
Titre : La Chambre
Auteur : Haldol
Résumé : Fic post-saison 2. Buffy est serveuse
(comme dans "Anne") et vit avec le souvenir d'Angel qu'elle aime
d'une passion inaltérée. Elle est fragile, perdue, et n'a
aucune envie de rentrer à Sunnydale. Elle veut vivre seule avec
le souvenir de ses amours mortes. Mais Giles,
désespéré d'avoir perdu sa Tueuse, parvient enfin
à la retrouver. Giles, l'observateur, est aussi la figure
paternelle et autoritaire... Mais qui de ces deux âmes
blessées, parviendra à prendre le dessus sur l'autre ? Qui
obéira à l'autre ? Qui se soumettra ?
Note de l'auteur : On peut vampiriser quelqu'un sans
nécessairement avoir des canines pointues et effilées :
simplement en usant des sentiments.
Cela faisait près de deux minutes que Giles était planté devant cette cafétéria modeste où travaillait Buffy. Elle était là, à l'intérieur, derrière la vitre, en tenue blanche et rouge. Elle s'affairait près d'un groupe de clients. "Ses instincts de Tueuse ont dû faiblir... Elle n'a pas senti ma présence" pensa Giles.
Il en profita pour l'admirer : elle était belle comme le jour, avec ses cheveux blonds qui encadraient parfaitement son visage. On aurait dit un ange. Mais son visage avait quelque chose de grave.
Giles avait envie d'entrer, de se précipiter sur elle et de la serrer dans ses bras.
Trois mois qu'il la recherchait... Elle s'était enfuie mi mai, avant même la fin des cours. On est déjà le 10 août.
Trois mois qu'elle avait laissé tout le monde dans la détresse. Trois mois que Giles parcourait le pays à sa recherche. Trois mois qu'elle vivait cette vie misérable de serveuse...
Tout ça pour Angel...
Giles était arrivé le matin même à Los Angeles. Il avait roulé depuis l'aube et passé ensuite l'après-midi à vérifier les informations qu'il avait obtenu. Il savait désormais où elle habitait, où elle travaillait. Et enfin, elle était là, devant lui : il avait l'impression de la regarder pour la première fois...
Il n'en pouvait plus d'attendre.
Il fallait qu'il entre.
Il ouvrit la porte de la cafétéria et s'appuya contre le mur du fond.
Buffy était en train de desservir une table. Tout d'abord, elle ne le remarqua pas. Elle ramassa les couverts et les verres, puis elle alla poser les assiettes sales sur le comptoir. Et puis, elle se retourna.
Ses yeux enfin rencontrèrent les siens.
Ils restèrent un instant à se fixer, sans bouger, sans parler. Giles avait l'impression que s'il faisait le moindre mouvement, elle disparaîtrait... comme une illusion.
Le coeur de Buffy avait fait un bond dans sa poitrine en apercevant Giles. Et maintenant, il battait à toute vitesse, lui donnant des palpitations. Elle sentit le rouge lui monter aux joues.
Giles...
Il l'avait cherché, retrouvé... parce qu'il l'aimait malgré tout. Malgré Angelus.
Alors, tout doucement, Buffy esquissa un sourire et se dirigea vers son observateur. Elle essuya machinalement ses mains contre ses cuisses, puis tendit les bras vers lui, attendant qu'il l'enveloppe et qu'il la câline. Buffy voulait que Giles la serre très fort contre lui.
Mais la douleur de Giles, surgissant comme un éclair, conduisit l'observateur à un tout autre geste.
Sa main siffla dans l'air et s'abattit sur la joue de la jeune fille. Une gifle sèche qui claqua violemment.
Buffy vacilla sous le choc. Son corps heurta la vitre près de la porte d'entrée. Son épaule rebondit dans un bruit sourd. Ses cheveux blonds s'étalèrent sur son visage... Buffy plaqua ses mains contre son visage meurtri puis releva vers Giles des yeux embués de larmes.
Rupert la regarda avec émotion : ce n'était pas du tout ce qu'il avait voulu faire. Son chagrin et son angoisse avaient parlé le langage de la violence. Il n'avait pu se maîtriser.
Deux serveuses et le patron de la cafétéria se précipitèrent sur Giles, prêts à le ceinturer, à le jeter dehors. Les remarques et les questions fusèrent :
- Il t'emmerde ? J'appelle les flics ?
- Anne ! Qu'est-ce qu'il te veut ce type ?
- Tu le connais ?
Buffy, le visage en pleurs, restait muette. Giles, le visage crispé de douleur, tendit sa main vers la joue rosie de Buffy et caressa sa peau échauffée par la gifle. La jeune fille eut un léger sursaut : elle avait cru qu'il allait encore la frapper. Puis, sentant la douceur de ses doigts glissant sur son visage meurtri, elle ferma les yeux une seconde.
- Oh ! Buffy..." bafouilla Giles, tellement heureux de l'avoir retrouvée. Il ouvrit alors les bras. Il craignait une réaction négative, mais Buffy se jeta contre son torse. Giles l'enveloppa avec avidité, la serrant contre son corps. Il sentait son parfum, l'odeur de ses cheveux... Comment avait-il fait pour survivre sans elle si longtemps ?
- Giles..." murmura-t-elle enfin "Vous m'avez tellement manqué...
- Buffy, Buffy..." Il ne connaissait plus que son nom... Il le répétait en boucle.
Autour d'eux, les serveurs et le patron, bras croisés, les toisaient d'un air soupçonneux :
- Anne ? C'est qui, lui ? Ton père ?" questionna une petite brune très maquillée. Buffy releva la tête en direction du patron :
- Monsieur Washington, est-ce que je peux partir plus tôt, s'il vous plait, je..." hoqueta-t-elle entre deux sanglots. Son patron détailla Giles, puis Buffy, sans rien dire. "S'il vous plait" insista-t-elle. L'employeur soupira :
- Ca va. D'accord. Il n'y a pas trop de monde ce soir". Puis, il se tourna vers Giles et l'interrogea du regard : "Fugueuse, n'est-ce pas ? ”. Giles acquiesça d'un mouvement de tête. Monsieur Washington lui décocha un sourire complice : la joie d'un père retrouvant sa fille... Voilà ce qu'il imaginait.
Voilà exactement ce que Giles et Buffy n'étaient pas...
* * * * *
- Comment vous savez où j'habite ?" demanda Buffy alors qu'ils arrivaient devant la chambre miteuse qu'elle occupait.
- Je suis ton observateur, Buffy... Je t'observe" fit Giles énigmatiquement. Cette réponse l'intrigua mais elle ne l'interrogea pas davantage. Elle sortit les clefs de sa poche et ouvrit la porte de sa chambre de bonne.
La pièce était petite : le lit prenait presque toute la place. Il y avait un minuscule cabinet de toilette sur la gauche et une tablette avec un réchaud sur la droite. Giles était surpris : "Comment a-t-elle fait pour vivre ainsi, dans le plus parfait dénuement depuis deux mois ? Elle si coquette, si obsédée par son apparence, vit aujourd'hui en ascète ” pensa-t-il.
Elle jeta sa veste sur la patère à l'entrée puis s'assit sur le lit, sans rien dire. Giles ne savait comment réagir. Ils n'avaient pas parlé pendant tout le chemin et il ne savait comment s'y prendre.
Trois mois déjà... Comment avait-elle évolué ? Avait-elle changé ? Pensait-elle toujours à Angel ? Ce vampire damné la rongeait-il encore de l'intérieur ?
Giles s'approcha du lit. Il aurait voulu prendre une chaise mais il n'y en a pas. Il s'assit alors près d'elle. Sous son poids, le lit se met à couiner : les ressorts étaient usés. Le grincement suspect fit sourire Buffy.
- Comment va tout le monde ?" demanda-t-elle enfin. Giles eut immédiatement à nouveau des fourmis dans la main. Il avait encore envie de la gifler.
Oh ! Oui ! La battre lui aurait fait du bien, ne serait-ce qu'une seconde. Lui faire ressentir physiquement, ne serait-ce qu'un instant, la douleur qu'il avait moralement subi depuis qu'elle l'avait laissé seul.
Sa famille, ses amis... Elle ne s'en est guère préoccupée pendant tous ces longs mois. Mais l'observateur se contenta de lui répondre de manière neutre : il n'avait aucune envie de la braquer contre lui : il est trop tôt pour lui faire la morale.
- Bien, bien... Tout le monde va bien. Ta mère est très inquiète..." Buffy demeurait silencieuse. Giles fit une pause puis reprit : "Tu nous a tous beaucoup manqué, Buffy ”. A ces mots, sa voix se mit à faiblir. Il sentit le regard de sa Tueuse rivé sur lui. Elle voyait son émotion qui transpirait de tout son être.
Giles sentit alors sa main qui attrapait tendrement la sienne, et sa tête se posa sur son épaule :
- Ho... Giles... Je suis désolée, désolée..." murmura-t-elle dans un souffle.
Rupert l'enlaça aussitôt, incapable de freiner son besoin d'elle. Les mains de la jeune femme se plaquèrent contre ses flancs, son frêle et jeune corps se pressant contre le sien.
Giles était troublé.
L'observateur desserra son étreinte et se releva rapidement, chassant de furtives et étranges pensées qui traversaient son esprit.
- Bon... Bien... Heu... Si tu préparais tes affaires maintenant ?" bégaya-t-il. Buffy le regarda avec des yeux étonnés. Puis elle fronça les sourcils et son regard devient plus dur :
- Mes affaires ? De quoi est-ce que vous parlez, Giles ?
- Buffy ! Pourquoi suis-je venu ici, à ton avis ? Pour le tourisme ? Je suis là pour te ramener à Sunnydale !!! Pour te ramener près de ta mère, près de tes amis... Pour que tu fasses ta rentrée scolaire". Il s'avança afin de saisir le téléphone près de la tête du lit mais, d'un mouvement brusque, Buffy l'empêcha de décrocher.
- NON !" s'écria-t-elle, le regard apeuré.
- Non ?" s'étonna l'observateur.
- Giles, je ne veux pas rentrer. Je ne suis pas prête !
- Pas prête ? Buffy, qu'est-ce que tu me racontes ?
- J'ai besoin de temps..." murmura-t-elle, assise comme une petite fille sur son lit. "Je ne suis pas capable d'affronter tout le monde. Willow, Alex... Et maman..." Elle baissa les yeux. Giles s'agenouilla à ses pieds et posa ses mains sur ses cuisses.
Il prit une voix très calme et très douce afin d'amadouer son petit animal sauvage :
- Buffy, laisse-moi au moins les prévenir que tu vas bien.
- Non ! S'il vous plait, Giles ! Laissez moi le temps de m'habituer à... tout ça" gesticula-t-elle dans le vide. Ses paroles étaient hésitantes. Elle paraissait totalement perdue, sans repères et effrayée.
Giles tenta une dernière approche pour la raisonner :
- J'avais promis à Willow de l'appeler pour lui dire si la piste que je suivais était la bonne.
- Je vous en supplie, Giles, n'appelez pas ! N'appelez pas" fit-elle avec un regard désespéré. Comment Giles pouvait-il résister à ses désirs ? Il venait à peine de la retrouver après une quête éperdue de 12 semaines. Il était incapable de la brusquer, incapable d'aller à l'encontre de sa volonté. Il plia donc :
- Entendu... On en reparlera plus tard.
- Oui... Plus tard..." murmura Buffy en jetant un oeil à la fenêtre. Il faisait nuit et on entendait les sirènes de police au dehors. Cette chambre était si triste. Giles détestait cet endroit.