
SERIE : Les Poètes de Glasgow
AUTEUR : Tefnut <tefnut (chez] altavista [point)
com>
LANGUE : Français
DISCLAIMER : Les personnages de Buffy the Vampire Slayer
appartiennent à la Fox, à Joss Whedon, et à un tas
de gens que je ne connais pas.
DISTRIBUTION : nzn.fr.fan.fanfic ; nzn.fr.series.buffy ; www.ifrance.com/2anglaisasunnydale
; www.fanfiction.net
RATING : NC-17 (pour adulte)
FANDOM : Buffy the Vampire Slayer
CATEGORIE : Romance
SPOILERS : Saison 5 - Fool For Love
PERSONNAGES PRINCIPAUX : Angelus/Spike(William)
RESUME : Angelus a longuement préparé
une soirée un peu spéciale, pour le petit dernier de
la famille - mais avec William, il faut toujours s'attendre à des
surprises. Attention ! Au cas où vous n'auriez pas encore
compris, les deux vampires entretiennent une relation homosexuelle.
Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenus ! ;o)
Les lourds chevaux, sous l'impulsion du fouet, fendaient la foule. Spike, juché sur le siège du fiacre, riait à perdre haleine : les humains, si prompts à la bagarre quelques minutes auparavant, fuyaient dans tous les sens, paniqués. Au moins une femme fut tuée, la tête écrasée par des sabots ferrés. Un instant, il crut bien que le fiacre allait se renverser ; mais Angelus rétablit la situation. Comme toujours.
Le jeune vampire se frotta les mains : sa petite intervention avait été diablement efficace. A deux reprises, Angelus l'avait appelé Spike - et ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Qu'il le torture jusqu'à qu'il n'ait plus de sang dans les veines ! Peu importait. Il ne voulait plus être William. William n'était rien, William n'était personne. William n'avait de sanguinaire que sa poésie.
Oui, un jour, il serait Spike. Même aux yeux de Darla. Même aux yeux d'Angelus. Mais avant cela... Le jeune vampire soupira, reconnaissant le quartier où ils avaient trouvé refuge. L'heure de la punition approchait.
"Ohh !" Angelus tira sur les rennes. Les chevaux ralentirent l'allure, avant de s'arrêter juste devant la porte de leur repère, un bel hôtel particulier du 17ème Siècle. Tous les volets étaient fermés, et Spike savait que les lourds rideaux étaient tirés : l'aube approchait.
"Cocher ! Voulez-vous bien nous dire où nous nous trouvons ?", cria une voix féminine, hésitant entre colère et inquiétude.
Angelus grimaça méchamment : "Ce n'est rrrien, madame. Je fais une étape pour vérrrifier l'état de l'engin."
Spike se mordit l'intérieur des joues pour ne pas rire de l'accent de son voisin, qui roulait les "r" comme un véritable Ecossais. Un coup de coude bien placé le fit sauter à terre. Il s'agrippa à la cabine du fiacre, mais le nouveau cocher en titre le fit lâcher prise et l'entraîna à l'ombre du porche de l'hôtel.
"Tu ne bouges pas d'ici," ordonna-t-il.
Le vampire acquiesça, bougon, et s'adossa contre la pierre grise et froide. Il vit Angelus grimper dans le fiacre, et son ouïe surdéveloppée lui permit de comprendre une bonne partie de la conversation qui suivit. Comme à son habitude lorsqu'il parlait à des femmes - et il y en avait au moins deux dans le petit véhicule - Angelus mettait tout son charme en avant, baissant sa voix d'un octave.
Son accent aurait réduit ses efforts à néant auprès de Spike, mais cela semblait fonctionner avec les autochtones. Finalement, elles ne s'inquiétaient déjà plus trop du fait qu'Henry, leur cocher habituel, ait changé de tête en passant le pont de la rivière Clyde - et, non, pour répondre à la question d'Angelus, Henry ne savait pas nager.
Un rire cristallin - l'une des deux occupantes du fiacre semblait définitivement séduite. Puis, aussitôt, un choc. Un cri, étouffé. Spike ferma les yeux, s'imaginant aux côtés d'Angelus, les crocs plongés dans la même proie, comme tout à l'heure. Une femme, très belle - ils étaient allongés sur elles, les doigts entrecroisés, savourant l'odeur vanillée de sa peau. Spike chancela, sentant l'afflux de sang neuf dans ses veines, un goût exquis sur ses lèvres.
Angelus. Angelus était en train de l'embrasser.
Spike grimaça, et rouvrit les yeux.
"Pas très bon, hein ?"
"Amer."
"Une vieille douairière. Elles laissent toujours un arrière-goût. Mais sa nièce est jolie."
Spike regarda par terre : une jeune fille gisait sur les pavés humides, presque à ses pieds.
"Elle est pure..." murmura-t-il. "Tu... Tu me la laisses ?"
Il se pencha, prêt à ramasser le corps inerte, mais fut interrompu par un coup de poing dans l'estomac. Il se plia en deux, tenta de se redresser. Il avança un pied, se plaçant en position d'attaque, mais avant qu'il ne puisse répliquer, sa tête vint heurter le chambranle en pierre de la porte.
"Tu ne la touches pas. Elle est pour Darla."
Le jeune vampire inclina la tête sur le côté, avalant au passage un peu de son propre sang. Le vieux briscard n'y était pas allé de main morte... Et comme si cela ne suffisait pas, Angelus s'était trouvé un frère jumeau. Spike cligna des yeux.
"... arla ?"
"J'essaye de sauver ta peau, crétin. Bon, ne bouge pas de là !"
Il n'en avait aucune envie, de toute façon. Luttant pour ne pas s'écrouler - et se couvrir de honte, par la même occasion - Spike observa deux Angelus, taper sur les cuisses d'une quinzaine de chevaux, qui s'enfuirent sans demander leur reste, tirant derrière eux une pléiade de fiacres aux roues démultipliées.
"Allez, relève-toi !"
Super. Spike avait quand même fini par glisser, et il ne s'en était même pas rendu compte. Comment voulait-il qu'on l'appelle, déjà ? "William La Mauviette" semblait finalement assez approprié. Maugréant, il rampa plus qu'il ne marcha à la suite d'Angelus, qui portait sous ses bras droits des cadeaux pour Darla.
Arrivé au deuxième étage, il se releva en geignant, s'agrippant à la rampe de l'escalier. Il refusait de paraître faible devant Drusilla et la Reine-Mère. Mais, une fois entré dans le grand salon, Spike ne put faire mieux que de rester immobile, tentant vainement de comprendre la conversation des autres vampires.
"Qu'est-ce que c'est ?", demanda Darla, aussi sèchement qu'à son habitude.
"Un présent pour toi."
"Elle est pure comme un morceau de rivière..." chantonna Drusilla - sa chère, chère Princesse ! Elle aussi, elle l'avait remarqué !
"Ça sent le coup fourré... Qu'est-ce que ce bâtard a encore fait ?", gronda Darla.
Spike gronda en retour, instinctivement - indifférent au regard désapprobateur d'Angelus.
"Il a encore provoqué une émeute, c'est ça ? Ah ! Il n'y a qu'à voir dans quel état sont vos vêtements ! Des loques ! Encore heureux que nous n'ayons pas d'invités, en ce moment. Et, bien sûr, je suppose que nous devons encore une fois plier bagage !"
"Ils n'ont pas vu que nous étions des vampires."
"Ce petit imbécile ne nous apportera que des ennuis !"
"La Gardienne veut fermer les portes d'entrées, mais la Clé Cassée est déjà dans la serrure," dit Drusilla.
"Heu... Très juste," renchérit Darla. "Cette fois c'en est trop, Angelus."
Spike leva les yeux au ciel : Darla comprenait tout de travers à ce que disait Dru. C'est pour cela qu'elle brandissait un pieu vers lui. Quelle idiote ! Elle ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Un bruit de tissu déchiré... Spike baissa la tête, et, curieux, observa la pointe en bois contre sa poitrine dénudée.
"Ecoute... Laisse-le moi. Après tout, c'est moi qui l'ait emmené. Je n'ai pas su le surveiller...", plaida Angelus.
"Raison de plus pour que je m'en occupe personnellement."
"Regarde, il commence à comprendre. Il ne proteste même pas !"
Darla renifla. "Evidemment qu'il ne proteste pas. Il est complètement hébété."
"Bon, j'avoue que j'ai dû lui fracasser un peu le crâne pour qu'il se tienne tranquille. Mais ce n'est pas grave ; je vais le punir, et si je vois que ça ne suffit pas, je le tuerai."
Une pieuvre se posa sur le pieu. Spike gloussa, reconnaissant la main d'Angelus : depuis quand avait-il autant de doigts ?
"Laisse-le moi pendant quelques heures. Tu pourras toujours t'amuser avec Drusilla, et la fille que je t'ai apportée."
"Je te préviens, si tu ne le tue pas, je la vampirise et j'en fais ma favorite."
Le jeune vampire sourit, espérant que Darla tiendrait sa promesse - ainsi, Angelus aurait plus de temps pour s'occuper de lui - et s'évanouit.
* * *
Ssss Tchack
Spike entendit un bruit, perçant l'obscurité.
Ssss Tchack
Ce bruit précis, tranchant, essayait de le sortir de l'univers d'indétermination où il s'était réfugié.
Spike gémit, mécontent.
Ssss Tchack
Ce bruit était familier ; il pouvait même lui donner un nom.
Coup de Fouet.
Sifflant dans l'air, s'abattant sur le sol.
Ssss Tchack
Spike se souvint qu'il avait un corps. Il le parcourut en pensée, de la pointe des pieds jusqu'à la tête.
Coup de Fouet ne frappait pas le sol.
Ssss Tchack
L'air au-dessus. Le carrelage en-dessous. Aucun vêtement pour le protéger du froid, ou du cuir qui lacérait sa peau.
Il était nu.
Spike gémit à nouveau, et se redressa sur ses coudes.
Ssss Tchack
"Ça y est, tu émerges ?", ricana Angelus.
A contrecoeur, Spike ouvrit les yeux. Son regard, perçant la pénombre, suivit les joints du carrelage, se perdit dans les arabesques d'un tapis vaguement oriental, avant de se heurter à un pied du lit. La chambre d'Angelus.
Ssss Tchack
"Réponds-moi quand je te parle."
"Oui," murmura-t-il.
Ssss Tchack
"Je n'ai pas bien entendu."
"Oui, Maître !"
Ssss Tchack !
Spike serra les dents, s'interdisant de gémir.
"Tu sais pourquoi je te bats ?"
"Oui, Maître."
"Dis-le."
Angelus ponctua sa phrase d'un nouveau coup de fouet.
"C'est parce que... j'ai foutu le bordel."
"Tu nous a mis en danger."
"Oui, Maître."
Ssss Tchack. Ssss Tchack. Ssss Tchack. Ssss Tchack.
"Tu ne le referas plus."
"Bien sûr que si," siffla le jeune vampire.
Pas le temps de regretter - il se retrouva plaqué au sol, joue contre le carrelage. Angelus, allongé sur lui, grondait dans son oreille.
<il ne m'aura pas>
"Tu ne le referas pas," répéta le vampire, pesant sur le corps meurtri de Spike. Il grinça des dents : la situation n'était certes pas reluisante, mais il ne céderait pas. Il était si près du but !
"William..."
L'intéressé comprit à peine son nom, au milieu du rugissement. Le Vieux pouvait lui donner du William tant qu'il le voulait - très bien. Il s'en foutait. Il finirait bien par comprendre.
"S... Sssspiii"
"Non !"
Si possible, Angelus se fit encore plus lourd, donnant sans le savoir un espoir à Spike : quelque chose de dur était posé sur ses fesses. Et ce n'était définitivement pas le manche du fouet, que le Maître tenait dans sa main - près, très près de sa tête.
Souriant comme un gosse, Spike prit appui sur un poignet et bascula sur le côté, renversant Angelus. Se jetant en avant, il s'empara de l'instrument de torture. Propulsé par son élan, il roula jusqu'au milieu de la pièce, et c'est sur le tapis oriental qu'il se releva.
Angelus répliqua par un coup de pied, qui fit céder son genou. Spike se laissa tomber, sûr que l'épais tapis amortirait sa chute, et fit claquer le fouet, un peu au hasard. Angelus évita le premier coup de justesse, mais le deuxième l'atteignit en pleine poitrine, lacérant sa chemise.
"Arrête."
La voix était blanche. Sans appel.
Spike cligna des yeux, et se força à affronter le
regard d'Angelus.
* * *
William exhala, avant de se laisser tomber sur le dos, libérant ainsi Angelus de l'entrave de ses yeux azuréens. Le vampire déglutit, et recula d'un pas.
C'était fini. Il avait suffi d'un regard - et c'était fini. Si quelqu'un avait eu la chance d'observer cette scène, il aurait pensé qu'Angelus avait remporté la joute ; celui-ci savait qu'il n'en était rien. Certes, le gosse s'était soumis. Provisoirement. Mais quelques minutes à peine auparavant, Angelus, sans sourciller, aurait pu le torturer, l'écorcher vif, le battre à coups de bâton, ou le brûler à l'aide du tison, qui attendait près de la cheminée. Et, puisque William s'obstinait à ne pas comprendre où était sa place, il se serait peut-être résolu à le tuer.
Il avait suffi d'un regard - et sa colère s'était évanouie. Cette rage, qui faisait partie de lui autant que ses crocs, il avait beau chercher, il ne la retrouvait plus.
"Attends-moi sur le lit," ordonna-t-il, avant de se diriger vers la porte, d'un pas faussement assuré. Il songea, un instant, à quitter la chambre, pour retrouver ses deux femmes. Retrouver la sécurité. Il laisserait Darla s'occuper du jeune rebelle, et tant pis si elle lui enfonçait un pieu dans le coeur.
Angelus cligna des yeux, et posa la main sur la poignée, avant de se raviser et de tourner la clé dans la serrure. Lentement, il fit demi-tour, et marcha vers le grand lit, se déshabillant sans même s'en rendre compte. William était allongé sur le ventre, une jambe repliée, un bras sous son front, l'autre pendant à terre. Ses yeux luisaient, deux éclats de ciel bleu aussi brûlants que le soleil.
Angelus s'assit sur le bord du matelas. Une bûche craqua, dans la cheminée ; les flammes traçaient des reflets changeants sur la peau de William, modifiant les contours de son dos, de ses fesses, de ses jambes. Angelus suivit ces reflets du doigt, réinventant à chaque instant le corps du jeune vampire.
"Tu es beau," constata-t-il, accentuant son mouvement.
Il délaissa les flammes, et explora les zones d'ombres - la taille ; le creux du dos ; l'intérieur d'une cuisse, le modelé d'une épaule... William frissonnait à peine, lorsque Angelus touchait une zone plus sensible. Il plaça son index sur la jugulaire, à l'endroit précis où il aimait le mordre - le jeune vampire gémit. Du bout des doigts, il descendit le long de la colonne vertébrale, jusqu'au creux des reins.
Les mains à plat, il pétrit les fesses, le haut des cuisses, avide du roulement parfait des muscles, fins et sensibles. Remontant à nouveau - le dos, les épaules, les bras... -, il esquissa William. La chair de sa chair de sa chair. Et cette chair, il voulait l'apprendre par coeur, la mémoriser jusque dans ses moindres détails - connaître cet être parfait mieux que Drusilla ne le ferait jamais.
"Sur le dos," dit Angelus, la voix rauque.
William roula sur lui-même, et se repositionna dans le creux du matelas, les yeux grand ouverts. Angelus ne put éviter son regard, et l'espace d'un instant, il lui sembla que son coeur battait à nouveau, volant un peu de la vie qui hantait encore les iris du jeune homme. William ne souriait pas, ne parlait pas ; son expression était sérieuse, presque grave, si différente de son insolence habituelle.
Angelus descendit du lit et s'agenouilla, glissant lentement les mains sur le torse de William. Il embrassa l'intérieur de ses cuisses, évitant le contact du sexe dur. Se penchant vers l'avant, il lécha sa jambe droite, la plus éloignée, la tournant légèrement pour accéder à l'intérieur du genou. Sa peau était fraîche, à peine salée, souple sous la langue. Angelus prit une inspiration inutile, et se redressa, relâchant la pression qu'il exerçait sur la jambe gauche de Will. Avec un sourire, il constata que sa peau, sensible, rougissait par endroits.
"Ne bouge pas," souffla-t-il.
Il frotta ses lèvres sur le ventre pâle et musclé, de gauche à droite, et de droite à gauche, et fut forcé d'immobiliser les hanches du jeune vampire avec ses mains. Au premier gémissement, il s'arrêta au nombril, le parcourant de sa langue. Il descendit à peine, avant d'embrasser le gland de William. Il engouffra le bout de la verge, puis le relâcha aussitôt, préférant parcourir toute la longueur de sa langue et de ses lèvres. Le jeune vampire respirait fort, les doigts enfoncés dans les draps blancs.
Angelus lui arracha un cri lorsqu'il prit son pénis en bouche. Il suça, lentement, insistant sur le gland. Dans les premières perles de semence, il retrouva le goût de la peau, en plus prononcé. Ce n'est qu'après avoir goutté ce nectar qu'il parcourut toute la verge, dans un rythme d'abord paresseux, puis de plus en plus rapide, la tête appuyée contre le ventre de son amant.
Les mains, soudain, ne suffirent plus à contenir les hanches
du vampire. William s'agitait, convulsivement, enfonçant son sexe
dans la gorge d'Angelus. Celui-ci, attrapant la base du pénis
entre ses doigts, imprima trois mouvements de va-et-vient. William se
cabra plus encore, et éjacula longuement, avec un râle qui
n'avait plus rien d'humain. Angelus avala une bonne partie de son sperme
- puis se recula, recueillant le reste dans sa main.
* * *
Spike, haletant, s'accorda un instant de répit. Angelus s'était replacé sur le lit ; agenouillé au-dessus de lui, le dos droit, il se caressait le sexe, le lubrifiant de la semence qu'il lui avait volée, lentement, la tête rejetée vers l'arrière.
Le spectacle était superbe. Les doigts toujours crispés dans les draps, Spike se contentait de regarder, léchant du regard le ventre luisant, le torse imberbe, les bras aux muscles épais. Il ouvrit légèrement la bouche, et c'est avec une certaine surprise qu'il sentit le sang couler sur son visage. Une fois de plus, il s'était mordu - que ce soit la langue, l'intérieur des joues, ou ses lèvres, il ne le saurait probablement jamais : la blessure se refermerait bien avant qu'il ne retrouve tout l'usage de ses sens.
Le jeune vampire reprit doucement visage humain ; là encore, il ne s'était pas rendu compte du changement. C'était un aspect de sa non-vie qu'il ne maîtrisait pas encore parfaitement... Angelus non plus, visiblement : il était figé dans un état intermédiaire, les canines longues, le front à peine renflé, les yeux teintés d'ambre. Ni tout à fait homme, ni tout à fait démon : c'était ainsi que Spike le préférait.
Lâchant la toile blanche, désormais déchirée, il avança la main, et recouvrit le poing de l'autre homme pour l'accompagner.
"Tu veux me toucher ?", demanda Angelus, qui semblait ravi de son initiative.
"Non."
"Qu'est-ce que tu veux, alors ?"
Spike replia ses jambes vers l'arrière. Sans plus de cérémonies, Angelus se débarrassa de sa main, et le pénétra. Spike gémit, surpris, puis s'abandonna à ce plaisir auquel il ne s'habituerait jamais.
"En moi...", répondit-il, un peu en retard.
* * *
Angelus éclata de rire. Oh oui, en lui. Il ne désirait rien d'autre, lui non plus. Et puis, tant qu'il s'occupait ainsi de Will, celui-ci ne pouvait guère faire de bêtises. Peut-être avait-il trouvé la solution à tous leurs problèmes ; il faudrait qu'il en parle à Darla.
"Elle ne nous séparera pas," promit-il.
William écarquilla les yeux. "Dru ?"
Pas sûr... Oui, Drusilla avait ce pouvoir. Angelus retrouva les mains de William ; ils entrecroisèrent leurs doigts et leurs regards, conscients tous deux que l'instant ne durerait pas. C'était plus qu'Angelus n'en pouvait supporter, et il fut soulagé lorsque son amant, dans un geste forcément douloureux, se plia vers l'avant, pour attraper ses lèvres.
Il l'avait pris au piège.
Angelus, délaçant ses doigts à regret, repoussa le jeune vampire sur le matelas, sans jamais cesser de l'embrasser. Le sexe de son partenaire, dur à nouveau, pressait contre son ventre, réclamant son attention. Se soulevant à peine, Angelus accéléra le rythme et, d'une main, branla Will, jusqu'à ce qu'il lui griffe le dos, jusqu'à ce qu'ils se mordent l'un l'autre, insensibles à la douleur, exaltés par l'odeur du sang. Baiser rougi. Baiser de démon.
Il l'aimait.
Un, deux, trois coups plus loin. Angelus jouit, longuement, tremblant autant que William.
"Angelussss"
Un, deux, trois frottements contre son sexe. Le poing qui se desserre. Cela suffit à le faire crier, sa semence laiteuse explosant entre leurs deux ventres.
"A moi," murmura Angelus.
"A toi," répondit William. Tournant légèrement
la nuque sur le côté, il s'offrit complètement.
Angelus se réveilla en sursaut, tâta le drap à côté de lui : William n'était plus là. Paniqué, il fouilla la chambre du regard, croyant trouver dans chaque ombre, dans chaque recoin, la silhouette familière.
"Elle m'avait dit... Non ! Elle avait promis... Elle avait promis. Mais elle a menti." Angelus poussa un soupir de soulagement, en reconnaissant la voix du gosse. Il le repéra enfin : William faisait les cent pas, entre la porte et la tapisserie murale, dans un angle qu'Angelus n'avait pas inspecté.
"Oui, c'est mieux... Il faut que je décale le deuxième vers."
Tout sourire à présent, Angelus se leva en silence. Il tira de sa veste, qu'il avait soigneusement pliée sur le dossier d'une chaise, un petit carnet relié de cuir et un crayon dur. Il ne put s'empêcher de lancer un coup d'oeil désapprobateur aux autres vêtements, éparpillés sur le sol - le gamin paierait pour ça. Mais pas tout de suite.
"Que les mots seraient plus forts..."
Il n'était pas encore temps de prendre des notes. Angelus s'assit confortablement, et ouvrit le carnet à une page blanche, juste à côté d'une sanguine de Darla qu'il avait faite deux jours avant.
"Est-ce que les mots sont morts ? Que m'a-t-elle pris ? Plus rien ne vient, mon coeur est un désert, le souffle divin... la source s'est tarie... Non !" William tapa du poing contre le mur. "Ce n'est pas bon, ce n'est vraiment pas bon. Comment pourrais-je le dire... ?"
Le jeune vampire se retourna, et se laissa glisser le long du mur, jusqu'au sol. Les jambes entrouvertes, les poignets posés sur les genoux, les doigts pendants vers le sol, il observait les rideaux de velours doré, y cherchant des mots qui n'existaient pas.
"Est-ce que les mots sont morts
En même temps que ma vie ?"
"Non, petit garçon," murmura Angelus, espérant que William ne l'entendrait pas.
"Ils sont - tout autour -
Et ne m'écoutent pas.
Leurs rires sont gras
Leurs mains battent les cuisses -
Comment pourraient-ils m'entendre ?
Ils me couvrent de leur bruit... Non, pas de leur bruit. Ils me
couvrent de leur fracas. C'est ça : de leur fracas. Mais les
mains... Ça ne me plaît pas. Le rythme n'est pas..."
Angelus notait, essayant de suivre, autant que possible, les circonvolutions de l'esprit du jeune poète. Il avait appris, au fil du temps, à décoder ses hésitations ; il savait par exemple que, lorsque William tournait sa main, ramenant ses doigts vers sa poitrine, Angelus devait laisser une marge, ou que lorsqu'il tournait la tête, de droite à gauche, deux vers s'écrivaient sur la même ligne, se répondant sans se connaître.
"Leurs rires sont gras... Leurs rires sont gras... Et leurs
gestes... Non.
Leurs rires sont gras -
Je crois qu'ils rient de moi."
"Oh non, mon pauvre enfant. Ne crois pas ça," répondit Angelus, toujours aussi bas.
William tuait. William saignait. William était un démon, et peu de mortels oseraient seulement imaginer les horreurs qu'avaient vues le jeune vampire en huit ans. William... écrivait de la poésie. Angelus ne comprenait pas comment cela était possible - et il chérissait ce petit bout d'humanité, couché sur du papier, dont il était le seul à profiter.
"Ils sont - tout autour - |
Elle m'avait promis |
Son sourire était exquis |
|
Je crois qu'ils rient de moi. |
Elle disait |
Et moi qui pleure, et moi qui crie ! |
Que m'a-t-elle pris ? |
Elle disait |
|
"Non," dit Angelus, plus fort cette fois-ci.
"Je ne sais pas. J'ai l'impression... Un vide, parfois."
"C'est encore confus."
"Oui... plus tard. De toute façon, il n'y a pas de titre."
"Approche-toi."
Le regard vide, William se leva, et vint se rasseoir aux pieds d'Angelus. "Est-ce que vous riez de moi ?"
"Certainement pas."
"Qui êtes-vous, vous qui m'écoutez ?"
"Peu importe. Reste auprès de moi."
"Toujours."
William ferma les yeux.
"J'aimerais tant te croire," soupira Angelus.
Se coulant contre le jeune homme, il glissa ses bras sous son corps, le souleva sans effort, et le porta jusqu'au grand lit. Serrant son amant contre lui, le plus près possible, Angelus s'enveloppa dans les draps. Et, à son tour, s'endormit.
FIN
Tefnut
10 novembre 2001