La Chambre

Par Haldol

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Titre : La Chambre
Auteur : Haldol
Résumé : Fic post-saison 2. Buffy est serveuse (comme dans "Anne") et vit avec le souvenir d'Angel qu'elle aime d'une passion inaltérée. Elle est fragile, perdue, et n'a aucune envie de rentrer à Sunnydale. Elle veut vivre seule avec le souvenir de ses amours mortes. Mais Giles, désespéré d'avoir perdu sa Tueuse, parvient enfin à la retrouver. Giles, l'observateur, est aussi la figure paternelle et autoritaire... Mais qui de ces deux âmes blessées, parviendra à prendre le dessus sur l'autre ? Qui obéira à l'autre ? Qui se soumettra ?
Note de l'auteur : On peut vampiriser quelqu'un sans nécessairement avoir des canines pointues et effilées : simplement en usant des sentiments.


Chapitre 1

-- Sunnydale, août 1998 --

Willow, affalée dans l'herbe grasse du cimetière de la ville, après l'attaque d'un vampire, s'écria :

- Là ! Là ! Par là ! Il s'enfuit, le lâche !

Elle regarda Oz lancer un pieu contre son assaillant. L'arme manqua sa cible et s'écrasa contre une pierre tombale.

- Raté ! " s'exclama Alex en aidant Willow à se relever. La jeune femme épousseta les brins d'herbe qui maculaient ses vêtements et soupira :

- C'est sûr qu'on n'a pas la technique. Rien à voir avec Buffy.

- Quoi ? On est mieux que Buffy ! " pesta Cordelia.

- Hein ? " s'étonna Alex. " On rate presque tous les vampires...

Cordelia croisa les bras sur sa poitrine et asséna ses vérités d'un air assuré et triomphant :

- On est mieux qu'elle parce que nous, on est là, Alex. Combien de vampires Buffy a-t-elle tué depuis le début de l'été, à Sunnydale ? Zéro ! " cracha la jeune femme " Et nous ? Combien ? Sept ! Voilà les chiffres ! Voilà les statistiques !

- Sept ? " s'étonna Oz.

- Six " rectifia Willow. " le facteur s'est empalé tout seul contre une branche d'arbre. Ca ne compte pas, si ? " calcula la sorcière débutante en regardant ses doigts. Elle fit la moue puis hésita :" Ca compte quand même, vous croyez ?

- Cinq " coupa Oz.

- Cinq ? Comment ça, cinq ? " s'agaça Alex.

- Cinq. C'est Giles qui a réduit en poussières Nathan, l'ancien basketteur de l'équipe du lycée ".

Tout le monde prit une mine déconfite. Cinq ? En un mois et demi ? Cordelia souffla bruyamment :

- Mais Giles est avec nous, non ? Il compte aussi !

- Sans doute " concéda Oz.

- Bon, d'accord, il est vieux, il est coincé. " commenta Cordelia " Il est presque jamais là à force de parcourir tout le pays à la recherche de sa Tueuse... Mais quand il participe à nos chasses, il compte quand même, n'est-ce pas ?

- Logique ! " acquiesça Willow avec un mouvement de tête.

- Imparable ! " confirma Alex.

- D'accord, six " répondit Oz, toujours impassible.

- Six ! C'est un bon score ! " s'exclama Willow en regardant toujours ses doigts. " Six ! Vous imaginez ? On attaque la deuxième main ! Bientôt, on n'aura plus assez de doigts pour les compter !

- Où on aura plus de doigts du tout, parce qu'on se serra fait bouffer par ces saloperies de vampires " rappela Alex en rangeant son pieu dans sa poche.

- Ne dis pas des choses qui fâchent, Alex ! Tu es toujours si négatif ! " s'énerva Cordelia en le tirant par le bras. " On rentre maintenant ? Je suis fatiguée et si ça continue, je vais avoir des cernes absolument immondes demain ! Et c'est la soirée de papa au Yacht-club. Il faut que je me lève tôt et que j'aille faire du shopping, avec Harmony. Il me faut absolument les dernières Manolo Blahnik !!!

- Les dernières quoi ? " questionna Willow.

- Des godasses... " soupira Alex.

- Que... Quoi ? " s'emporta Cordelia. " Ce ne sont pas des... des... godasses...! Ce sont des chaussures de très grande qualité. La marque préférée des stars ! Ce que tu peux être inculte, ma pauvre Willow ! "

La jeune sorcière pouffa de rire. Elle se retourna vers son ami d'enfance et lança, amusée :

- Manolo Blahnik...! Hum ! Et tu connais ça, toi, Alex ! " Puis, la jeune fille approcha ses lèvres de l'oreille du jeune homme et lui chuchota tout bas : " Méfie-toi, Alex. Tu te 'Cordelia-ises' dangereusement ! "

Alex haussa les épaules d'un air de dédain et continua de marcher tandis que Cordelia poursuivait sa leçon de mode d'un ton condescendant.

Arrivés au coin de la grande rue centrale, le petit groupe se sépara. Alex ramena Cordelia et Willow prit avec Oz un autre chemin.

- Je te raccompagne chez toi ? " questionna Oz.

- Si ça te dérange pas, je voudrais voir passer Giles.

- Il est rentré ? " s'étonna le jeune homme.

- Cette après-midi, je crois.

- Ca a marché. ?

- Je pense pas, non. Sinon, il nous aurait déjà annoncé la bonne nouvelle ".

Willow soupira puis ajouta, d'une voix triste :

- Je crois qu'il ne la retrouvera jamais. Elle se laissera trouver le jour où elle le désirera. En attendant, Giles se fait beaucoup de mal.

- Sûr... " fit Oz en hochant la tête.

- J'ai peur qu'il en perde la raison, Oz. C'est pour ça que je veux pas qu'on le laisse trop tout seul quand il est à Sunnydale. Je voudrais pas qu'il croit qu'on l'évite ou qu'on l'abandonne...

- Je sais pourquoi je t'aime... " souffla Oz de sa voix calme. Willow se mit à rougir violemment. " C'est ma Willow : toujours à l'écoute des autres, toujours attentive... Tu as un coeur d'or ".

La petite sorcière se mit à contempler ses pieds, toute gênée de recevoir autant de compliments.

- Je... Je fais juste ce que je crois être bien " bégaya-t-elle. Oz l'enlaça et déposa un rapide baiser sur son front :

- Allons voir Giles, alors ".

Willow et Oz trouvèrent Giles affalé sur le canapé, au milieu des bagages même pas encore défaits.

- Giles ! Vous revenez ou vous partez ? " questionna la jeune femme.

- Ho ! Willow ! Oz... Je... En fait, les deux. Je suis rentré tout à l'heure et j'ai reçu un fax pendant mon absence. Une nouvelle piste à creuser. Je repars demain. Je pense qu'il y a une vraie chance cette fois-ci " expliqua Giles en se leva du sofa. " Du thé. ?

- Du thé. ? Heu... Oui, pourquoi pas " répondit poliment Willow qui n'appréciait pourtant pas particulièrement ce genre de breuvage. L'observateur disparut dans la cuisine.

Giles parti, le silence commençait à être pesant.

- Et où avez-vous été, cette fois-ci ? " questionna Oz, histoire de meubler le vide. Giles, depuis la cuisine, répondit en élevant la voix :

- Seattle.

- Et alors ?

- Rien " concéda l'observateur en revenant avec le thé. Il invita les deux jeunes gens à s'asseoir. Chacun trempa ses lèvres dans le breuvage amer et le silence les enveloppa à nouveau.

- Rien ? " répéta Oz, histoire de relancer encore la discussion.

- Fausse piste.

- Et c'est comment Seattle ? " hasarda Willow. Giles fronça les sourcils. Il n'en savait rien : sans Buffy, rien n'avait de sens. Sans elle, il ne voyait rien, il n'entendait rien. Mais Giles ne pouvait leur expliquer ça. Il se contenta d'une réponse évasive.

- Ennuyeux.

Nouveau silence. Pesant.

Willow vida sa tasse d'un trait et la reposa sur la table basse du séjour :

- Giles... " commença-t-elle d'une voix douce. " peut-être devriez-vous attendre qu'elle revienne... Elle ne restera quand même pas éloignée de nous pour toujours, si ?

- Willow, Buffy est ce que j'ai de plus précieux au monde. Elle est ma Tueuse. Mon existence entière tourne autour d'elle, parce que je suis son observateur. C'est mon rôle. C'est ce que je suis. Je me dois à elle, et en échange, elle se doit à son devoir.

- Comme vous êtes sérieux, Giles " fit Willow, un peu inquiète de la fougue qu'il y mettait.

- Ce qu'elle a fait est impardonnable, Willow. Elle a failli à son devoir, fui ses responsabilités et ses obligations... Elle a quitté sa mission. Et puis... " il hésita un instant : " elle nous a tous abandonné. : ses amis, sa mère... " Il n'osa pas ajouter son nom à cette liste. Il eut peur de se trahir.

- Elle nous manque à tous " murmura Willow. Giles acquiesça d'un mouvement de tête.

Willow détailla un instant l'observateur : il avait l'air si fatigué, si dépressif. Sans Buffy, il paraissait anéanti.

Willow commençait à sérieusement s'inquiéter pour lui :

- Au fait, Giles, et vos blessures ?

- Les fractures que j'avais aux doigts sont consolidées. Ca va... " répondit Giles, ne faisant mention que de la part la moins terrible des tortures qu'il avait subi.

Mais Willow, attentive, insista :

- Tant mieux, tant mieux... Pour un intellectuel comme vous, les doigts, c'est important ". Giles la regarda d'un air bizarre. Willow ajouta précipitamment : " Pour tourner les pages, je veux dire... Et puis pour écrire. Sans doigts, on a du mal à tenir son stylo... " Elle fit une pause puis reprit : " Et les autres ?

- Les autres quoi ? " Giles faisait mine de ne pas comprendre, espérant que Willow n'ose pas l'interroger sur ses plaies plus intimes.

- Les autres blessures... " murmura Willow.

Giles la fixa intensément mais continua de se taire, ne sachant exactement ce dont la petite sorcière avait connaissance. Willow comprit :

- Alex m'a dit... Quand il est venu vous secourir, à Mansion's House... Il a aperçu ce que Angelus vous avez fait. Il a vu que...

- Ca... Ca cicatrise... " coupa Giles. Cette conversation était insupportable. Il n'était pas capable d'endurer ça, pas capable encore de mettre des mots sur sa douleur physique et morale.

Angelus l'avait détruit, il l'avait entièrement brisé.

Willow, compréhensive, préféra se taire. Giles comprit qu'elle lâchait enfin prise et soupira d'aise. Il avait besoin d'être seul.

Seul pour penser à elle.

Willow se leva, aussitôt suivi par Oz, mal à l'aise durant toute la conversation :

- Giles, on va vous laisser maintenant.

- Vous allez patrouiller ? " questionna l'observateur.

- Non, on en revient " répondit Oz.

- Bonne chasse ? " demanda Giles sans conviction.

- Médiocre... " rétorqua Willow, évasive sur leur cuisant échec de la soirée.

- Soyez prudents.

- Sûr " fit Oz qui ne s'encombrait pas de phrase longues.

Avant de quitter l'appartement de Giles, Willow lui posa une dernière question :

- Si vous la retrouvez, s'il vous plaît, téléphonez-nous tout de suite.

- Entendu.

- Promis ? " supplia la petite sorcière.

- Promis " répéta Giles.

- Vous serrez parti longtemps ? " demanda Willow.

- J'en sais rien, Willow, rien du tout. Ne vous inquiétez pas. Dès que je sais quelque chose, je vous appelle. Et bien entendu, Willow, je te préviens de mon retour dès que j'en connais la date.

- Merci Giles.

- Bonne nuit.

En regardant les deux tourtereaux partir, Giles soupira : il espérait bien que la prochaine fois qu'il les verraient, il serait accompagné de Buffy. Il tenait là une piste sérieuse, très sérieuse. La meilleure qu'il ait jamais eu. Il n'avait voulu rien dire, pour ne pas les déprimer avec de faux espoirs, mais cette fois-ci, il en était sûr, c'était la bonne.

Il regarda le fax qu'un ami lui avait envoyé et relut l'adresse une quinzième fois : cafétéria " Chez Joe ", 21ème, Los angeles.

Giles sentit son coeur battre un peu plus vite.

Buffy était là. Il en était sûr, il le sentait.

Bientôt, enfin, il la serrerait dans ses bras.

-- Au même moment, à Los Angeles --

Buffy, enroulée dans les draps, tourna une nouvelle fois dans son lit : 23 h 39 et la température ne diminuait toujours pas. Il faisait chaud... Tellement chaud ! Ce mois de juillet sous le soleil de L.A. était réellement éprouvant pour les organismes. La canicule venait de s'installer depuis la veille.

Elle passa la main entre ses seins et sentit la moiteur de la transpiration qui couvrait tout son corps. Les draps collaient à ses jambes, à son dos... Elle se redressa dans le lit et souleva un instant ses cheveux en chignon afin de laisser sa nuque respirer : elle était trempée. Trempée de sueur.

La jeune femme regarda la fenêtre : elle était ouverte mais les rideaux ne bougeaient pas : pas un souffle d'air au dehors.

Elle entendit les sirènes de police retentir : le bruit ne s'arrêtait jamais au coeur de la ville.

Les murs en face de sa fenêtre étaient gris, sales, tristes. Un néon fatigué clignotait au loin. Elle referma les yeux : la vue depuis son minuscule appartement était si déprimante. Aussi déprimante que sa vie.

Elle soupira et se laissa à nouveau couler dans le lit. Elle repoussa les draps humides de sa transpiration et exposa son corps nu. Ses doigts glissèrent sur son corps moite, entre ses seins juvéniles, contre son ventre tendu... La paume de sa main était bouillante : elle crevait littéralement de chaleur.

Le simple contact de sa propre main sur sa peau la brûlait presque. Pourtant, elle laissa le bout de ses doigts traîner sur son ventre, puis descendre encore...

Elle tourna la tête, ferma les yeux et se laissa envahir par le souvenir d'Angel.

La nuit, l'unique nuit où il lui avait fait l'amour avant de redevenir Angelus.

Le plaisir charnel...

La vague de jouissance la submergeant...

Son corps explosant de plaisir sous ses caresses et sous ses coups de reins...

" Angel... " murmura Buffy en esseyant de ressentir encore quelque chose. Depuis qu'elle l'avait tué, elle se sentait morte, vide, détruite.

Elle n'aimait que lui, ne désirait que lui...

Angel était son seul univers.

Elle laissa sa main descendre un peu plus bas, abandonnant son ventre, glissant entre ses cuisses.

Elle écarta les boucles blondes de son sexe et effleura son bourgeon rose gonflé de désir. Elle fut surprise de se trouver déjà humide. Elle enfonça doucement ses doigts en elle et commença à se caresser, bercée par le souvenir d'Angel.

Angel...

Ses mains sur sa peau, les mots soufflés à son oreille...

Sa langue glissant dans son cou, sa bouche mordillant ses seins et la dévorant de baisers gourmands...

Les souvenirs devenaient de plus en plus vifs et précis, accroissant son désir et sa frustration.

Elle accéléra le mouvement de ses doigts en elle, augmentant les sensations dans tout son corps.

Elle voulait ressentir davantage de plaisir, se saouler par l'extase sexuelle.

Sa bouche laissa échapper de légers gémissements : le son de sa propre excitation lui électrisa les sens.

Malgré la honte qu'elle ressentait à ne pouvoir se retenir, elle se laissait aller à se faire du bien.

Dans la petite chambre vide, le bruit de sa respiration rapide et mal étouffée emplit totalement la pièce. Elle haletait à présent.

Elle lécha ses lèvres, se laissant saouler par ses propres petits cris qui trahissaient son extrême jouissance.

Elle avait besoin de jouir.

Comme elle avait joui entre les bras d'Angel...

Elle repoussa les draps d'un coup de pied puis écarta davantage les jambes, pliant les genoux, ouvrant davantage ses cuisses. Le plaisir augmentait à chaque caresse, à chaque mouvement de ses doigts en elle.

Ses oreilles bourdonnaient ; son coeur battait la chamade.

Elle sentait la sueur perler sur son ventre, son dos coller aux draps.

Elle se rappela de la jouissance ultime qu'Angel avait provoqué dans son corps, la chaleur qu'il avait fait exploser dans son sexe.

Elle se cambra davantage, excitant son triangle d'or au maximum.

Alors, de sa main brûlante, couvrant son sexe, elle se fit venir... Seule... Toute seule...

A peine la seconde de jouissance passée, Buffy retomba inerte sur les draps et la tristesse l'envahit à nouveau.

Angel n'était pas là. Il ne serait plus jamais là. Elle l'avait tué, de ses propres mains, et il ne la prendrait plus jamais dans ses bras.

Buffy se laissa rouler sur le côté et referma ses cuisses, honteuse de s'être masturbée, honteuse de s'être donné du plaisir seule...

Elle se sentit si fragile, les yeux au bord des larmes.

Jamais plus elle ne pourrait aimer.

Personne.

En tuant Angel, elle avait l'impression d'avoir tué sa capacité à ressentir, sa capacité à s'abandonner.

Son corps, son sexe, son coeur, tout appartenait à Angel.

Lui mort, elle n'était plus rien.

Personne ne la toucherait plus jamais.

Jamais.

Malgré la chaleur cuisante, Buffy se recroquevilla dans le lit comme un foetus et attendit que le sommeil la prenne.

A suivre...

PS : Cette première partie de fic a été postée initialement sous le titre de "Daddy", à un moment où je ne pensais jamais finir l'histoire. Désormais, la fic ira à son terme et je lui donne un titre global qui lui correspond mieux : la chambre...