
Titre : La Chambre
Auteur : Haldol
Résumé : Fic post-saison 2. Buffy est serveuse
(comme dans "Anne") et vit avec le souvenir d'Angel qu'elle aime
d'une passion inaltérée. Elle est fragile, perdue, et n'a
aucune envie de rentrer à Sunnydale. Elle veut vivre seule avec
le souvenir de ses amours mortes. Mais Giles,
désespéré d'avoir perdu sa Tueuse, parvient enfin
à la retrouver. Giles, l'observateur, est aussi la figure
paternelle et autoritaire... Mais qui de ces deux âmes
blessées, parviendra à prendre le dessus sur l'autre ? Qui
obéira à l'autre ? Qui se soumettra ?
Note de l'auteur : On peut vampiriser quelqu'un sans
nécessairement avoir des canines pointues et effilées :
simplement en usant des sentiments.
Giles, installé sur l'unique chaise de la chambre, regardait Buffy dormir. Le siège était inconfortable ; il avait un terrible mal au dos. Mais tout ça ne comptait pas. Son esprit était entièrement absorbé par la vision de sa jeune Tueuse, allongée sur son lit, et dont la respiration régulière le rassurait. Buffy était bien là, devant lui, et elle était vivante. Il l'avait retrouvé, ce n'était pas une illusion.
Baignée par la lumière jaunâtre provenant des réverbères de la rue, filtrée par un voilage transparent, Buffy dormait.
L'observateur pouvait voir son corps, recroquevillé de côté, dans le lit... ses cheveux blonds accrochant le reflet des néons extérieurs.
La nuit, au coeur de la ville, n'était jamais noire.
Une enseigne clignotait non loin, renforçant le caractère déprimant de la chambre.
Giles ne pouvait détacher ses yeux d'elle. Il l'avait retrouvée. Elle était là... Enfin là... Jamais plus elle ne lui échapperait. Jamais plus il ne la quitterait.
Cependant, Giles demeurait inquiet. Il l'avait trouvé changée. Physiquement et mentalement. Physiquement, elle avait visiblement maigri. Son corps, souple, paraissait comme blessé. Il l'avait regardée se glisser dans le lit avec une lenteur douloureuse.
Mentalement, elle paraissait effrayée, si fragile, coupée du monde. Son univers se résumait à son travail et... Giles fronça les sourcils : que faisait-elle le reste du temps ? Demeurait-elle alanguie dans cette chambre minuscule, à chérir le souvenir d'Angel ?
Giles ferma les yeux un instant. Il luttait contre le sommeil depuis des heures, ne voulant perdre une miette du spectacle de Buffy enfin retrouvée. Il craignait de la voir disparaître et de découvrir, au matin, que tout ça ne fut qu'un rêve.
Un bruissement de drap...
Giles rouvrit les paupières. Buffy avait roulé dans le lit et repoussé le drap. Il faisait si chaud.
Rupert regarda sa poitrine se soulever, au rythme régulier de sa respiration. Ses courbes étaient parfaites et il devinait la pointe de ses seins saillir sous le tissu léger de sa petit chemise de nuit.
Giles se sentit envahi d'une bouffée de honte : que venait-il de penser ? Il avait osé regarder sa protégée, non comme son enfant, mais comme une femme, comme un être sexuel... ce que visiblement, elle était ! N'avait-elle pas goûté au péché de chair avec Angel, libérant Angelus ? Ce bourreau qui l'avait torturé...
Giles tourna la tête et ferma les yeux, tentant de gommer de sa mémoire les rondeurs exquises qu'il venait d'admirer.
Désormais privé de ses yeux, Giles se concentrait sur l'univers auditif de la chambre. Pas de silence, non, que du bruit, dans la nuit de Los Angeles...
Une sirène au loin... Des coups de klaxon, là bas, à l'angle de la rue...
Des voix, trop loin pour être comprises, qui hurlent...
Comment Buffy pouvait-elle dormir dans cette nuit étouffante et bruyante ?
Un soupir, léger, comme l'expiration de l'air lorsqu'on prend du plaisir...
Giles rouvrit prestement les yeux.
Buffy n'avait pas bougé. Le corps était légèrement plus cambré qu'auparavant, le drap un peu plus bas...
De là où il était assis, il distinguait mal son visage, tourné de côté. Mais il entrevoyait son profil, ses lèvres entrouvertes et brillantes...
Une bretelle de la chemise de nuit avait glissé le long de son épaule. Le tissu était au bord de son sein délicat... Un mouvement de plus et sa poitrine serait découverte...
Giles referma les yeux, serrant fermement les accoudoirs de la chaise, tête renversée en arrière.
Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Comment pouvait-il se perdre dans la contemplation du corps de sa Tueuse ?
Il soupira et tenta de se raisonner, de rationaliser la situation. Après tout, il était observateur : son devoir était d'observer. Etait-ce vraiment mal d'observer ainsi le corps de Buffy ?
"Son corps est son instrument de travail" pensa Giles. "C'est l'arme qui lui permet de combattre les forces du mal. Elle n'est qu'une adolescente de 17 ans... Son corps n'a pas fini ses transformations... Je suis son observateur. Mon devoir est de la regarder grandir, de la regarder se battre et vivre, de regarder son corps..."
Giles redressa la tête et rouvrit les yeux : "Mais pas comme ça..." concéda-t-il à sa conscience.
Il ramena ses mains sur son ventre et entrelaça ses doigts, comme afin d'enchaîner ses mains, moites de chaleur.
Il transpirait de plus en plus. Pas de climatisation dans cette minuscule pièce.
Buffy avait laissé la fenêtre ouverte mais de la rue ne montait que de l'air lourd et puant : l'odeur des pots d'échappements, l'odeur de la crasse de son quartier malfamé...
Pas un souffle de vent. Le voilage léger qui lui servait de rideau ne bougeait pas.
Pas d'air.
Giles décroisa ses mains : ses paumes étaient liquéfiées. Il essuya ses mains sur ses cuisses et ouvrit le col de sa chemise : deux boutons... Il sentait la transpiration couler le long de son torse. Le tissu collait à sa peau. Il passa une main bouillante derrière sa nuque trempe et grimaça. Il avait mal au cou, mal au dos... Cette chaise le torturait. Il fit rouler sa tête pour décontracter un peu ses muscles endoloris puis, malgré lui, il releva les yeux et regarda droit devant lui.
Buffy n'avait pas bougé. Sa poitrine juvénile se soulevait à chacune de ses respirations. Giles la fixa, incapable de détourner le regard, durant un long moment. Il regarda le tissu de sa chemise de nuit, toujours au bord de son sein. Il se mit à espérer secrètement qu'elle bouge un peu le bras et que la bretelle glisse inexorablement jusqu'à la découvrir. Giles avait l'impression d'être un de ces prêtres, voué à l'abstinence et au célibat, qui volent d'un regard toute la volupté charnelle à laquelle ils ont renoncé.
Oui, il n'était qu'un père de cette église qu'est le Conseil et un père de substitution pour Buffy...
Un regard, juste un regard... Ce n'était pas vraiment mal...
Ses yeux commençaient à piquer à fixer le corps de Buffy de la sorte. Il avait veillé pendant si longtemps. Il était près de 3 heures du matin.
Et puis enfin, elle bougea. Sa tête se tourna un peu de côté, vers lui. Son bras se déplia et la bretelle glissa, avec une fatalité que Giles loua.
Un sein blanc et laiteux, parfait, à l'aréole si pâle apparut.
La réalité du fantasme le foudroya. Giles ferma les yeux, pétri de culpabilité, refusant d'admirer une seconde de plus ce sein délicat. L'observateur pensait qu'il aurait mieux fallu que ce désir resta à l'état de rêve, qu'il ne prenne jamais corps. Avoir vu réellement cette partie intime de son corps d'enfant lui était mentalement douloureux.
Giles expira longuement, insatisfait et rongé de regrets. Il aurait pu, à l'instant, mourir de honte.