Là-bas

Par Haldol

Titre : Là-bas
Auteur : Haldol
Résumé : saison 3. Giles vient juste d'apprendre que Angel est revenu des enfers et que Buffy le protège. Il est hors de lui. Buffy, après une nouvelle querelle au sujet du vampire, décide d'aller voir Giles pour lui mettre les points sur les 'i'. Elle entend lui faire comprendre combien elle aime Angel et qu'il n'est pas Angelus. Mais les choses ne vont pas du tout se passer comme elle l'avait imaginé...
Avertissement : Angelus dans toute sa splendeur ! Histoire très sombre, dure et assez perturbante, même si tout est joué dans la suggestion. Les thèmes ? Torture, viol et tentative de suicide sont évoqués, mais aucune description graphique n'est présente. Cependant, les âmes sensibles sont priées de s'abstenir.


Buffy traînait des pieds sur le chemin de l'appartement de Giles. Bien sûr qu'elle avait tort de lui avoir menti. Bien sûr qu'elle aurait du lui dire que Angel était revenu.
Mais il n'aurait rien compris, n'est-ce pas ?
Giles était incapable de comprendre combien elle aimait Angel, combien elle avait besoin de lui.

Il était aveugle et toutes ces règles obligatoires dont il lui farcissait la tête, toutes ces injonctions qu'il édictait la saoulaient. Elle aimait Angel, follement, plus que tout.
Giles était trop froid, trop empoussiéré de bouquins pour comprendre quoi que ce soit à l'amour, aux sentiments, et à la passion qu'elle ressentait pour Angel.
Elle était prudente maintenant. Jamais elle ne referait l'amour avec lui. Jamais elle ne mettrait quiconque en danger en risquant de libérer Angelus.

Angel, lui, était bon, juste, il faisait le bien et il l'aimait. Qu'y avait-il de mal à ce qu'elle l'aime aussi ?

D'accord, d'accord... Giles avait souffert. Et aujourd'hui, il n'avait toujours pas pardonné à Angel le fait que Angelus ait tué Jenny Calendar et le fait qu'il s'en soit ensuite pris à lui.
Angelus l'avait enlevé et maltraité.
Maltraité ?
Peut-être un peu plus, oui, c'est vrai. 'Torturé' était sans doute un mot plus adapté... Buffy se souvenait que Angelus lui avait brisé les doigts d'une main et que Drusilla s'était infiltré dans son esprit...

Tout ça était laid, répugnant, dégoûtant... Mais tout ça était du passé. Tout cela, c'était Angelus, pas Angel.
Et Giles allait devoir s'y habituer.

Arrivé devant chez son observateur, Buffy, comme à son habitude, entra sans frapper.
La maison était éclairée. La lumière provenait du salon. La Tueuse se dirigea d'un pas décidé vers la pièce en question.
- Giles ?" appela-t-elle.

Aucun son. Pas une réponse.

Elle remarqua sur le coin de la table basse plusieurs bouteilles d'alcool à moitié vide. Elle fit un pas en avant et répéta encore, d'une voix plus forte :
- Giles ? Vous êtes là ? Je..." Tout d'un coup, son regard fut aspiré par une forme humaine allongée sur le sol.

Elle se précipita vers lui :
- Giles ! Oh ! Mon Dieu ! Giles !!!" Mais Giles gisait inconscient sur le sol et ne répondit pas. Buffy attrapa le téléphone et appela les urgences.

* * * * *

Un médecin au visage fatigué attrapa une fiche et appela un nom d'une voix rendue pâteuse par le manque de sommeil :
- Mademoiselle Summers ?"

Buffy se leva d'un bond de sa chaise inconfortable et se précipita vers lui :
- Là ! C'est moi !"

Le médecin replongea ses yeux vers la fiche :
- Je suis le docteur Fergusson. Vous êtes de la famille ?
- Heu... Oui, oui..." rétorqua Buffy à la hâte.
- Sa fille, peut-être ?" Il constata que les noms ne correspondaient pas. Fille naturelle ou belle-fille ?

Buffy fit un vague mouvement affirmatif de la tête, refusant de mentir trop catégoriquement.
- Qu'est-ce qu'il a docteur ? Je vous en supplie, dites-moi ! Est-ce qu'il va mourir ?
- Venez par ici" Et le toubib l'entraîna vers un petit cabinet minuscule, où un bureau était coincé entre deux armoires et une photocopieuse qui débordaient de paperasserie.

Le médecin l'invita à s'asseoir :
- Mademoiselle... Depuis quand votre père boit ?" Pour Buffy, le choc fut rude.
Le toubib comprit.
- Vous ne vivez pas avec lui, peut-être". Elle fit un mouvement négatif de la tête.

Le médecin hocha la tête d'un air entendu :
- Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ces derniers jours qui l'ait conduit à ce nouvel excès ?"

Buffy pensa instinctivement au retour d'Angel. Elle chassa cette idée de sa tête :
- Je... Non, je ne sais pas... Mais il va bien ?
- Physiquement, il s'en remettra. C'est ce qu'on appelle un coma éthylique. Il s'est 'saoulé à mort' comme on dit. Mais psychologiquement, il sombre de plus en plus... En huit mois, c'est sa quatrième admission".

Huit mois. Le chiffre se mit à résonner dans la tête de Buffy.
Huit mois.
Exactement le temps qui séparait ce jour du réveil manqué d'Acathla.
Quatre admissions en huit mois ? Buffy sentit son ventre se nouer : Giles ne parvenait-il donc pas à se remettre de ses tortures entre les mains d'Angelus ?

Fergusson consulta le dossier étiqueté 'Rupert Giles'. Il parcourut quelques pages puis s'arrêta un instant, semblant avoir trouvé ce qu'il cherchait :
- Mais les trois dernières ne l'ont été que pour excès d'alcool. Je vois qu'il est devenu un peu plus raisonnable".

Buffy se mit à frémir. Les trois dernières ? Mais alors, la première admission était faite sous quel motif ? Etait-ce pour torture ? Pour ses doigts brisés ?
Non, pensa Buffy... Boire à l'excès ne pouvait pas être, selon les critères du médecin 'plus raisonnable' que de se briser la main.

Buffy baissa la tête et décida d'y aller au culot. Faisant mine d'être au courant, elle bluffa le toubib :
- Oui, je sais... L'été dernier, j'ai eu très peur..." Fergusson regarda encore ses notes :
- Il a failli y rester ! Il aurait pu se tuer, Mademoiselle. S'il n'avait pas été secouru à temps, aujourd'hui, il serait mort. Mais il semble que désormais, il essaye des méthodes plus douces. Cependant, à force, il finira par y arriver !".

Buffy ouvrit de grands yeux exorbités. Elle ne pouvait plus feindre :
- Vous voulez dire... qu'il a essayé de se suicider ?
- Mais bien sûr ! De quoi croyez-vous que je vous parle ?"

Buffy sentit sa poitrine s'oppresser. Elle manquait subitement d'air. Elle porta sa main à sa gorge. Elle suffoquait :
- Ca ne va pas ?" s'inquiéta le toubib.

La jeune femme sentit les larmes couler le long de ses joues, sans qu'elle puisse les retenir.
- Où est-il ? Il faut que je le vois..." bafouilla-t-elle, la voix étranglée de sanglots.
- Il est en réa, en soins intensifs. Vous ne pouvez pas le voir ce soir. Revenez demain, à l'heure des visites. Il sera à dans une chambre et il sera conscient" annonça le médecin en se levant de sa chaise.
- Oh ! S'il vous plait...
- C'est pour son bien, Mademoiselle Summers... Il a besoin de beaucoup de repos".

Buffy capitula.
Le docteur Fergusson l'invita à sortir et à regagner le hall. Au moment de partir, il se retourna vers elle et murmura :
- Mademoiselle, après ce qu'il a subi, il a besoin d'aide, de toute l'aide du monde. Il est courageux, très courageux, mais il craque. Par moment, un évènement le fait replonger et oui, il boit, il flirte à avec la mort... Mais ne lui en voulez pas. Aidez-le. C'est très difficile pour une victime de se remettre d'un viol".

* * * * *

Buffy avait senti ses jambes se dérober sous ses pieds. La voix du médecin s'était déformée et elle était devenue si lointaine...
Et puis, le trou noir.
A présent, elle était sur un brancard, au milieu de la salle d'attente et une infirmière lui prenait le pouls.

A peine fut-elle consciente, que sa mémoire lui infligea une douleur atroce.
Viol.
Un viol...
Voilà le mot qu'elle avait entendu, le mot que le médecin avait prononcé.

Giles avait été victime de... Non, ce n'était pas possible...
Qui lui avait fait ça ?
Non, non, non... Ca ne pouvait pas être Angel.
Pourtant, huit mois... Il était dans cet état depuis huit mois... Exactement depuis Acathla...

Non, non, non, non... Ca devait être ailleurs, quelqu'un d'autre... Un démon, sans doute... Pas Angel.
Non ! Pas Angel !!!

Buffy se leva du brancard avec difficulté. Elle avait la tête qui lui tournait encore un peu.
- Hey ! Où allez-vous ?" questionna l'infirmière.
- Je... Il faut que j'y aille ! C'est urgent !" fit-elle en titubant.
- Revenez ici" s'écria la blouse blanche.

Mais Buffy avait déjà traversé le hall. Elle se mit à courir en direction de Mansion's House.

* * * * *

Elle trouva Angel allongé sur le canapé, lisant un livre dans une langue qu'elle ne maîtrisait pas. Elle déboula comme un ouragan et se planta devant lui, des larmes plein les yeux :
- Qu'est-ce que tu lui as fait, hein ? Qu'est-ce que tu lui as fait !!!" hurla-t-elle. Sa voix suraiguë résonna dans toute l'immense pièce.

Angel redressa des yeux interrogatifs vers elle. Buffy sentit sa gorge se nouer :
- Qu'est-ce que tu as fait à Giles ?!" répéta-t-elle à nouveau.

Alors, Angel comprit. Il baissa la tête et posa son livre sur le marbre froid du sol.
- Je craignais le jour où tu le découvrirais..." murmura-t-il de son éternelle voix calme et suave. Il releva les yeux vers elle : "Il te l'a avoué ?
- Non ! Il est à l'hôpital ! Il se suicide à petit feu..." s'exclama-t-elle en larmes. "Il se tue parce que tu l'as... parce que tu l'as violé. C'est ça, n'est-ce pas ?...".

Violé...
Ce mot lui écorcha la bouche. C'était comme une lame de rasoir qui lui effilait la langue, qui lui fendait le coeur en deux.

Le vampire se leva et avança vers elle :
- Oh ! Buffy ! Je suis désolé ! Tellement désolé" fit Angel, le visage marqué de douleur. Il s'approcha d'elle : il voulait la prendre dans ses bras.

Buffy le regarda d'un air horrifié et fit deux pas en arrière :
- Ne t'approche pas de moi !" fit-elle paniquée. "Qu'est-ce que tu lui as fait ? Angel, dis-moi...
- Buffy... Je ne vois pas à quoi te serviraient les détails... Tu connais l'essentiel... Crois-moi, tu n'as pas besoin d'en savoir plus..."

Buffy porta sa main à sa bouche. Elle avait la nausée. Elle avait l'impression qu'elle allait vomir :
- Alors c'est vrai ? Tu l'as... Tu l'as violé ? Tu lui as fait subir... ça ?"

Angel se contenta de baisser une nouvelle fois les yeux. Il s'appuya à la cheminée et regarda les flammes crépiter dans l'âtre.
Buffy se sentait au bord du vertige :
- Il faut que je sache, Angel... Il faut que tu me dises... Je ne pourrais pas l'aider si je ne sais pas ce que tu lui as fait..."

Angel s'approcha d'elle en un mouvement rapide que seuls pouvaient exécuter les vampires. Il grogna :
- Arrête, Buffy ! Tu n'as pas besoin d'entendre ça ! Angelus est un monstre, laisse-le dormir..."

Buffy se mit en colère :
- Oh ! Non, Angel ! Tu ne vas pas me resservir cette soupe ! Tu es Angelus. Sa mémoire est prisonnière de ton crâne. Il faut que je sache, il le faut !" hurla-t-elle. "Et je le saurais... quitte à ce que je te torture à mon tour" ajouta-t-elle pleine de rage.
C'était de Giles dont ils parlaient. Il fallait qu'elle le défende... même s'il était bien trop tard pour ça.

Angel la fixa de ses yeux noirs. Il avait tout d'un coup l'air terrible :
- Tu veux savoir ? Tu veux vraiment savoir ?" Sa voix était dure, froide, menaçante.

Il fit un pas vers elle, avec ce même visage de chien fou, propre à Angelus.
- Tu veux savoir comment je l'ai retourné ? Comment je l'ai mis sur le ventre ? Comment je l'ai pénétré ? Tu veux savoir comment il a gueulé ton nom alors que je m'enfonçais dans ses entrailles ?"

Buffy avait beau reculer vers le fond de la pièce, Angel continuait d'avancer vers elle, la fixant de ses yeux impressionnants :
- Tu veux que je te raconte combien il a hurlé de douleur et la façon dont Angelus riait ? Tu veux que je te raconte comment je l'ai baisé et combien j'ai joui de sa dégradation ? Tu veux savoir si j'ai éjaculé ? C'est ça que tu veux savoir, Buffy, c'est ça ?
- Arrête !" cria-t-elle en plaquant ses mains sur ses oreilles.

Angel lui attrapa les épaules et la secoua :
- Ah ! Non ! Buffy ! Tu voulais savoir, alors maintenant, tu vas écouter !" Il attrapa ses poignets et la força à ôter ses mains qui protégeait sa tête du récit vomitif d'Angel.

La jeune fille éclata en sanglots :
- Arrête ! Je t'en supplie, Angel ! Arrête" Elle ne parvenait même plus à le combattre physiquement. Les mots qu'il avait prononcés projetaient dans sa tête des images cauchemardesques. Elle visualisait le supplice de Giles.

Angelus l'avait martyrisé dans son corps, humilié dans sa dignité d'homme... et aujourd'hui, il en mourrait.

Buffy, le corps secoué de spasmes, les yeux emplis de larmes, ne voyait plus rien.
Elle sentit seulement les bras d'Angel qui tout d'un coup l'enlaçaient :
- Shhh... Là, là, c'est fini... Je suis désolé... Pardonne-moi, Buffy, pardonne-moi..." Il caressa ses cheveux blonds et embrassa son front. "Ce que je lui ai fait me hante, tous les jours, toutes les nuits... Je me revois en train de le..." Il préféra ne pas prononcer le verbe 'violer'. Buffy n'en avait pas besoin pour comprendre.

Angel poursuivit :
- J'ai parfois l'impression d'en devenir fou..." plaida Angel, rongé par la culpabilité.

Buffy commençait à se calmer. Elle se dégagea lentement de lui et hoqueta :
- Lui, il est en train de le devenir. Il devient fou, Angel... Il veut mourir..." Elle essuya ses larmes du revers de sa main : "Si seulement j'avais su... Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit ?" s'écria-t-elle. Mais elle était désormais trop fatiguée pour se mettre en colère.

Angel secoua la tête, comme s'il entendait une bêtise d'enfant :
- Te le dire ? Oh ! Buffy ! Sérieusement !!! Comment voulez-vous que je t'annonce ça ? Tu crois que c'est facile, pour moi, d'être habité par un tel monstre ? Tu me voyais t'annoncer, comme ça, qu'après t'avoir fait l'amour, la première personne avec qui j'avais eu des relations sexuelles était Giles ? Ton propre observateur ? Et que je l'avais... contraint ?"

Buffy comprit les raisons pour lesquelles il s'était tu. L'aveu était tellement difficile.
- Mais pourquoi, Angel ? Pourquoi lui avoir fait subir 'ça' ?"

Angel eut un petit rire nerveux :
- Pourquoi ? Parce qu'il t'aime comme un fou... Parce qu'il est prêt à tout pour toi, à sacrifier sa vie, comme son honneur... Officiellement, il n'est que ton observateur. Mais en réalité, il est plus que ça. Bien plus que ça, n'est-ce pas, Buffy ? Tu l'aimes comme un père. Sinon davantage... Il est celui pour lequel tu as les plus forts sentiments. Je ne pouvais supporter le moindre rival dans ton coeur".

Il serra les poings, en colère contre lui-même, et poursuivit :
- En tant que Tueuse, ta vie dépend de ton protecteur... Il t'est entièrement dévoué. Et toi, tu l'aimes profondément, n'est-ce pas ? Comment ne pas vouloir lui faire payer tout ça ? En l'humiliant de la sorte, j'étais sûr de le détruire intérieurement, et j'étais sûr de t'atteindre, toi... Angelus savait que Giles ne te pardonnerait jamais d'avoir enfanté un monstre qui était capable de lui faire subir un viol".

Buffy se sentit tout d'un coup très lasse. Elle ne pouvait plus rien encaisser, plus rien entendre. Elle recula en titubant vers les larges rideaux de velours masquant la porte d'entrée.

Le vampire l'interpella :
- Buffy, attends !
- Angel, non... Je ne peux plus rien entendre..." murmura-t-elle, d'une voix épuisée. "Toi, moi... Je ne peux plus... C'est au dessus de mes forces... Maintenant, c'est auprès de lui que je veux être. Il a besoin de moi... Je ne sais pas s'il me pardonnera jamais, mais je ferais tout pour lui, Angel... Tout..."

Comprenant sa douleur et son dégoût de lui, il ne la retint pas. Il la regarda disparaître derrière la large porte et être engloutie par les Ténèbres.

Lorsque Buffy eut passé les limites du territoire de Mansion's House, elle tomba à genoux et se mit à vomir tripes et boyaux.

* * * * *

Au petit matin, Buffy, pâle et fiévreuse, retourna à l'hôpital, le ventre noué d'angoisse.
Elle n'allait trouver personne là-bas, n'est-ce pas ?
Giles n'était pas là-bas. Non, non...
Tout ça n'était qu'un cauchemar... Un vulgaire et ignoble cauchemar.

Giles ne pouvait pas avoir été...
Non. C'était impossible. Il était son observateur, son père protecteur... Rien d'aussi monstrueux ne pouvait lui avoir été infligé.

Elle pénétra dans le hall et se dirigea vers le comptoir où une infirmière gérait les admissions :
- La chambre de Rupert Giles, s'il vous plait..." questionna Buffy de la voix tremblante d'un enfant effrayé.
- Heu... 227. Couloir de gauche" précisa l'infirmière.

Elle allait se diriger vers l'ascenseur quand une voix masculine l'interpella :
- Hey ! Mademoiselle ! Vous allez voir Monsieur Giles ?"
Elle se retourna et reconnut le docteur Fergusson qui l'avait entretenu du cas de Giles la veille.

Le médecin s'approcha d'elle :
- Il est très faible, vous savez...
- Je ne ferais pas de bruit, je ne le perturberais pas...
- Il..." Fergusson se racla la gorge, embarrassé d'avoir toujours à annoncer de mauvaises nouvelles. "Il a eu une petite attaque, cette nuit..."

Buffy sentit ses jambes flageoler :
- Une attaque ? Il est...
- Non. Il n'est pas mort.
- Il risque de mourir ?" demanda-t-elle paniquée.
- Non, non... Rassurez-vous. Sa vie se semble plus être en danger pour l'instant. Il est momentanément stabilisé. Seulement..." Le médecin frotta ses paupières lourdes de sommeil.

Buffy s'impatienta :
- Quoi, docteur ?
- Son coeur est malade... Il a mis sa santé en péril et les choses vont s'aggraver s'il continue comme ça. Il faut qu'il arrête de boire..." Le médecin soupira avec lassitude. Ce discours, il le tenait chaque jour à des femmes ou des maris d'alcooliques, généralement abasourdis et complètement désorientés.

Buffy sortit un kleenex de sa poche et se moucha rapidement. Non, elle ne pleurait pas... C'était juste que son nez coulait tout seul... comme ses yeux...

Elle releva ses yeux rougis vers le médecin :
- Et s'il n'arrête pas ?
- Il mourra..." Le coup porta, comme une massue s'abattant sur sa tête blonde. Le toubib ajouta : "S'il ne change pas de comportement, il ne finira pas l'année... Son coeur est trop fatigué..." Le médecin hésita avant d'ajouter : "C'est un homme terriblement usé, Mademoiselle..."

Le docteur Fergusson fouilla sa poche et sortit un petit bristol marqué de ses coordonnées :
- Tenez... Donnez lui ça. Il sait qu'il peut prendre contact avec moi quand il veut. Je lui ai déjà dit lors de ses précédentes admissions. Il faut qu'il se fasse aider, qu'il voit un psy... Essayez de le convaincre. Moi, je n'y arrive pas".

Buffy resta longtemps figée dans le couloir, contemplant le petit carton blanc. Giles avait besoin d'aide...
La situation était tellement injuste, tellement cruelle.
C'était elle qui avait toujours besoin de lui. Il était l'observateur, le protecteur, le mentor, le père...
C'était à lui de la protéger et de l'aider...
Pas le contraire...

Oui, maintenant, tout était renversé.
Jamais la vie n'aurait dû permettre ça. Ce n'était pas dans l'ordre des choses... C'était aussi monstrueux qu'une mère qui voit son enfant mourir.

Mourir ? Non, Giles ne pouvait pas mourir ! Elle ne le permettrait pas.
Elle l'aiderait, elle le sauverait. C'était elle qui avait ruiné sa vie, en libérant Angelus. Maintenant, elle allait réparer ses erreurs. Elle ferait tout pour le rendre heureux...

Oui, elle allait l'aider, le soigner... Elle lui donnerait tout, absolument tout, pour qu'il guérisse et qu'il ne l'abandonne jamais. Il n'avait pas le droit de mourir !
Désormais, elle ne le quitterait plus. Elle ferait tout pour lui faire oublier ces horreurs et lui redonner goût à la vie.

Ce lien entre eux, ce lien observateur/Tueuse ne pouvait être rompu. Il était plus fort que tout. Il était son observateur, il lui appartenait. Et elle était sa Tueuse : elle était à lui... Ils étaient liés l'un à l'autre, pour l'éternité.

Décidée, elle traversa le hall. Il fallait qu'elle le voit, qu'elle le prenne dans ses bras...

L'ascenseur...
La porte qui s'ouvre sur ce couloir gris et triste qui pue l'éther et le formol...

Couloir gauche...
223... 225...
227.
Là.

Buffy entrouvrit la porte et se faufila à pas de loups à l'intérieur.

Giles, le drap rabattu sur le ventre, torse dénudé, gisait sur le lit, le bras percé d'aiguilles.
La perfusion diffusait son liquide vital dans ses veines, lentement, par petites gouttes qui effrayèrent Buffy.

Tout ça puait la mort, la maladie... Elle détestait ça.

Elle s'approcha du lit, vacillant sur ses jambes. Sur sa poitrine dénudée, elle vit les cicatrices larges et blanches qui marquaient sa peau meurtrie...
Les souvenirs d'Angelus...
Il avait même de larges striures sur les épaules... peut-être des coups de fouets qu'il aurait reçu dans le dos...

Buffy sentit la nausée l'envahir :
- Oh ! Giles, Giles, Giles..." murmura-t-elle, les larmes aux yeux. Elle tira la chaise pour l'amener au bord du lit et attrapa sa large main dans la sienne. Elle la porta à sa bouche et l'embrassa.
Un baiser appuyé...
Ses lèvres chaudes contre ses doigts à peine tièdes...

Elle retourna son poignet, et plaqua la paume large de sa main contre son visage d'enfant...
Encore un baiser, au creux de sa main...
Encore un autre baiser, tendre, au bout de ses doigts...

Et les larmes qui ruissèlent contre sa peau et contre lesquelles elle ne pouvait rien faire.
Buffy pleurait tout son saoul, elle ne pouvait plus s'arrêter...

Et puis, le petit clic de la porte dans son dos. Quelqu'un venait d'entrer...
Buffy se retourna et vit Willow, un gros balluchon pressé contre sa poitrine :
- Oh ! Tu es là..." La petite sorcière paraissait embarrassée.

Buffy la regarda avec ses grands yeux humides :
- Willow ? Comment est-ce que tu as su ?"

Willow haussa les épaules et ouvrit un placard de la chambre, afin d'y déposer le sac qu'elle avait emmené :
- Ils m'ont appelé. Ils ont l'habitude..." murmura la jeune fille. "Je suis venue lui porter ses affaires..."

Buffy serra la main de Giles un peu plus fort, comme si les paroles de Willow allaient le lui ravir, le lui arracher...
- 'Ils' ? Qui ça, 'ils' ?" questionna naïvement Buffy.

Willow ferma le placard et se retourna vers Buffy, les joues rouges de colère :
- Les médecins, Buffy ! Qui l'a ramassé, à chaque fois, hein ?" commença-t-elle d'une voix dure, contenue dans un chuchotement contraint.

La petite sorcière sentit sa gorge s'étrangler de sanglots à l'évocation de ces souvenirs :
- C'est moi qui l'ait trouvé lorsqu'il a voulu mettre fin à ses jours, alors que tu étais je ne sais où à pleurer la mort d'Angel... Moi !" Elle essuya prestement une larme qui perlait sur sa joue : "C'est moi qui l'ai fait admettre ici à chaque fois qu'il buvait trop et qu'il ne pouvait plus reprendre conscience..."

Buffy sentit ses mâchoires trembler :
- Pourquoi tu ne m'as rien dit, Willow ? Pourquoi ?". Elle lâcha la main de Giles et s'approcha de sa meilleure amie qu'elle ne reconnaissait plus.

Willow refusa de regarder Buffy. Elle détourna ses yeux vers le lit, fixant le corps malade de Rupert Giles :
- Il ne voulait pas... Il n'a jamais voulu que tu saches...
- Mais pourquoi ?" questionna la Tueuse qui ne comprenait rien.
- Oh ! Enfin ! Atterris Buffy ! Tu crois qu'il avait envie que tu apprennes ce que Angelus, ton amant, lui avait fait subir ? Il ne voulait pas que tu le prennes en pitié, que tu perdes confiance en lui, ou que tu sois dégoûtée..."

Willow soupira et s'approcha du lit, ne quittant pas Giles des yeux :
- Il voulait que tu le vois toujours pareil, comme si rien ne s'était passé. Il demeurait l'observateur toujours présent, l'épaule solide, le protecteur incassable. Il voulait rester le même à tes yeux..."

Buffy allait réagir lorsque Giles émit une sorte de grognement. Les deux jeunes filles se précipitèrent vers lui. Giles, les yeux fermés, semblait murmurer quelque chose. Elles s'approchèrent encore, le coeur battant : il se réveillait ! Il se réveillait enfin !

Buffy chercha sa main et entrelaça ses doigts entre les siens. Willow caressa lentement son front.
Giles, à demi inconscient, parvint enfin à articuler quelques syllabes :
- B-Buffy ?"

La jeune fille porta sa large main à son visage :
- Je suis là, Giles... Je suis là".

Willow baissa les yeux et recula lentement vers la porte. Ils n'avaient plus besoin d'elle, maintenant. Et, aussi discrètement qu'elle s'était occupée de lui pendant des mois, elle sortit de la chambre.

* * * * *

Giles ouvrit les yeux avec difficulté. Il y voyait flou. Il lui semblait qu'un ange blond le veillait.
- Buffy ?" répéta-t-il, se croyant dans un rêve.
- Je suis là, Giles... Vous êtes à l'hôpital. Tout va bien, à présent..." Elle pinça ses lèvres, s'empêchant de fondre en larmes une nouvelle fois.

Giles balaya la pièce du regard, cherchant des repères : l'hôpital ? Encore ? Il ne se rappelait de rien.
Ah ! Si...
L'alcool... Les verres, les uns derrière les autres... Boire pour tout oublier, pour se faire disparaître...
Mais il était toujours là...
L'empreinte d'Angelus marquant encore son corps, les cicatrices au plus profond de sa chair, jusqu'à cette éternelle brûlure intime qui ne guérirait jamais...

Il chercha à nouveau Buffy des yeux. Elle était là, belle et blonde, avec ce visage triste et ses grands yeux angoissés.

Elle savait n'est-ce pas ? Sinon, pourquoi aurait-elle été là ?
Oui, elle savait certainement...
Il pouvait le lire dans ses yeux
Giles referma ses paupières, incapable de soutenir son regard.

- Tout va bien, Giles... Ca va aller maintenant..." murmura-t-elle.

Giles sentit sa main qui caressait sa joue. C'était insupportable :
- Je... Je vais dormir à présent..." souffla-t-il avec difficulté.
- Je reste là" chuchota-t-elle en se laissant couler sur le dossier de la chaise.
- Non !" La voix de Giles était comme le cri rauque de bête blessée.
Buffy frissonna. Elle se redressa, tous les muscles de son corps tétanisés par la gêne.

Giles détourna la tête, fixant le mur à l'opposé.  Il ne voulait plus la voir :
- S'il te plait... Laisse-moi dormir... Seul..." articula-t-il péniblement. Parler lui était si difficile.

Buffy baissa la tête. Elle se sentait gênée, presque coupable d'être là.
- Je vous laisse vous reposer..." souffla-t-elle à regret. Elle approcha son visage du sien et déposa un baiser lent, doux et tendre sur son front : "Je repasserais tout à l'heure, quand vous irez mieux..."

Giles ne répondit pas. Il se tourna complètement de côté. Il ne voulait pas qu'elle le voit pleurer. Il entendit juste la porte se refermer dans un bruit sourd.

Recroquevillé comme une foetus dans son lit, il crispa ses mâchoires, anéanti : elle savait. Désormais, elle savait.
Il n'était plus rien sinon qu'une victime dont on aurait pitié... comme ce qu'il voyait tous les jours dans les yeux de Willow.

C'était insupportable. La douleur et la honte étaient si fortes qu'il avait l'impression qu'elles pouvaient le tuer.
Mais non... Ses sentiments ne pouvaient provoquer que des souffrances sans fin mais, s'ils l'amenaient à la limite de la mort, ils ne la lui faisaient jamais franchir.

Vivre devenait chaque jour plus difficile. Il aurait voulu repartir en arrière, remonter le temps, à l'époque où Buffy était là, près de lui, gaie et insouciante... Revenir vers ces jours heureux où il était encore un homme... avant qu'il ne soit avili et ramené à l'état de bête... rabaissé à l'état de victime...

Angelus...
Ses mains dans les siennes lorsqu'il lui brisait les os...
La pointe de la lame enfoncée dans sa peau, le cuir du fouet marqué dans ses chairs dévastées...
Et puis, ses entrailles déchirées, l'abrasion infâme, le souvenir de son rire et de ses râles de jouissance lui brûlant la nuque...
Tout revenait le hanter, encore en encore...

Chaque jour, chaque nuit, il revivait la scène, encore et encore... Chaque fois, il avait l'impression de mourir.
Mais chaque matin, malgré ses prières, malgré les violences qu'il se faisait subir, malgré l'alcool ingurgité à l'excès, il était toujours là, encore vivant...

Mais désormais, elle savait. Buffy savait.
Giles respira lentement... Buffy, belle, jeune, forte... Et lui, si vieux, si abîmé, une simple victime détruite par un viol...

Son coeur fatigué, usé, finirait par lâcher. Il battait déjà de moins en moins vite, de manière erratique...
Il finirait par s'arrêter, tout seul, épuisé d'avoir trop longtemps et vainement lutté.

Buffy savait.
C'était insupportable. La douleur n'avait jamais été aussi forte. Giles ferma les yeux et écouta les palpitations molles de son coeur. Il eut un faible sourire triste.
Elle savait... De ça, il ne se remettrait jamais. Il en mourrait de honte. Oui, très certainement : de son regard à elle, posé sur lui, il en mourrait.
Enfin, il en mourrait...

* * * * * * *

Buffy resta longtemps à errer dans les jardins de l'hôpital. Elle avait la tête complètement vide, le corps épuisé de stress et d'angoisse.

Il l'avait rejetée... C'était tellement douloureux d'être ainsi repoussée de la sorte alors qu'elle ne voulait que son bien.

Elle s'installa sur un banc et regarda les gens circuler : un infirmière poussant le fauteuil roulant d'un grabataire, un petit garçon avec des béquilles, une jeune fille si blanche, sans sourcils, le crâne caché sous un foulard... La lutte contre le spectre de ce crabe qui la ronge...

Buffy frissonna. Malgré tout, la gamine était en vie, le cancer lové quelque part dans son être...
La vie...

Buffy baissa les yeux, s'absorbant dans la contemplation des gravillons à ses pieds.
Elle ne pouvait pas perdre Giles...
Mais comment l'aider ? Comment apaiser ses souffrances ?

C'était si facile de déclarer qu'elle l'aiderait, qu'elle lui redonnerait le goût de vivre, mais concrètement, elle ne savait comment s'y prendre.

Pourrait-elle jamais discuter avec lui de ça ?

Elle entendait encore le récit odieux et si violent d'Angel. Cela lui avait arraché le coeur, pétrifié le corps...
Etait-elle prête à écouter Giles lui confesser sa honte, sa dégradation, son humiliation et sa douleur ?
Etait-elle prête à...
A quoi, exactement ?

Que pouvait-elle lui donner ? Qu'avait-elle à lui offrir ?

Ses yeux se perdirent encore loin devant elle : elle observait distraitement la foule, le bal des voitures et des ambulances qui entrent et sortent du parking...

Au loin, une mère serrant contre elle son bébé...
Une vie venait d'apparaître...
L'espoir...

Et pour Giles, quel espoir ?
Buffy n'en savait rien...

Elle regarda sa montre. Il était encore trop tôt pour remonter. Elle se leva du banc et regagna le bloc central de l'hôpital d'un pas nonchalant. Elle entra dans une petite boutique où l'on vendait quelques cartes, magazines et peluches, pour visiteurs imprévoyants.

Buffy déambula longtemps entre les rayons du magasin, cherchant quelque chose qui pourrait faire plaisir à Giles... Quelque chose, surtout, qui pourrait parler à sa place.
Elle était incapable de lui dire tout ce qu'elle ressentait pour lui. Elle ne trouvait pas les bons mots, les phrases adéquates.

Et puis, elle le vit : ce petit ourson en peluche, avec des lunettes sur le nez, comme Giles, et un gros coeur rouge sur le ventre, barré d'un "I love you" enfantin.

Buffy eut un petit sourire. Elle serra le jouet dans ses mains, presque amoureusement. Oui, ce mini 'Giles en peluche' parlerait pour elle, il lui dirait toute l'affection, tout l'amour qu'elle avait pour lui.

Elle alla payer et sortit déjeuner, son ourson à la main, blottie contre sa poitrine.

* * * * *

Lorsque Buffy revint à l'hôpital, en début d'après-midi, elle trouva une aide-soignante affairée dans la chambre 227. Elle était en train de refaire le lit.
Le lit vide.

Buffy se sentit prise d'un vertige. Elle serra l'ourson en peluche plus fort dans sa main :
- Où est-il ? Où est Giles ?" demanda-t-elle avec angoisse.

Et puis, elle sentit la main d'un infirmier se poser sur son épaule. Elle se retourna vivement, fixant cet inconnu de ses yeux affolés. Le jeune homme tenta d'apporter son soutien :
- Il est parti..." fit-il doucement, d'une voix triste de circonstance.

Buffy refusait de comprendre :
- Parti ? Parti où ça ?" Elle se mit à sangloter malgré elle. Pourquoi pleurait-elle ? C'était idiot ! Giles était parti : il était rentré chez lui. Elle allait le revoir, se jeter dans ses bras et lui dire combien elle l'aimait, qu'elle ne pouvait pas vivre sans lui.

Les sanglots redoublèrent.
Non... Ne pas pleurer...
Non, non ! Il est rentré... Il va bien...
"Il n'a pas le droit de mourir. Je l'aime tellement ! Tellement..."

La tête se mit à lui tourner. Le sol était en train de se dérober sous ses pieds.

Et puis, elle sentit des mains qui lui enserrèrent la taille, qui l'empêchèrent de sombrer et de s'écrouler sur le sol.

Des sons, des voix...

La voix d'Alex :
- Chut, chut... Buffy, il nous a quitté. C'est fini... C'est fini... C'est le coeur. Le coeur n'a pas tenu..."

La voix de Willow, noyée de sanglots...
- Il est parti tout doucement, dans mes bras... Il n'a pas souffert..."

Buffy, dans un brouillard, leva ses yeux perdus vers Willow : il était mort dans ses bras ? Dans ses bras à elle ?
Pourquoi ? Pourquoi ?

Willow comprit la douleur de son amie. Malgré son égoïsme et son aveuglement passés, aujourd'hui, elle souffrait plus que tout. Elle perdait le seul homme qui l'avait aimé sans conditions, sans rien en retour, en toute dévotion.

La jeune sorcière tenta d'apaiser sa peine :
- Il est parti en murmurant ton nom, Buffy... Il t'a aimé jusqu'au dernier souffle"

Non, non...

Buffy tenta de se dégager de l'emprise des bras d'Alex qui la retenaient :
- Vous mentez ! Giles ne peut pas être mort ! Et puis, il ne serait pas parti sans me dire adieu... Il va revenir..." cria-t-elle.

Alex et Willow baissèrent la tête. Ils ne savaient pas quoi lui dire.

Buffy ne désarma pas :
- Dites-moi qu'il va revenir !" hurla-t-elle.

Non, non ! Il ne pouvait pas être mort ici, dans les bras de Willow, tandis qu'elle était là-bas, à errer bêtement dans le parc, ou dans cette boutique idiote à acheter des futilités.

Personne ne répondit. Le silence était oppressant dans ce couloir triste.

Et puis, éreintée de souffrance, Buffy lâcha enfin la prise à ses illusions.

Giles n'était pas rentré chez lui...
Il était mort.
Mort.
Tout ça à cause d'elle.
A cause de son amour dévorant pour Angel.
Et c'est lui qui avait payé.

Elle recula doucement, s'échappant du confort des bras protecteurs d'Alex, du sourire triste de Willow.

Elle regarda l'ourson en peluche qu'elle avait choisi dans le magasin : ce petit ourson à lunettes qui lui rappelait Giles.
Ce gros coeur rouge, ces mots d'amour enfantin, lui donnaient désormais la nausée.
Il était mort, tout seul, sans elle.
L'observateur s'était éteint loin de sa Tueuse. Leur lien était brisé...

Leur lien ? Quel lien ?
Buffy se détestait : son corps n'avait même pas ressenti qu'il mourrait. Elle n'avait rien senti du tout ! Rien deviné ! Sa chair était demeurée muette des douleurs de son corps meurtri.

Il fallait qu'elle sorte de cet endroit sordide, il fallait qu'elle fuit !

Alex et Willow, dans les bras l'un de l'autre, n'essayèrent pas de la retenir.

Buffy traversa le couloir comme un automate. Près de l'ascenseur, à l'entrée, elle vit une de ces grandes poubelles d'hôpital, dégorgeant de linges et de cotons ensanglantés.
Elle regarda un instant l'ourson en peluche qu'elle tenait dans sa main, cet ourson à lunettes qui lui souriait gentiment.
Giles...
Elle sentit les larmes prêtes à la déborder encore.

Elle n'était plus une enfant... Ce jouet était stupide. Elle le détestait ! Elle le détestait !
Alors, elle jeta l'ourson dans la poubelle et sortit de l'hôpital sans se retourner.

FIN