
Titre : Lolita
Auteur : Haldol.
Email : haldol (chez]
wanadoo [point) fr
Note de l'auteur : "Lolita" est un roman de Vladimir
Nabokov, écrit en 1955, dans lequel Humbert Humbert (ses
parents lui ont donné le même prénom que son nom de
famille), professeur d'âge mur, se prend d'une passion
violente et obsessionnelle pour l'enfant de sa logeuse, une fillette de
douze ans, Lolita.
Il est à noter que dans toutes les versions
cinématographiques transposant l'oeuvre, l'âge de Lolita a
toujours été modifié pour en faire une adolescente
d'au moins quatorze ans (dans la version d'Adrian Lyne, 1997), voire
carrément une jeune femme dans la version de Stanley Kubrick
(1962). Le livre est bien plus subversif que les films qui en ont
été tirés. Je suis moins subversif que Nabokov
puisque ma Lolita a 15 ans et mon Humbert Humbert 47, selon les canons
du BuffyVerse.
Résumé : Post saison 5. Histoire
douce-amère. Buffy est morte afin de refermer le portail des
dimensions infernales ouvert par Glory. Qui peut s'occuper de Dawn ?
Rupert Giles, bien sûr (d'ailleurs, sur ce point, la série
aurait du prendre cette direction). Mais l'observateur en veut à
Dawn d'avoir conduit Buffy à se sacrifier... Buffy qu'il aimait
comme un fou. Et Dawn, seule et perdue, ne sait comment recevoir un peu
d'amour de la part de la seule personne qui s'occupe d'elle...
Classement : soft R.
Couple : Dawn/Giles
Giles enfonça du linge sale dans sa machine à laver et l'enclencha en bougonnant. Il avait encore une nouvelle valise à préparer pour la semaine à venir. Il monta à l'étage et farfouilla dans ses placards : pantalons, slips, chemises... Ha ! Oui ! De la mousse à raser ! Chez les Summers, la présence d'un homme avait toujours fait défaut et il manquait de tout.
Il boucla son sac et jeta en oeil rapide dans la pièce. Bon, il avait ce qu'il lui fallait... Il soupira et se mit à descendre les escaliers, l'esprit contrarié : il commençait à en avoir marre de ses allers-retours entre chez lui et chez les Summers.
Il lui tardait de pouvoir revenir s'installer tranquillement chez lui.
S'occuper de Dawn était une vraie corvée ! Mais qui d'autre pouvait le faire, hein ?
Certainement pas Tara et Willow : elles étaient jeunes, étudiantes, désargentées. Comment entretenir une maison ? Payer les factures ? Avoir de l'autorité sur une enfant de quinze ans ?
En attendant le retour de Hank, le père de Dawn, il fallait bien que quelqu'un prenne en charge l'adolescente... Il fallait un adulte responsable. Et il n'y en avait qu'un dans l'entourage de cette enfant : lui. Rupert Giles.
Giles jeta son sac dans sa voiture et prit la direction de Rovello Drive. Il se demandait combien de temps ce manège durerait encore ? Après tout, Buffy était morte depuis presque 10 jours.
Hank était bien venu à l'enterrement, avec une blonde décolorée et vulgaire à son bras. Il ne s'était guère préoccupé de Dawn. Et puis, à la stupéfaction de Giles, il était reparti à Los Angeles sans sa fille. Il avait prétexté avoir des affaires à régler et ne pas vouloir perturber la vis scolaire de Dawn mais Giles avait trouvé son attitude d'évitement curieuse.
Hank avait promis de trouver une solution dans les jours à venir mais la semaine avait passé sans que l'observateur eut reçu la moindre nouvelle de ce père indigne.
Après tout, il fallait bien vendre la résidence Summers ! Il fallait que Dawn déménage chez son père avant la prochaine rentrée scolaire, en septembre.
On était seulement début juin mais Giles s'inquiétait : le temps passait tellement vite et on ne vendait pas une maison par un simple claquement des doigts !
Et puis, Rupert ne voulait plus voir la jeune fille. S'occuper d'elle était une véritable douleur : à chaque fois qu'il la voyait, l'image de Buffy lui apparaissait et il ne pouvait s'empêcher de penser que Dawn était la cause de la mort de sa Tueuse. Sans Dawn, sans cette fichue clef, Buffy serait toujours là.
Buffy...
Blonde et belle, rayonnante comme un astre...
Pendant cinq ans il l'avait observé, pendant cinq ans il l'avait admiré et aimé.
Oui. Aimé.
Giles était tombé amoureux d'elle au premier regard, ce fameux jour lorsqu'elle s'était présenté à la bibliothèque du lycée.
Oh ! Giles savait que c'était mal, qu'il nourrissait à son égard des pensées impures : Buffy avait à peine seize ans !
Mais qu'importe. Son amour était demeuré secret. Et il la chérissait en silence, d'un amour platonique et sans espoir.
Et puis Dawn était arrivée et elle l'avait tuée !
Pas directement, bien sûr. Mais Dawn était la raison pour laquelle Buffy était décédée.
Et pour Giles, son existence même était un affront impardonnable.
Pourtant, par amour pour Buffy, pour respecter ses voeux et honorer son souvenir, Giles s'était juré de s'occuper correctement de Dawn jusqu'à ce que son "père génétique", Hank Summers, reprenne ses droits naturels sur sa progéniture.
En attendant ce jour, Giles patientait difficilement et parvenait fort mal à faire bonne figure.
Dawn souffrait de sa froideur et de sa distance, il le savait. Mais il ne parvenait pas à se contrôler. Elle avait mal ? Tant mieux ! C'était sa punition pour avoir contraint Buffy à se donner la mort.
Giles se détestait d'avoir de si méchantes pensées envers Dawn, mais il ne pouvait s'en empêcher.
Il avait trop mal lui même pour pardonner à la pauvre Dawn le simple fait d'exister.
Dawn s'agenouilla devant la tombe de sa soeur, une boule au fond de sa gorge, et déposa un petit bouquet de fleurs sur la pierre froide : " Oh ! Buffy... Tu me manques tellement ! Tellement ! " sanglota-t-elle.
Giles, planté à trois mètres derrière elle, mains dans les poches, restait figé comme une statue.
Dawn effleura le marbre du bout des doigts et murmura d'une toute petite voix : " Buffy... j'espère que tu es heureuse là où tu es... Parce que moi, ici... " Elle hoqueta : " Je suis malheureuse... Je suis toute seule : Maman est morte, Tu es morte, papa est parti et j'ai plus personne... "
Elle jeta un oeil oblique à Giles resté loin derrière elle. Elle essuya ses joues baignées de larmes du revers de la main et poursuivit sa confession : " Oh ! Bien sûr, il y a Giles... C'est lui qui s'occupe de moi maintenant... Depuis ta mort, il est venu s'installer à la maison. Il a pris la chambre de maman. Willow et Tara avaient proposé de venir habiter chez nous et de s'occuper de moi mais c'est idiot : elles sont étudiantes, elles n'ont pas d'argent, et puis, on a à peine six ans d'écart. Giles n'a pas voulu... Tant mieux. C'est bien ainsi. Je suis contente que ce soit lui qui s'occupe de moi. J'ai confiance en lui. Giles a de larges épaules... Avec lui, je me sens en sécurité... "
Dawn déplia ses genoux et se releva doucement : " Tu me manques, Buffy ". L'adolescente sentit une main sur son épaule :
- On y va, Dawn ? " questionna Giles d'une voix froide et neutre.
- Oui, oui... Je suis prête " fit-elle en essuyant son nez d'un mouchoir blanc. Elle leva vers Giles des yeux éplorés : " Elle me manque tant, Giles...
- A moi aussi, figure-toi ". Dawn fixa ses yeux verts, beaucoup trop durs.
L'adolescente serra les dents pour s'empêcher de pleurer encore. Elle sentit à regret la main de Giles s'évader de son épaule. Elle aurait voulu qu'il la soutienne, qu'il la prenne dans ses bras et qu'il la console...
Oh ! Oui... Sentir les bras de Giles l'envelopper, sentir son corps tout chaud contre le sien, ses mains l'enserrer, et enfin, le visage enfoui dans son cou, se laisser aller à pleurer. C'était de ça dont Dawn avait besoin et dont elle rêvait.
Mais non. Giles ne la touchait jamais, ne l'embrassait jamais, ne la câlinait jamais. Elle avait tant besoin d'affection et Giles était froid comme un tombeau.
Dawn pensa que c'était dû à son éducation britannique et à la douleur encore trop vive d'avoir perdu Buffy. Elle espérait qu'avec le temps, il changerait. Elle espérait qu'à cause d'elle, pour elle, il deviendrait différent.
En attendant, elle souffrait le martyre de la distance qu'il mettait entre elle et lui.
* * * *
Arrivés à la résidence Summers, Giles demeura silencieux jusqu'au repas.
- Tu as rattrapé tous tes cours, Dawn ? " interrogea-t-il entre deux bouchées. Dawn leva les yeux de son assiette et répondit d'une petite voix :
- Presque. Janice doit encore me donner ses pages de biologie de la semaine dernière.
- Il faudra récupérer toutes tes leçons et faire tes devoirs ce week-end afin que tu puisses reprendre le lycée dès lundi.
- Giles ! C'est beaucoup trop tôt !
- Dawn, ça fait déjà plus de dix jours que Buffy est morte et enterrée " Et Giles frappa du poing sur la table. Il n'avait pu se contrôler. " Elle s'est jetée dans le vide pour que tu vives, pour que tu aies une vie normale, un avenir. Le minimum que tu puisses faire pour honorer son sacrifice et que tu respectes sa volonté ".
Dawn s'étrangla :
- Mais je ne voulais pas qu'elle meure, Giles ! " Dawn essaya de retenir ses larmes mais elle se mit à sangloter : son chagrin était trop grand et elle avait les nerfs à fleur de peau. Un rien la mettait en pleurs. " Je voulais ppp-pas qu'elle...
- Finis ton assiette maintenant " fit Giles, mâchoires crispées.
- Gi-Giles... " bégaya Dawn, la gorge étouffée de sanglots " S'il vous plaît... " Elle voulait supplier, elle voulait essayer de lui expliquer mais elle ne parvenait plus à articuler un mot.
La scène dramatique fut interrompue par des coups frappés à la porte. L'observateur se leva de table et passa à côté de Dawn, sans un regard, sans un geste, et alla ouvrir.
L'observateur ouvrit la porte sur un jeune homme blond au teint pâle.
- Spike... " s'exclama-t-il avec agacement.
- Rupert... " marmonna le vampire, afin de saluer son hôte. " Je passais avant d'aller patrouiller avec Willow et toute la joyeuse petite bande " ironisa-t-il. " Vous venez ?
- Je ne peux pas. Je m'occupe de Dawn ".
A ce moment là, l'adolescente parut dans l'entrée, les yeux encore rougis et gonflés. Elle tremblait de la tête aux pieds.
Le vampire fronça les sourcils ;
- Hey ! Microbe ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Ca ne va pas ? " s'inquiéta Spike en s'approcha d'elle.
- Heu... C'est rien... " renifla l'adolescente. Puis elle se retourna vers Giles : " Je pourrais patrouiller avec tout le monde ce soir ? "
Giles la fixa avec des yeux tout ronds :
- Dawn ! Tu n'y penses pas ! Tu as quinze ans, la force d'un roseau et tu voudrais combattre les vampires ? Tu n'es pas Buffy, Dawn... " persifla-t-il avec violence.
- Je sais ! " s'écria l'adolescente, une boule déjà au fond de la gorge.
Giles enfonça le clou :
- N'oublie pas le sacrifice de Buffy : elle voulait que tu vives. Alors tu ne vas pas aller jouer les exécutrices en herbe en déambulant de nuit dans les cimetières... Si tu te fais tuer, pourquoi serait-elle morte, hein ? "
Spike sentit l'énorme tension qui régnait dans la pièce :
- Rupert, ça lui changera les idées. Et puis, on fera bien attention à elle, on la protégera... " Giles le fusilla du regard :
- Comme tu l'as protégée lorsqu'elle était enchaînée par Glory en haut de cette tour ? "
Le coup porta. Spike plia sous l'attaque et se sentit envahi par la culpabilité. Si Dawn avait saigné, si Buffy avait été obligée de sauter, c'était parce que ce fou avait pu s'approcher de Dawn et l'entailler de son couteau.
Spike avait été chargé de la protéger et il avait failli.
Dawn baissa la tête et murmura :
- C'est rien, Spike. Giles a raison. Il faut que je fasse attention à moi. Je ne suis pas Buffy...
- Merci ! " soupira l'observateur, ravi d'entendre enfin des paroles de raison dans la bouche de cette maudite enfant.
Giles désigna la porte ouverte d'un geste de la main, invitant le vampire à dégager :
- Bonsoir, Spike...
- Mouais.... " marmonna-t-il en regagnant la sortie. " Fais bien attention à toi, microbe...
- Promis " renifla Dawn dont le nez coulait encore.
Giles referma la porte et attrapa un mouchoir en papier dans un tiroir :
- Tiens, Dawn... Essuie ton visage " fit-il d'une voix douce. Dawn sentit son coeur se serrer : elle adorait entendre la voix tendre de Giles : c'était si rare et si bon. Elle le regarda avec ses grands yeux bleus plein d'amour.
Giles était ému contre son gré par la détresse et la solitude de l'enfant. Il commençait à culpabiliser d'avoir été si dur avec elle. Il se laissa aller à caresser son visage : un geste bref, rapide, mais un geste de tendresse quand même.
Dawn, au contact de sa main, se sentit défaillir. Oh ! Comme elle aurait voulu se précipiter dans ses bras et pleurer tout son saoul contre son torse. Elle fit un pas en avant, espérant qu'il la prenne enfin dans ses bras.
Mais Giles détourna la tête et recula vers la cuisine :
- Je vais débarrasser à présent ".
Dawn baissa les paupières, déçue.
- Je vais vous aider " murmura l'adolescente.
- Non, ce n'est pas la peine, Dawn. Tu es exténuée. Tu as besoin de te reposer.
- Giles, ce n'est pas le fait de porter deux assiettes qui va me ruiner de fatigue... J'ai pas encore envie d'aller au lit... " Et elle attrapa les couverts posés sur la nappe.
Giles fut touché par sa sollicitude. Elle était toujours si prévenante et si obéissante.
Il eut un petit sourire et se mit à débarrasser avec elle, en silence.
* * * *
Dawn, allongée dans son lit de petite fille, se réveilla en sursaut : elle avait fait un horrible cauchemar dans lequel, comme toujours, sa soeur mourrait.
Elle frissonna de peur et de froid. Quelle heure était-il ? Elle regarda le radio-réveil près d'elle : 2 h 17.
Elle soupira. La nuit était loin d'être finie. Cette nuit qu'elle détestait : le noir, les démons, les monstres, la solitude...
Elle tourna dans son lit et vit sous la porte un très fin filet de lumière. Tiens ? Rupert n'était donc pas couché ?
Dawn fit descendre la couverture et sortit du lit. Elle ouvrit la porte de sa chambre et sortit pieds nus dans le couloir. La lumière provenait du rez-de-chaussée.
Elle descendit à petits pas l'escalier. Elle pouvait entendre le faible son de la télé qui ronronnait.
Arrivée dans le salon, elle trouva Giles, avachi dans le canapé, une bouteille de scotch auprès de lui. La chaîne était branchée sur un reportage animalier que l'observateur ne regardait même pas. Il dormait.
Dawn soupira. Giles avait mal... Très mal.
Il ne disait rien, il cachait ses sentiments, mais il souffrait l'enfer sur Terre. Elle le savait.
Giles et Dawn subissaient tous les deux cette même douleur atroce d'avoir perdu l'être qu'ils chérissaient le plus au monde. Mais cette terrible souffrance ne parvenait pas à les rapprocher. Bien au contraire.
Pourtant, Dawn aurait tant voulu fusionner sa détresse avec la sienne.
Mais Giles se complaisait seul dans son chagrin, avec égoïsme et cruauté.
Dawn ne lui en voulait pas. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. Si elle se mettait à détester la seule personne qui se souciait un peu d'elle, alors, elle serait définitivement seule... et elle en deviendrait folle.
L'adolescente soupira : mieux valait être son chien battu que de n'être personne. Au moins, elle était à quelqu'un. Elle était à lui. Lui qui avait aimé sa soeur plus que tout. Cette soeur qui s'était sacrifiée pour elle, pour qu'elle vive.
Après tout, elle méritait le mépris et la haine de Giles. Il avait raison : c'était de sa faute si Buffy était morte. De sa faute à elle seule...
Dawn ouvrit la porte du grand placard près de la fenêtre et attrapa un plaid qui traînait là. Elle s'approcha de Giles et plaça la couverture sur son corps. Il bougea alors légèrement et, de ses mains tomba un petit cadre qui s'écrasa dans un bruit sourd sur le tapis.
Dawn tressaillit, de peur de l'avoir réveillé. Mais non, il dormait toujours profondément, le crâne noyé d'alcool.
L'adolescente se baissa près du canapé et ramassa l'objet : il s'agissait d'une photo de Buffy : Buffy belle et blonde, rayonnante, l'année de ses dix-huit ans.
Dawn posa le cadre sur la table basse et remonta se coucher, le coeur gros. Elle ne savait que faire pour améliorer la situation avec Giles. Il était enfermé dans sa douleur et elle se sentait totalement désarmée...
Tara, assise sur une tombe, faisait jouer un pieu entre ses doigts en attendant que la patrouille anti-vampires commence.
Willow regarda sa montre et s'agaça :
- Mais qu'est-ce qu'il fiche ? Si ça continue, ce sera le matin qu'on attendra toujours ! " Puis, la sorcière rousse leva les yeux et s'exclama : " Spike ! Enfin ! C'est pas trop tôt ! T'as vu l'heure ? On avait dit la demi !
- Oh ! Hé ! J'ai fait ce que j'ai pu ! Commencez pas à m'engueuler !
- Et Giles ? Où est Giles ? " maugréa Anya, en agrippant le bras d'Alex : " J'ai pas envie d'attendre encore. Sinon, je crois que mes pieds vont prendre racine entre ces deux cryptes... "
Spike secoua la tête :
- Viendra pas.
- Non ? " s'étonna Willow.
- Non. Il garde Dawn. Pas question pour lui de sortir et de la laisser seule " expliqua Spike en allumant une cigarette.
Anya leva un sourcil étonné :
- Ben... Il avait qu'à l'amener avec lui !
- Et Dawnie ? Tu l'as vvv-vue ? " coupa Tara avant même que Spike ait pu répondre à Anya.
Spike appuya son dos contre un arbre et recracha lentement une bouffée de cigarette :
- Pas la grande forme.
- Qu'est-ce qu'elle a ? " s'inquiéta Tara.
- Elle pleure comme une Madeleine et avec Giles, elle est pas à la fête " expliqua le vampire.
Alex s'approcha de Spike d'un air soucieux :
- Qu'est-ce que tu veux dire par "pas à la fête" ?
- Hé bien qu'elle ne s'amuse pas !
- Bah " souffla Anya qui commençait à s'ennuyer : parler de Dawn ne l'intéressait pas. " C'est sans doute son tempérament. Giles n'est pas spécialement un rigolo. Son éducation de coincé, le flegme britannique, et tout ça...
- Flegme britannique ? Mon cul ! Il est mauvais comme une teigne avec elle " lâcha Spike.
Alex s'alarma :
- Mauvais ? Comment ça, 'mauvais' ?
- Oui, Spike, explique-toi ! " fit Willow inquiète.
Spike aspira une nouvelle bouffée de clope puis répondit :
- Il ne digère pas qu'elle soit en vie et que Buffy soit morte.
- Oh ! Mon Dieu ! Il lui a dit ça ? " s'épouvanta Tara.
- Non, bien sûr, il ne lui a pas dit ça comme ça. Mais faudrait être vraiment con pour ne pas comprendre le message. Le Rupert, il avale pas que le microbe soit encore là, et pas Elle... "
La voix de Spike avait faibli en prononçant ce dernier mot.
Elle... Lui aussi, il devenait malade de chagrin de ne plus la voir, de ne plus la toucher.
Buffy...
Comme Rupert, il en était fou, et elle était morte.
Mais à la différence de Rupert, il ne blâmait pas Dawn pour sa disparition. Il se blâmait lui, pour n'avoir pu protéger Dawn, pour n'avoir pu la sauver elle.
Tout le Scooby demeura un instant silencieux, gêné par ces révélations.
- C'est vrai qu'il est toujours un peu froid avec Dawn... " commença Willow en regardant ses pieds. Elle était embarrassée que le vampire soit le seul à s'être aperçu de ces évidences.
- Il lui parle de manière assez ferme, oui... " continua Alex. Lui aussi se sentait coupable de ne pas avoir compris seul ce que l'adolescente vivait.
- Il la houspille sss-souvent... " ajouta Tara.
- Mais il l'aime ! " s'écria Alex. " Elle est comme sa fille.
- C'est juste une crise post-traumatique " expliqua Willow. " Dans quelques jours, ça ira mieux.
- Oui " renchérit Alex " Il faut juste laisser du temps...
- Et puis, Giles ne l'a à sa charge que pour quelques jours, juste en attendant que sss-son père vienne la chercher... " fit Tara, en essayant de se convaincre de la véracité de ses propres dires.
Spike leva les yeux au ciel, complètement atterré par ce qu'il entendait :
- L'important, c'est d'y croire, hein ? " fit-il d'un air moqueur, renvoyant chacun à son aveuglement.
Tous les membres du Scooby se sentirent piteux et se jetèrent des coups d'oeil gênés, excepté Anya qui maugréa, visiblement très énervée :
- Dawn et Giles, Giles et Dawn... Oui, bon, ben... Hein ?! On va pas y passer la nuit, non plus ? "
* * * * * *
Giles se réveilla vers 3 heures du matin avec un mal de dos épouvantable. De drôles de bruits d'animaux bourdonnaient à ses oreilles. Il ouvrit des yeux comateux et ajusta machinalement ses lunettes : il avait oublié d'éteindre la télé. Il se redressa difficilement et se leva du canapé en grognant et en grimaçant.
Le plaid tomba au sol et Giles fronça les sourcils : Dawn, sans aucun doute...
Seigneur ! Quelle image pitoyable il avait du donner à cette enfant. Un vieil alcoolique avachi et méprisable.
Il avait honte de lui.
Il ramassa avec peine la bouteille de Scotch à ses pieds et la rangea dans le bar. Il se trouva pathétique. La boisson n'arrangeait rien, il en savait quelque chose : il avait faillit sombrer, il y a deux ans, lorsque Buffy s'était détournée de lui au profit ce de jeune con de Riley et de sa putain d'Initiative.
Il n'avait pas pris de cuite depuis plus d'un an.
Giles soupira : plus les années passaient, plus il lui était dur de s'en remettre. Boire était décidemment une très mauvaise idée.
L'observateur grimpa lentement les escaliers, dénouant tant bien que mal ses muscles endoloris et alla s'affala dans le lit de Joyce.
Ce lit qui était désormais le sien...
" Joyce... Encore une autre morte " soupira-t-il. Cette maison puait le cimetière. Toutes les vraies Summers étaient enterrées et pourrissaient sous Terre.
Ne restait plus que l'autre, là, la Clef, autrement dit l'usurpatrice.
Giles glissa ses pieds sous les couvertures et approuva son propre raisonnement : l'usurpatrice, oui ! Ca lui allait bien, ce qualificatif.
Elle avait volé une identité qui n'était pas la sienne.
Elle avait volé la vie de Buffy puisqu'elle vivait à la place de la Tueuse, désormais morte.
Giles crispa ses mâchoires : il fallait qu'il arrête d'y penser !!! Ca devenait une obsession. Buffy le hantait de matin au soir et du soir au matin ! S'il ne stoppait pas le flot continuel de ses pensées monomaniaques, il deviendrait cinglé !
Giles essaya de se raisonner : et la charité chrétienne, hein ? Pardonner, pardonner, pardonner. Ce n'était pas la faute de Dawn. La douleur et la peine le faisaient délirer.
Rupert revit son petit visage d'enfant, avec sa bouche gourmande et ses grands yeux bleus. Elle était si jolie, si innocente...
Et au fond, elle était si bonne et si douce. Giles repensa au plaid dont elle avait recouvert son corps. C'était un geste attentionné... Il était visible qu'elle recherchait son affection, à tout prix.
Mais Giles ne parvenait pas à lui donner un peu d'amour.
Giles ferma les yeux et enfonça sa nuque dans l'oreiller : il aurait voulu être paternel, tendre et câlin avec elle.
Mais il ne pouvait pas.
Il ne pouvait pas !
Sur Dawn flottait encore trop puissamment le parfum de la mort de Buffy...
* * * * *
Dawn, allongée dans son lit, écoutait les bruis de la maison : Giles était remonté dans son lit. Elle espérait qu'il avait vu le plaid et qu'il avait pensé à elle. Surtout, elle espérait qu'il avait pensé quelque chose de gentil sur elle.
Dawn regarda par la fenêtre de sa chambre les branches des arbres remuer sous le vent. Ces ombres mouvant dans le noir avaient quelque chose d'inquiétant.
Elle ferma les yeux bien fort et se mit à rêver. Elle aurait voulu se lever et aller se coucher près de Giles.
Oui, ça aurait été si bon ! Il lui aurait ouvert son lit et il lui aurait dit : " Viens... ".
Elle se serait alors enfoncée sous les draps et elle se serait blottie contre son corps tout chaud.
Il l'aurait rassurée, bercée et elle se serait endormie près de lui.
Dawn rouvrit les paupières sur sa chambre plongée dans une profonde obscurité et elle sentit les larmes lui monter aux yeux : elle était seule, toute seule dans son petit lit.
Giles ne lui ouvrirait jamais son lit et ne la prendrait jamais dans ses bras.
Giles ne voulait pas d'elle. Il ne voudrait jamais d'elle.
Il attendait juste de se débarrasser d'elle en la remettant à son vrai père.
Mais Dawn n'avait pas très envie d'aller vivre chez Hank. En définitive, elle ne le connaissait pas bien et elle détestait la femme avec qui il s'était installé. Cette Linda était un monstre et le bébé qu'elle attendait aussi.
Son père... Il n'en avait que le nom. Hank n'était qu'un fantôme indifférent.
Malgré la froideur et la dureté qu'il lui opposait, elle préférait Giles... Il était son repère. Sa présence seule faisait revivre le temps où Buffy était là.
Giles était sa bouée de sauvetage dans ce monde hostile dans lequel elle vivait. Il était son seul univers.
Et puis, malgré elle, elle l'aimait...
Tara attrapa un rouge à lèvres dans le rayonnage de la parfumerie et l'essaya :
- Qu'est-ce que tu en ddd-dis ? "fit-elle en se retournant vers Dawn.
- C'est joli... " répondit l'adolescente sans conviction.
Tara tordit la bouche :
- Trop voyant peut-être " commenta-t-elle, afin d'essayer d'intéresser Dawn à quelque chose. Mais la jeune fille se contenta de hausser les épaules.
Tara dodelina de la tête en fixant le rouge à lèvres, hésitante. Elle se regarda une nouvelle fois dans la glace du magasin :
- Bof ! Je vais quand même le ppp-prendre " bégaya-t-elle. " Willow aimera peut-être. "n° 28. Rouge passion", ça ne peut que l'inspirer... "
Tara voulait que Dawn réagisse mais elle demeurait triste et terne.
- Bon, je vais payer.
- Je te suis " répliqua Dawn, comme un zombie.
Une fois dans la rue, Tara essaya à nouveau d'engager la conversation avec la jeune fille :
- Il n'y avait rien qui te plaisait ? Pas un parfum, pas un gloss ? Je t'ai vu en essayer plusieurs.
- Non... Rien... " Dawn semblait fermée comme une huître.
Tara ne désarma pas. Elle décida de mettre les pieds dans le plat et d'interroger franchement l'adolescente. Elle l'attira vers un café :
- Tiens, installons-nous en terrasse. J'ai envie d'un bon coca bien frais, pas toi ?
- D'accord... "
Tara inspira profondément puis se lança :
- Buffy te manque, n'est-ce pas ? "
Aussitôt, les yeux de Dawn s'embuèrent de larmes. Elle baissa la tête et cacha son visage derrière ses longs cheveux soyeux.
Tara se sentit gênée d'avoir mis Dawn en pleurs en trois mots.
- Je... Je suis désolée. Tiens " fit-elle en lui tendant un kleenex. Elle attendit que l'adolescente se mouche puis reprit :
- Et avec Giles, ça se passe bien ?
- Il m'en veut... " murmura-t-elle à demi-voix;
- Il t'en veut ? " s'étonna Tara, tout en pensant à ce qu'avait dit Spike l'autre soir au cimetière. " Mais de quoi ? "
Dawn releva son doux visage vers la jeune femme et dit simplement :
- De l'avoir tuée... "
Tara sentit son sang se glacer dans ses veines :
- Dawnie, non ! Non ! Giles ne peut pas penser ça... Tu ne l'as pas tuée ! Elle s'est sss-sacrifiée pour sauver le monde ! "
Dawn haussa les épaules et soupira :
- Il ne le fait pas exprès, je crois... Mais il souffre beaucoup et moi, je suis sans arrêt à lui rappeler que je vis, tandis que Buffy est morte. Il l'aimait, Tara. Il l'aimait vraiment. Et elle n'est plus là "
Tara ne sut pas quoi dire. Dawn avait encore besoin de se confier et la jeune sorcière pensa que le mieux à faire était encore de savoir l'écouter. Dawn repoussa une mèche de cheveux rebelle et reprit :
- Tu imagines ce que c'est que de perdre l'amour de ta vie ? Imagine que tu perdes Willow, qu'elle meure devant toi... Et bien Giles, c'est ça qu'il ressent. Moi, j'ai perdu ma soeur, et lui, il a perdu sa raison de vivre.
Tara esquissa un sourire triste :
- Mais il t'aime quand même, Dawnie. Il ferait n'importe quoi pour toi. Il a seulement du mal à exprimer ses sentiments...
- Tu crois ? " fit Dawn les yeux suppliants, priant pour que Tara soit dans le vrai.
- J'en suis sûre " fit la jeune sorcière en mettant le maximum de conviction dans sa voix. " Laisse-lui juste un peu de temps "
* * * *
- Giles ! " s'écria Anya, une pointe d'agacement dans la voix. " Vous avez mal étiqueté les racines de Mandragore. Une sur deux n'a pas de prix. Les clients vont croire que c'est gratuit ! Faites un peu attention, à la fin !
- Anya, chérie... Calmes-toi. On est tous encore bouleversés " fit Alex tout conciliant. " Tu comprends que Giles a un peu la tête ailleurs...
Giles attrapa la machine à étiqueter et foudroya Alex du regard :
- Je peux me défendre tout seul, Alex.
- Tu vois ? " fit Anya : " Il a pas besoin de tes services. Et puis, ça fait plus de deux semaines qu'elle est morte, maintenant ! C'est fini ! Il faut passer à autre chose...
Giles ouvrit des yeux tout ronds. Il était choqué par l'insensibilité naturelle de son employée. L'ancien démon vengeur avait un coeur de pierre.
Giles eut envie de hurler, de l'engueuler, de la mettre plus bas que terre. Mais il préféra éviter le conflit : il en aurait plus souffert qu'autre chose.
Il jeta l'étiqueteuse sur le comptoir :
- Merde ! " cracha-t-il en se dirigeant vers la sortie. Il claqua violemment la porte.
Alex secoua la tête en signe de désapprobation :
- Tu peux être fière de toi, Anya ! " soupira-t-il en s'élançant à la poursuite de Giles.
A peine fut-il dans la rue qu'il vit l'ancien observateur, assis dans sa voiture, les mains couvrant son visage.
Alex ouvrit la portière et s'installa à côté de lui :
- Faut l'excuser, Giles. Elle ne sait pas exprimer ses sentiments.
- Elle n'a pas de sentiments, Alex. C'est différent. Et maintenant, sort de cette voiture. Laisse-moi seul.
- Je n'aime pas vous savoir dans cet état, surtout si vous comptez conduire.
Giles tourna la clef et enclencha le moteur :
- Il faut que je rentre. Dawn a passé la journée toute seule et...
- Giles, c'est Tara qui s'en occupe aujourd'hui " coupa Alex. " Shopping entre filles, vous vous rappelez ?
- Ha ! Oui ! C'est vrai ". Giles posa ses mains sur le volant, les yeux dans le vide.
Alex chercha un moyen de communiquer avec l'observateur :
- Heu... Et avec Dawn, ça va ? Elle se remet de la mort de sa soeur ?
- Elle lui doit la vie.
Alex fronça les sourcils :
- Ce n'est pas ce que je vous demandais, Giles.
- Je sais " répondit Giles, volontairement évasif.
Alex soupira, atterré de voir l'observateur réagir de la sorte.
- Giles... Ce n'est pas de sa faute si Buffy est morte. Elle n'y est pour rien. Elle n'avait rien demandé à personne. Elle ne voulait pas être la Clef, elle ne voulait pas causer d'ennui. Mais c'est ainsi. Buffy a fait son devoir de Tueuse : elle a protégé le monde de Glory. Dawn n'est pour rien dans sa mort...
Giles passa sa main dans ses cheveux, pensif :
- Quand je la vois, Alex, je ne peux pas m'empêcher de penser à Buffy... Sans Dawn, elle serait toujours là.
- Giles !
- C'est mal. Je le sais. Mais je n'y peux rien " s'énerva Rupert.
Alex essaya de trouver de bons arguments pour vaincre la carapace de douleur de Giles :
- Mettez-vous un peu à la place de Dawn ! Elle a quinze ans à peine, elle vient de perdre sa mère et, trois mois après, sa soeur. Son père ne s'occupe pas d'elle : il n'en a rien à foutre. Elle est toute seule ! Vous entendez, Giles ? Toute seule ! Perdue comme un chaton, fragile et effrayée par l'avenir. Elle n'a que vous, pour l'instant. Ne soyez pas si dur avec elle ! ".
Alex s'interrompît un instant, puis insista encore :
- Elle n'a que quinze ans, Giles ! C'est encore une enfant ! Elle a besoin de tendresse, de réconfort... de câlins, tout simplement ! Prenez-là dans vos bras et dites-lui que vous l'aimez. C'est tout ce dont elle a besoin ".
Giles desserra le frein à main et enclencha la première :
- Il faut que j'y aille, Alex. Descends, s'il te plaît.
- Okay, d'accord. Mais repensez à ce que je vous ai dit, Giles. Repensez-y ! " répéta-t-il en claquant la portière de la voiture.
Giles démarra en trombe.
* * * *
Dawn, le téléphone plaqué contre l'oreille, se tenait raide : elle était crispée :
- Papa, papa... Je sais tout ça.... Tu me l'as déjà dit... " fit-elle d'un ton dur.
- Tu comprends " reprit Hank " Avec le bébé à venir, Linda a besoin de repos et de calme... Et puis je ne sais pas si tu serais vraiment heureuse à Los Angeles. Buffy ne l'était pas. Elle préférait Sunnydale. Mais c'est sympa, hein, Sunnydale ?
- Elle y est morte " fit froidement l'adolescente.
Hank, au bout du fil, se braqua :
- Arrête avec ça. C'était ma fille, je te le rappelle. " s'énerva Hank. Il reprit plus calmement : " Ecoute... Je sais bien que tu n'as pas envie de partir. Tu as tous tes amis, ton école. Tu es mieux là bas qu'ici, franchement.
- Dis-moi plutôt que ta Linda ne veut pas de moi chez elle et toi non plus ! " cracha Dawn en colère.
- Ne fais pas l'enfant, Dawnie... Tu es grande à présent. Tu as quatorze ans et...
- Quinze ans ! " persifla Dawn " Tu ne sais même pas l'âge que j'ai.
- Ca suffit ! " cria Hank au bout du fil ! " J'exige un peu de respect ! Je suis encore ton père et tu vas m'écouter ! "
Le hurlement violent fit immédiatement taire l'adolescente : sa nature obéissante de petite fille sage était si facile à maîtriser. Et Hank le savait.
Le père reprit :
- Dawn, si je t'ai appelée aujourd'hui, c'est pour savoir si tu allais bien et pour prendre certaines dispositions ". Dawn fronça les sourcils, ne comprenant pas très bien où il voulait en venir.
Hank poursuivit :
- Depuis la mort de Buffy, tu vis avec Monsieur Guyle, c'est ça ?
- Giles ! Rupert Giles...
- Oui, Giles... Bien sûr, c'est ce que je voulais dire.
- Pff... C'est pas ce que t'as dit... " fit Dawn, cassante. Hank fit semblant de ne pas entendre et ne releva cette impertinence afin d'éviter un nouveau conflit :
- Je suis content que l'amant de ta mère puisse s'occuper de toi. C'est bien "
Dawn s'étrangla :
- L'amant de ma mère ? Mais enfin ! Giles n'était pas... " Elle s'arrêta net, comprenant le poids terrible de ses éventuels aveux. Hank reprit :
- Monsieur Giles n'était pas l'amant de Joyce ? Il n'était pas avec elle ?
- Si ! Si, bien sûr... " se rattrapa vivement l'adolescente. Hank n'avait jamais été informé de la condition de Tueuse de Buffy, ni du rôle de Giles. Mieux valait s'en tenir à des considérations qu'il pouvait comprendre.
- J'ai compris, chérie, c'est le mot 'amant' qui t'a choqué... " fit Hank qui, au contraire, ne comprenait rien du tout.
- Ils... Ils se serraient sans doute mariés, si le temps le leur avait permis... " ajouta vivement Dawn qui commençait à voir où son père voulait en venir. " Je veux dire, Giles et maman.
- Ah bon ? " fit Hank surpris. " Tant mieux, tant mieux. Ta mère mérite le bonheur... 'Méritait', je veux dire. Enfin tu me comprends... " bredouilla Hank, toujours aussi maladroit et égoïste.
Dawn soupira, lassée de voir son père tourner autour du pot :
- Giles est très gentil. Il s'occupe bien de moi. Il fait la cuisine, il me fait faire mes devoirs, il gagne bien sa vie...
- Ha ! Très bien ! C'est ce que je voulais entendre...
- Tu veux que je reste avec lui, et qu'il devienne mon tuteur, c'est ça ? " coupa Dawn qui n'en pouvait plus d'attendre.
Hank hésita un instant avant de répondre : il n'avait pas cru que sa fille devinerait si vite ses intentions :
- Ce serait un problème pour toi, si c'était le cas ? "
Dawn se sentit amère. Elle répliqua vertement :
- Puisque Linda et toi vivez heureux, pourquoi n'aurais-je pas le droit de vivre heureuse avec Giles ?
- heu... Ce n'est pas vraiment la même chose... " fit Hank, gêné.
Dawn se rendit compte de l'ambiguïté de ses propos : elle parlait de Giles comme s'ils formaient un couple, à l'instar de son père et de la salope qu'il avait engrossée.
- Giles est un homme bon. Il était comme un père pour Buffy. Il est comme un père pour moi. Et il adorait maman.
- Très bien " fit Hank soulagé de se débarrasser de sa fille et de la refiler entre les mains d'un inconnu. " Tu seras bien avec lui, avec tous tes amis à l'école et toutes tes petites habitudes. Et puis, on se verra pour les vacances scolaires... "
Dawn, pleine d'aigreur, retint les mots de rage qui bouillonnaient dans sa bouche : passer des vacances avec son père et Linda ? Tu parles ! Hank, au mieux, n'en avait rien à faire et Linda la détestait. Dawn serra les mâchoires pour ne pas pleurer.
Hank, souhaitant mettre rapidement un terme à cette pénible conversation, reprit :
Je rappellerai Monsieur Giles pour lui demander s'il accepte de te prendre à sa charge jusqu'à ce que tu termines tes études à Sunnydale. Il faut quand même qu'il soit d'accord. Peut-être n'a-t-il pas envie de s'occuper d'une adolescente.
- Il voudra " coupa Dawn, laissant son père croire qu'elle était sûre d'elle.
- Dieu t'entende " fit Hank, pressé de revenir à sa chère vie et à son nouveau cocon familial, dont Dawn était exclue.
* * * *
Giles rentra chez " lui ", enfin, chez les Summers, exténué : il avait passé une journée longue et difficile. Anya avait ses humeurs et Alex lui avait fait la leçon à propos de Dawn. Il sentait venir un début de migraine.
Il ouvrit la porte et pénétra dans le vestibule :
- Dawn ? Tu es rentrée ? Tu as été récupérer ton cours de biologie chez Janice ? " commença-t-il en accrochant sa veste dans la penderie du couloir. " Dawn ? " répéta-t-il.
Le silence régnait dans la maison. Giles commença à s'inquiéter. Après tout, il avait trouvé la porte d'entrée non verrouillée : Dawn devait être là.
" Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé " pensa Giles.
Pour lui, Dawn était en quelque sorte la preuve vivante que le sacrifice de Buffy n'était pas vain et inutile. S'il lui arrivait quoi que ce soit, la mort de Buffy n'aurait plus aucun sens.
- DAWN !!!! " hurla Giles en montant les escaliers quatre à quatre, le coeur affolé. Arrivé dans le couloir du premier étage, il se précipita vers la chambre de Dawn et ouvrit la porte d'un geste vif, espérant la trouver là, et prêt à l'engueuler pour ne pas lui avoir répondu.
Lorsqu'il entra dans la pièce, sa colère s'évanouit.
Dawn était allongée sur le lit, à plat ventre et pleurait à chaudes larmes. Elle hoquetait, prise d'une énorme crise de désespoir.
Giles s'approcha d'elle et s'assit au bord du lit.
- Dawn " murmura-t-il sans oser la toucher. " Dawn, qu'est-ce qu'il y a ? Tu penses à Buffy ?
- Oh ! Giles... C'est... C'est papa... " sanglota l'adolescente en relevant légèrement la tête. Ses yeux étaient rouges et gonflés, sa bouche était barbouillée de pleurs et son nez coulait comme celui d'un bébé.
Giles sentit son coeur se fendre :
- Ton père ? Il lui est arrivé quelque chose ? " s'alarma l'observateur.
- N-Non ! C'est juste que... il ne veut plus de moi... Il veut seulement vivre avec la traînée qu'il s'est trouvée ! Et en plus, ils vont avoir un bébé... Il en a rien à faire de moi, maintenant. Il veut que sa nouvelle famille. Il veut se débarrasser de moi...
- Dawn " commença Giles d'une voix toute douce " ton père t'aime certainement..."
- Non ! Il me déteste " cria Dawn en éclatant à nouveau en sanglots. " Sinon, pourquoi il ne voudrait pas que j'habite avec lui ?"
Giles haussa les sourcils, surpris :
- Comment ça ? Il ne vient pas te chercher ? Je croyais qu'il attendait que... " Il s'arrêta en cours de phrase : il ne savait pas ce qu'il croyait, au juste. L'observateur commençait à comprendre qu'il s'était fait balader et berner par Hank.
Dawn renifla :
- Qu'est-ce que je vais devenir, moi ? Je suis toute seule ! " Elle se recroquevilla en boule sur le lit : " Maman est morte, Buffy est morte. Papa ne veut plus de moi, il veut plus me voir... Personne ne m'aime. Je gêne tout le monde. Mais qu'est-ce que ça peut faire, hein ? Après tout, je ne suis rien qu'une illusion, rien qu'une clef... "
Giles fut ému par la détresse profonde de la jeune fille.
Ce Hank n'était qu'un ignoble porc ! Comment pouvait-il abandonner cette si douce enfant ! Comment pouvait-il avoir envie de se débarrasser de sa propre fille ! C'était dégueulasse, c'était monstrueux !
Giles se sentit envahi de cette affection pour Dawn qu'il repoussait hors de lui depuis deux semaines. Il se laissait enfin aller.
Il ne put retenir son geste et lui caressa gentiment les cheveux.
Dawn sentit comme une bouffée de chaleur lui envahir tout le corps. C'était bon ! Tellement bon ! Comme quand Joyce la berçait le soir après lui avoir raconté une histoire écrite dans un livre illustré.
Aussitôt, ses larmes s'apaisèrent. Elle voulait profiter de l'instant, profiter de la douceur de la main de Giles osant enfin la toucher.
Et puis, elle le sentit s'évader d'elle. Elle releva vers lui des yeux suppliants :
- S'il vous plaît, Giles... Câlinez-moi encore... "
Giles se sentit mal à l'aise.
- Je... Il faut que j'appelle ton père... " bredouilla-t-il en se levant du lit.
Dawn mordit ses lèvres afin de s'empêcher de pleurer encore et murmura :
- Giles, ne m'abandonnez pas. S'il vous plaît... "
Giles ne put résister à cette supplique d'enfant : il devait la prendre en charge, en mémoire de Buffy.
- Si ta soeur était là, elle aurait sans doute voulu que je m'occupe de toi" fit l'observateur. Sa voix était émue au souvenir de sa Tueuse qu'il aimait plus que tout. Il regarda l'adolescente avec douleur : Dawn aurait pu être leur enfant...
Sans s'en rendre compte, Giles se fit plus tendre :
- Je ne te laisserai pas seule. Buffy ne l'aurait pas voulu" expliqua-t-il avec douceur. "Ne t'inquiète pas, je prendrais soin de toi, Dawnie". Et il sortit de la pièce.
Dawn eut un petit sourire qu'elle dissimula dans les draps froissés : Dawnie... Il l'avait appelé Dawnie : c'était la première fois.