
Titre : La Chambre
Auteur : Haldol
Résumé : Fic post-saison 2. Buffy est serveuse
(comme dans "Anne") et vit avec le souvenir d'Angel qu'elle aime
d'une passion inaltérée. Elle est fragile, perdue, et n'a
aucune envie de rentrer à Sunnydale. Elle veut vivre seule avec
le souvenir de ses amours mortes. Mais Giles,
désespéré d'avoir perdu sa Tueuse, parvient enfin
à la retrouver. Giles, l'observateur, est aussi la figure
paternelle et autoritaire... Mais qui de ces deux âmes
blessées, parviendra à prendre le dessus sur l'autre ? Qui
obéira à l'autre ? Qui se soumettra ?
Note de l'auteur : On peut vampiriser quelqu'un sans
nécessairement avoir des canines pointues et effilées :
simplement en usant des sentiments.
Buffy se réveilla à l'aube. Il était un peu plus de 6 heures et demi, mais déjà, la température augmentait sous les premiers rayons du soleil. La petite chambre, orientée à l'est, laissait pénétrer une lumière tamisée par le voilage des rideaux.
Buffy, immobile dans son lit, mirait les traînées d'or dont le soleil immergeait la fenêtre. Les rayons commençaient à lécher le bord du lit.
Elle soupira et se laissa couler sur le dos. Elle s'aperçut que sa poitrine était quasiment nue : les petites bretelles un peu trop lâches de sa chemise de nuit avaient glissé le long de ses épaules et ses seins étaient exposés. Elle remonta à la hâte le drap et jeta immédiatement un coup d'oeil inquiet à la chaise placée au pied du lit : Giles, la tête renversé en arrière, dormait profondément.
Buffy se relaxa : elle n'aurait pas aimé que Giles la voit à moitié nue, se roulant lascivement dans son lit. Qu'aurait-il pensé s'il avait su les rêves qui l'envahissaient toutes les nuits ? N'aurait-il pas été choqué de savoir qu'elle s'imaginait tous les soirs faisant l'amour avec Angel ?
Malgré elle, elle esquissa un maigre sourire : son observateur aurait sans doute rougi s'il avait connu ses fantasmes. Giles la voyait certainement encore comme une petite fille, pas comme une femme...
Une femme... elle ne le serait plus jamais.
Buffy sentit son coeur se serrer au souvenir d'Angel.
Angel...
Lui mort, plus personne ne la toucherait jamais. Elle ne pourrait s'abandonner à personne d'autre. Elle n'était qu'à lui. Sans lui, elle ne serait à personne. Plus jamais.
Giles avait sans doute raison de l'imaginer comme une enfant : elle était redevenue une.
Mais Giles pensait-il cela ? La voyait-il comme une petite fille ? Ou avait-il compris que, malgré ses 17 ans, elle était quand même une femme, ayant expérimenté la jouissance de la chair et l'extase des sens ?
Buffy se redressa doucement dans son lit, appuyant sa tête un peu plus haut sur l'oreiller et fixa Giles avec plus d'attention.
Il s'était enfoncé dans son siège, la tête renversée en arrière, ses lunettes toujours sur le nez. Ses bras étaient ballants le long des accoudoirs et ses jambes étaient écartées. Il dormait profondément.
Il avait dû avoir très chaud car, pendant la nuit, il avait déboutonné sa chemise jusqu'à son ventre. Les pans de tissu flottaient de chaque côté de ses flancs. Buffy eut un petit sourire en le regardant : il était là, inconscient, abandonné aux bras de Morphée.
Inconscient. Imprudent aussi.
Buffy se dit qu'elle aurait pu, en quelques minutes, disparaître. Elle aurait enfilé un jean, mis un tee-shirt et sauté par la fenêtre ouverte, se faufilant le long de l'échelle de secours de l'immeuble.
Une autre identité, encore.
Une autre ville.
Elle aurait tout recommencé : un autre job, un autre trou où planquer sa peine et où elle aurait rêvé, toutes les nuits, d'Angel.
Ici ou ailleurs, de toute façon, ça n'avait aucune importance.
Buffy remonta l'oreiller dans son dos : oui, pourquoi pas... Fuir, encore et encore... Laisser Giles, là, assis sur sa chaise, tout seul.
Elle l'imaginait déjà, dans quelques heures, se réveiller au milieu du désert de la chambre et hurler son nom, le coeur empli de désespoir.
Buffy sentit une vague étrange de plaisir la submerger : c'était bon de l'imaginer en train de souffrir. C'était le signe qu'il l'aimait. Il souffrirait de la perdre encore, comme elle avait souffert d'avoir perdu Angel.
Ce désir sadique, cette souffrance de son corps et de son coeur, cette frustration étaient l'univers entier de Buffy. Elle ne connaissait plus aucun autre sentiment.
Savoir qu'elle pouvait, en disparaissant à nouveau, lui faire mal provoquait un plaisir étrange au creux de son ventre.
Oui, elle allait se lever, en silence, enfiler un pantalon sous sa chemise de nuit, et elle sauterait par la fenêtre...
Buffy sortit doucement une jambe de dessous les draps, puis l'autre. Elle s'approcha du pied du lit, près de Giles, pour attraper son jean jeté sur le cadre de bois. Il fallait faire vite : le soleil emplissait un peu plus la pièce et les rayons de lumière commençaient à lécher le corps de Giles. La chaleur le réveillerait sûrement dans quelques minutes.
Buffy commença à tendre le bras vers son pantalon mais ne termina pas son geste. Quelque chose, là-bas, sur le corps de Giles, arrêta son geste et son regard.
Le soleil rasant faisait danser de curieuses ombres sur le torse de Giles. Des sortes de rivières pourpres lui zébraient la poitrine.
Des cicatrices. Oui, c'était ça. Des cicatrices encore vives et mal refermées.
Buffy sentit ses jambes flageoler et elle dût s'asseoir au bord de son lit : des cicatrices récentes... Où Giles avait-il pu attraper ça ?
Un sentiment étrange l'envahit, comme une alarme au fond de son âme. Aurait-elle du connaître l'origine de ces monstrueuses blessures ? Son inconscient lui soufflait un "oui" qu'elle refoula avec violence. Non, non ! Elle ne savait pas ! Elle ne pouvait pas savoir...
Torture...
Le mot jaillit en elle, et s'imposa : torture...
Alors, malgré la température élevée de la pièce, Buffy frissonna.
Torture... Le mot n'avait qu'un synonyme : Angelus.
Tout d'un coup, le spectacle de ce torse dévasté fut caché : les deux pans de tissu se refermèrent violemment.
- Buffy... ? Tu... Tu es réveillée ?" souffla l'observateur de sa voix suave et apaisante.
La jeune fille leva vers lui des yeux vides et fit un mouvement positif de la tête. Puis, son regard descendit de nouveau vers le ventre de Giles. Elle se leva du lit où elle était assise et s'approcha de lui. Giles se redressa légèrement dans sa chaise mais ne bougea pas davantage.
Arrivée à quelques centimètres de lui, Buffy se laissa tomber à genoux, à ses pieds. Elle avança ses deux mains et écarta doucement les deux pans de tissu que l'observateur avait rabattu sur lui. Elle voulait revoir les blessures, revoir la marque d'Angel, gravée dans la peau de Giles...
La voix de Giles, rauque, retentit dans la pièce :
- Non..."
Mais Buffy n'écouta pas et dégagea les cicatrices rosâtres, encore à vif. Le soleil baignait la pièce de lumière : les couleurs de la chair meurtrie de Giles explosaient au soleil.
Buffy déglutit péniblement :
- C'est lui, n'est-ce pas ?"
Giles savait qu'elle avait compris. Mais jusqu'à quel point ? Pouvait-elle imaginer les heures de torture qu'Angelus lui avait infligées, les mots pervers qu'il lui avait dit pour le faire souffrir ?
Non, elle ne pouvait savoir. Et Giles avait toute cette violence en lui : comment Buffy avait-elle pu donner son corps, sa virginité, à sa monstre d'Angel qui ensuite, était venu le torturer, lui, le père aimant, pendant des heures ?
Giles repoussa Buffy et se redressa d'un bond :
- C'est lui, oui. Qui d'autre, hein ?" s'énerva-t-il.
- Je ne savais pas, Giles..." fit Buffy d'une voix blanche en se relevant.
L'observateur détourna la tête : il ne parvenait plus à la regarder dans les yeux. Il passa machinalement sa main sur son torse meurtri, laissant courir ses doigts sur les boursouflures et crevasses qui marquaient sa peau.
Buffy attrapa son bras et le força à lui faire face :
- Je ne savais pas, Giles !" répéta-t-elle, en élevant la voix. Giles la foudroya du regard :
- Tu ne savais pas ? Mais tu n'as jamais cherché à savoir !" hurla-t-il. "Tu es partie ! Tu t'es enfuie comme une voleuse ! Seul le souvenir d'Angel t'importait, n'est-ce pas ? Mais les souffrances de ton vieil observateur n'avaient aucune importance. Il n'y en a jamais eu que pour lui !
- Vous êtes injuste, Giles ! Je suis venue devant l'école avant de partir, et vous étiez là ! Je vous ai vu, debout... Vous aviez l'air d'aller bien. Tout le monde avait l'air d'aller bien..." plaida-t-elle avec ferveur. Mais sa petite voix faiblissait déjà.
- Tu n'as vu que la surface, l'apparence, et tu t'en es contentée ! Tu n'as pas cherché plus loin. Si tu étais venue voir de près, c'est ça que tu aurais vu" cria Giles en ouvrant grand les pans de sa chemise. "La marque d'Angelus ! La marque de ton amant sur ma peau"
Buffy, les larmes aux yeux, secoua la tête, essayant de nier la réalité.
Giles s'énerva :
- Si, Buffy ! Tu aurais vu ça, et même pire, lorsque les plaies étaient fraîches ! Tu aurais vu la marque des brûlures, la trace du couteau et les sillages qu'il a laissés en déchirant mes chairs !
- Oh... Giles..." Buffy plaqua sa main sur sa bouche et recula d'un pas, effrayée par les descriptions de son observateur.
Giles, en colère, lui attrapa le poignet :
- Non, Buffy ! Tu ne fuiras pas une seconde fois. Regarde !" hurla-t-il en l'attirant vers lui : "Regarde ce qu'il m'a fait ! Regarde ce que ton amant m'a fait subir !"
Giles entraîna le poignet de Buffy, qu'il serrait fermement, vers son torse. Il plaqua la main de la jeune fille sur sa peau craquelée. Lorsqu'elle toucha ses chairs, Buffy ne résista plus contre la volonté de son observateur et ses doigts, naturellement, suivirent le tracé sinueux des marques de couteau et des brûlures.
Giles lâcha son frêle poignet et la laissa explorer son corps. Face à face, debout, figés dans la pièce, ils demeuraient immobiles. Giles respirait très vite, sous le coup de la colère et de l'émotion encore vives.
Buffy, presque collée à lui, les yeux figés sur ses plaies, caressait sa peau abîmée, découvrant de ses doigts les cicatrices qui le marqueraient à jamais.
Sa main, partie du haut de sa poitrine, descendit jusqu'à son ventre tendu, et descendit encore plus bras, à la lisière du pantalon :
- Ca ne s'arrête pas..." murmura Buffy, hypnotisée par le chemin des blessures. Elle demeura un instant pétrifiée, accrochée au cuir de la ceinture. Puis, machinalement, elle descendit vers la boucle en métal et la défit : il fallait qu'elle suive le chemin d'Angelus jusqu'au bout.
- Buffy..." hoqueta Giles, le souffle court.
Mais la jeune fille ne sembla pas entendre : elle déboucla la ceinture puis commença à déboutonner le pantalon, les yeux rivés sur ces cicatrices qui disparaissaient sous le tissu.
Et puis, les poignets de Giles enserrèrent violemment ses mains, l'empêchant de poursuivre sa quête :
- Buffy, non !"
La jeune fille releva des yeux perdus vers Giles. Elle plongea son regard dans le sien et ses yeux s'embuèrent :
- Pardon, Giles, pardon..." sanglota-t-elle.
Giles l'enlaça immédiatement, plaquant son corps contre le sien, la serrant contre lui aussi fort que possible :
- Shhh.... Chut... Ce n'est pas de ta faute, Buffy..." murmura-t-il à son oreille. "Shhh... C'est fini, c'est fini..."
Et ils restèrent là, un grand moment, debout dans la pièce, à chercher un peu de réconfort dans les bras l'un de l'autre.
Chacun la peau marquée, à sa façon, par Angel...
Angelus...