
SERIE : Les Poètes de Glasgow
AUTEUR : Tefnut <tefnut
(chez] altavista [point) com>
LANGUE : Français
DISCLAIMER : Les personnages de Buffy the Vampire Slayer
appartiennent à la Fox, à Joss Whedon, et à un tas
de gens que je ne connais pas.
DISTRIBUTION : nzn.fr.fan.fanfic ; nzn.fr.series.buffy ; www.ifrance.com/2anglaisasunnydale
; www.fanfiction.net
RATING : NC-17 (pour adulte)
FANDOM : Buffy the Vampire Slayer
CATEGORIE : Romance
SPOILERS : Saison 5 - Fool For Love
PERSONNAGES PRINCIPAUX : Angelus/Spike(William)
RESUME : Angelus a longuement préparé une
soirée un peu spéciale, pour le petit dernier de la
famille - mais avec William, il faut toujours s'attendre à des
surprises. Attention ! Au cas où vous n'auriez pas encore
compris, les deux vampires entretiennent une relation homosexuelle.
Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenus ! ;o)
"William !"
Angelus lâcha son verre de whisky et se précipita à la suite de son protégé. Il courut dans le couloir, bousculant une serveuse, se rua dans l'escalier, griffant les murs, traversa le bar, cognant les imbéciles qui lui faisaient barrage - et se retrouva dehors, sous la pluie battante, perplexe.
"Attendez ! Angelus... Attendez !"
Quelqu'un lui saisit le bras - il reconnut les doigts arthritiques de MacCullough. Il avait beau faire, il ne parvenait pas à se débarrasser de son visage de démon, et lorsqu'il se tourna face au vieillard, ses yeux jaunes luisants de colère et d'angoisse, il s'attendait vaguement à le faire mourir de peur.
"Bon sang, j'ai eu du mal à vous rattraper," grommela MacCullough, visiblement peu perturbé par l'apparence du vampire. "Vous avez oublié le manteau du gosse."
"Merci." Angelus prit le pardessus et le renifla, avant de le coincer sous son bras.
"... et aussi son poème."
Le vampire reprit visage humain, et saisit délicatement la feuille mouillée. Prenant soin de ne pas la déchirer, il la rangea dans la poche intérieure de sa veste, contre l'étui à lunettes de William.
Le vieillard se pencha vers l'avant. "Est-ce vraiment lui qui l'a écrit ?"
"Oui, c'est lui. Mais il ne s'en souvient pas. Excusez-moi, vous me faites perdre mon temps ; il faut que je le retrouve, et... "
"Vous n'êtes pas capable de sentir sa présence ?"
Angelus fronça les sourcil, irrité : "Vous savez beaucoup de choses... "
"Vous savez où il est, ou pas ?"
"Il ne m'appartient pas complètement, hélas. Ce n'est que mon petit-fils."
"Vous me paraissiez beaucoup plus proche."
Le vampire haussa les épaules et fit mine de partir, optant pour Argyle Street - mais le vieillard s'interposa, lui bloquant le passage. Impressionné malgré lui par ce petit homme, qui, noyé sous la pluie, avait encore l'audace d'affronter le Fléau de l'Europe en personne, Angelus joignit les mains : "Pourriez-vous me laisser passer, s'il vous plait ?"
"Vous tenez à ce gamin ?"
"Plus que tout."
"Il a du talent. Ces poèmes ont besoin d'être retravaillés, mais il a du talent. Ne le gâchez pas."
"Son talent ne le mènera nulle part si je ne le retrouve pas !"
"Vous devriez pouvoir y arriver facilement."
"Ça m'étonnerait. Il est loin, à présent."
"Commencez par sortir de cette impasse."
Angelus voulut avancer, mais MacCullough ne bougea pas. Le vampire hésita une seconde - il aurait été si simple de tuer le vieux bonhomme - et fit demi-tour ; il emprunta la ruelle dans l'autre sens, et déboucha dans Buchanan Street.
Malgré la pluie, la rue grouillait de monde. La plupart des commerçants avaient décidé de rester ouvert pendant une bonne partie de la nuit : ils entendaient bien profiter au maximum de l'attraction que constituait l'Exposition Internationale. Angelus manqua de se faire écraser par un des nombreux fiacres, tirés par des chevaux au naseaux fumants. Ils roulaient à vive allure, malgré la forte pente, les roues cerclées de fer heurtant les pavés dans un vacarme épouvantable. Les piétons éclaboussés criaient de surprise et de colère, aventurant parfois un poing rageur hors de leur parapluie.
Pas de trace du gosse.
Angelus s'abrita sous le porche d'une cordonnerie, et ferma les yeux. Bon sang, William lui était rentré dedans, il y a huit ans de cela, et il n'avait pas été fichu de se rendre compte qu'il devait en faire un des siens ! Drusilla avait été plus maligne - et c'est à elle qu'il appartenait. C'est elle qui était capable de ressentir ce petit picotement sur la peau, ce réchauffement dans le corps, la douce certitude qu'une partie de soi courait, tuait, vivait là, pas loin, et qu'il serait facile de la retrouver.
Mais pour William - rien. Le lien du sang était-il si ténu ? Il l'avait perdu... Il avait perdu son William, pour une soirée idiote ! Ah, quand il reviendrait à la maison, il lui apprendrait ce qu'il en coûtait de s'enfuir comme un lâche ! S'il revenait... Les grandes expositions n'attiraient pas que les humains, et Angelus savait fort bien qu'un certain clan de vampires, avec qui il avait eu des... problèmes, par le passé, traînait dans les rues de Glasgow. Ils se déplaçaient toujours par trois, et William... William était trop jeune.
Angelus frémit, et quitta l'abri de son porche. Buchanan Street... S'il redescendait, il couperait Argyle Street à angle droit, traverserait la place St Enoch, jusqu'à la cathédrale. Il ne lui suffirait plus ensuite qu'à passer la rivière Clyde, pour rejoindre l'hôtel particulier où sa famille s'était installée. Le gosse y serait-il ?
Il prit une inspiration superflue, et soudain, il sut que non, son
William n'était pas rentré à la maison.
C'était son sang qui l'affirmait, dans un murmure si faible qu'il
avait refusé de l'entendre, pendant toutes ces années,
trop obnubilé par la présence de Drusilla, et de Penn
lorsqu'il venait leur rendre visite. Oui, le lien était des plus
ténus ; mais il avait le mérite d'exister. Angelus se mit
à courir, suivant son instinct, vers les hauteurs de Buchanan
Street.
* * *
La pluie cessait à peine de tomber lorsqu'il le retrouva enfin, dans une ruelle crasseuse, adossé contre un mur aveugle. Bouillonnant de rage, Angelus se rua vers le jeune vampire et le frappa à l'épaule.
"Combien de fois je te l'ai dit ? Ici, tu ne sors pas seul ! Tu sais que si Vassiliev et sa bande te trouvent, ils se feront une joie de t'écorcher vif ! Tu es... "
Un sanglot... la colère d'Angelus s'évanouit brutalement. "... mon petit-fils," finit-il.
Il enveloppa le jeune homme dans son pardessus, et le serra contre lui. "Et ils le savent."
Il le berça quelques instants, puis le repoussa légèrement pour pouvoir lui enlever ses lunettes, qu'il rangea dans l'étui - vérifiant au passage que le précieux papier était toujours bien en place.
"Tu... tu as aussi gggardé l'étui ?", bégaya William entre deux sanglots.
Angelus, pour toute réponse, lécha ses pommettes, savourant le goût salé de ses larmes. Bon sang, il aurait dû le battre pour cela - les vampires ont le droit de tuer, de rire, de rugir de colère ou de crier de douleur ; ils ont parfois le droit d'aimer, à leur façon, un amour fait de sang, de sexe, et de domination. En aucun cas il ne leur est permis de pleurer.
"J'ai tout gardé, mon William. Tout."
Une paire d'yeux bleus, embués par les larmes, se riva sur lui.
Angelus sourit avec... oui, avec tendresse - se surprenant lui-même : "D'après ce que j'ai pu voir ce soir, on dirait que Drusilla t'as un peu raté."
"Je... " William fronça les sourcils : "C'est pas vrai !"
Le grand vampire éclata de rire : "Je n'ai pas dit : complètement raté, j'ai dit : un peu. Et ça me convient très bien comme ça."
William renifla. "S'il te plait... "
"Oui ?"
"Ne me fais plus jamais vivre ça. Ils se sont... ils se sont moqués de moi, ils m'ont déshabillé et ils m'ont foutu dehors, avec mes pp... pppoèmes accrochés autour du cou, et ils m'ont suivi jusqu'ici en clamant les plus mauvais de mes... de mes sonnets... "
Ça y est, cette fois, il en avait la preuve : le gosse était cinglé... Il le sentit s'affaisser, et le rattrapa de justesse avant qu'il ne s'écroule.
"Tu confonds tout, mon petit. Personne ne s'est moqué de toi, et... regarde : tu n'es pas tout nu !"
Un clignement des yeux. "Excuse-moi, je... mais qu'est-ce que je raconte comme conneries ? Je... je ne sais pas ce qui m'a pris."
"Ce n'est rien. Rien qu'un mauvais souvenir. Ça arrive, parfois." Prenant sa tête entre ses mains, il continua : "Mais il va falloir que tu t'endurcisses un peu, Fils."
William se renfrogna : "Y'a pas de problèmes. J'suis pas une mauviette - y'a rien besoin d'endurcir, là-dedans."
Ne sachant que répondre, Angelus l'embrassa. Il aurait aimé le croire... mais que faire ? La fusion de l'homme et du démon est un événement si délicat, si hasardeux... C'était un miracle - un anté-miracle - que cela puisse seulement fonctionner. Une personnalité telle que celle de William ne pouvait se laisser vaincre aussi facilement, surtout lorsque le démon venait de quelqu'un d'aussi instable que Drusilla. Si Angelus avait été là au bon moment, peut-être que les choses auraient été différentes ; mais il était trop tard, et quoiqu'il fasse, ce vampire resterait une anomalie.
Et, malgré tout, il n'avait aucune envie de le tuer.
Ce fut William qui interrompit le baiser : "Tu n'en parleras pas à Darla, hein ?"
Oh non. Il n'allait pas lui donner une raison supplémentaire
de se débarrasser de lui... "Tu verras bien... "
* * *
Moyennement rassuré, Spike se dégagea de l'étreinte d'Angelus. Il avait de la chance - beaucoup de chance - que son Maître ne lui arrache pas les entrailles ; cette gueuse de Darla l'aurait tué pour moins que ça. Peut-être qu'il fallait lui montrer un peu de gratitude, à présent. Le jeune vampire se mit à genoux, et déboutonna le pantalon d'Angelus.
"Qu'est-ce que tu fais ?"
"J'ai faim."
Il posa ses lèvres sur le prépuce, puis saisit le sexe, qui durcissait rapidement, dans sa main. Il fit glisser sa langue autour du gland, en caressant doucement la verge - Angelus gémit de plaisir. De son autre main, Spike commença à lui masser les testicules.
"Oui... "
Il serra, assez fort pour faire frémir le vampire, puis prit l'extrémité du pénis en bouche - un coup de langue unique, sur la peau fine - et releva la tête, en souriant vicieusement.
"Continue oh bon sang continue."
"J'ai le droit ? Je ne comprends pas, tu m'avais dit de rester sage !"
"Sale bâtard !"
Sans rien dire, Spike posa ses mains sur les hanches de l'autre homme, admirant son sexe érigé, agité de soubresauts.
"Tu veux un contre-ordre, c'est ça ?"
Très lentement, Spike passa la langue sur ses lèvres.
"Vas-y, bon sang !"
Le vampire ne se le fit pas redire deux fois : sans avertissement, il prit toute la longueur d'Angelus en bouche, et entendit à peine le sifflement d'extase de son partenaire. Il remonta lentement, s'arrêta à la base du gland - un tour de langue - et redescendit, et recommença encore, suçant avidement.
"Wiiiilll... "
S'aidant d'une main, il accéléra le rythme, suçant, frottant, mordillant, léchant... Angelus gémissait et grondait sans retenue, et il se pencha vers l'avant - probablement pour se tenir au mur. Il *respirait*, et son souffle rauque ébouriffait les longs cheveux du jeune homme.
"Je... viens je viens je viens"
Spike serra la base du pénis de son amant - très fort, pour l'empêcher de jouir. Angelus cria de frustration, et...
"Eh ! Qu'est-ce que vous faites là ?"
Le jeune vampire releva la tête, et jeta un coup d'oeil vers le nouveau-venu, enregistrant en un instant une foule d'informations. L'homme, engoncé dans un uniforme de policier, avait une trentaine d'années. Il arborait fièrement une épaisse moustache rousse, recourbée vers le haut à ses extrémités. Les veinules de son nez, ses joues rubicondes, et le tremblement de sa main - trop persistant pour être dû à la peur ou à l'indignation - lui laissaient penser qu'il buvait de trop ; une maladie difficile à combattre, dans une ville comme Glasgow. Et, le plus important : il transpirait la bêtise.
Bien... La suite promettait d'être amusante. Spike se laissa tomber en arrière, et cria : "A l'aide ! Il m'a menacé ! Il m'a obligé à faire ça !"
Le policier s'avança prudemment : "Levez les mains et éloignez-vous de ce garçon, monsieur."
Le jeune vampire implora Angelus du regard - et celui-ci recula à pas lents, grimaçant sournoisement. L'épais moustachu, pointant son pistolet sur le violeur présumé, se rapprocha de Spike. Le pauvre jeune homme tremblait de tous ses membres, les yeux remplis de larmes.
"Ne vous inquiétez pas, mon garçon. Ce brigand ne vous fera plus de mal."
"Mmm merci... J'ai j'ai j'ai eu tellement pppeur... Il m'a dit que... Et ensuite il m'a forcé à... à... "
"Chut... Allez, relevez-vous."
"Aidez-moi !", supplia-t-il en tendant la main.
"Ah, euh... " L'homme se raidit. Il s'adressa à Angelus : "Vous ! A genoux ! Et mettez les mains derrière la tête !"
Le vampire obéit. Soupirant de soulagement, le policier aida Spike à se relever. "Voilà. Vous n'êtes pas blessé ?"
"Mon corps va bien, mais c'est mon âme qui souffre," déclara-t-il, se retenant tant bien que mal de rire.
"Oui, je comprends. Est-ce que - Ne bougez pas, vous ! - est-ce que je pourrais vous demander votre nom ?"
"Spike !", répondit-il - et, sans plus attendre, il enfonça les crocs dans le cou de sa victime, plaquant une main sur sa bouche pour l'empêcher de crier.
Le sang, chaud et chargé d'alcool, coulait librement dans sa gorge. Le mélange était sublime... Spike entendit Angelus s'approcher : il était temps de céder le terrain. Mais Angelus glissa ses doigts dans ses cheveux, et mordit l'autre côté du cou de l'homme agonisant. Le jeune vampire, surpris, desserra un instant la mâchoire : c'était bien la première fois qu'Angelus lui permettait de se nourrir en même temps que lui. En principe, étant le plus jeune, il devait se mettre de côté et attendre son tour, même lorsqu'il avait tué la proie tout seul.
Rassasiés, les vampires lâchèrent le corps vide. Le policier s'affaissa contre le mur, les yeux grand ouverts, comme étonné avant de glisser sur le côté, pour tomber mollement dans une flaque d'eau. Spike se lécha les babines. Il reprit visage humain, contrairement à Angelus, qui vint le saisir par derrière en ronronnant.
"Qu'est-ce qu'il y a ?"
"J'ai bien aimé. Il faudra qu'on retravaille ce scénario," dit-il en soufflant sur sa nuque. "Quoique... C'était trop facile."
Spike frémit : une main aventureuse déboutonnait son pantalon. "Trop facile ? Comment ça ?"
"Quand tu fais la génuflexion, on te donnerait le Bon Dieu sans confession."
Le jeune vampire gémit de plaisir : la main venait de trouver son sexe. Il ferma les yeux, s'abandonnant aux sensations de sa peau. Son bas-ventre était en feu, malgré l'air frais encore chargé d'humidité ; une boule de chaleur, qui parcourait son corps en ondes cycliques, et se concentrait dans sa verge, enserrée par une poigne de fer... qui montait, revenait, et montait encore. Cela faisait mal - jusqu'à ce qu'Angelus utilise les premières gouttes de sperme, pour lubrifier son sexe. Le rythme s'accéléra.
"Oh bon sang oh bon sssss... !"
Des crocs familiers se plantèrent dans son cou : comme à chaque fois, Spike jouit, violemment, son corps pris de tremblements incontrôlables. Enfin, il se calma ; pantelant, il se laissa aller contre la poitrine d'Angelus, la tête inclinée sur le côté. Le Maître-vampire passa la langue sur la morsure - juste une fois.
"Encore... "
"Non."
"Je saigne... Lèche-moi."
"Finis d'abord ce que tu avais commencé."
Spike reboutonna son pantalon. "J'ai oublié ce que je faisais. J'ai la mémoire courte, tu sais !"
"Fumier !", gloussa Angelus. L'attrapant par les épaules, il lui fit faire demi-tour, puis le força à s'agenouiller devant lui : "La mémoire te revient ?"
"Peut-être... "
Les pupilles du vampire se dilatèrent, lorsqu'il réalisa qu'Angelus ne s'était pas rhabillé. Son pénis était en érection, séduisant en diable... Spike l'effleura du doigt, puis se pencha vers l'avant, s'apprêtant à le prendre en bouche - lorsque soudain, une de ces idées stupides dont il avait le secret lui traversa l'esprit.
D'un geste précis, il fit sauter les bretelles qui retenaient le pantalon d'Angelus, le fit descendre sur ses chevilles... et détala en riant.
"William !"
* * *
Rugissant de colère, Angelus se précipita à la suite du garçon - et s'étala peu glorieusement sur les pavés.
"Ce bâtard va voir de quel bois je me chauffe !", se promit-il en se relevant. "Je vais lui arracher la peau du dos, et... "
Sa phrase se termina dans un grondement incohérent. Il remonta son pantalon et se mit à courir, tout en raccrochant ses bretelles. Cachant difficilement sa face de démon, il bouscula une femme et s'engagea dans Buchanan Street. La rue s'était désengorgée, finalement ; il apercevait le fuyard, là en-bas, déjà très loin. Angelus redoubla l'allure, pressé de flanquer une bonne correction à son insolent petit-fils.
Insolent, et rapide : ébahi, Angelus le vit survoler Argyle Street, esquiver un fiacre sur la place St Enoch, bifurquer à droite, puis à gauche - et disparaître. Angelus s'arrêta, au milieu de la route, cherchant le visage familier parmi les passants bruyants. D'un côté, de l'autre - il n'était nulle part. Où était-il donc passé ?
"Oh mon Dieu, il va tomber !", glapit une femme.
Fronçant les sourcils, Angelus tourna la tête vers l'attroupement qui s'était formé sur le pont de la rivière Clyde. Il leva les yeux - bien sûr ! Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Will avait la manie de se percher partout ; et les piliers du pont étaient bien trop tentants pour lui.
Angelus lui montra le poing ; le jeune vampire lui répondit par un pied de nez.
"Descendez, jeune homme !", cria un passant.
Angelus se rua sur le pont, fendant le groupe de curieux, et attrapa William par les jambes. "Tu vas voir ce qu'il en coûte de se moquer de moi !"
Le vampire glissa et tomba à terre, sa tête heurtant la pierre grise et dure du pilier. Angelus le releva sans ménagement et le plaqua contre le parapet, lui pliant le dos vers l'arrière.
"Monsieur, doucement ! Ne voyez-vous pas que ce garçon a perdu connaissance ?"
Angelus aurait pu démentir, s'il avait voulu : une lueur moqueuse filtrait sous les paupières de William. Mais à quoi bon ? Comment expliquer à la foule, maintenant compacte, que ce choc n'était qu'un amusement pour cette créature ?
"Oui, oui, excusez-moi."
Angelus redressa William, qui feignait toujours d'être évanoui, et le soutint dans ses bras, vaguement inquiet. Quel tour le gosse allait-il encore lui jouer ? Les conditions semblaient idéales pour provoquer une bagarre générale... Angelus soupira : certes, il se délectait de meurtres, de tortures, de viols. Cependant, il pratiquait ses forfaits à la façon d'un esthète, choisissant ses victimes avec le plus grand soin, repérant les lieux où il allait frapper - il aimait particulièrement se faire inviter par ses proies, et les tuer après une soirée romantique. Toutes sortes de variantes étaient possibles, mais il s'arrangeait pour rester discret. Plus que tout, il détestait révéler sa nature démoniaque en public : cela n'apportait que le chaos.
Le gosse lui reprochait d'être "pantouflard". Simplement, il aimait être sûr d'avoir un abri lorsque le jour se lèverait. Mais ça, William ne semblait pas en mesure de le comprendre ! Du moment où il avait ouvert les yeux, il n'avait fait que provoquer émeute après émeute, mettant à chaque fois toute la famille en danger. Combien de fois avaient-ils dû fuir en catastrophe, à cause de ses frasques ? Et, systématiquement, c'était à Angelus qu'incombait la tâche de convaincre Darla d'épargner l'enfant rebelle.
"Quelqu'un pourrait-il quérir un docteur ?", implora une femme.
Angelus sentit William se raidir dans ses bras. Il dodelina de la tête, et, adoptant son pire accent des faubourgs de Londres, marmonna : "Ça ira, M'dame, j'ai la caboche dure."
"Mais qu'est-ce qui vous a pris, mon garçon ?", le rabroua un homme surmonté d'un chapeau haut-de-forme.
"Faut pas chercher à comprendre, il est complètement cinglé," persifla Angelus.
William lui fit aussitôt regretter ses propos : se laissant glisser, il lui échappa des mains, fit une roulade sur le côté, enchaîna sur un saut, et atterrit à nouveau sur son pilier.
"Spiiike," fit Angelus, menaçant.
Le jeune fanfaron se mit à danser d'un pied sur l'autre sur son perchoir, se moquant ouvertement des spectateurs estomaqués.
"Descendez ! C'est dangereux !", ordonna le haut-de-forme.
"Hey, vous savez quoi ?", cria William, en montrant Angelus du doigt. "Les Irlandais y' sont tous de la jaquette ! J'en sais qué'qu'chose, ce mec est de Galway !"
Parfait. En quelques mots, le sale môme était parvenu à soulever deux des sujets les plus épineux du moment. L'homosexualité, d'abord - bon sang, on mettait des gens en prison pour moins que ça ! Mais ce n'était pas le pire, non : William avait eu l'outrecuidance de se moquer des Irlandais. Les Anglais et la plupart des Ecossais considéraient communément leurs voisins Celtiques comme une race inférieure - certains scientifiques prétendaient même qu'ils constituaient le chaînon manquant entre les singes et les hommes. Mais dans le Strathclyde, et plus particulièrement à Glasgow, la moitié de la population avait du sang irlandais dans les veines.
Ce qui, au goût, ne faisait aucune différence.
"Mon père était Irlandais ! Je vous demande de retirer... ", s'insurgea un homme.
"Les Irlandais sont des crétins d'ivrogne !", s'exclama un deuxième.
"Je ne vous permets pas !"
"Mais arrêtez, arrêtez ! Vous voyez bien que ce sont des... yek... "
"Homosexuels !", brailla William, donnant le signal de l'attaque.
Tout d'abord, un homme saisit Angelus au collet. Le vampire lui envoya son poing dans la figure, et son nez retroussé se fractura avec un petit bruit réjouissant. Un énorme et imprudent marinier vint à la rescousse, injuriant à la fois les Irlandais, les homosexuels et les crétins ; il passa d'emblée par-dessus le garde-fou. Angelus jeta un petit coup d’oeil dans le fleuve, et grogna de dépit : le bougre barbotait tranquillement, peut-être un peu hébété - en tout cas, il n'avait pas l'air pressé de se noyer.
A plusieurs reprises, Angelus tenta de mettre la main sur son petit-fils, qui s'était jeté dans la mêlée avec son enthousiasme habituel. D'avance, il savait que c'était peine perdue. William était très jeune, pour un vampire, et il n'avait ni la force ni l'expérience d'Angelus ; mais il était svelte, et rapide comme l'éclair ! Autant essayer d'attraper un feu follet.
Les cris de douleur et de rage, l'odeur du sang et de la peur... Les coups pleuvaient, mais pour Angelus, la lutte la plus pénible était interne : serrant la mâchoire, il se forçait à garder visage humain.
"Que le diable l'emporte !", cria quelqu'un - avant de faire un vol plané qui l'envoya rejoindre le marinier, dans la rivière Clyde.
William éclata de rire ; Angelus s'aperçut que ses canines s'allongeaient - visiblement, le gamin ne faisait pas autant d'efforts que lui pour cacher sa véritable nature. Il fallait absolument sortir de là...
Un hennissement, sur sa droite, capta l'attention d'Angelus : oui, il tenait la solution ! Un fiacre, tiré par deux chevaux, essayait tant bien que mal de traverser le pont - mais le cocher hésitait visiblement à lancer son véhicule dans la cohue. Fracassant allégrement la mâchoire d'un barbu gigantesque, Angelus sauta sur le fiacre, saisit le cocher par la taille, et l'envoya prendre un bain dans le fleuve de plus en plus encombré.
Angelus s'empara des rennes, et lança les chevaux au galop, au coeur de la rixe sanglante. "Spike !", cria-t-il. Se penchant dangereusement, il attrapa le bras tendu du jeune vampire, et le hissa à ses côtés.
Tefnut
10 novembre 2001