. "Je suis désolé de ce qui s'est passé cette nuit... Ou plutôt ce matin, très tôt. Tu étais en état de grande fragilité, de détresse et je n'ai pas su te dire non. Je me suis laissé déborder par mon désir et... Je n'avais pas le droit de te toucher. Je ne comprends pas comment j'ai pu me laisser aller. Si tu savais à quel point je me méprise ! Vraiment, je suis désolé.
- Pas moi" fit-elle en soutenant son regard. Giles fut désarçonné par cette réponse. Il n'osait croire ce que cet aveu impliquait.
- Buffy ! Tu ne comprends pas bien, je crois. Tu as 22 ans et j'en ai 47.
- Et alors ?" soupira-t-elle, refusant de comprendre où il voulait en venir. Giles s'énerva :
- Je suis ton observateur !
- Vous ne l'êtes plus officiellement depuis des années. Giles ! Ce genre de rapport entre nous, "observateur/Tueuse", c'est fini depuis longtemps".
Et pourtant, sans s'en rendre compte, Buffy avait glissé du tutoiement au vouvoiement et elle ne parvenait plus à l'appeler Rupert. La façon dont il lui parlait était si blessante et il était si distant !
Giles secoua la tête, paupières baissées : Buffy semblait avoir réponse à tout : elle contrecarrait chacun de ses arguments. Il soupira et reprit :
- Buffy, j'ai toujours joué le rôle d'un père pour toi. Tu es comme ma fille. La nuit dernière, lorsque Spike est parti avec ce type, tu es venue pleurer sur mon épaule comme une petite fille. Tu es venue te faire consoler comme tu l'aurais fait avec un père et pas avec ton... amant" Giles trouva le mot très étrange dans sa bouche : amant. Il était l'amant de Buffy. Il chassa cette idée de sa tête : non, il l'avait été, malencontreusement. Il ne le serait plus jamais.
- Et quoi ?" fit Buffy en haussant les épaules. "Vous m'avez donné ce dont j'avais besoin : malgré ma maladresse et ma candeur, je ne suis plus une enfant, Rupert. Je voulais ce qui est arrivé... Je voulais que vous me fassiez l'amour. Je ne vois pas où est le mal là dedans !".
A ces mots, Giles explosa : il frappa violemment du poing sur la table et se leva d'un bond :
- C'est une sorte d'inceste, Buffy !!!" cria Giles qui essayait de se convaincre que tout ceci n'était qu'une monstrueuse erreur. Buffy fut glacée par la remarque. Sa bouche se mit à trembler :
- Je vous dégoûte ? C'est ça que vous voulez me dire ?" demanda-t-elle avec angoisse. Son coeur battait très vite et elle sentait sa tête prête à exploser : elle ne supporterait pas d'être encore rejetée. Pas par Giles, non ! Surtout pas par Giles !
L'observateur ferma les yeux un instant et radoucit son ton :
- Non, non... Bien sûr que non... Comment pourrais-tu me dégoûter ?" Giles recula vers la fenêtre, écrasé de douleur. Il avait besoin de s'éloigner d'elle, de ne plus la regarder... sinon, il capitulerait et se précipiterait sur elle pour l'embrasser. Et il ne voulait surtout pas se laisser aller. Pas encore.
Buffy, figée comme une statue, assise en bout de table, sentit les larmes lui monter aux yeux :
- Vous avez honte ? Honte d'avoir fait l'amour avec moi ?
- Buffy, je...
- Répondez-moi !!!!" hurla la jeune femme en se levant à son tour. "Vous avez honte ? Vous auriez honte de vous promener à mon bras ? Honte de dire que vous m'aimez ? Honte que je vous aime ?"
Giles fit volte face :
- Ho ! Non ! Buffy ! Ne joue pas à ça ! Ne joue pas avec mes sentiments. Mon vieux coeur n'y résistera pas" plaida Giles avec douleur. "Enfin, Buffy ! Tu es amoureuse de Spike !
- Non ! C'est faux ! Je n'ai jamais été amoureuse de Spike ! Pourquoi tout le monde s'ingénue à ne jamais croire ce que je dis ?" s'énerva la jeune femme. "Ce que j'ai vécu avec Spike, c'était purement sexuel, mais je n'ai jamais eu de sentiment pour lui. Il me donnait juste ce qu'aucun autre homme ne pouvait me donner". Elle baissa les yeux, gênée : "Mais ce dont j'ai besoin, c'est d'amour et de tendresse, pas de coups et de brutalité. Je ne veux plus de cette relation sale et dégradante. C'est de vous dont j'ai besoin, Giles... Vous me donnez tout ce dont j'ai toujours rêvé, tout ce que j'ai désiré toute ma vie".
Giles se sentit vaciller en entendant ces mots. Il s'appuya contre le mur, le coeur affolé, le crâne en ébullition : il refusait de croire l'aveu de Buffy. Il craignait tellement de souffrir. Il l'aimait trop pour la perdre et il ne pouvait supporter l'idée qu'elle se détourne de lui.
Buffy s'approcha de lui. Il la regarda avancer, de son pas de chatte gracile. Elle se colla à son corps et l'enlaça, blottissant sa tête contre sa poitrine :
- Je vous aime, Giles. Je crois que je vous ai toujours aimé. Cette nuit, j'ai eu l'impression de faire l'amour pour la première fois. Et je ne veux pas que ce souvenir soit le dernier. Je ne supporterais pas de vous perdre...".
Giles avait l'impression que son coeur allait éclater. Il ne put rien faire d'autre que capituler. Il lui releva le menton et, en guise de réponse, il l'embrassa avec avidité.
* *
Buffy roula dans le lit en haletant : elle avait du mal à reprendre son souffle. Giles avait une fougue et une énergie insoupçonnées.
A plat dos, dans l'obscurité, Buffy fixait le plafond avec des yeux pensifs. La nuit venait déjà de tomber. La jeune femme glissa ses mains sur son ventre encore luisant de transpiration. Puis elle effleura son sexe : elle sentait encore son empreinte en elle. Désormais, elle lui appartenait ; elle était à lui, entièrement et complètement à lui.
Elle voulait se soumettre à ses envies... Elle lui obéirait... Oui : Buffy Summers allait être une fille bien. Elle étoufferait ses désirs malsains de violence et de bestialité. Elle jugulerait la sexualité anormale de la Tueuse, cette sexualité qui ne pouvait s'épanouir et se réaliser que dans les bras de Spike.
Dans la pénombre, Buffy distinguait à peine les contours de la fenêtre de leur chambre, tout juste éclairés par un rayon de lune.
La nuit... Le royaume des ténèbres... Le règne des vampires...
Spike...
Que faisait-il à présent ? Venait-il de faire l'amour avec Cameron ? Gisait-il au sol, le torse déchiré, couvert de sang, soumis par la pointe du couteau de Drusilla ?
Buffy remonta le drap jusqu'à son menton en frissonnant : elle n'avait pas froid, non. Le corps de Giles la réchauffait. Mais penser à la déchéance de Spike la glaçait intérieurement.
Son coeur se serra dans sa poitrine à l'idée des souffrances morales et physiques qu'il endurait. Mais c'est lui qui venait de choisir cette vie, lui qui venait de l'abandonner ! "Si seulement il n'avait pas choisi Cameron..." soupira-t-elle. Puis elle se raisonna : "non, ça n'aurait rien changé".
En effet, au fond, elle était sûre que cette solution était pour elle la meilleure. Spike avait fait la seule chose à faire : partir...
Giles, Willow, Alex, Dawn, tout le monde lui avait toujours dit : elle n'avait aucun avenir avec un vampire. Elle ne pouvait faire sa vie avec un démon immortel et stérile.
Elle avait besoin d'un homme doux et tendre, d'un homme protecteur et respectable qui lui offrirait une vie normale, qui lui garantirait un avenir.
Buffy voulait tirer un trait sur son passé de débauche. Elle voulait tout reprendre à zéro, effacer ces années noires de dépendance sexuelle et de déchéance. Tout ça, c'était fini ! Elle n'avait plus besoin qu'un vampire la brutalise pendant l'acte, plus besoin que son ennemi la mette à genoux.
Lorsque Giles la pénétrait, il ne la baisait pas, non : il lui faisait l'amour. Il était doux, attentionné... comme Angel l'avait été la première fois, l'unique fois, où elle avait couché avec lui. Avant qu'il ne devienne un psychopathe...
Buffy glissa ses doigts dans sa chevelure blonde, emmêlée par ses ébats avec Giles : "Je peux me passer de Spike, oui. Mes désirs sont différents à présent. Plus jamais je n'aurais envie de toutes ces choses dégradantes qu'il me faisait. Cette jouissance-là, je n'en veux plus". Bien sûr, les orgasmes et le plaisir que Spike faisait exploser en elle n'avaient rien à voir. "Mais c'était mal. C'était sale..." pensa Buffy en léchant ses lèvres sèches. "Spike ravageait mon corps et mon esprit. Ce que je ressentais lorsqu'il me prenait, jamais plus aucun homme ne pourra me le faire revivre. Et c'est bien ainsi. Spike n'a fait sortir que le pire en moi : il avait fait de moi l'esclave des sens...".
Buffy se tourna et regarda Giles allongé auprès d'elle. Un sourire passa sur ses lèvres. Giles était celui dont elle avait toujours eu besoin, celui qui la protégeait, celui qui saurait la rendre pure.
Avec lui, elle aurait la vie dont elle avait toujours rêvé.
Buffy se laissa glisser contre le corps de Giles et posa sa tête sur son épaule. Elle aimait le sentir tout contre sa peau nue. Giles l'entoura de ses bras et déposa un baiser sur ses cheveux blonds. Buffy ferma les yeux. Oui, elle avait fait le bon choix. Giles dompterait le démon en elle et ferait d'elle une femme respectable. Elle aimait déjà tant se soumettre, passive, en dessous de lui, comme une jeune vierge.
Une nouvelle vie s'offrait à elle : une vie propre dans les bras d'un homme bien.
FIN
Enfin, pas tout à fait...
Buffy souleva une grosse valise et la posa sur le tapis d'enregistrement d'American Airlines. Elle se retourna vers Dawn avec nervosité :
- Tu as ton billet d'avion ?
- Oui, oui" répondit Dawn d'un air distrait.
- Et où est ton sac à dos ?
- Là. Arrêtes de t'angoisser "maman"" plaisanta la jeune femme.
- Ho ! Dawn ! Ce séjour était si court. Quel dommage que la Fac de Sunnydale ouvre si tôt !" maugréa Buffy : elle aurait voulu que sa soeur reste plus longtemps mais sa cadette devait rejoindre les USA, reprendre ses cours à l'université.
Buffy soupira :
- C'est le plus merveilleux Noël que j'ai jamais passé.
- Moi aussi" fit Dawn en se jetant dans les bras de sa soeur. "Helen a tellement grandi ! Ca m'a fait si drôle de la voir commencer à marcher. Il me semble qu'hier encore, elle était en train de téter ton sein" soupira la jeune étudiante.
- Le temps passe tellement vite. Tu imagines que dans 8 jours, elle aura 14 mois !" s'émerveilla Buffy, des étoiles dans les yeux en pensant à sa fille.
- Et Giles ! Enfin, Rupert, je veux dire..." se reprit Dawn "Il est transformé ! La paternité, ça lui réussit ! Je ne l'ai jamais vu aussi heureux, aussi épanoui que depuis la naissance d'Helen.
- Je sais" renchérit Buffy. "Rupert est le plus merveilleux des pères et le plus adorable des maris".
Dawn enfila son sac à dos et rangea son billet d'avion dans sa poche :
- Pourtant, au début, je n'arrivais pas à me faire à l'idée. Toi et Giles... Rupert, je veux dire" bégaya encore la jeune fille. "C'était si bizarre... Je ne sais pas l'expliquer. Il était comme un père pour moi... D'ailleurs, il reste encore comme un père. Et toi, tu as joué le rôle d'une mère auprès de moi quand maman est morte... Finalement, c'était naturel. Vous avez toujours été mes parents de substitution" Dawn eut un petite sourire : "Mme Buffy Giles... Si j'avais su que je serais la belle-soeur de Rupert !" ajouta Dawn en riant.
"Les passagers en partance pour Sunnydale sont priés de se présenter à l'embarquement, porte n° 5". La voix suave de l'hôtesse au sol résonna dans l'aéroport.
- Ho ! C'est déjà ton vol !" s'exclama Buffy les larmes aux yeux.
- Chut ! Chut ! Buffy ! Ne pleure pas... Arrête ! Je reviendrais bientôt...
- Je sais mais je peux pas m'en empêcher" pleurnicha la jeune femme en souriant malgré tout.
- Qu'est-ce que c'est ? C'est les hormones ?
- Oui" affirma Buffy. "Ho ! Dawn ! Si tu savais ! Etre enceinte, ça rend le corps fou. Je suis tout le temps à fleur de peau, je pleure sans arrêt, pour tout et n'importe quoi ! Et puis, en plus, j'ai mal aux seins, j'ai des envies bizarres...
- Et une libido décuplée, n'est-ce pas ?" ricana Dawn. Buffy se sentit immédiatement mal à l'aise. Elle n'aimait pas parler de sexe avec Dawn. Il lui paraissait toujours déplacé d'évoquer le fait qu'elle et Giles faisaient l'amour.
Dawn s'aperçut de l'embarras de sa soeur et n'insista pas. Elle préféra changer de sujet :
- Et c'est pour quand, alors ?
- Fin juillet.
- Rupert le sait ?
- Pas encore... J'attendais d'être sûre. Je lui annoncerais en rentrant, quand on sera tous les deux" déclara Buffy en rougissant. "J'espère que ce sera un garçon. Rupert a tellement envie d'un fils.
- Tu veux que je te dise, Buffy ? Tu es la plus heureuse des femmes. Tu as une vie calme et normale : la vie parfaite dont tu avais toujours rêvé...
- Je sais" murmura la jeune mère avec émotion.
"Les passagers en partance pour Sunnydale sont priés de se présenter porte n° 5, pour un embarquement immédiat" répéta l'hôtesse au sol.
- Buffy, il faut vraiment que j'y aille maintenant". Les deux soeurs s'enlacèrent longuement, puis Buffy regarda Dawn disparaître derrière les portes de sécurité.
Elle essuya ses larmes et jeta un coup d'oeil rapide à sa montre. Elle sortit du hall de l'aérogare d'un pas pressé.
* *
Une fois montée dans l'avion, Dawn s'installa sur son fauteuil inconfortable et sortit un magazine : elle en feuilleta rapidement les pages, lisant les gros titres, regardant les photos. Elle essaya de lire un article mais elle dut y renoncer. Elle n'arrivait pas à se concentrer. Son esprit flottait : elle repensait à la conversation avortée qu'elle venait d'avoir avec Buffy au sujet de sa libido et de ses relations avec Giles.
Buffy et Giles...
Buffy et Giles enlacés dans un lit...
Dawn regarda par le hublot avec des yeux vides : son cerveau projetait les images que son imagination créait : elle ne voyait plus rien d'autres que ses propres fantaisies.
La jeune femme avait du mal à imaginer Giles et Buffy en train de faire l'amour. Pour Dawn, Rupert était un être asexué, un pur intellectuel, sans désir, sans vice.
Comment Rupert avait-il pu se laisser aller à désirer Buffy ? Il la connaissait depuis qu'elle avait seize ans ! Depuis quand avait-il envie d'elle ?
Et pourquoi Buffy s'était-elle donnée à lui ?
Dawn ne comprenait pas.
Leur sexualité devait être très simple, et même terriblement monotone. Comment Rupert pouvait-il parvenir à satisfaire sa très jeune épouse ? Comment pouvait-il lui donner ce dont elle avait besoin ?
Buffy était la Tueuse : sa sexualité était dévorante, ses envies sans limite. Son corps puissant était fait pour se mouler à un amant vigoureux, monté comme une bête.
Flirter avec le danger était une nécessité pour Buffy. C'est la raison pour laquelle elle avait tant aimé Angel et Spike : elle avait besoin du monstre en eux.
Pour Dawn, Buffy était tout le contraire de l'épouse coincée qu'elle paraissait être devenue. La jeune femme s'interrogeait en regardant les nuages : où était le temps où Buffy se mourrait d'amour pour Angel, le temps où elle couchait avec Spike, sans arrêt et n'importe où, jusqu'à crier grâce ?
Buffy avait été tellement passionnée, tellement sensuelle, tellement affranchie ! Désormais, elle était méconnaissable.
Dawn soupira : dire qu'aujourd'hui sa soeur rougissait à la seule évocation de sa libido ! C'était pathétique.
Enfin... Buffy était réellement épanouie, heureuse. Dawn pouvait le sentir. Sa soeur ne mentait pas, elle ne trichait pas : elle aimait Giles, elle adorait vivre avec lui, sa vie était parfaite, telle qu'elle l'avait toujours voulue : le vie saine d'une femme normale.
Une petite vie bien propre...
* *
En sortant de l'aéroport, Buffy prit aussitôt la direction du centre ville de Londres. Elle gara son Austin mini dans une petite rue du quartier de Soho, devant un hôtel discret.
Elle se dirigea vers le comptoir et interrogea le réceptionniste :
- Bonjour, je suis Mme Smith" Buffy grimaça intérieurement : Smith ! Quel nom ridicule. Elle aurait pu trouver mieux. "J'ai réservé une chambre pour aujourd'hui.
- Oui, Smith. Deux personnes. C'est le n° 21, 2ème étage... Ha ! Monsieur est déjà arrivé.
- Très bien, je vous remercie" Buffy avait le coeur qui battait la chamade. Elle prit l'ascenseur et fonça directement vers la chambre indiquée. Elle frappa doucement à la porte. Elle pouvait sentir le sang bouillir dans son corps.
La porte s'ouvrit aussitôt et deux bras la happèrent, l'entraînant à l'intérieur. Un jeune homme blond l'enveloppa de ses bras et l'embrassa avec passion. Buffy sentit ses mains qui déjà passaient sous son pull et caressaient sa poitrine. Elle laissa tomber son sac, son manteau...
Elle le désirait plus que tout :
- Buffy, Buffy... Quinze jours sans toi et je devenais fou" murmura le jeune homme en lui arrachant son soutien-gorge.
- Ho ! Spike, tu m'as tellement manqué ! Tellement..." murmura-t-elle, rongée par la fièvre.
Déjà, les mains de Spike s'infiltraient sous sa jupe et lui ôtaient sa culotte. Il voulait toucher chaque centimètre de sa peau. Buffy le déshabillait avec fébrilité. Elle avait tellement besoin de frotter son corps nu contre le sien.
Spike l'entraîna jusqu'au lit en l'embrassant, en léchant sa peau.
Ils avaient tous les deux un besoin dévorant de faire l'amour.
Ils passèrent l'après-midi entier dans les bras l'un de l'autre, à se caresser, à se faire jouir. Spike savait comment la faire crier de plaisir. Buffy était sans cesse bouleversée par les orgasmes qu'il lui donnait.
Elle était incapable de se passer de lui. Elle avait cru ne jamais pouvoir tenir pendant ces quinze jours de sevrage forcé. Son corps était complètement dépendant de lui. Spike lui faisait faire des choses que Giles n'aurait jamais osé lui demander, des choses que Giles aurait trouvé dégradantes... des choses qui la faisait jouir comme elle n'avait jamais joui.
Spike... Buffy avait besoin de sa sensualité, de sa fougue, de la faim qu'il avait sans cesse d'elle.
Sa passion la submergeait.
La jeune femme posa sa tête contre son torse redevenu si doux, si soyeux. Du bout des doigts, elle effleura ses cicatrices, témoignages d'un passé qu'elle préférait oublier. Tout ça était si loin à présent...
Elle posa ses lèvres sur sa peau tiédie par leurs ébats passionnés et embrassa son ventre avec tendresse. Elle respirait difficilement, tellement elle était essoufflée : Spike la faisait jouir jusqu'à l'épuisement.
Le vampire caressait ses cheveux blonds, ses épaules : il la trouvait si belle, si parfaite. Il l'aimait plus que tout et elle était à lui !
Buffy remonta le long de son corps et vint poser sa tête sur l'oreiller, tout près de son épaule solide et protectrice : elle avait besoin de le regarder, de plonger ses yeux dans les siens, de se noyer en lui.
Spike la regarda amoureusement :
- A quoi penses-tu ?" murmura-t-il avant d'embrasser ses lèvres roses, encore gonflées de désir.
- Dawn m'a dit quelque chose, tout à l'heure, à l'aéroport, qui m'a amusée" répondit Buffy dans un souffle. Elle colla davantage son corps au sien, glissant sa cuisse entre ses jambes.
- Quoi donc, amour ?" murmura Spike en léchant le lobe de son oreille.
- On parlait de Giles, d'Helen et du bébé... Et elle m'a dit que j'étais la plus heureuse des femmes. Elle ignore à quel point elle avait raison" expliqua Buffy en caressant l'épaule blanche de son amant. "Ma vie est parfaite grâce à toi. J'ai tout ce dont j'ai rêvé toute ma vie : un mari normal qui m'aime comme un fou, un enfant, bientôt deux, bref, une vie sans histoire". Buffy avait un mot qui lui brûlait la bouche : "propre. Une vie et une sexualité propres et respectables". Mais elle ne dit rien : Spike n'aurait pas compris et elle ne voulait pas le blesser.
- Et puis, dans un petit coin, j'ai mon jardin secret" reprit Buffy en embrassant Spike. "Tu es là, rien qu'à moi, tout en moi" murmura la jeune femme en conduisant la main de Spike sur son coeur.
Spike frissonna en entendant cet aveu. Il s'allongea sur son corps tiède : il avait encore envie d'elle.
Buffy ferma les yeux : une vie parfaite, oui.
Spike était sa perfection.
FIN