
Titre : Lolita
Auteur : Haldol.
Email : haldol (chez]
wanadoo [point) fr
Note de l'auteur : "Lolita" est un roman de Vladimir
Nabokov, écrit en 1955, dans lequel Humbert Humbert (ses
parents lui ont donné le même prénom que son nom de
famille), professeur d'âge mur, se prend d'une passion
violente et obsessionnelle pour l'enfant de sa logeuse, une fillette de
douze ans, Lolita.
Il est à noter que dans toutes les versions
cinématographiques transposant l'oeuvre, l'âge de Lolita a
toujours été modifié pour en faire une adolescente
d'au moins quatorze ans (dans la version d'Adrian Lyne, 1997), voire
carrément une jeune femme dans la version de Stanley Kubrick
(1962). Le livre est bien plus subversif que les films qui en ont
été tirés. Je suis moins subversif que Nabokov
puisque ma Lolita a 15 ans et mon Humbert Humbert 47, selon les canons
du BuffyVerse.
Résumé : Post saison 5. Histoire
douce-amère. Buffy est morte afin de refermer le portail des
dimensions infernales ouvert par Glory. Qui peut s'occuper de Dawn ?
Rupert Giles, bien sûr (d'ailleurs, sur ce point, la série
aurait du prendre cette direction). Mais l'observateur en veut à
Dawn d'avoir conduit Buffy à se sacrifier... Buffy qu'il aimait
comme un fou. Et Dawn, seule et perdue, ne sait comment recevoir un peu
d'amour de la part de la seule personne qui s'occupe d'elle...
Classement : soft R.
Couple : Dawn/Giles
Lorsque Dawn se réveilla, il était 8 heures du soir. Depuis que Giles était venu dans sa chambre et qu'elle lui avait confié les intentions de son père, elle s'était endormie, épuisée d'avoir trop pleuré.
Elle sortit du lit un peu groggy et descendit au rez-de-chaussée.
Giles finissait de manger, seul dans la cuisine. En l'entendant entrer, il releva le nez de son assiette :
- Tu es réveillée ?
- Hhmmm... " fit Dawn en frottant ses paupières gonflées.
- Je suis monté tout à l'heure mais tu dormais. J'ai pas voulu tu réveiller. Tu avais besoin de repos. Quand on a du chagrin, c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Tu veux quelque chose à manger ? ".
Dawn s'assit en face de lui et murmura :
- Vous avez eu mon père au téléphone ? " L'adolescente était terriblement angoissé. Giles se leva et attrapa un plat dans le frigo. Il se rassit et inspira lentement avant de s'exprimer :
- C'est réglé, Dawn. Ton père et moi, on s'est mis d'accord ".
Le sang de Dawn ne fit qu'un tour dans ses veines.
- Ca veut dire quoi, Giles ? Vous allez vous occuper de moi ? Mon père me remet entre vos mains ?
- C'est ça... " acquiesça Giles d'un air grave.
Dawn sentit la joie l'envahir. Quelqu'un voulait enfin d'elle ! Quelqu'un était enfin prêt à s'occuper d'elle et à l'aimer ! Elle se leva d'un bond et se précipita dans les bras de Giles. L'observateur ne parvint pas à l'en empêcher.
Il sentit son petit corps fragile s'accrocher à lui comme à une bouée et il fut ému.
Il croyait avoir agi seulement par amour pour Buffy, pour honorer sa mémoire et faire ce qu'elle aurait voulu qu'il fasse : s'occuper de Dawn.
Mais peut-être, après tout, ne détestait-il pas cette enfant tant que ça.
Peut-être qu'il agissait aussi par tendresse pour Dawn, et non pas uniquement par devoir...
Il prit l'enfant par la taille et l'éloigna de son propre corps :
- Il faut manger quelque chose, Dawn.
- Hhhmmm " souffla-t-elle, toute emplie de joie. " Et après, on pourra regarder un peu la télé tous les deux ?
- Dawn, je ne sais pas si...
- Ho ! Giles ! S'il vous plaît... Assis sur le canapé, devant un film : comme une famille. Une vraie famille... "
Giles eut un petit sourire et finit par fondre :
- Entendu... Exceptionnellement, parce que c'est samedi soir...
- Merci Giles " et Dawn l'embrassa rapidement sur la joue avant de retourner s'asseoir : " Qu'est-ce qu'il y a à manger ? "
* * * * * * *
Dawn se sentait somnoler. Le film était soporifique ; ça ne l'intéressait pas du tout. Mais peu lui importait ! Au diable le film puisqu'elle était avec Giles. Elle lui jeta un oeil à la dérobée. Il était assis sur le canapé, à côté d'elle, le bras appuyé sur l'accoudoir, le poing fermé contre sa joue et soutenant sa tête.
Dawn remua ses jambes et, imperceptiblement, elle se rapprocha de lui. Leurs hanches se touchaient, à présent. Giles tourna son visage vers elle :
- Tu as sommeil ?
- Un peu...
- Vas te coucher, Dawnie.... De toute façon, ce film est un navet.
- Non ! Je... Je veux connaître la fin quand même... " Et, sans lui demander la permission, elle laissa sa tête basculer contre son épaule, priant très fort pour qu'il ne la repousse pas.
Giles, d'abord, tressaillit. Il n'avait pas l'habitude des contacts physiques. Son naturel l'incitait à la distance. Il n'avait jamais pris Buffy dans ses bras, il n'avait jamais caressé ses cheveux : cela ne se faisait pas d'être plus ou moins intime avec sa Tueuse.
De toute façon, Buffy n'avait jamais réclamé de gestes de tendresse ou d'affectation. Pour la chaleur humaine, elle avait eu sa mère, Angel ou n'importe lequel de ces stupides amants.
Mais Dawn n'était pas sa Tueuse. Elle était très différente. Elle n'était qu'une gosse perdue, toute faible et fragile, comme une poupée de chiffon. Et elle, elle réclamait d'être dorlotée comme une enfant, comme si elle était son enfant.
Alors Giles souleva son bras et le passa autour de ses frêles épaules. Le coeur de Dawn se mit à battre un peu plus vite. C'était la première fois que Giles était aussi gentil et aussi câlin avec elle. Il fallait en profiter : c'était peut-être la première et la dernière fois.
Alors, elle se laissa couler contre son torse, l'agrippant de ses petits bras.
Giles la regarda s'installer confortablement contre son corps : elle se serrait contre lui si désespérément. Elle avait visiblement tant besoin d'amour.
Giles était surpris de voir comme tout était si simple avec elle : elle s'emboîtait à lui naturellement, frottant sa tête contre sa poitrine, comme sur un oreiller moelleux.
- Tu es bien ? " demanda-t-il dans un murmure. Sa voix qui ronronnait au dessus d'elle était pour Dawn la plus douce des musiques :
- Hhhmmm... Très bien... " souffla Dawn, le ventre tout remué par des sensations de plaisir. Le plaisir d'aimer et enfin, d'être aimée en retour.
* * * * *
Giles regarda Dawn dormir sur ses genoux. Le film était terminé depuis longtemps et elle était là, la tête contre son ventre, ses petites mains accrochées à sa chemise.
Giles la trouva adorable : comment pouvait-il prendre du plaisir à lui faire payer une faute qu'elle n'avait pas commise ?
Après tout, Alex avait raison. Dawn n'était pour rien dans la mort de Buffy.
Buffy elle-même avait décidé, seule, de se sacrifier.
Il était injuste de faire payer le prix du décès de la Tueuse à cette pauvre et innocente enfant.
Dawn avait seulement besoin d'amour et d'attention.
Et lui, il commençait à comprendre qu'il avait besoin d'elle.
A travers Dawn, Buffy vivait encore un peu. Elle était son sang, sa chair. Dawn était une Summers. Aussi belle et rayonnante que Buffy. Mais tellement plus fragile, tellement plus émotive que son aînée...
Un cristal fin et friable qu'il fallait protéger et choyer...
Giles la regarda dormir contre lui et se mit à sourire : après tout, il avait toujours rêvé d'avoir des enfants, une famille. Mais son devoir d'observateur l'avait privé de tout ça.
Il avait parfois imaginé, lorsqu'il avait un peu trop bu, que rien n'était impossible avec Buffy. Après tout, cette dernière année, ils s'étaient beaucoup rapprochés. L'observateur et sa Tueuse... : ils avaient une véritable connexion.
Giles se disait souvent que, un jour, peut-être, elle aurait eu envie de lui et qu'ils auraient fait l'amour.
Oh ! Bien sûr, pour arriver à le croire, il fallait qu'il eut descendu la bouteille entière. A moins de cela, sa raison lui faisait comprendre qu'il se fourrait le doigt dans l'oeil jusqu'au coude.
Enfin... Peu importait aujourd'hui que ces rêves fussent possibles ou qu'ils fussent de purs fantasmes : Buffy était morte désormais. Plus rien n'importait.
Plus rien, sauf Dawn.
Dawn, faite du sang et de la chair de Buffy... Dawn que Buffy aimait plus que de raison...
Giles caressa les cheveux de l'adolescente blottie contre sa poitrine et tout d'un coup, il se dit qu'il devait s'occuper d'elle, la protéger et la chérir.
Et s'il le faisait, ce n'était pas seulement pour honorer la mémoire de Buffy, pas seulement par devoir ou obligation...
Non, si Giles prenait Dawn en charge, c'est parce qu'elle était une adorable enfant, qui ne méritait pas d'être abandonnée et rejetée.
S'il s'occupait d'elle, c'est parce qu'il l'aimait, tout simplement.
Peut-être un peu comme l'enfant que Buffy et lui n'avaient jamais eu...
Peut-être, oui...
Comme son enfant...
Willow attrapa un ouvrage de magie noire et le glissa dans son sac, à l'insu de tous :
- Au fait, Giles : c'est vrai que c'est vous qui allez vous occuper de Dawn ? Officiellement je veux dire ?
- Oui, c'est exact, Willow " confirma Giles.
- Il parait que Hank ne veut plus entendre parler de sa fille ! " s'indigna Anya. " Je devrais appeler mon amie Halfreck : c'est un démon vengeur qui s'occupe des enfants malheureux.
- Ha non ! Pas de ça ! " s'exclama Alex, épouvanté à l'idée de voir s'abattre de nouvelles catastrophes sur Sunnydale. " Dawn est contente d'être avec vous, Giles, non ?
Tara prit la parole d'une voix douce :
- Oui, je crois que Dawn est heureuse...
- C'est vrai ! J'ai été la prendre à la maison, hier, pour aller faire des courses et elle allait beaucoup mieux " s'exclama Willow. " Depuis quelques jours, elle paraît vraiment remonter la pente.
Alex eut un sourire en coin :
- Je crois que c'est grâce à Giles. C'est un père parfait pour Dawn. Il a compris ce dont elle avait besoin ".
Giles devina qu'Alex faisait référence à leur conversation de l'autre jour, dans la voiture. Il le regarda d'un air complice.
- Je crois en effet que l'on a tous les deux trouvé nos marques... " confessa l'observateur.
Alex sourit en entendant cet aveu. Il savait que Giles, avec sa grande âme et son bon coeur, ne pouvait pas avoir été insensible à son discours.
La preuve était là : Dawn ne pleurait plus et elle reprenait goût à la vie.
Anya recompta une liasse de billets et referma le tiroir caisse.
- Il y a quand même quelque chose dont vous n'avez pas l'air de vous rendre compte, Giles.
- Quoi donc ? " questionna Rupert, déjà sur la défensive.
- C'est qu'avec cette gamine sur les bras, vous en prenez au moins pour dix ans ! Elle va vouloir aller à l'université, faire des études. Elle voudra apprendre à conduire et posséder une voiture... Ce n'est pas la pension que Hank versera pour son éducation qui vous fera rentrer dans vos fonds ! Cette histoire va cous coûter très cher ! C'est moi qui vous le dis ! "
Tout le Scooby regarda l'ancien démon vengeur d'un air désolé : comment pouvait-elle dire autant d'âneries sans jamais se démonter ?
Devant les mines déconfites, Anya s'étonna :
- Ben quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Vous pensez à la maison ? Mais si Dawn accepte de vendre Revello Drive, l'argent sera bloqué jusqu'à sa majorité ! Giles ne touchera pas un centime !
- Arrête, Anya " fit Alex embarrassé, espérant que sa fiancée comprenne qu'elle s'enfonçait à chaque phrase.
Giles s'approcha de la caisse d'un pas nonchalant :
- Si tu savais comme je m'en fous, Anya !
- Mais pour l'argent ? Vous allez faire comment ? Vous ne pouvez pas entretenir deux maisons à la fois ! Double taxe, doubles factures pour tout... Vous y avez réfléchi ?
- Oui. S'il le faut, je vendrais mon appartement. Je ne peux pas déraciner Dawn : sa maison contient tous ses souvenirs. C'est donc là qu'on habitera. Tant que je pourrais garder mon actuel domicile, je le ferais, mais s'il faut de l'argent, je le vendrais ".
Tout le monde s'exclama, surpris : ainsi, Giles vendrait son chez-lui ! Il était prêt à sacrifier sa maison au profit du bien-être de Dawn !
Tout d'un coup, une petite voix perla au fond de la boutique :
- C'est vrai, Giles ? Vous vendriez votre maison pour moi ? " fit Dawn qui était entrée par l'arrière-boutique.
Giles la regarda avancer en souriant. Il hocha la tête affirmativement. Dawn se précipita dans ses bras et cette fois-ci, Giles ne put l'éviter. Tout au contraire, et pour la première fois, il l'enlaça tendrement et la serra fort contre lui.
Dawn était émue aux larmes...
* * * * *
Willow, allongée sur le lit, prit la main de Tara dans la sienne puis embrassa sensuellement ses doigts :
- Tu as vu comme Dawn avait l'air heureuse cet après-midi ?
- Oui, et Giles aussi " rétorqua Tara en réajustant l'oreiller derrière sa nuque. " je crois que tout va bien se passer à présent.
Willow déposa un baiser sur le sein nu de sa compagne et murmura :
- Giles aurait fait un papa merveilleux s'il avait eu des enfants à lui. Moi, j'aurais bien aimé avoir un père comme Giles...
- Moi aussi " répliqua Tara qui repensa au monstre froid et cruel qu'elle avait pour géniteur.
Il y eut un instant de silence, puis Willow, toujours pensive, reprit :
- Parfois, quand Buffy était là, j'imaginais que... Ah... Tu vas me trouver bête...
- Tu rêvais que Giles fff-faisait un enfant à Buffy ? " Tara eut un petit rire bref : " Si tu crois que tu es la sss-seule à y avoir pensé...
- Vraiment ? " s'étonna Willow en se redressant dans le lit. " Je croyais que j'étais la seule à avoir l'esprit un peu tordu ".
Tara se mit à rougir :
- Non, moi aussi je trouvais qu'ils allaient bien ensemble...
- Ca alors ! Et pourquoi on n'en a jamais parlé ?
- Je sais pas... " confessa Tara, sincère.
Willow s'étira entre les draps et glissa une main derrière sa nuque, toujours pensive :
- Moi, la première fois que j'y ai pensé, c'est au départ de Riley. Ce crétin l'a plantée là, alors qu'elle avait tant besoin d'une épaule solide. Et je me suis dit qu'elle ne pouvait plus compter que sur Giles, que c'était le seul homme toujours présent dans sa vie... Et puis, j'ai commencé à rêvasser... J'ai observé leurs rapports, leurs contacts, leur connexion...
- ... et l'amour que Giles avait pour elle... " ajouta timidement Tara.
- Tu crois qu'il était amoureux d'elle ? Je veux dire, vraiment amoureux ? " questionna Willow.
- Je crois même qu'il l'aime encore aujourd'hui, de toutes sss-ses forces.
La petite sorcière rousse pinça ses lèvres, l'air triste :
- De toute façon, elle ne l'aurait jamais aimé en retour. Je ne crois pas que Buffy aurait jamais pu tomber amoureuse de Giles. Peut-être que s'il lui avait déclaré sa flamme, elle aurait pris peur ; peut-être même que ça l'aurait dégoûtée... Après tout, Giles était comme son père....
Tara hésita un instant puis répondit :
- Je ne sais pas... peut-être ne l'aurait-elle pas repoussé. Je ne crois pppp-pas qu'elle aurait pu vraiment l'aimer, en tout cas, pas avec passion... Mais elle avait de l'affection pour lui et ils auraient pu fff-faire un joli couple.
- Oui " acquiesça Willow. " Giles aurait été l'homme idéal pour Buffy : il était exactement celui dont elle avait besoin : pas un vampire, comme Angel, pas un salaud, comme Parker, pas un jeune crétin égoïste de militaire, comme Riley... Buffy avait besoin d'un homme qui la comprenne, qui soit impliqué dans son métier de Tueuse, d'un homme bon, tout dévoué pour elle... Bref, elle avait besoin de Giles. C'est idiot qu'elle ne s'en soit jamais rendu compte "
Willow s'arrêta dans son élan verbal et soupira :
- Maintenant, c'est fini... Ils n'auront plus de chance... "
Tara caressa les lèvres de Willow du bout des doigts :
- Imagine les beaux bébés qu'ils auraient fait ? " Willow, sous les caresses de Tara, s'émoustilla :
- Et dans un lit ? Qu'est-ce qu'ils auraient fait ? " questionna la petite sorcière rousse.
Tara précipita ses lèvres sur les siennes et murmura :
- ça... ".
* * * * * *
Dawn somnolait dans son lit. Il était encore tôt : à peine 22 h 30 heures. Mais avec Giles, l'éducation, ça ne rigolait pas. Surtout la veille d'un jour d'école.
Elle tourna et retourna dans son lit, incapable de s'endormir.
Dawn enfonça son visage dans l'oreiller et respira le parfum des draps : ils sentaient bon le propre. Ca lui rappelait Giles...
Elle avait passé une bonne journée. Giles était tellement tendre avec elle à présent. A force de se jeter à son cou, elle avait gagné : désormais, il la prenait souvent dans ses bras et elle pouvait fourrer son nez dans son cou et respirer son odeur.
Hhhmmm... L'odeur de Giles.
Elle aimait cette fragrance rassurante.
Son parfum ? Non, Giles n'en portait pas : trop commun, trop vulgaire. L'after-shave, c'était pour des ploucs comme Hank, son père...
Non, Giles sentait bon l'adoucissant, la lessive, le propre. Oui, il sentait la même odeur que les draps à peine sortis de la machine...
Mais pas seulement.
Giles avait aussi son parfum à lui, l'odeur naturelle de son corps, l'odeur chaude de sa peau : son odeur d'homme, de mâle...
Et elle aimait cette odeur, oui. Elle l'aimait plus que tout.
Dawn respira avidement encore le parfum des draps en pensant à Giles. Cette essence olfactive était sécurisante.
Après s'être shootée à l'odeur de la Soupline, elle rouvrit les yeux et regarda la fente sous la porte de sa chambre, espérant y voir un rai de lumière.
Et en effet, il y en avait un : cela signifiait que Giles n'était pas couché.
Dawn se leva d'un bond. Elle était incapable de rester là, à tourner et retourner dans son lit. Elle en avait assez, elle n'avait pas sommeil.
Elle voulait câliner avec Giles. Elle avait besoin d'être dorlotée.
Elle ouvrit la porte et se dirigea à petits pas légers dans le couloir.
Curieusement, la lumière ne provenait pas du rez-de-chaussée mais de l'étage.
Dawn fut intriguée : Giles devait lire dans son lit, peut-être.
Son lit ? Le coeur de Dawn se mit à battre un peu plus vite.
Son lit : aller dans sa chambre... Se coucher près de lui, contre lui, dans ses bras.
Dawn ne rêvait que de ça.
Elle savait que Giles trouverait ça bizarre et que cela le mettrait sans doute mal à l'aise.
Mais elle en avait envie ! Tellement envie ! Poser sa tête sur son ventre et le laisser caresser ses cheveux, sa joue, son épaule...
Enfoncer son nez contre son torse et le serrer fort, très fort... renifler son odeur, aspirer toute sa chaleur, toute son énergie, lui arracher un peu d'amour...
Mais quelques pas dans le couloir stoppèrent le fantasme de Dawn : la lumière ne provenait pas de la chambre de sa mère, devenue la chambre de Giles,
Elle provenait de la chambre de Buffy.
Dawn sentit son corps se glacer.
Elle enveloppa ses épaules nues de ses propres mains un instant, se frictionna les bras pour se réchauffer, puis se décida enfin à ouvrir.
Giles était là, assis à l'ancien bureau d'écolière de Buffy. Il tenait entre ses mains un petit ourson en peluche rose qu'il fixait avec des yeux embués de larmes.
En entendant la porte s'ouvrir, l'observateur tenta de se reprendre. Il posa rapidement le jouet sur la table et se leva, visiblement gêné d'être surpris ainsi.
Giles enfonça ses poings dans les poches de son pantalon et tenta de se recomposer un visage normal :
- Qu'est-ce que tu fais debout, Dawn ? " commença Giles d'une voix calme et douce. " Tu devrais être couchée... Tu as école demain.
- J'arrive pas à dormir... " confessa Dawn. Elle ne mentait pas. Ses insomnies du soir étaient fréquentes. Non parce qu'elle pensait à elle, sa soeur morte, mais parce que désormais elle pensait à lui.
- Moi non plus... " confessa Giles. Il écarta d'une main le rideau de la petite fenêtre et jeta un rapide coup d'oeil au dehors : la nuit était noire. On pouvait seulement voir la rue éclairée par des réverbères à la lumière agressive, et quelques rares voitures passer de temps en temps.
Dawn tritura le bas de sa chemise de nuit des ses doigts nerveux :
- Vous l'aimiez beaucoup n'est-ce pas ?
Giles hésita un instant avant de répondre, comme s'il cherchait le terme parfait pour qualifier ses sentiments pour Buffy et n'en trouva pas :
- Il n'y a pas de mot pour ça...
Dawn se dandina sur ses deux pieds, comme une gamine. Une question lui brûlait la langue :
- Mais, vous l'aimiez comme votre fille ? " osa-t-elle enfin.
Giles eut un petit sourire amer :
- Plus que ça... " concéda-t-il.
- Vous l'aimiez d'amour, comme une femme, n'est-ce pas ?
Giles lâcha le rideau et s'appuya au rebord de la fenêtre :
- Elle est morte, Dawn... Il faut laisser dormir tout ça. C'est du passé maintenant.
- Mais... " insista l'adolescente. Giles haussa un peu la voix :
- Dawn ! S'il te plaît... " Il radoucit son ton et murmura : " Respecte ma douleur et mes sentiments... Je n'ai pas envie d'en parler...
- Pardon... " s'excusa Dawn, tout à coup rongée par la culpabilité : elle avait été si curieuse et indiscrète, au mépris des souffrances de l'ancien observateur.
Giles respira profondément et s'approcha de l'adolescente. Elle le regarda venir vers elle, confiante, mais le coeur un peu blessé. L'observateur la prit l'enlaça tendrement et l'entraîna en dehors de la chambre :
- Viens, Dawn... Il faut aller te coucher maintenant ". Elle se laissa entraîner avec docilité. Alors qu'il la tenait gentiment par l'épaule, elle se sentit honteuse d'avoir eu de telles jalousies envers sa soeur décédée.
Buffy était morte ; Giles était malheureux. Et elle, elle avait la vie devant elle, à ses côtés.
Janice se précipita sur Dawn en sautillant :
- Hey ! Tu es revenue ? Je suis contente " fit-elle en l'embrassant. " Comment ça va ?
- Mieux " fit Dawn en marchant aux côtés de son amie. C'était bizarre de revenir au lycée, après ces quinze jours de deuil. En plus, il ne restait qu'une semaine de cours.
Janice eut un petit sourire en coin ;
- Tu sais que tu as beaucoup manqué à certaines personnes ? On m'a demandé de tes nouvelles...". La jeune fille savait qu'elle piquerait la curiosité de son amie. Dawn, effectivement, papillonna :
- Ah, oui ? Qui ça ?
- Oh..." commença Janice, volontairement taquine : "Libby, Carrie, Lisa... Jenny aussi, bien sûr..." Elle se tut un instant, faisant semblant de réfléchir et ajouta subitement, sûre de son effet : "J'allais oublier : et Chris bien sûr..."
Dawn sentit le rouge lui venir aux jours : elle masqua l'intérêt qu'elle portait à cette révélation et salua quelques étudiants qu'elle connaissait :
- Salut, Charlyne... Ca va, Steven ?"
Janice était un peu déçue. Elle voulait faire plaisir à son amie en lui parlant de Chris mais Dawn n'avait pas paru réagir plus que ça. Janice n'insista pas.
Les deux gamines marchèrent un moment en silence, traversant la cour intérieure et le couloir menant aux salles de classes.
Janice finit par poser la question qui lui brûlait la langue :
- C'est vrai que tu t'en vas l'an prochain ? Que tu retournes à Los Angeles ?
- Pfff... N'importe quoi " fit Dawn en haussant les épaules, en signe de dédain.
- Ha ? " s'étonna Janice. " Ton père emménage ici ?
- Non plus " répondit Dawn, le coeur serré en repensant au fait que Hank n'en avait rien à faire d'elle. Elle secoua sa chevelure lourde et prit un ton fier et un peu hautain : " Je vais vivre avec Giles ".
Janice écarquilla des yeux tout ronds :
- Giles ? Le copain de ta soeur, le vieux, là ? Celui qui venait tout le temps chez vous ?
- Oui, lui. Et il n'est pas vieux. Il est juste plus âgé... mature, quoi " corrigea Dawn. " Maintenant, il habite avec moi, à la maison.
- Heu... " questionna Janice hésitante : " Et c'est cool ou pas cool ? "
Dawn lui fit un large sourire :
- Très cool.
- Hum, ben moi, ça me ferait bizarre d'habiter avec un homme qui sortait avec ma soeur.
- Mais il ne sortait pas avec elle ! " s'exclama Dawn.
- Ah bon ?
- C'était juste son obs... " Dawn se mordit la langue : " je veux dire son meilleur ami".
Janice fit une drôle de moue :
- Ben quand même. Moi, ça me ferait drôle de vivre avec un type de 45 ans qui n'est pas mon père, ni mon beau-père, ni rien du tout... " Janice avait toujours eu un environnement familial sain et stable : la vie compliquée de Dawn l'étonnait.
- Moi, je suis contente... "
- Mais pourquoi ? Il te plaît ?
Dawn ouvrit la bouche, ébahie par la question :
- Janice !! Franchement !!! " Et elle se mit à rire nerveusement.
- Mais rigole pas, Dawn ! Attends, c'est un mec, il est vieux, et tout d'un coup, il vit avec une fille toute femme et sexy... Tu crois pas qu'il va avoir des idées ?
- Peuh ! N'importe quoi... " répliqua Dawn, d'une voix pourtant un peu hésitante.
Janice leva les yeux au ciel :
- Oh ! Dawn ! Réveille-toi ! Ca arrive tout le temps des trucs comme ça.
- Hé bien quoi ? " s'agaça Dawn. Elle la joua à la bravade : " Si Giles tombe amoureux de moi, t'inquiète que je saurais m'en débrouiller.... "
Janice se mit à rire :
- Regardez-moi ça ! Petite vicieuse, va ! " plaisanta-t-elle. " Mais tu y avais déjà pensé, ma parole !!!
- N'importe quoi ! Arrête ! " fit Dawn, toute rouge. Elle se mit à ricaner bêtement.
- S'il te drague, t'aura intérêt à me raconter !!! Tout ! Et en détails ! "
Dawn, les joues écarlates, entra dans la salle de classe. Son coeur battait la chamade. Elle ne savait pas pourquoi mais cette conversation avec Janice lui avait donné des palpitations et elle sentait ses jambes flageoler.
Dawn s'assit à sa table habituelle et se tourna vers Janice, à la place d'à côté :
- Bon, alors, raconte. Qu'est-ce qu'il s'est passé pendant mon absence ? " questionna Dawn afin de détourner la conversation.
Janice la regarda, un sourire malicieux au coin des lèvres en entama aussitôt le récit des petits potins de l'école.
* * * * * * *
Dans le bus scolaire qui la ramenait chez elle, Dawn rêvassait. On était vendredi soir, c'était fini, c'était les vacances. Deux mois de vacances...
La semaine d'école, cette dernière semaine de cours, s'était passée sans encombre. Dawn avait récupéré tous ses cours et tous les soirs, Giles lui faisait rattraper son retard.
Dawn aimait travailler avec lui. Giles expliquait toujours bien les choses, toujours simplement. Avec lui, elle comprenait tout de suite.
Et puis, elle aimait écouter sa voix douce lorsqu'il lui parlait d'histoire, où lorsqu'il lui lisait un texte à étudier.
Sa voix la fascinait, l'envoûtait. Comme son odeur, c'était sa marque, son empreinte...
Dawn, le regard perdu sur le paysage qui défilait derrière la vitre du bus, se mit à ricaner nerveusement. Janice n'avait peut-être pas tort. Sa copine l'avait charriée plusieurs fois sur le fait qu'elle habite avec un homme qui n'était pas son père, sur le fait qu'il pouvait se passer des choses... et cette conversation avait provoqué en elle de drôles de sentiments à propos de Giles.
Peut-être qu'en effet, elle en était tombée un petit peu amoureuse.
Oh ! Juste un tout petit peu...
Dawn se mit à réfléchir : c'était quoi, être amoureux ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait toujours envie d'être contre lui, dans ses bras, respirer son odeur et écouter sa voix.
Elle ne rêvait pas de l'embrasser et encore moins qu'il lui fasse l'amour. Rien qu'à cette idée, Dawn se mit à rougir violemment : ses pensées étaient tellement osées ! Elle n'avait pas l'habitude de s'autoriser de telles réflexions. Elle cacha ses joues cramoisies derrière ses cheveux et s'enfonça davantage dans le fauteuil du bus.
Faire l'amour... Elle ne savait pas trop comment c'était. Mais elle se sentait beaucoup trop jeune pour passer à l'acte. Elle n'avait pas du tout envie de faire ça.
Non, elle voulait juste se blottir contre Giles... Juste envie qu'il l'enlace, qu'il la caresse, qu'il la berce, sentir la chaleur de sa peau contre la sienne...
Peut-être après tout que ce n'était pas de l'amour, juste un gros besoin d'affection.
Ou peut-être pas...
Est-ce qu'il était normal d'avoir envie que leurs peaux soient en contact ?
Et Giles ? Quels étaient ses désirs ? De quelle façon pensait-il à elle ? L'aimait-il très fort ? Vraiment très très fort ?
Dawn regarda les maisons défiler derrière la vitre, frustrée. Elle aurait bien voulu savoir ce que Giles avait dans le crâne.
* * * * *
Anya recompta les billets et inscrivit un chiffre sur un grand cahier en cuir noir :
- Giles il va falloir passer à la Banque déposer la recette.
- Je te laisse t'en occuper, Anya.
- Hey ! C'est vendredi soir ! J'ai un petit ami. Je sors, moi !
- Moi aussi ! " s'exclama Giles énervé.
Anya haussa les sourcils, étonnée :
- Vous avez une petite amie ? Depuis quand ?
- Non, non... " L'observateur se mit à bafouiller : " Je voulais dire que moi aussi, je sortais...
- Ah oui ? Et avec qui ?
- Avec Dawn... " répondit calmement Giles.
Anya, derrière la caisse, croisa ses bras sur sa poitrine :
- Vous sortez avec Dawn... " répéta l'ancien démon vengeur, en articulant avec lenteur, dégustant chaque syllabe.
- Je l'emmène au restaurant " expliqua Giles à Anya qui ne demandait pourtant rien.
- Vous l'emmenez au restaurant " répéta encore Anya, sur un ton plus affirmatif qu'interrogatif.
- C'est la fin des cours, ça va lui changer les idées. Je l'ai tellement fait travailler ces derniers jours... Elle mérite de se détendre un peu ".
Anya fixa Giles d'un regard étrange, pendant un temps qui parut une éternité à l'observateur. Elle était raide et droite, parfaitement immobile derrière sa caisse. Ses yeux le scrutaient avec curiosité. Elle avait un air à la fois surpris et las.
Giles se sentait de plus en plus mal à l'aise. Il finit par rompre ce silence qui le rendait nerveux :
- Et bien quoi ?
- J'irais à la Banque " se contenta de répondre Anya en baissant les paupières. Elle se remit à vaquer à ses activités, comme si de rien était.
Giles ouvrit la bouche, prêt à l'interroger sur son étrange comportement mais il changea d'avis. Après tout, c'était Anya. Dieu sait ce qui avait pu passer dans son cerveau d'ex-démon.
Sentant toujours sa présence devant elle, Anya releva les yeux :
- Vous pouvez y aller, Giles. Je ferme la boutique et je vais porter la recette de la semaine, ne vous inquiétez pas. Votre argent est en sécurité avec moi ".
On aurait dit que rien ne s'était passé. Giles hocha la tête et sortit de la boutique.
* * * * * *
Dawn passa la fin de l'après-midi à rêvasser. Elle mata un peu la télé, feuilleta trois magazines, remonta dans sa chambre et écouta de la musique, affalée sur son lit.
Giles, Giles, Giles...
Il avait envahi son esprit. Dawn était emplie d'interrogation et de doutes.
Elle ne parvenait plus à le chasser de sa tête.
Elle ne savait qualifier les sentiments et désirs contradictoires qui l'assaillaient.
C'était ça, être adolescente ? Etre tout le temps mal dans sa peau ? Elle détestait être dans cet état-là !
Tout d'un coup, elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Elle jeta un rapide coup d'oeil au radio-réveil près du lit : 19 h 11. Giles était rentré du boulot.
Dawn se leva d'un bond hors du lit, en sautillant comme un kangourou. Elle descendit les marches en un coup de vent et, avant même que Giles ait pu faire 'ouf!', elle se jeta dans ses bras.
- Ah ! Giles ! Vous m'avez tellement manqué toute la journée... " souffla-t-elle dans son cou.
L'observateur, surpris, l'enlaça tendrement et embrassa ses cheveux de soie :
- Tu as passé une bonne journée ? L'école est terminée, ça y est ?
- Hhmmm... " marmonna Dawn, qui ne voulait pas sortir son nez de sa poitrine.
- Bon, si on allait fêter cette fin des cours, hein ? Qu'est-ce que tu en dis ? "
Dawn leva immédiatement des yeux pétillants vers lui :
- Vrai ?
- J'ai réservé dans un bon restaurant.
- Ho ! Giles ! Je vous aime ! " fit Dawn enthousiaste.
- Heu " fit l'observateur, gêné par ces marques excessives d'affection. " Vas te préparer. C'est un peu habillé.
Dawn l'embrassa sur la joue puis s'évada de son corps :
- Je vais me changer ".
* * * * * *
Dawn adora le cadre : le restaurant était chic, l'ambiance feutrée. Elle adora également la cuisine française. De toute façon au bras de Giles, elle aurait tout aimé.
Ce n'était pas son père qu'il l'aurait sortie ainsi pour la fin des cours... Hank n'avait jamais eu la moindre attention pour elle.
Et puis Giles était si élégant, si prévenant. Il avait été si gentil toute la soirée. Il l'avait même écouté raconter ses petites histoires de lycée. Il était tellement patient.
Au moment du dessert, Dawn bouscula un peu Giles : elle voulait boire du vin.
- S'il vous plaît, Giles " minauda-t-elle. " C'est pour fêter la fin de l'année ! Il est bientôt minuit ! Laissez-moi boire un peu d'alcool avant que je ne me transforme en citrouille ! " plaisanta Dawn qui avait envie de dire n'importe quoi. Elle était tellement bien.
Giles lui sourit :
- Dawn... Tu es bien trop jolie pour te transformer jamais en citrouille... Et puis ce sont les carrosses qui se transforment en citrouille, pas les jeunes filles... "
Dawn sentit la chaleur envahir son visage. Giles la trouvait jolie ! Il avait même dit "trop jolie". Elle pencha la tête en avant, pour que ses cheveux masquent ses joues roses.
Le serveur vint demander ce que ces messieurs-dames voulaient en dessert. Dawn prit une glace et Giles commanda un café.
En attendant d'être servie, Dawn revint à la charge :
- Vous n'avez pas bu tout vote vin. Regardez ! Il en reste plein dans la bouteille ! Ca va se perdre puisque vous allez boire votre café maintenant. S'il vous plaît, Giles ! S'il vous plaît ! Laissez-moi prendre un verre ! Un seul petit verre ! "
Giles soupira : Dawn était comme tous les enfants. Elle rabachait, répétait les mêmes choses en boucle, espérant l'avoir à l'usure.
Et ça finit par marcher.
Giles, lassé de l'entendre supplier en boucle, céda :
- D'accord. Mais un seul verre, c'est bien entendu ?
- Merci ! Merci ! " fit Dawn en sautillant sur sa chaise.
Elle se servit un verre bien plein et le dégusta à petites gorgées. Elle trouva le breuvage agressif et âpre sur la langue. Ce n'était pas bon. Pas bon du tout. Mais elle fit comme si elle s'en délectait. Ca lui donnait l'impression d'être une adulte, d'être une femme.
La glace à la fraise, toute sucrée, balaya sur sa langue la dureté du goût du vin. Giles l'observa avaler son dessert à petits coups de cuillère. Elle était si mignonne, si pétillante.
Giles but une nouvelle gorgée de café noir et cacha dans sa tasse un petit sourire. Comment avait-il pu lui en vouloir de la mort de Buffy ? Comment avait-il pu la torturer moralement pendant tous ces jours après l'enterrement de sa Tueuse ?
A présent qu'il la voyait vivre et s'épanouir auprès de lui, il ne comprenait pas son comportement honteux.
Il regrettait ses paroles dures et la distance froide qu'il avait autrefois placées entre elle et lui.
Aujourd'hui, tout était si différent et c'était merveilleux. Giles comprenait qu'il y avait une vie après Buffy. Et que cette vie là pouvait être très agréable.
* * * * *
En arrivant chez eux, Giles regarda sa montre : il était presque une heure du matin. Ils avaient vraiment fait longue table. L'observateur ôta sa veste, défit sa cravate et déboutonna le col de sa chemise.
Dawn le regarda faire du coin de l'oeil. Elle aimait ces gestes là, ces gestes si masculins, si troublants.
Giles s'étira, bras en croix, et se retourna vers Dawn :
- Hhhmmm... Bon, moi, je suis exténué. Je vais me coucher... " Il remarqua son regard un peu fiévreux. " Ca ne va pas Dawn ? " questionna-t-il.
- Au contraire " répondit l'adolescente, les joues un peu roses. " Ca n'a jamais été aussi bien. J'ai passé une merveilleuse soirée, Giles. Vraiment merveilleuse " fit-elle en s'approchant de lui.
Giles, d'un geste paternel, caressa son front puis sa joue et les trouva un peu chauds :
- Je n'aurais jamais du te laisser boire ce verre de vin... " soupira-t-il.
- Non, Giles... Tout était parfait, tellement parfait ! " murmura-t-elle en glissant ses mains fines et blanches derrière son cou.
Giles remarqua trop tard qu'elle avait les yeux qui brillaient un peu trop fort. En effet, avant même que Giles ait pu réagir, Dawn se mit sur la pointe des pieds et déposa sur ses lèvres un baiser.
Giles resta interdit une seconde ou deux, ne comprenant pas ce qui se passait. Puis il sentit le bout de sa langue cherchant un chemin entre ses lèvres. Il la repoussa fermement, les yeux exorbités et le souffle court.
- Dawn ! Enfin ! Mais qu'est-ce qui t'a pris ? " s'exclama-t-il, complètement bouleversé.
L'adolescente sentit les larmes lui venir aux yeux. C'était insupportable d'être rejetée ainsi.
Elle plaqua sa main sur sa bouche pour s'empêcher de hurler sa douleur et sa honte, puis elle se précipita dans les escaliers.
Giles entendit la porte de sa chambre claquer.
Il resta comme un con, planté au milieu du salon. Il avait l'impression qu'un ouragan venait de lui dévaster le crâne.
Seigneur ! Qu'allait-il faire ?
Giles resta un long moment figé dans le séjour, bras ballants, sa cravate à la main.
Dawn venait de l'embrasser ! Il n'en revenait toujours pas.
Le vin... C'était la faute du vin, très certainement.
Giles secoua la tête, dépité. Bien sûr que non, ce n'était pas la faute du vin. La gamine avait certainement ça en tête depuis quelque temps. Comment n'avait-il pu ne rien voir venir ?
Il fallait qu'il lui parle, qu'il lui dise qu'il l'aimait, mais pas comme ça.
Oui, il fallait lui dire que ce n'était pas bien ce qu'ils avaient fait mais que c'était certainement de sa faute à lui...
Giles se gratta la nuque, ne sachant comment il allait réellement s'y prendre. De toute façon il fallait agir. Et le plus vite serait le mieux.
L'observateur monta lentement l'escalier. Arrivé au premier, il se dirigea vers la chambre de Dawn et frappa doucement à la porte.
Personne ne répondit. Le silence était parfait. Giles insista :
- Dawn, je peux entrer ? Il faut que je te parle... " Comme elle ne répondait toujours pas, Giles osa ouvrir la porte. Il alluma la lumière et constata que le lit était vide.
Le choc le glaça. Seigneur ! Où était-elle donc partie ? Avait-elle fuguée ? Giles se précipita vers la fenêtre de la chambre mais constata que la guillotine était bien verrouillée de l'intérieur.
Giles fronça les sourcils, surpris.
Et puis, son cerveau bouillonna. Elle était montée et il avait entendu une porte claquer.
Une porte...
Il avait bêtement supposé que c'était celle de sa chambre de petite fille...
Giles, à présent, devinait.
Il sentit son estomac se nouer. Il se dirigea vers sa chambre et l'ouvrit avec précaution. Lorsqu'il appuya sur l'interrupteur, la lumière éclaira la pièce et il la vit.
Elle était là, couchée sur le lit, recroquevillée en boule, le visage barbouillé de larmes. Elle venait de pleurer.
En le voyant entrer, elle se mit à renifler et essuya son nez de sa main.
- Giles, s'il vous plaît, ne me punissez pas... Je suis désolée, désolée... " fit-elle les yeux encore embués de larmes.
Giles s'approcha du lit et s'assit près d'elle, sur le matelas. Il caressa ses cheveux et lui fit un sourire triste et un peu contraint :
- Je ne t'en veux pas, Dawn. Pas du tout. Mais ça ne doit pas se reproduire, tu comprends ? "
L'adolescente le regardait mais ne répondit rien. Giles avala sa salive avec difficulté : il avait la bouche sèche, tellement il était nerveux :
- Dawnie, je ne sais pas ce qui s'est passé, comment on en est arrivé là, mais je suis sans doute fautif. J'ai sans doute dans mon comportement laissé la porte ouverte à des ambiguïtés... Je... je suis confus... "
Dawn attrapa sa main large et si chaude et la porta à son visage. Elle embrassa la paume de sa main et ferma les yeux un instant :
- C'était un trop plein d'émotion, Giles... je n'ai jamais cru que vous... " Elle battit des paupières et son regard bleu le fixa, sous ses longs cils noirs. " J'ai juste besoin de vous, Giles. Personne ne s'est jamais occupé de moi comme ça depuis la mort de maman. Je sais que j'aurais jamais du faire ça. C'était idiot. Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête... "
Giles soupira, soulagé : un trop plein d'émotion. Voilà ! Ce n'était rien d'autre que ça. Dawn souleva un peu sa tête et remonta l'oreiller derrière sa nuque :
- Vous me croyez, n'est-ce pas ? " fit timidement l'adolescente.
- Je te crois... "
Dawn baissa alors un instant les paupières, fuyant son regard puis ajouta d'une petite voix toute faible :
- Alors... Je peux dormir avec vous cette nuit ? "
Giles sentit comme un coup derrière la tête :
- Dawn ! " s'exclama-t-il. " Ce n'est pas... Ce n'est pas indiqué, non... ".
Dawn fit la moue, boudeuse :
- Vous voyez " fit-elle " Vous ne me croyez pas...
Giles se sentit piégé :
- Mais si, Dawn, je te crois. Je suis sûr que c'était un trop plein d'émotions, comme tu me l'as dit. Mais, comment dire... " bafouilla Giles " Il vaut mieux ne pas tenter le diable... au cas où tu aurais un nouveau trop plein d'émotions.
- Je vous ai promis que je ne recommencerais pas ! " s'écria l'adolescente. " Vous n'avez pas confiance en moi " pleurnicha-t-elle en enfonçant sa tête dans l'oreiller.
- Mais si, Dawn, j'ai confiance...
- Alors prouvez-le moi !
- Dawn... " Giles se sentait glisser sur une épouvantable pente savonneuse.
- Laissez-moi une chance ! Je vous promets que je serais bien sage. Jamais plus je ne vous embrasserais sur la bouche. Promis ".
Giles essaya de lui sourire mais il était épuisé :
- Pas ce soir, Dawn. Pas ce soir... " fit-il d'une voix très lasse. " Un autre soir, peut-être, si tu as peur de l'orage ou si tu es très malheureuse... Mais pas ce soir. Ce ne serait ni prudent, ni raisonnable, tu comprends ? "
Dawn opina d'un petit mouvement de tête obéissant. Elle comprit qu'il ne valait mieux pas insister. C'était trop d'un coup. Il fallait le temps à Giles de s'habituer, petit à petit, à chaque étape qu'elle voulait lui imposer.
Dawn sortit du lit au grand soulagement de Giles. Elle approcha son visage de celui de Giles qui se crispa un peu :
- Jamais plus sur la bouche, Giles, c'est tout ce que j'ai promis. Mais je peux encore poser mes lèvres sur votre joue, comme le ferait votre fille... " Elle y déposa un rapide baiser et elle sortit aussitôt de la chambre, laissant Giles sans voix.
* * * * * *
C'est la sonnerie du téléphone qui réveilla Giles. Il regarda sa montre : il était tard : presque 10 heures. Il avait eut tellement de mal à s'endormir après les provocations de Dawn. Il avait tourné et viré dans son lit jusqu'à l'aube.
Il entendit la voix de Dawn, étouffée. Elle avait décroché le téléphone et parlait sans doute à son interlocuteur. Giles se leva, enfila sa robe de chambre et descendit au rez-de-chaussée, la poitrine opprimée.
Il craignait encore les réactions de sa petite protégée.
Pourtant, c'est une Dawn en larmes qu'il trouva assise dans la cuisine, et pas une Dawn provocante.
Giles se précipita vers elle :
- Dawnie ! Qu'est-ce qu'il se passe ?
- C'est papa ! Comme c'est les vacances, il veut que j'aille passer quinze jours chez lui...
- Ah ! Tu vois, " fit Giles soulagé " Il te l'avait promis, non ? Cela prouve qu'il s'intéresse encore à toi " ajouta-t-il avec tendresse, afin de la réconforter.
- C'est surtout que sa traînée a eu son bébé et qu'elle a besoin d'une baby-sitter. Je l'aime pas, ce bébé ! Je le déteste !
- Chut, chut... Dawn... Shhh.... " fit Giles en la prenant dans ses bras. Dawn posa sa tête sur son torse et renifla :
- Je ne veux pas y aller ! Je veux rester ici, avec vous ! "
Giles la berça un instant et tenta de la raisonner :
- C'est ton père, Dawn. Il a toute autorité sur toi... Officiellement, je ne suis rien " rappela-t-il. " Sois obéissante. Deux semaines, ce sera très vite passé " souffla Giles à son oreille.
En même temps, Giles ne pouvait s'empêcher de penser que ces vacances forcées étaient une véritable aubaine. Il allait enfin pouvoir se retrouver seul et faire le point. Le dérapage de la veille l'inquiétait profondément et il commençait à se demander si la charge de Dawn n'était pas en définitive beaucoup trop lourde pour un célibataire endurci comme lui.
Et puis, pensa Giles, ce break serait idéal pour Dawn : retrouver ses vraies racines familiales, briser un moment cette relation trop fusionnelle qu'elle avait construite avec lui.
Dawn devait aller s'aérer la tête ailleurs. Peut-être se rendrait-elle compte de la gravité de son comportement et de l'embarras terrible dans lequel elle avait placé Giles.
Rupert plaça un rapide baiser sur le front de Dawn et murmura :
- Allez, je vais appeler ton père à présent pour lui dire que tu viens. Ensuite, je ferais les réservations pour ton billet de train, d'accord ? "
Dawn fit un petit mouvement de tête contraint. Elle ne voulait pas y aller, mais elle ne voulait pas s'opposer à l'autorité de Giles. Pas question de le braquer.
Et puis, au fond d'elle, Dawn espérait que son père serait content de la voir. Elle ne voulait pas le reconnaître, mais elle était heureuse qu'il ait appelé, même si c'était pour lui annoncer la naissance de ce fichu bébé.
Giles et Dawn desserrèrent leur étreinte. Chacun d'eux espérait qu'au retour de Dawn, l'incident de la veille serait oublié et que leurs rapports seraient normalisés.
Mais le terme " normalisé " avait un sens différent pour chacun d'eux.