
Titre : La Chambre
Auteur : Haldol
Résumé : Fic post-saison 2. Buffy est serveuse
(comme dans "Anne") et vit avec le souvenir d'Angel qu'elle aime
d'une passion inaltérée. Elle est fragile, perdue, et n'a
aucune envie de rentrer à Sunnydale. Elle veut vivre seule avec
le souvenir de ses amours mortes. Mais Giles,
désespéré d'avoir perdu sa Tueuse, parvient enfin
à la retrouver. Giles, l'observateur, est aussi la figure
paternelle et autoritaire... Mais qui de ces deux âmes
blessées, parviendra à prendre le dessus sur l'autre ? Qui
obéira à l'autre ? Qui se soumettra ?
Note de l'auteur : On peut vampiriser quelqu'un sans
nécessairement avoir des canines pointues et effilées :
simplement en usant des sentiments.
Giles respira une longue bouffée d'air frais : la climatisation de ce restaurant était si relaxante. Il avait l'impression de revivre. Dehors, c'était la fournaise, de jour comme de nuit. La soirée était bien avancée mais à l'extérieur, la température était toujours aussi élevée. L'air était irrespirable.
En face de lui, Buffy était assise, le dos un peu courbé : elle jouait avec les aliments du bout de sa fourchette.
Rupert but une longue gorgée de vin, sans quitter l'adolescente des yeux :
- Mange" la bouscula-t-il, "Ca va être froid...
- Je n'ai pas très faim...
- Il faut te forcer un peu. Tu as beaucoup maigri depuis que tu es partie" Giles reposa son verre devant lui et coupa un morceau de steak bien saignant. Buffy, les yeux dans son assiette, ne répondit rien.
Giles avala une bouchée puis osa poser une question qui le tourmentait :
- Buffy..." Son ton hésitant et sa voix soudainement plus grave fit tressaillir la jeune fille. Elle mordit ses lèvres nerveusement.
Giles ôta ses lunettes et sembla chercher ses mots :
- Est-ce que tu t'es un peu entraînée depuis que tu es ici ? Est-ce que tu as quelque peu continué ton travail de Tueuse ?"
Le visage de Buffy se crispa davantage :
- Tout ça est derrière moi, Giles. Je n'ai jamais voulu être l'élue ! Je n'ai jamais voulu souffrir, tuer, massacrer". Elle s'exaltait : "Oui, ce sont des démons ! Oui, ils représentent une menace ! Oui, il faut les exterminer !"s'énerva-t-elle. "Mais pas moi, Giles ! Trouvez quelqu'un d'autre. Oups ! Je suis la seule ? L'unique ?" Ironisa-t-elle. "Mais ce n'est pas mon problème, Giles. Le Conseil n'a qu'à changer les règles ! Le Conseil n'a qu'à trouver quelqu'un d'autre pour faire leur sale boulot, pour risquer sa vie, pour mourir à vingt ans...
- Buffy" soupira Giles. "La tradition immuable veut que..."
Buffy haussa le ton et lui coupa la parole :
- La tradition ? Mais vous pouvez vous la remballer, Giles ! Je n'en ai rien à faire, moi, de vos coutumes et de vos principes !" Buffy contint sa voix, afin de ne pas exploser. Elle ne voulait pas perdre le contrôle. Elle respira lentement, retrouvant un calme apparent. Elle baissa les yeux vers ses mains nouées sur la table : elles tremblaient légèrement.
Giles pouvait sentir sa peine et sa douleur jusque dans ses propres entrailles. Il détestait la voir dans cet état.
Buffy reprit plus posément, d'un air las :
- J'ai toujours voulu être normale, Giles. Une vie calme, avec ma mère, des amis, des devoirs à faire et puis me coucher dans les bras de celui que j'aime" Sa voix se brisa. La présence d'Angel était palpable. "Je ne voulais pas avoir à passer mes nuits dehors, à combattre le mal au prix de ma vie, en mettant mes amis en danger, en mettant ma mère en danger, en vous mettant en danger, Giles... Je ne voulais pas avoir à tuer, Giles... Personne". Giles aussi bien que Buffy savait qui se cachait derrière ce mot : personne ? Tout simplement Angel...
Buffy repoussa l'assiette presque pleine loin d'elle. Le crissement du grès rayant le formica de la table la fit frissonner.
- Alors, les patrouilles, les entraînements, les tueries de démons, vous pouvez faire une croix dessus...
- Je comprends" soupira Giles, plein d'empathie pour elle.
- Je suis lasse, Giles. Je suis fatiguée... J'ai l'impression d'avoir cent ans, d'être usée... Je rêve d'une autre vie, Giles, d'une autre chance...
- D'une autre vie ?" s'étonna Giles d'une voix douce. Il ne voulait pas l'effaroucher. "Et c'est une vie comme celle-là dont tu rêvais ? Etre serveuse et vivre seule, sans amis, sans famille, dans cette chambre triste et minuscule ?
- Je ne désire rien, Giles... Rien... Je suis vide, complètement vide..." Ses yeux s'embuèrent de larmes. "J'ai juste besoin d'être seule, vous comprenez ? Je ne veux pas rentrer à Sunnydale. Je n'ai pas envie de voir tout ce monde. J'aurais l'impression d'étouffer... Je les aime, tous, mais..." Elle laissa sa phrase en suspens, n'osant ajouter : mais ils ne sont pas lui...
Buffy essuya d'un geste rapide une larme accrochée à ses longs cils bruns :
- Je veux juste être tranquille. Tranquille..." répéta-t-elle mais sa voix n'était plus qu'un souffle.
Le reste du repas se déroula silencieusement. Giles avait encore tant à demander, et Buffy tant à taire. La communication ne pouvait passer facilement au bout d'une seule journée de retrouvailles.
Giles était mortifié. Sa Tueuse semblait en pleine dépression. Sa souffrance était si grande qu'il aurait pu matériellement la toucher. Comment l'aider à reprendre goût à la vie ? Comment l'aider à avoir à nouveau envie ? Envie de sortir, de s'amuser... et surtout, envie de se battre.
Se battre, oui. Pour le devoir, pour la cause. Giles, malgré son amour pour elle, avait une mission, tout comme elle. Il était l'observateur, le guide. Elle était la Tueuse. Il était le cerveau, elle était le bras armé du Conseil. Il fallait l'envoyer au combat. C'était son sacerdoce, sa croix.
Giles détestait se rappeler de ses obligations. Il se reversa un second verre de vin et jeta un oeil à sa protégée, figée sur sa chaise, le regard dans le vide.
Ah ! Au diable le conseil ! Au diable les devoirs sacrés ! Il était incapable de faire quoi que ce soit qui blesserait Buffy ou l'éloignerait de lui. Il venait à peine de la retrouver : pas question de prendre le risque de la perdre de nouveau. Il ferait ce qu'elle voudrait pour la garder près de lui et gagner sa confiance. Elle était comme un petit animal sauvage. Il fallait l'apprivoiser.
* * * * *
Sur le chemin du retour vers le petit appartement sordide de Buffy, Giles observa du coin de l'oeil sa Tueuse inactive. Elle paraissait réellement agir comme un automate, vivre sans but... Survivre, même.
Une fois la porte de la chambre refermée, Giles regarda la chaise en soupirant : encore une nuit sur ce siège inconfortable, sans savoir de quoi demain serrait fait.
Giles se laissa choir au pied du lit. Le sommier grinça sous son poids, arrachant un sourire à Buffy.
Rupert passa une main dans ses cheveux, visiblement très las :
- Qu'est-ce que tu comptes faire, Buffy ? Tu veux rester encore ici pendant longtemps ? Cette pièce est laide, inconfortable, on crève de chaleur... Je pourrais trouver un hôtel confortable et climatisé...
- J'y suis habituée" murmura la jeune fille en ouvrant la porte du minuscule cabinet de toilette. Elle ne voulait pas dépendre des souhaits de Giles, ni se plier à ses choix. Ici, c'était chez elle.
- Tant que tu resteras ici, je resterai ici" prévint l'observateur.
Buffy esquissa un sourire à son attention :
- Je sais..." Elle referma la porte doucement et Giles entendit couler l'eau.
Elle devait se rafraîchir, se laver... Puis elle se déshabillerait et vêtirait sa petite chemise de nuit.
Giles chassa de son esprit la vision du corps nu de sa Tueuse qu'il avait entraperçu la veille, pendant qu'elle dormait.
Quelques minutes passèrent et Buffy ressortit de la salle de bain habillée d'une simple nuisette d'un blanc virginal.
- Allez prendre une douche, Giles... Vous êtes trempé de sueur...
- Heu..." L'observateur hésita. Il jeta un coup d'oeil rapide aux quatre coins de la pièce. Et si elle disparaissait pendant les 3 ou 4 minutes qu'il passerait sous le jet d'eau froide ?
Giles tenta de se raisonner et acquiesça : il ne rêvait que d'une douche, apaisante, pour enlever cette transpiration, cette poussière, cette crasse... Il entra dans la salle de bain et referma la porte.
Buffy regarda machinalement le jean usé qui pendait dans le placard ouvert. Un geste suffisait : enfiler le pantalon, prendre son sac à dos, et sauter par la fenêtre...
Elle s'approcha de la porte de la salle de bain et écouta les bruits provenant de l'intérieur : l'eau coulait sur le corps de Giles.
Son corps meurtri...
Elle revit ces blessures atroces, ces cicatrices marquant sa chair. Elle recula, mâchoires serrées : qu'est-ce qu'Angelus lui avait réellement fait subir ? Combien de coup de couteau ? Combien de brûlures de cigarettes et autres ?
Jusqu'où descendaient les marques ? Jusqu'où ?
Elle n'avait pu aller plus loin que la limite de la ceinture : Giles l'avait arrêtée... Mais les cicatrices, elles continuaient leur chemin sur sa peau...
Pauvre Giles...
Buffy regarda son sac à dos et son jean, puis referma la porte du placard. Non, elle ne pouvait pas faire ça. Elle ne pouvait pas fuir. Elle avait besoin de suivre le tracé laissé par Angel sur la peau de Giles.
Angel était là, incrusté dans sa chair... Elle voulait toucher, elle voulait voir... Elle voulait savoir.
* * * * *
Giles avait pris sa douche avec rapidité, de peur que Buffy ne fuie pendant son absence de la chambre. Mais, lorsqu'il ouvrit la porte du cabinet de toilette, il la trouva allongée dans son lit, sous le drap fin. Elle le fixait d'un regard intense.
Giles avait remis son pantalon et sa chemise. Il n'avait pas d'autres vêtements. Il était venu la veille à Los Angeles pour la chercher et la ramener. Il n'avait pas prévu qu'il resterait plus longtemps qu'un simple aller-retour.
L'observateur jeta un oeil à sa chaise et se dirigea vers elle lorsque Buffy l'interpella :
- Vous allez vous briser le dos si vous passez une seconde nuit là-dessus. Venez..." fit-elle en ouvrant le drap.
- Buffy, la proximité entre Tueuse et observateur n'est pas... pas très recommandée" bafouilla Giles embarrassé.
- La Tueuse a fui, vous vous rappelez ? Il n'y a plus d'Elue, plus d'observateur, plus de Conseil. Est-ce qu'on ne pourrait pas être juste Buffy et Giles ce soir ? Tout simplement ?" supplia-t-elle.
Giles fondit devant son sourire triste et ses grands yeux qui le fixaient. Il s'approcha donc du lit tandis que Buffy reculait pour lui laisser un peu de place. Alors que Giles s'asseyait au bord du matelas pour ôter ses chaussures, Buffy s'approcha de lui, en glissant à genoux sur les draps.
- Vous n'allez pas entrer dans mon lit avec votre pantalon de tweed et votre chemise sale ?!" murmura-t-elle d'une voix presque légère.
- Mais je...
- Je sais, vous n'avez rien d'autre. Mais vous allez crever de chaleur, et moi aussi".
A genoux sur le matelas, à côté de lui, elle approcha ses mains de son torse avec lenteur et commença à déboutonner sa chemise. Giles s'empressa de l'aider afin qu'elle arrête ce contact qui le torturait :
- Je vais le faire" souffla-t-il d'une voix rauque.
Puis, il retira son pantalon. Ne restait plus que le caleçon, couvrant les mystérieuses cicatrices.
Giles se glissa aussi vite qu'il put sous le drap mais Buffy eut le temps de voir une marque sur sa cuisse, sortant du caleçon, comme si la cicatrice, partie du ventre, s'était prolongée entre ses jambes pour ressortir sur sa cuisse.
Elle frissonna d'horreur... et de fascination.