Lolita

Par Haldol

1-4 | 5-8 | 9-12 | 13-15 | 16-18

Titre : Lolita
Auteur : Haldol.
Email : haldol (chez] wanadoo [point) fr
Note de l'auteur : "Lolita" est un roman de Vladimir Nabokov, écrit en 1955, dans lequel Humbert Humbert (ses parents lui ont donné le même prénom que son nom de famille), professeur d'âge mur, se prend d'une passion violente et obsessionnelle pour l'enfant de sa logeuse, une fillette de douze ans, Lolita.
Il est à noter que dans toutes les versions cinématographiques transposant l'oeuvre, l'âge de Lolita a toujours été modifié pour en faire une adolescente d'au moins quatorze ans (dans la version d'Adrian Lyne, 1997), voire carrément une jeune femme dans la version de Stanley Kubrick (1962). Le livre est bien plus subversif que les films qui en ont été tirés. Je suis moins subversif que Nabokov puisque ma Lolita a 15 ans et mon Humbert Humbert 47, selon les canons du BuffyVerse.
Résumé : Post saison 5. Histoire douce-amère. Buffy est morte afin de refermer le portail des dimensions infernales ouvert par Glory. Qui peut s'occuper de Dawn ? Rupert Giles, bien sûr (d'ailleurs, sur ce point, la série aurait du prendre cette direction). Mais l'observateur en veut à Dawn d'avoir conduit Buffy à se sacrifier... Buffy qu'il aimait comme un fou. Et Dawn, seule et perdue, ne sait comment recevoir un peu d'amour de la part de la seule personne qui s'occupe d'elle...
Classement : soft R.
Couple : Dawn/Giles


Chapitre 9

Giles ferma la porte de la résidence Summers à double tour et plaça ses sacs et sa valise dans le coffre de sa voiture.

Quinze jours de vacances.

Quinze jours de vacances chez lui.

Giles sourit : rêver de passer deux semaines de repos dans son propre appartement, c'était très incongru.

Il conduisit jusqu'à son domicile, l'air heureux. Il allait pouvoir reprendre ses habitudes de célibataire.

Il allait pouvoir poursuivre la lecture du "Demonicus" en 2 volumes qu'il avait abandonné à la mort de Buffy.

Et puis, il allait pouvoir terminer son journal d'Observateur. Il fallait qu'il couche sur le papier la mort de Buffy, qu'il close l'histoire pour de bon.

Il fallait également qu'il envoie les 8 cahiers qu'il avait noircis pendant les 5 ans où il avait eu une Tueuse en charge.

Son journal serait dactylographié, édité et archivé dans la bibliothèque du Conseil, à Londres... Un ouvrage de plus contant la mort d'une toute jeune fille combattant les forces du Mal.

Mais à présent, il se sentait le courage d'affronter et d'accepter la mort de Buffy. Il était prêt à la narrer avec technicité et précision, prêt à gommer ses émotions et à faire un récit neutre.

Il disposait de 15 jours pour cette tâche, ce qui était largement suffisant. Il s'y mettrait dès ce soir.

En attendant, il avait quelques travaux domestiques d'urgence.

En arrivant chez lui, Giles rangea rapidement ses affaires et ressortit aussitôt faire des courses : son réfrigérateur était vide.

Au supermarché, il parcourut les rayons en remplissant son caddy. Devant les sucreries, il pensa à Dawn : elle adorait ces gâteaux-là. Devant l'étalage de produits laitiers, les goûts de l'adolescence traversèrent encore son esprit : les yaourts à la fraise qu'elle aimait tant...

Giles soupira et passa son chemin.

C'était curieux comme il avait vite pris des habitudes. Oui, mais des habitudes de quoi ? De père ? Peut-être... En tout cas, des habitudes de vie à deux.

Une fois rentré, Giles se laissa tomber sur le canapé et attrapa son journal d'observateur inachevé. Il relut le dernier paragraphe qu'il avait écrit, la veille du combat final et contempla longuement la page blanche devant lui, celle qu'il devait à présent rédiger.

Il demeurant un grand moment inerte, le stylo levé, incapable d'écrire. Son esprit se mit à flotter : revivre ces instants étaient tellement douloureux. Il n'avait jamais rien vécu de pire dans sa vie.

Buffy, sa Tueuse, son amour, sa passion... Cette mort violente et tragique, ce sacrifice terrible pour sauver Dawn...

Dawn lacérée par ce couteau...

Dawn...

Giles se demandait si ça se passait bien avec son père, si Hank l'avait bien accueilli. Il priait pour que l'adolescente ait un séjour heureux en famille.

Et puis, Giles espérait vivement qu'elle oublie l'incident de l'autre soir.

C'était charmant, c'était flatteur... une jeune fille de quinze ans lui sautant au cou et l'embrassant...

Giles secoua la tête, chassant ses pensées délirantes.

A son retour, il faudrait que Dawn soit raisonnable. Très raisonnable.

Sinon, il serait obligé de la remettre à son père. Définitivement.

Giles referma son journal d'observateur : décidemment, il était incapable d'écrire un ligne sur la mort de Buffy. La vie de Dawn, ses joies et ses peines, venait sans cesse parasiter son esprit...

* * * *

Hank attrapa sa fille par le bras et la secoua violemment :

- Arrête papa ! Tu me fais mal ! " supplia Dawn. Hank la lâcha, mais ses yeux étaient toujours noirs de colère.

- Tu vas aller tout de suite t'excuser auprès de Linda ! Elle fait l'effort de t'accueillir, malgré la présence du bébé. Elle est fatiguée, elle demande juste un peu de gentillesse et d'aide et toi, tu l'envoies promener !

- C'est pas vrai... " se défendit Dawn.

- C'est pas vrai ? Non mais tu te fous de moi, Dawn ! Qu'est-ce que tu lui as dit, hein ?

- Je sais plus..."

Hank éructa :

- Ha ! Tu sais plus ? Mais je vais te rafraîchir la mémoire, moi ! Elle t'as demandé un service et tu lui as répondu "Je ne suis pas ta bonniche". Tu n'es qu'une petite égoïste ! Elle vient de mettre au monde un magnifique bébé, notre bébé, et ça l'a épuisée. Mais toi, tu n'es qu'une petite fille jalouse ! Tu voudrais que le monde entier tourne autour de toi ! Il va falloir grandir, Dawn ! Il va falloir apprendre à partager aussi ! "

Dawn baissa les paupières. Elle était bouleversée, les larmes au bord des yeux. Hank s'énerva :

- Hé bien quoi encore ? Qu'est-ce que tu attends, plantée là comme un radis au milieu de la pièce ? Je t'ai dit d'aller t'excuser ! Tout de suite ! " cria Hank.

Dawn serra les mâchoires et partit s'excuser auprès de cette belle-mère qu'elle haïssait plus que tout.

Elle n'avait pas menti. Elle n'était que la bonniche ici : aider Linda à faire le ménage, descendre les poubelles, porter les paquets en revenant des courses...

Et qu'est-ce qu'ils faisaient le reste du temps, hein ? Hank et sa femme paradaient auprès de leurs amis en trimbalant le bébé devant lequel tout le monde s'extasiait. Elle suivait, comme un zombie, terne et silencieuse, se posant ici ou là, comme un paquet que personne ne remarquait.

Son père ne s'était pas occupé d'elle un seul instant. Il ne lui parlait que pour lui donner des ordres ou pour l'engueuler. Ils n'étaient pas sortis une seule fois ensemble, pas un resto, ni une promenade, ni un ciné... Ils n'avaient pas eu une seule conversation. Dawn avait bien essayé de lui parler de son école, de ses amis, de Giles, mais Hank avait coupé court à tous ces sujets dont il se foutait royalement.

Dawn arriva dans la chambre d'enfant ou Linda berçait le bébé.

- Je... je m'excuse " murmura Dawn, le ventre noué. Elle détestait être obligée de se rabaisser de la sorte devant l'ennemie.

Linda remonta les draps dans le berceau et se retourna vers sa belle-fille avec un visage boudeur :

- Tu es une méchante petite fille, Dawn. Tu m'as fait beaucoup de peine. Une femme, quand elle a un bébé, un petit bout de chou adorable comme ça " fit-elle en caressant son enfant " il lui faut de l'attention, de l'amour et de l'aide... C'est difficile de mettre un bébé au monde. Je suis fatiguée. Je ne te demandais pas grand chose pourtant.

L'adolescente ravala son orgueil :

- Je suis désolée " répéta Dawn en regardant ses pieds.

- Oui, oui... j'ai entendu. J'espère que c'est sincère... " soupira Linda avec aigreur. " Et maintenant, Dawn aurais-tu l'extrême obligeance d'aller mettre la table ? Si ce n'est pas trop te demander, bien sûr... Je ne voudrais pas que tu croies encore que je te prends pour ma bonne lorsque je te demande juste de participer aux activités de la maison.

- J'y vais " répondit immédiatement Dawn. Elle voulait sortir de la pièce tout de suite, avant d'étrangler Linda. N'importe quoi plutôt que de la supporter une minute de plus.

* * * * *

Dans le cimetière, tout le Scooby attendait entre deux cryptes, sous un réverbère. Anya repoussa une mèche blonde derrière son oreille et regarda sa montre :

- Ca fait plus de dix minutes maintenant... " souffla-t-elle à l'oreille d'Alex.

- C'est qu'il en a besoin... " répondit le jeune homme.

- C'est long " insista Anya.

Spike s'approcha de l'ex démon vengeur :

- Si ça t'ennuie tant d'attendre, tu n'as qu'à rentrer !

- Non ! C'est bon ! Ca va ! " s'exclama Anya. Elle appuya son dos contre une tombe et brisa à nouveau le silence religieux dans lequel le Scooby était plongé depuis un bon quart d'heure : " Mais qu'est-ce que vous croyez qu'il fait au juste ? " interrogea-t-elle.

Tara fit un pas en arrière et entrevit Giles, toujours à genoux devant la tombe de Buffy, arrangeant les fleurs, caressant le marbre froid :

- Il lui ppp-parle " répondit la sorcière blonde.

- Mais de quoi ? " s'étonna Anya.

Willow attrapa la main de Tara et entrelaça ses doigts avec les siens. Leur regard fut complice : elles connaissaient les sentiments de Giles pour Buffy. Elles devinaient toute deux ce l'observateur pouvait bien dire à sa Tueuse morte.

Puis, Giles se releva et revint se joindre au Scooby :

- Bon, alors, cette patrouille, on la fait ? "

* * * * *

Dawn demeura muette toute la soirée. De toute façon, ce qu'elle disait n'intéressait personne. Elle n'était qu'un fantôme dans cette famille qu'elle ne considérait plus comme la sienne. Giles lui manquait tellement. Giles et ses câlins, Giles et ses attentions, tout son amour...

A la fin du repas, Dawn demanda la permission de téléphoner.

- A qui ? " questionna Hank.

- A Giles... Ca fait quatre jours que je suis ici, et j'aurais voulu avoir de ses nouvelles.

- Vas-y " autorisa son père.

Dawn composa le numéro de chez elle. Le téléphone sonna dans le vide longtemps. La jeune fille sentit son coeur se serrer. "Giles, où êtes-vous ?"

Puis, elle pensa à son domicile. Peut-être était-il retourné là-bas ?

Là encore, rien que le vide, les sonneries qui n'en finissent plus.

Elle raccrocha, déçue.

- Déjà fini ? " s'étonna son père.

- Il n'était pas là... " répondit Dawn d'une voix triste à laquelle son père ne prêta pas attention.

- Hey ! Ma fille ! Ce monsieur Giles n'est qu'un homme : tu es parti, ça lui fait des vacances ! Il doit tout simplement prendre du bon temps... " et Hank se mit à ricaner.

Dawn fronça les sourcils et répéta bêtement :

- Du bon temps ? "

Linda regarda Hank d'un oeil torve :

- Elle est trop jeune pour ces conversations d'adulte... Evite de parler de ce genre de chose devant elle, chéri.

- A quinze ans, on sait ce que c'est que le sexe, non ? "

Dawn devint toute rouge et elle eut l'impression que son coeur s'était arrêté de battre :

- Je peux aller me coucher papa ?

- Hein ? " fit Hank surpris. " Il n'est même pas 9 h 30...

- S'il te plaît... Je suis fatiguée " insista Dawn, complètement déprimée. Hank acquiesça et Dawn disparut comme un éclair.

Elle referma la porte de sa chambre et se jeta sur le lit. Elle enfonça sa tête sous l'oreiller et se mit à pleurer à chaudes larmes : Giles avec une femme... Giles en train de faire l'amour avec une autre femme...

Il l'avait déjà oublié, lui aussi...

Elle était tellement malheureuse.

Elle aurait voulu mourir.

Chapitre 10

Buffy se glissa entre les draps et frotta son corps nu contre celui de Giles. Rupert frissonna de plaisir en sentant sa peau délicate contre lui...

Buffy....

Ses longs cheveux bruns....

Des cheveux bruns ? Buffy ?

Non, pas Buffy, mais Dawn...

Oui, c'était Dawn qui l'embrassait dans le cou, sur le ventre...

Sa langue descendit doucement entre ses cuisses et Giles grogna de plaisir.

L'observateur fit descendre ses mains, cherchant à caresser ses petits seins juvéniles. Oh ! Il n'aurait pas du, n'est-ce pas ?

Quinze ans...

Quinze ans à peine et il allait lui faire l'amour.

Il sentit sa bouche chaude l'engloutir et sa langue commencer à le travailler...

C'était bon, tellement bon... Il allait jouir.

Et puis Dawn s'arrêta, releva la tête, et le fixa de ses grands yeux bleus. Giles vit qu'elle lui disait quelque chose mais il ne comprit pas quoi. Aucun son ne sortait de sa bouche. Elle semblait muette.

Il tenta de sa main de la conduire encore entre ses cuisses, de contraindre Dawn à le prendre encore dans sa bouche... Il avait besoin de jouir.

Dawn murmura à  nouveau quelque chose qu'il n'entendit pas et elle commença à sortir du lit. Giles lui cria de revenir et tendit la main pour attraper son poignet.

En voulant la retenir, il glissa du lit et tomba dans un trou noir effrayant...

Giles se réveilla en sursaut.

Un rêve...

Ce n'était qu'un rêve.

Giles se redressa dans le lit et alluma la lumière.

La chambre était vide. Il était seul dans le lit.

" Seigneur Dieu ! " s'exclama Giles. Il n'avait jamais fait de rêve érotique aussi frappant et aussi pénétrant.

Passé la surprise, il commença à culpabiliser.

Dawn. Il venait de rêver que Dawn lui faisait une fellation.

Giles passa la main dans ses cheveux, encore ahuri par ses propres fantasmes nocturnes. Et puis, il prit soudainement conscience que ce rêve avait laissé une trace très vivante. Il souleva lentement le drap et se rendit compte qu'il avait une érection monstrueuse.

Rupert déglutit lentement, très embarrassé par ce constat : il venait de rêver de Dawn et son corps la désirait encore.

Il respira lentement, tentant de reprendre le contrôle de lui.

Ce n'était qu'un rêve, après tout.

Les rêves sont souvent bizarres, étranges... ; ils ne veulent rien dire.

Il baissa le regard en direction de son sexe : pour lui, en tout cas, le rêve avait un sens.

Giles se laissa couler à nouveau sous les draps et se recroquevilla en boule, espérant faire disparaître cette honteuse érection.

La réaction fut exactement contraire. Le désir augmenta.

Il avait beau chasser les images que son cerveau avait créées, il revoyait encore Dawn, nue, en train de le satisfaire.

Giles serra les dents. Il aurait voulu hurler.

Cette douleur était exquise ; elle était insupportable.

Il fallait obéir. Obéir à la dictature de la chair.

Alors, malgré la honte, il laissa sa main descendre entre ses cuisses, prêt à se donner du plaisir.

* * * * *

Le lendemain matin, Giles se leva avec le ventre noué. Il avait encore en tête le rêve qui l'avait hanté... et il se souvenait aussi de ce qu'il avait fait après.

En buvant son café, Giles essaya de se raisonner.

Il avait juste un peu perdu les pédales cette nuit.

Parfois, ça arrive : le corps a des besoins, l'esprit a ses travers. Mais tout cela n'avait guère d'importance après tout : ce n'était qu'un rêve. Un simple rêve.

C'était arrivé une fois. Ca ne recommencerait plus.

Ne plus y penser, ne plus y penser, ne plus y penser...

Il terminait son café lorsque le téléphone sonna, rompant le cours des réflexions dérangeantes qui envahissaient son crâne.

- Allo ?

- Rupert ? C'est Peter Robson.

- Peter ? Comment vas-tu ? " s'exclama Giles, ravi. Il n'avait pas revu son vieil ami anglais depuis des mois. " Toujours occupé au siège du Conseil des observateurs ? Comment va Londres ?

- Rien de vraiment neuf. Nous sommes toujours englués dans des querelles intestines et stériles... Peu importe " soupira Peter, agacé rien qu'à la pensée de ses collègues. " Et toi ? Comment te remets-tu de la disparition de Buffy ? "

Giles sentit une pointe de nostalgie l'envahir mais la souffrance s'était apaisée :

- Ca va beaucoup mieux, merci. Le temps referme les blessures...

- Alors, quand comptes-tu rentrer ? A présent que ta fonction d'observateur a pris fin, je suppose que tu n'as plus de raison de rester aux USA " questionna le britannique.

Giles toussota :

- Heu... En réalité, je... Je m'occupe de Dawn, la soeur de Buffy. Elle a perdu sa mère récemment... Et son père refuse de la prendre en charge. Il a refait sa vie ailleurs et ne veut pas s'encombrer d'une adolescente. Il ne la prend que quelques jours pour les vacances...

- Je ne comprends pas bien... " commença Peter, qui tentait de cacher son étonnement : " Tu as récupéré la soeur de Buffy ? Mais pour combien de temps ? Tu vis avec elle ? Elle s'est installée chez toi ? " Les question se bousculaient dans l'esprit de Peter.

- Non, c'est moi qui ai emménagé chez les Summers. Je n'ai qu'une garde officieuse, illimitée dans le temps... Je paie les factures " ironisa Giles.

Robson tombait des nues :

- Rupert, dans quoi t'es-tu embarqué ? Tu n'as jamais eu d'enfant et te voilà avec une gosse de... de... Mais quel âge a-t-elle au juste ?

- Quinze ans... " En énonçant son jeune âge, Giles fut à nouveau envahi par ce rêve érotique totalement déplacé qu'il avait eu la veille. Comment avait-il pu désirer cette enfant, même en rêve ? Il chassa aussitôt ce souvenir gênant de son esprit.

A l'autre bout du fil, de l'autre côté de l'Atlantique, l'interlocuteur de Giles avait du mal à digérer toutes ces informations :

- Mais... Heu... Qu'est-ce que je voulais dire... " bafouilla Robson, perdu. " Tu vas rester à Sunnydale ? Tu vas jouer les beaux-pères ? Excuse-moi, Rupert, mais cette décision me surprend tellement ! Je ne m'y attendais pas du tout ! "

Rupert eut un petit rire :

- Peter, respire ! Tout va bien... Je suis heureux de la prendre en charge, de l'élever, de m'occuper d'elle " L'observateur se rendit compte qu'elle lui manquait chaque jour davantage. Dawn lui manquait, tout simplement.

Quant à ce baiser qu'elle lui avait donné... Giles chassa rapidement ce souvenir perturbant de son esprit.

Il reprit, une inflexion de tendresse dans la voix :

- C'est une adolescente très attachante, qui requiert beaucoup d'attention. Elle a un fort sentiment d'abandon.

- Bien sûr " murmura Robson, compatissant : " Sa mère et sa soeur mortes toutes deux... Un père inexistant...

- Elle a besoin de tendresse et d'amour " Giles marqua un temps puis ajouta : " Elle a besoin de moi, Peter. Et peut-être que moi aussi...

L'anglais, au bout du fil, se mit à rire nerveusement :

- Hum... Rupert... Fais attention ! Tu risques de te Humbert-Humbertiser ! "

* * * * * *

Dawn, assise sur une chaise inconfortable, regardait tous ces inconnus autour d'elle : des amis de son père et de Linda. Tout le monde gazouillait bêtement autour du berceau.

Dawn, silencieuse, baissa le regard et commença à compter le nombre de ronds et de carreaux sur le tapis.

Elle voulait s'extraire de son enveloppe charnelle. Laisser son corps là, et s'envoler, en fermant les yeux, loin d'ici, loin de cet enfer.

L'adolescente s'évada de son corps et son esprit l'entraîna jusqu'à Sunnydale.

Qu'est-ce que Giles faisait ?  Où est-ce qu'il était ? Avec qui ? Elle avait réussi à l'appeler la veille et ils avaient parlé 5 ou 6 minutes, de tout, de rien. Dawn avait tenté de cacher qu'elle allait mal mais Giles avait compris qu'elle était très malheureuse.

Plus que 6 jours pensa Dawn.

6 jours avant de retrouver Giles. Enfin...

Est-ce qu'ils retourneraient au restaurant ? Pour sûr, il ne la laisserait plus jamais boire un verre de vin ! Pas après le baiser qu'elle lui avait donné.

Dawn eut un petit sourire en coin. Quand même ! C'était très osé ce qu'elle avait fait. Elle n'en revenait pas elle-même de son audace !

Dawn ferma les yeux un instant, et se remémora ce baiser : le goût de ses lèvres, la chaleur de son souffle. Oh ! Comme elle aurait aimé qu'il l'enlace et qu'il la goûte à son tour...

Dawn se mit à rougir de ses pensées semi-érotiques.

Elle regarda les gens autour d'elle : si ces inconnus avaient pu lire dans son crâne, qu'auraient-ils pensé d'elle ? D'ailleurs, est-ce que ça se voyait sur sa figure qu'elle avait des désirs de femme et non plus de petite fille ?

Quelqu'un pouvait-il se rendre compte, rien qu'en la regardant, qu'elle pensait à Giles, à sa bouche et à son corps ?

- Qu'est-ce que t'as, Dawn ? T'es pas bien ? T'es toute rouge ! " s'exclama son père en posant sa main sur son épaule.

Dawn, toute à se rêverie, ne l'avait pas vu venir. Elle sursauta violemment et se mit à bégayer :

- C'est rien... J'ai juste un peu chaud.

- Laisse-la tranquille " pesta Linda à voix basse. " Tu ne vois pas qu'elle boude, comme à son habitude ?

- Ou bien alors, elle pense à un garçon. Hein, Dawn ? " insista Hank, devant tout le monde.

Dawn se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux. Tous ces inconnus qui jusqu'ici ne s'étaient pas réellement aperçus de sa présence, se mirent à lui poser des questions idiotes, avec un ton condescendant ou paternaliste :

- Alors elle a un petit copain, Dawnie ?

- Tu es amoureuse ? Comme c'est charmant...

- Il est mignon ? Il est dans ta classe ?

Dawn baissa les yeux et cacha sa honte derrière une barrière de cheveux. Elle aurait voulu s'enfoncer dans le sol et disparaître :

- Mais non, j'ai pas de "petit copain" s'agaça-t-elle. Et puis quelle expression ridicule : petit copain.

Linda s'énerva que l'attention se porte vers la fille de son époux :

- Laissez-là tranquille. Vous voyez bien qu'elle ne veut pas en parler. Oooohhh ! Regardez ! Victor est réveillé ! Bonjour mon bébé ! "

Pour une fois, Dawn ne détesta pas le haricot qui se tortillait dans le berceau. Elle l'aurait remercié d'exister et de détourner sur lui l'attention de ces gens qu'elle méprisait.

* * * *

Willow se pencha au dessus de l'épaule de Giles, assis à son bureau :

- Alors, Giles, qu'est-ce que c'est ?

- Hum... Spike avait raison. On dirait bien un Endrilhon.

- Un quoi ?

- Un Endrilhon, Alex. C'est une sorte de buveur de sang nain. Pas un vampire, non, rien à voir. Plutôt un gros parasite sur pattes qui se nourrit de sang.

- Et comment ça se tue ? " questionna Willow.

- De toutes les manières conventionnelles : décapitation, lame d'épée dans le coeur, enfin, vous voyez...

- Bon, parfait. On s'en occupera ce soir. On le traque, on le trouve, on le tue " résuma Spike.

Tout le monde approuva le plan.

- Je vous laisserais faire " précisa cependant l'observateur.

- Giles ! Vous ne venez ppp-pas avec nous ? " questionna Tara.

- Non, pas tous les soirs, quand même. Moi, je cherche dans les bouquins, et vous, vous tuez. Vous avez votre jeunesse pour vous. Pendant que Dawn est chez son père, j'ai voulu retrouver quelques sensations du bon temps où j'étais observateur mais je ne compte par remettre ça toutes les nuits ".

Willow retourna s'asseoir auprès de Tara, sur le canapé :

- Et Dawn ? Comment va-t-elle ? "

Giles sentit aussitôt une bouffée de chaleur l'envahir.

Dawn... Il la revoyait encore nue, dans son rêve, en train de le satisfaire... Il referma son livre de démonologie et le rangea dans sa bibliothèque.

- Ca va... " commença-t-il. Puis il ajouta très vite : " Enfin, non, pas tellement...

- Ca se passe mal avec son père ?

- Il ne s'occupe pas d'elle, la rabroue sans cesse et n'a d'yeux que pour sa femme et son nouveau-né. Dawn en souffre terriblement. Et elle est tellement fragile en ce moment. La mort de sa mère, puis celle de sa soeur et ce connard de Hank ne s'aperçoit de rien " fit Giles, visiblement sentimentalement très impliqué.

- Elle vous manque, n'est-ce pas ? " questionna Willow d'une voix douce.

- J'avoue que je me suis habitué à vivre avec elle et que son absence crée un vrai vide. Elle met tant de joie et de gaîté dans la maison.

- Plus que 5 jours et elle est là " fit Tara, positive. " Moi aussi, elle me manque...

- Elle nous manque à tous, notre Dawnie... " ajouta Alex.

- C'est le bébé de la bande. Notre enfant commun... " fit Willow, en posant sa tête sur l'épaule de Tara.

Giles détourna le regard, faisant semblant de parcourir ses notes.

Le bébé de la bande ?

Seigneur ! Qu'auraient-ils tous pensé de lui s'ils savaient que Dawn l'avait embrassé à pleine bouche, cherchant à infiltrer sa langue toute tiède entre ses lèvres ?

Et quelle opinion auraient-ils tous de lui s'ils connaissaient les fantasmes qui avaient envahi ses nuits ?

* * * * * *

La claque était partie toute seule. La dispute était née d'un détail, un petit rien dont Dawn ne se souvenait même plus. Et puis les choses s'étaient envenimées. Son père était devenu de plus en plus dur. Linda avait jeté de l'huile sur le feu, mettant le bébé à toutes les sauces, et défendant son mari, même lorsque celui-ci était d'une parfaite mauvaise foi avec sa fille.

Le ton était monté, monté... jusqu'à cette claque. Hank n'avait pu se maîtriser. Il avait fini par lever la main sur son enfant.

Dawn plaqua sa main sur sa joue douloureuse et éclata en sanglots, moins par douleur que parce qu'elle était vexée.

Hank regarda sa fille en larmes, plantée devant lui :

- Pardon, Dawn. Je ne voulais pas...

- Tu es méchant ! Méchant ! " sanglota l'adolescente.

- Arrête, Dawn, je t'ai dit que j'étais désolé. Mais tu me pousses à bout, aussi ! " ajouta Hank, incapable de s'excuser vraiment et de reconnaître ses torts. Il était près à culpabiliser sa fille pour la gifle qu'il venait de lui donner.

Dawn bredouilla entre deux sanglots :

- Je veux rentrer... Je veux retourner chez Giles...

- Quoi ? " s'étonna Hank.

- Je veux rentrer chez moi... " supplia Dawn

- Arrête, arrête... C'est pas le moment de recommencer à bouder " fit Hank d'une voix lasse. " Vas te préparer, Dawn. On a un dîner, je te le rappelle. Et regarde dans quel état tu t'es mis.

- Papa ! S'il te plaît... " commença Dawn désespérée.

Hank haussa le ton :

- Ca suffit, Dawn ! Tu vas pas commencer à faire un caprice ! Je t'ai dit que j'étais désolé ". Hank se rendit compte qu'il était encore en train de s'énerver. Il respira un grand coup puis tenta de s'exprimer d'une voix calme : " Allez Dawn, essuie tes larmes et vas te changer. Dépêche-toi, on va être en retard.

- Papa... S'il te plaît, j'ai pas envie d'y aller. Laisse-moi rester ici " supplia Dawn, qui n'avait pas besoin, dans son état, d'une autre soirée chez les amis de son père, à vénérer le bébé.

Linda intervint :

- Oui, chéri. Dawn est très fatiguée. Elle a besoin de repos " commença Linda d'une voix posée. Et tout d'un coup, elle devint légèrement agressive : " Et en plus, très sincèrement, j'ai eu ma dose de tension nerveuse pour la soirée. J'ai besoin d'ondes positives et le bébé aussi. Alors, si c'est pour que ta fille fasse la tête toute la soirée, comme d'habitude, ou que vous finissiez par vous engueuler encore, non merci ! Soit c'est elle qui va à la soirée, soit c'est moi. Tu as compris, Hank ? "

Hank avait compris. Il capitula.

Dawn les regarda partir avec soulagement.

A peine la porte fut-elle fermée qu'elle se précipita sur le téléphone : "Répondez, Giles, répondez... Je vous en supplie..."

Enfin, quelqu'un décrocha :

- Rupert Giles "

En entendant sa voix, Dawn éclata en sanglots :

- Venez me chercher, Giles, Je vous en supplie... venez tout de suite ! "

L'observateur s'inquiéta :

- Dawn ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Mon père me hait, Giles ! Il m'a frappé... Je vous en supplie, venez me chercher... "

Frappé ? Le sang de Giles ne fit qu'un tour :

- Dans deux heures, je suis là ".

Dawn se sentit à nouveau emplie d'espoir et de joie : Giles venait la chercher. Giles était prêt à tout lâcher dans l'instant pour venir la ravir à son geôlier de père.

Giles...

Elle allait retrouver ses bras protecteurs, son corps tiède, son odeur si sécurisante.

Dawn se précipita dans sa chambre et prépara sa valise en rêvant de leurs retrouvailles.

Chapitre 11

En conduisant sur la route reliant Sunnydale à Los Angeles, Giles pensait à Dawn. Il était heureux de la revoir. Il était surpris de voir à quel point cette enfant était devenue importante pour lui.

Elle lui avait manqué. Terriblement manqué.

Ses grands yeux bleus, qui le regardaient avec amour et dévotion...

Ses rires perlés, ses sourires taquins...

Ses lèvres roses susurrant des douceurs...

Son corps fragile jeté contre le sien, cherchant de la tendresse, cherchant des preuves matérielles de son affection...

Dawn était belle, sensible, sensuelle... Elle était une fleur que Giles rêvait de cueillir.

* * * * * *

Hank, le téléphone portable collé à l'oreille, regarda l'assemblée d'amis réunis autour de la table et se leva en s'excusant.

Linda lui jeta un regard noir :

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'elle veut ? " demanda-t-elle, hargneuse.

Mais Hank ne répondit pas. Il s'éclipsa vers le couloir et s'enferma dans la première pièce qu'il trouva :

- Mais qu'est-ce qu'il te prends, Dawn ? " fit-il d'un ton dur.

- Je t'en prie, papa. Laisse-moi rentrer chez Giles. S'il te plait...

- Mais ça ne va pas la tête ? Il va falloir te raisonner ! Tu ne vas pas partir en plein nuit, non ? Tu comptes courir dans les rues ? Faire du stop ?

- Non, Papa... " murmura Dawn " Il est déjà en route... ".

Hank fronça les sourcils, pas sûr d'avoir bien compris :

- Il ? Qui ça ? Rupert Giles ?

- Oui.

- Tu as appelé ton beau-père pour...

- C'est pas mon beau-père " coupa Dawn. Hank n'apprécia guère cette interruption :

- Laisse-moi parler ! " cria-t-il. " Tu as appelé Rupert Giles pour qu'il vienne te chercher ? A 11 heures du soir ?

- Oui.

- Et il va venir... " répéta Hank, qui ne posait pas réellement la question.

- Oui ".

Hank était à la fois vexé et surpris. Il n'avait pas vu le terrible fossé se creuser entre sa fille et lui. Il avait cru que ces querelles et disputes plus ou moins dures n'étaient que des relations normales entre une adolescente qu'il trouvait indisciplinée et son père dont elle jalousait la femme.

Il était perdu :

- Pourquoi ? " questionna-t-il, sans aucune colère dans la voix. Il était juste agacé de sentir la situation lui échapper.

Dawn hésita un instant avant de répondre :

- C'est trop difficile en ce moment avec Linda, et toi, et le bébé. C'est pas le bon moment. Je... J'ai l'impression d'être de trop.

- Tu es si malheureuse que ça ? " interrogea Hank, perplexe. Il ne comprenait pas sa fille.

- Je... Je suis bien avec Giles. Il me manque... " répondit-elle simplement.

Hank avait cru Dawn jalouse de sa femme et du bébé... Or, il s'apercevait, un peu tard, qu'il était lui-même jaloux de Rupert Giles.

Le verdict paternel tomba, plein d'aigreur et de ressentiment :

- Tu ne m'aimes pas " persifla Hank, dans le but évident de blesser sa fille.

- C'est pas vrai ! " s'exclama Dawn avec sincérité. Mais Hank poursuivit, imperturbable :

- Tu ne m'aimes pas... Tu détestes Linda et le bébé. Tu n'es qu'une petite égoïste, une enfant gâtée, incapable de partager, incapable de te réjouir pour nous...

- C'est faux, je...

- Tu veux partir ? " coupa Hank. " Et bien pars ! Va retrouver Sunnydale que tu aimes tant et ce Rupert Giles qui est soi-disant un meilleur père que moi. Tu n'es qu'une ingrate ! " cracha-t-il.

Dawn, si frêle et fragile, plia sous le poids des terribles attaques verbales. Il était son père, et elle l'aimait malgré tout. Entendre ces remarques acides et volontairement méchantes lui perforait le coeur.

Son père était dur, insensible, il prenait plaisir à la rabaisser et à l'humilier.

Elle avait juste besoin d'un peu d'amour et d'attention... et il la rejetait si vertement. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux :

- Papa, s'il te plait, arrête... Je t'aime, tu sais " sanglota-t-elle.

- Ne mens pas, Dawn. Tu veux partir ? Et bien va ! Je ne te retiens pas. De toute façon, tu ne sais qu'être méchante et désagréable avec Linda et le bébé. On sera aussi bien sans toi ".

Il hésita un instant puis reprit, histoire d'achever d'un coup de massue sa fille qui refusait de se soumettre :

- Tu vois, j'avais pensé qu'en se retrouvant ainsi, pendant les vacances, on formerait une vraie famille... Je croyais que tu serais contente d'être avec nous, et j'avais envisagé que tu restes vivre ici, à Los Angeles, avec moi. Mais puisque tu nous détestes, le projet est évidemment abandonné. Je te laisse à ton beau-père, puisque tu l'aimes tant...

- Papa, attends ! " s'étrangla Dawn, le coeur broyé par cette dernière manipulation. " S'il te plait, papa... " supplia Dawn, cherchant un peu d'amour, un mot gentil.

Mais Hank, lui, cherchait juste à profiter de la situation pour faire peser sur sa fille la pire des culpabilités. Il ne voulait pas d'elle et il avait trouvé dans cette nouvelle querelle le moyen de lui faire croire que l'échec de leur relation lui était entièrement imputable. Dawn était dans une telle situation de détresse et de faiblesse qu'elle ne put comprendre la monstrueuse manipulation.

Hank, qui entendait sa fille pleurer au bout du fil, mit un terme à la conversation téléphonique :

- Au revoir, Dawn... Ecris-moi quand même pour me dire si tu vas bien " Et il raccrocha, sans lui laisser le temps de répondre.

* * * *

Dawn termina sa valise presque à l'aveugle, les yeux embués de larmes. Elle s'assit dans la cuisine, le regard rivé sur l'horloge et elle attendit Giles.

Giles, son sauveur qui viendrait l'arracher aux griffes de son terrible père...

Giles qui viendrait la ravir et l'emporter...

Giles qui l'emmènerait loin et qui la rendrait heureuse.

A travers son chagrin, Dawn eut un petit sourire : elle avait l'impression d'être une de ces princesses de contes de fées, attendant son chevalier en armure.

Oui, tout était pareil... Elle était jeune et belle, prisonnière d'un geôlier monstrueux qui la rendait malheureuse et lui refusait tout bonheur.

Comme les Princesses, elle était pure, elle était vierge...

Oui, tout était exactement pareil que les contes de fées... Tout, sauf que le Prince approchait des 50 ans et qu'il n'était pas amoureux d'elle... N'est-ce pas ?

Dawn baissa les yeux et sentit son coeur battre un peu plus vite en pensant à Giles. Elle, elle commençait à être sûre de l'aimer.

De l'aimer vraiment.

De l'aimer charnellement...

* * * *

Giles avait fait le plus vite possible. Malgré tout, sa vieille voiture ne lui avait pas permis d'arriver à l'heure prévue. Il avait près de 25 minutes de retard. Dawn était morte d'angoisse. Elle craignait tant que Giles ne vienne jamais... ou que son père rentre avant qu'elle ne fut partie...

Lorsque enfin Giles sonna, Dawn se précipita sur la porte et l'ouvrit d'un geste brusque, presque désespéré.

Giles était là, avec son sourire doux et tranquille, ses yeux emplis d'amour et ses larges épaules. Elle se jeta contre son torse et le serra très fort. Elle sentit alors les bras de Rupert l'envelopper, exactement comme elle l'avait rêvé.

Elle écouta son coeur battre contre son oreille, comme une berceuse.

Son corps était si chaud, ses bras si protecteurs :

- Giles, emmenez-moi vite... " supplia Dawn " Emmenez-moi loin d'ici... S'il vous plait... "

* * * *

Les rues de Los Angeles défilèrent sous les yeux de Dawn, à travers les vitres de la voiture. Puis, la tristesse de l'autoroute, ses lignes interminables...

Giles avait mis la radio tout doucement, en fonds sonore : une station de jazz.

Les lampadaires centraux aveuglaient la jeune fille. Ses yeux étaient fatigués de sel d'avoir tant pleurés. Ses paupières gonflées étaient si lourdes...

Il était plus d'une heure du matin.

Elle appuya sa tête contre la portière et regarda un instant le profil tranquille de Giles qui conduisait. Il tourna un instant la tête vers elle et lui fit un petit sourire.

Dawn ferma les yeux et, bercée par la musique et le ronron du moteur, elle finit par s'endormir.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, la voiture était arrêtée et Giles débouclait sa ceinture de sécurité.

- On est arrivé ? " fit-elle d'une voix pâteuse, la tête encore engourdie de sommeil.

- Non, pas encore " souffla Giles. Dawn regarda à travers la vitre de la voiture et reconnut la maison de Giles. Elle releva les yeux vers lui : " On dort chez vous ?

- Non, Dawnie. Je suis juste venu récupérer mes affaires. Je m'étais installé chez moi pendant ton absence et je... Heu... je suis parti un peu précipitamment lorsque tu m'as appelé ".

Dawn fronça les sourcils, passa sa langue sur ses lèvres et articula péniblement :

- Pourquoi on ne reste pas ici, cette nuit ? Il est déjà 2h 30 du matin... Vous avez toutes vos affaires et puis, je parie que le frigo est vide à la maison... "

Giles tordit la bouche :

- Dawn... " commença-t-il, gêné. L'adolescente comprit immédiatement les peurs de l'observateur. Elle se redressa sur son siège :

- Giles, je vous ai promis que ça ne se reproduirait plus... Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, ce soir là " Elle baissa les yeux et murmura tout bas : " Jamais plus je ne vous embrasserais Giles, c'est juré... Enfin, jamais plus je ne vous donnerais de baisers sur... sur la bouche ".

Giles se sentait de plus en plus mal à l'aise. Des flashs de son fantasme honteux envahirent son esprit :

- Dawn, écoute, je ne sais pas si c'est très raisonnable. Je... je n'ai pas de chambre d'amis... Tu comprends ce que ça veut dire ?

- Oui... " répondit-elle simplement. " Ca veut dire dormir avec vous, dans votre lit, dans vos bras...

- Dawn, on ne peut pas dormir ensemble... " indiqua sagement l'observateur. " Ce n'est pas très... très indiqué...

- Giles ! " s'exclama Dawn " Vous m'aviez promis ! "

Giles s'étonna :

- Promis ? Promis quoi ?

- Vous m'aviez dit que je pourrais dormir avec vous si un jour j'avais peur de l'orage ou si j'étais très malheureuse... " Elle marqua un temps d'arrêt et reprit d'un air boudeur : " Je suis très malheureuse. J'ai besoin de vous, cette nuit... S'il vous plait " répéta-t-elle d'un ton sucré.

Giles eut un petit sourire en la voyant ainsi tortiller ses doigts à travers les boutonnières de sa veste. Elle était si désirable avec son air de communiante et ses promesses étranges. C'était surréaliste.

Rupert savait qu'il ne devait pas céder. Le devoir et la raison le lui interdisaient.

Mais il n'avait pas envie de résister. La pauvre enfant avait tellement souffert pendant ces dix jours, elle était si malheureuse. Giles ne se sentait pas de lui refuser ce dont elle avait visiblement tellement besoin... et ce dont il avait lui-même tellement envie...

Alors, Rupert capitula :

- D'accord...

- C'est vrai ? " fit Dawn, bouleversée par le bonheur qui l'envahissait.

Giles, en guise de réponse, se contenta de lui sourire.

Chapitre 12

Giles, assis sur le lit, retira ses chaussures, songeur : il se demandait ce qui lui était passé par la tête pour dire oui au caprice insensé de cette adolescente.

Dormir avec elle...

Dormir avec Dawn...

Il revoyait encore le vivant fantasme qu'il avait eu une nuit. Dawn nue, se frottant contre lui... Dawn laissant sa langue descendre jusqu'à son sexe et...

Giles déglutit péniblement. Voilà donc quels étaient ses désirs sexuels nocturnes : rêver de faire l'amour à une gamine d'à peine quinze ans pour lequel il jouait le rôle d'un père de substitution. Effrayant !

La solitude lui pesait donc tant que ça pour avoir ce genre de rêve de pervers.

Maintenant, il fallait oublier ce genre d'inacceptables fantaisies et retrouver une dignité froide d'observateur.

Il allait réellement dormir avec Dawn, être dans le même lit qu'elle.

Il allait devoir être très prudent, et ne laisser aucune ambiguïté s'installer.

Giles retira sa chemise et son pantalon rapidement. Il voulait se dévêtir au plus vite, avant que Dawn ne sorte de la salle de bain. Pas question qu'elle le trouve à moitié nu, ou pire, complètement nu, au milieu de la pièce.

L'observateur ôta très vite son caleçon et renfila un tee-shirt ainsi qu'un bas de pyjama qui traînait au bas d'un placard. Il ne l'avait pas porté depuis des années. Il soupira : il n'avait pas l'habitude de dormir habillé. Il préférait sentir directement les draps sur sa peau nue.

Et avec cette chaleur du mois de juillet, il se demandait s'il n'allait pas crever de chaud dans cet accoutrement nocturne. Se protéger du corps de Dawn l'obligeait à d'étranges rituels.

Giles ouvrit le lit et s'allongea sous le drap. Il se rendit compte qu'il était extrêmement stressé.

Dawn...

Il allait dormir avec Dawn...

Etait-il complètement fou pour avoir accepté cette indécente proposition ?

Giles ferma les yeux et passa sa main sur son visage : que ferait-il si l'adolescente devenait entreprenante, si elle recommençait à l'embrasser malgré ses promesses ? Saurait-il résister à l'appel de la chair ?

Comment avait-il pu se fourrer dans une situation pareille ?

Giles fit descendre le drap jusqu'à sa taille. Il commençait déjà à avoir trop chaud. Alors, une fois Dawn couchée près de lui, la température deviendrait certainement intenable...

Giles rouvrit les yeux et regarda la porte de la chambre, attendant avec angoisse que l'adolescente paraisse.

* * * * *

Dawn se déshabilla dans la salle de bain et revêtit sa petite chemise de nuit rose pâle qu'elle affectionnait tant. Elle avait le souffle court et elle sentit sa poitrine légèrement oppressée : elle avait un peu peur. C'était idiot, non ?

C'est elle qui avait tant insisté pour dormir près de lui. Maintenant, ce désir allait se concrétiser.

Ce désir, mais quel désir ? Dawn ne savait pas exactement ce qu'elle voulait. Elle avait envie que Giles la prenne dans ses bras, qu'il la berce... qu'il caresse sa peau, aussi.

Dawn ferma les yeux et imagina ses larges mains d'homme suivant les courbes rondes de son corps, effleurant ses hanches, excitant sa poitrine naissante...

Elle frissonna et sentit la pointe de ses seins durcir. Elle rouvrit les yeux et entrebâilla la chemise de nuit pour voir ses aréoles contractées. Elle toucha ses petits seins juvéniles et sentit une chaleur nouvelle l'irradier entièrement. C'était tellement bizarre ! Elle n'avait jamais ressenti quelque chose comme ça auparavant.

Oui, elle avait envie que Giles la caresse. Pas de doutes là-dessus. Elle rêvait aussi qu'il l'embrasse. Sentir ses lèvres chaudes sur sa bouche, laisser leurs langues se mêler...

Dawn sentit une bouffée de chaleur la prendre tout entière.

Des caresses, des baisers... mais désirait-elle davantage ? Voulait-elle qu'il...

Dawn n'osa penser à ce qui pourrait se passer ensuite.

Et si Giles effectivement allait plus loin ?

Dawn n'eut aucune hésitation. Si Giles voulait lui faire l'amour, alors, elle le laisserait faire. Elle en était sûre désormais : elle en avait envie.

Oui, elle avait envie de lui.

Elle eut un petit sourire en regardant son reflet dans le miroir. Peut-être était-ce la dernière fois qu'elle contemplait la jeune fille qu'elle était. Après cette nuit, peut-être ne serait-elle plus vierge ?

Dawn se mit à rougir de ses propres pensées. Elle inspira lentement, jeta un dernier regard dans le miroir, vérifiant son image, puis elle ouvrit la porte.

* * * *

Giles regarda Dawn avancer dans la chambre pieds nus, à petits pas délicats. Elle souleva le drap sans un mot et se glissa dans le lit près de lui.

Giles éteignit la lumière, puis ne bougea plus. Il resta immobile, figé. Dawn, au bout de quelques secondes, se tourna vers lui :

- Giles...

- Oui ? " répondit-il très vite. Et il sentit la main de Dawn caresser son front

- Vous êtes brûlant ! Je sens votre chaleur envahir le lit. Moi aussi, je vais finir par avoir trop chaud.

- Je suis désolé. Je n'ai pas l'habitude de... " Giles s'arrêta net, refusant d'avouer à l'adolescente qu'il dormait normalement toujours nu.

Dawn, curieuse, l'interrogea : elle voulait savoir :

- Pas l'habitude de dormir avec une femme ? " fit-elle d'une petite voix. Giles ne put s'empêcher de rire :

- De ça aussi, oui...

- C'est moi qui vous donne chaud ? Je veux dire, le fait qu'on soit deux dans le lit, ça fait plein de chaleur... " osa-t-elle, surprise de ses propres audaces.

Giles leva les yeux au plafond dans le noir. Un large sourire barrait son visage.

- Je n'ai pas l'habitude de dormir avec... avec un tee-shirt " confessa enfin l'observateur qui se liquéfiait.

- Enlevez-le " ordonna Dawn.

- Que... Quoi ?

- Enlevez-le " insista Dawn.

- Dawn, ce n'est pas très... " commença Giles.

- Pas très indiqué, je sais. Vous me l'avez déjà dit plusieurs fois. Vous vous répétez, Giles. Mais vous n'allez pas transpirer toute la nuit, non ? ".

L'observateur fut soufflé par sa répartie. Il se redressa lentement et, sans un mot, il ôta son tee-shirt puis le jeta par terre. Il se rallongea alors en silence dans le lit.

Dawn eut un petit sourire satisfait qu'il ne put voir dans la pénombre de la pièce.

- Bonne nuit, Dawn " susurra Giles avant de lui tourner le dos et de se placer de côté pour dormir.

Dawn fut un peu surprise mais finalement soulagée. Elle se rendit compte que les pensées qu'elle avait eu dans la salle de bain quelques minutes plus tôt n'étaient que des rêves d'enfant. Elle se trouva un peu stupide.

Fantasmer que Giles, tout à son rôle de père, coucherait avec elle, comme dans les romans à l'eau de rose, c'était complètement idiot.

Elle regarda son ombre se découper dans le lit et murmura à son tour :

- Bonne nuit, Giles... "

A suivre...