
Titre : Lolita
Auteur : Haldol.
Email : haldol (chez]
wanadoo [point) fr
Note de l'auteur : "Lolita" est un roman de Vladimir
Nabokov, écrit en 1955, dans lequel Humbert Humbert (ses
parents lui ont donné le même prénom que son nom de
famille), professeur d'âge mur, se prend d'une passion
violente et obsessionnelle pour l'enfant de sa logeuse, une fillette de
douze ans, Lolita.
Il est à noter que dans toutes les versions
cinématographiques transposant l'oeuvre, l'âge de Lolita a
toujours été modifié pour en faire une adolescente
d'au moins quatorze ans (dans la version d'Adrian Lyne, 1997), voire
carrément une jeune femme dans la version de Stanley Kubrick
(1962). Le livre est bien plus subversif que les films qui en ont
été tirés. Je suis moins subversif que Nabokov
puisque ma Lolita a 15 ans et mon Humbert Humbert 47, selon les canons
du BuffyVerse.
Résumé : Post saison 5. Histoire
douce-amère. Buffy est morte afin de refermer le portail des
dimensions infernales ouvert par Glory. Qui peut s'occuper de Dawn ?
Rupert Giles, bien sûr (d'ailleurs, sur ce point, la série
aurait du prendre cette direction). Mais l'observateur en veut à
Dawn d'avoir conduit Buffy à se sacrifier... Buffy qu'il aimait
comme un fou. Et Dawn, seule et perdue, ne sait comment recevoir un peu
d'amour de la part de la seule personne qui s'occupe d'elle...
Classement : soft R.
Couple : Dawn/Giles
Dawn se réveilla comme tous les matins, à l'aube, le corps de Giles plaqué dans son dos, sa main gauche, baladeuse, nichée au creux de son ventre vierge.
Il épousait ses formes presque naturellement. Et, comme tous les matins, il avait envie d'elle. Très envie d'elle. Dawn pouvait le sentir au bas de ses reins. Elle adorait cette sensation plus que tout au monde.
Le coeur de Dawn se mit à palpiter un peu plus vite. Cette grosseur était la preuve vivante de son désir. Il lui semblait qu'une brûlure exquise lui chauffait le bas du dos. Ses membres se mirent à frissonner et, comme tous les jours, à l'aube, une sorte d'ivresse la prit tout entière.
L'érection de Giles lui donnait le vertige : elle sentait son besoin physique d'elle et, les yeux fermés, elle fantasmait le reste. Les sens en éveil, elle écoutait sa respiration.
Elle se concentrait sur chaque centimètre carré de leur peau en contact, sur le souffle de Giles sur sa nuque, jusqu'à ce que, la poitrine oppressée et les lèvres tremblantes, elle se croit au bord de l'évanouissement.
Ce matin, elle était excitée comme jamais. Son corps devenait chaque jour un peu plus fou des tortures silencieuses et secrètes qu'elle se faisait subir. Chez Dawn, le plaisir en était presque masochiste.
Et puis, comme tous les matins, Giles s'éveilla. Dawn le sut au mouvement léger du drap : elle connaissait ses réflexes et ses habitudes par coeur.
Il retira délicatement sa main qui s'était glissé entre ses cuisses vierges. Son geste fut lent et traînant : Dawn devina qu'il ôtait ses doigts à regret.
Et puis, il se laissa rouler dans le lit à côté d'elle, en essayant de ne pas la réveiller. Il se mit à plat dos, bras et jambes légèrement écartés, et le souffle un peu court.
Dawn écoutait sa respiration un peu forte et rapide et elle frissonna de désir. Elle savait ce qu'il avait en tête.
Giles, le torse nu, fit descendre le drap jusqu'à sa taille : il crevait de chaleur : cette nuit de fin de mois d'août était moite. La température élevée lui tournait les sens, faisait bouillir le sang dans ses veines et lui excitait l'esprit... .
Pas que l'esprit d'ailleurs...
Giles regarda le tissu se déformer entre ses cuisses : son érection était plus visible que jamais. La douleur devenait lancinante.
Il passa une main entre ses jambes, tentant d'apaiser d'un geste ce besoin charnel qui lui dévorait le ventre. Au simple contact de sa main sur son sexe, il ne put retenir un petit râle.
Dawn se mordit les lèvres en l'entendant. Cette frustration la rendait folle et elle commençait à culpabiliser de torturer Giles de la sorte depuis des semaines. Elle en avait marre, elle ne voulait plus de ça !
Alors, l'adolescente se tourna dans le lit et se plaqua contre le corps de Giles. L'observateur tressauta, surpris, puis il la regarda se mouler contre lui.
Elle avait posé sa tête sur son torse et sa main était descendue en direction de son ventre, tout prêt de sa propre main, lovée contre son sexe. Elle semblait toujours endormie.
Giles déglutit péniblement, ne sachant comment réagir. Puis, Dawn bougea légèrement. Sa main fine et délicate descendit encore, pour se nouer à la sienne : elle entrelaça ses doigts entre les siens.
Giles sentit la bouche de la jeune fille amorcer un semblant de baiser sur son torse, près de son nombril. Le contact de ses lèvres chaude et humides sur son ventre lui électrisa les sens.
Il sut avec certitude, à cet instant, qu'elle ne dormait plus... bien au contraire.
Depuis combien de nuits, d'ailleurs, ne dormait-elle plus ? Combien de fois s'était-il voilé la face, se forçant à croire qu'elle était inconsciente de ce qui se passait, qu'elle demeurait innocente de ses envies ?
Giles se sentit en danger. S'il ne réagissait pas dans l'instant, il la laisserait l'entraîner vers sa perte. Il fallait tout arrêter avant qu'il ne soit en complète perdition !
Et puis, Giles sentit sa petite main s'infiltrer sous le tissu du pantalon de pyjama. Elle effleura son sexe dur et tenta de le caresser de ses doigts innocents et malhabiles.
Giles fut comme traversé par un violent courrant électrique. Paniqué, il saisit son poignet pour stopper son geste et perdit contrôle :
- Non ! Dawn, non... Arrête ! ARRETE ! " hurla-t-il, d'un ton beaucoup plus dur et violent qu'il ne l'aurait souhaité. La panique lui faisait perdre tout sens de la mesure. Il attrapa la jeune fille par le bras et la renversa à côté de lui, la repoussant loin de lui d'un mouvement brusque.
L'adolescente, couchée près de lui, le regarda avec des yeux terrorisés. Etait-ce si mal ce qu'elle avait fait ? Pourquoi Giles se mettait-il en colère ? Elle voulait seulement lui faire du bien, lui faire plaisir !!!
Et puis, Rupert bascula hors du lit. Elle le vit remonter à la hâte le bas de son pyjama, et en resserrer le lien. Il attrapa un tee-shirt et l'enfila d'un geste nerveux.
Dawn, pétrifiée par cette violence envers elle, ne savait pas quoi faire pour corriger son erreur :
- Giles... " murmura-t-elle, d'une voix nouée d'angoisse.
- S'il te plait, non... " fit l'observateur, d'une voix ferme mais douce. Si Dawn n'avait pas été aussi terrorisée, elle aurait pu se rendre compte à quel point Giles prenait sur lui, à quel point il faisait des efforts, pour elle.
Il demeura quelques secondes figé au milieu de la pièce, respirant lentement, rassemblant ses esprits. Puis il se tourna vers elle mais sans oser réellement la regarder droit dans les yeux. Il passa une main fébrile dans ses cheveux :
- Dawn... " commença-t-il d'un ton paternaliste et protecteur. " Ce qui est arrivé est... " Il soupira, visiblement très mal à l'aise, même dans son discours.
Il s'éclaircit la gorge et reprit :
- Ce qui est arrivé, j'aurais du le voir venir depuis des semaines. J'ai été aveugle, inconscient... Ce qui s'est passé est entièrement de ma faute, Dawn.
- Non, je...
- Laisse-moi finir, Dawn, s'il te plait " coupa Giles d'un ton ferme.
Dawn se redressa dans le lit, inquiète. Elle était si belle ainsi, si légèrement vêtue, ses épaules nues, ses grands yeux effrayés et sa bouche rose et humide qui tremblait légèrement.
Elle paraissait si fragile... N'importe quel homme aurait eu envie de la prendre dans ses bras pour la consoler et la protéger...
Giles radoucit immédiatement sa voix et poursuivit :
- Sans doute ai-je... comment dire... Sans doute ai-je inconsciemment désiré ce qui est arrivé. Je n'aurais jamais du... C'était à moi à te montrer le droit chemin, à t'éduquer... et non à t'entraîner sur les sentiers de la sexualité et de la perversion. Je me sens à la fois terriblement honteux et terriblement coupable " confessa-t-il en baissant la tête.
Dawn trouva cette confession terrible. Elle détestait voir Giles souffrir de la sorte, par sa faute à elle :
- Non ! Il ne faut pas ! Je le voulais ! " fit-elle, transportée par la fougue amoureuse : " C'est moi qui voulait que...
- Chut ! Stop... Arrête... " ordonna Giles qui ne pouvait supporter de l'entendre lui parler du désir qu'elle avait de lui. Cela le remuait trop. " Tu sors de ce lit, Dawn. Va t'habiller. Ce qui est arrivé ne doit plus jamais se reproduire. Dès ce soir, tu dors dans ta chambre. J'ai été criminel de te laisser venir près de moi ".
L'adolescente se sentit à nouveau envahie par un sentiment de rejet et d'abandon :
- Giles, non ! J'ai besoin de vous ! " supplia-t-elle, les larmes aux yeux.
- Besoin d'un père, oui ! Pas d'un amant de 47 ans ! Regarde ce que je suis devenu ! Je me fais honte ! Il y a des règles à respecter : de règles de décence, de morale... " s'écria Giles, en colère contre lui-même. " J'ai l'impression d'être un monstre, un pervers ! Je suis censé t'élever, t'éduquer... Mais pas t'apprendre 'ça' !
- Mais je vous aime " pleurnicha innocemment Dawn.
Giles s'assit au bord du lit, près d'elle, et prit doucement sa tête d'enfant entre ses mains :
- Moi aussi, Dawn, je... " Il hésita l'espace d'une seconde, cherchant un autre terme, plus adéquat. " Je tiens à toi... et c'est bien là tout le problème ! Je devais remplacer ton père et regarde ! " Giles se releva et fit de grands gestes avec les bras : " Regarde-moi ! Regarde-nous ! " Il se mit à tourner dans la chambre comme un lion en cage : " Jamais je n'aurais dû te prendre avec moi ! Tout ça n'était pas sain ! " bougonna-t-il comme pour lui-même. " Robson avait raison... Te prendre à ma charge était pure folie ! Je ne suis pas fait pour cette cohabitation... "
Dawn, qui ne comprenait plus rien, fut saisie de panique :
- Oh ! Non ! Giles, non ! Je ferais tout ce que vous voudrez ! Mais ne me renvoyez pas chez mon père ! S'il vous plait, non !
- Pourtant, pour ton bien, Dawn, et pour le mien, il vaudrait mieux que...
- NON !!! " hurla Dawn, à genoux sur le lit, le visage baigné de pleurs : " NON !!! Giles, s'il vous plait... " sanglota-t-elle : " Par pitié, Giles ! Je ferais tout ce que vous voudrez... Je dormirais où vous voulez, devant votre porte, par terre, mais ne me rejetez pas ! Je vous en supplie, ne m'abandonnez pas... "
Giles, ému, s'approcha à nouveau du lit et lui caressa les cheveux. L'adolescente s'agrippa à lui violemment et continua de sangloter, presque au bord de l'hystérie.
- Je... je vous aime... . Je veux être dans vos bras... " bafouilla-t-elle.
- Dawn, j'ai 47 ans et tu es une enfant... Ce que j'ai fait, c'était mal, très mal... Totalement immoral. Je ne veux pas risquer de salir ou souiller ton innocence. Je t'ai déjà suffisamment fait de mal...
- NON ! " coupa Dawn, en reniflant. " C'était bien ! Tout ce qui vient de vous est bon, Giles, et ça me rend heureuse... "
Giles la repoussa :
- Comment peux-tu dire ça ? " fit-il horrifié. Il se releva et recula vers la porte : " Tu ne peux me... Me toucher... On ne peut pas... " Giles ne parvenait pas à le dire : 'faire l'amour'...
Il frotta sa nuque d'une main et reprit :
- Tu es trop jeune... Et je serais à jamais trop vieux. Le sexe, c'est... " Il soupira, perdu, ne sachant ce qu'il voulait lui dire ou lui expliquer : " Tu es tellement jeune, Dawn ! Tu devras découvrir l'amour physique lorsque tu seras plus âgée et lorsque tu seras réellement amoureuse... ". Giles hésita un instant et ajouta, avant de quitter la chambre. " Amoureuse d'un jeune homme de ton âge, non de ton... non de ton père... fut-il de substitution... "
Alors qu'il passait la porte, il entendit encore la voix de Dawn, étranglée de sanglots :
- J'en mourrais, Giles... Je vous en supplie, ne me rejetez pas ! Si vous m'abandonnez, je vous jure que j'en mourrais ! "
* * * * *
Les jours qui suivirent l'incident arrivé dans le lit de Giles furent très difficiles pour Dawn. L'observateur avait retrouvé cette froideur qu'il avait eu envers elle les premiers jours de juin, lorsqu'il avait emménagé chez les Summers.
Il parlait peu... le moins possible en réalité. Et il évitait Dawn à tout prix. Non qu'il lui en voulait, car il savait qu'il était le seul coupable. Mais tout simplement car il craignait son regard, il craignait seulement de ne pouvoir à nouveau lui résister.
Il venait de tenter le Diable ... Mieux valait ne pas récidiver, car une autre fois, peut-être qu'il aurait moins de chance.
Giles partait très tôt travailler, avant qu'elle ne fut levée et il rentrait le plus tard possible. Dawn ne le voyait qu'au dîner. Les repas étaient pris dans un silence lourd, pesant où Giles évitait ses regards, le nez dans son assiette.
Il détestait ces instants. Il la voyait là, planté devant lui, les larmes au bord des yeux. Il pouvait sentir son regard perdu qui le suppliait silencieusement.
Oui, le silence. Plus que tout, ce qui le torturait, c'était son silence. Pas un mot, pas un bruit de couvert frappant la porcelaine de la vaisselle.
En effet, il avait remarqué qu'elle ne mangeait pas. Pendant tout le repas, elle demeurait là, droite sur sa chaise, le visage marqué de douleurs, les yeux implorants... et les mains, sagement posées de chaque côté de l'assiette.
L'observateur n'osait rien dire, devinant les cris d'amour et les plaintes déchirantes qui sortiraient de sa bouche s'il abordait le sujet. Et si elle s'effondrait une fois de plus en larmes, Giles n'était pas sûr d'avoir encore la force de la rejeter et de lui opposer des règles de morale et de décence.
Alors, il jouait les aveugles, pensant que cela passerait, espérant que cette distance et cette apparente indifférence étaient dans l'intérêt de Dawn.
Après le dîner, Giles montait se coucher et Dawn restait seule avec ses peurs et son chagrin, affalée devant la télé. Elle n'osait interroger Giles mais elle redoutait plus que tout que, du jour au lendemain, il la renvoie chez son père et qu'il disparaisse de sa vie à jamais.
Au début, elle avait essayé de lui parler de ses journées, de renouer un contact avec lui mais Giles répondait par onomatopées, cherchant à mettre le plus rapidement fin à la conversation.
Elle avait eu beau le regarder de ses yeux suppliants, Giles était demeuré froid et apparemment insensible.
Alors, Dawn avait capitulé. Elle cohabitait avec lui, dans la même maison mais dans un univers parallèle où ils ne se rencontraient presque jamais.
Ce qui lui manquait le plus, c'était son odeur. Enfouir son nez dans son cou, se blottir contre lui, et le respirer. Renifler avec avidité l'essence sécurisante de Giles.
Août étirait ses derniers jours. La température avait baissé et les soirées étaient plus fraîches. Dans quelques jours, ce serait septembre... bientôt le retour à l'école...
Dawn n'osait envisager cet avenir.
Comment pourrait-elle continuer de vivre ainsi, aux côtés de Giles, comme un fantôme, sans pouvoir jamais plus lui parler, sans qu'il la prenne plus jamais dans ses bras ?
Elle ne pourrait pas le supporter. Jamais.
Elle avait besoin de lui, de son contact, de son amour, plus que tout au monde ! Les jours qu'elle avait vécus avec lui étaient les meilleurs de toute sa jeune vie.
S'il l'abandonnait, Dawn avait l'impression qu'elle en mourrait... qu'elle en mourrait vraiment.
* * * * *
Anya referma la caisse et se tourna vers Giles, occupé à étiqueter une série de produits :
- Bon... J'y vais maintenant... Vous fermerez ? " demanda-t-elle.
- Hein ? " fit Giles surpris. " Oh ! Oui, bien sûr " s'empressa-t-il d'ajouter, une fois revenu dans le réel.
Anya hésita un instant puis s'approcha de lui à pas hésitants, balançant ses hanches rondes avec lenteur.
- Ca va, Giles ?
- Oui, oui... Très bien... " répondit l'observateur sans lever les yeux de son travail. Le bruit de l'étiqueteuse faisait claquer un bruit sec à intervalles réguliers.
Anya commença par s'éclaircir la gorge et l'interrogea :
- Et... Et Dawn ? Elle va bien ? "
Le silence fut immédiat : plus une étiquette n'était collée. Giles s'empourpra, tenant son instrument de travail d'une main un peu tremblante :
- Très bien... Elle va très bien... Pourquoi cette question ? " fit-il, de plus en plus nerveux.
Anya se dandina d'un pied sur l'autre, en regardant les statuettes sur lesquelles, désormais, était collé un prix.
- C'est juste que je trouve qu'elle parait fatiguée...
- Ah ? " Giles recommença à étiqueter ses bibelots afin de se donner une contenance.
Anya poursuivit :
- Elle a beaucoup maigri ces derniers temps, vous ne trouvez pas ? Et puis, elle a les yeux cernés.
- Peut-être... ".
Un seul mot, et encore le silence.
Encore le bruit mécanique de l'étiqueteuse, marquant le temps comme une métronome. L'observateur bouillait intérieurement. Sentir Anya dans son dos, en train de le fixer de ses yeux inquisiteurs, l'aurait rendu agressif.
L'ancien démon vengeur était déçu. Elle aurait voulu engager une véritable conversation mais elle avait l'impression de se heurter à un mur.
- Giles ? " insista Anya.
La réaction de l'observateur fut très rapide. Il posa l'étiqueteuse d'un geste violent sur l'étagère et se tourna vers Anya, les yeux noirs de colère :
- Quoi encore, Anya ? " Sa voix était lourde, forte, presque menaçante. La jeune femme fit instinctivement un pas en arrière.
Giles grimaça : il savait que sa réaction était mal venue. Il s'appuya d'un bras contre l'étagère, tête baissée, l'air las et déprimé.
- Rentre chez toi, Anya " souffla-t-il d'un ton grave. Sa voix paraissait brisée. Comme elle ne bougeait pas, il répéta encore : " Anya ! Je t'en prie ! Laisse-moi tranquille ! Rentre chez toi ! Maintenant !!! "
Enfin, il entendit dans son dos le tintement de la clochette, puis, le 'clac' sec de la porte qui se referme.
Lorsqu'il osa enfin se retourner, la boutique était vide.
Anya était enfin partie.
* * * * *
Lorsque Giles rentra de travailler, il était presque 21 heures. Il avait traîné plus que de raison, rangeant à l'infini les rayons de livres dans la boutique, refaisant avec une lenteur exquise les comptes du mois passé...
Il fuyait.
Il la fuyait, elle, à tout prix.
La voir se traîner comme une âme en peine, à travers la maison, le torturait. Il ne pouvait supporter de voir ses yeux de chiens battus levés vers lui, en quête de cette affection qu'il ne pouvait plus lui donner.
Tout son petit corps juvénile exhalait la souffrance... une souffrance telle que Giles pouvait la ressentir, physiquement.
Mais il ne pouvait rien faire. D'ailleurs, il ne savait pas quoi faire. Il fallait sans doute laisser le temps agir, cicatriser les blessures.
Dawn allait grandir, pour sûr. Et elle oublierait ces caprices d'enfant, n'est-ce pas ? Giles essayait vainement de s'en convaincre.
Il soupira en accrochant sa veste dans l'entrée : qu'en serait-il, demain, alors qu'elle construirait sa vie avec un autre ? Avec un jeune con de son âge ?
Elle serait à nouveau heureuse, amoureuse... L'observateur se dit que là, c'est lui qui souffrirait l'enfer sur terre. L'enfer de la perdre...
Comment se remettrait-il de ce vide qu'elle laisserait ? L'univers qu'ils avaient construit ensemble, leur univers, avait comblé Giles de joie pendant deux mois.
Les bonheurs simples de la vie, comme les repas, toujours gais et animés avec Dawn, débordante de vie.
Les soirées devant la télé, avec elle, blottie dans ses bras...
Et les nuits...
Oui, surtout les nuits...
Giles s'était très vite habitué à se coucher auprès d'elle, à avoir quelqu'un dans son lit. C'était une sensation si agréable...
Depuis qu'elle n'était plus là, il dormait mal. Il avait des insomnies, se réveillait en sursaut, la cherchant partout dans le lit.
Mais les draps, à ses côtés, étaient désormais éternellement froids.
Froids comme cette cuisine vide...
Giles écouta les bruits de la maison : tout était très silencieux. Dawn ne devait pas regarder la télé. Peut-être était-elle dans sa chambre ?
Il s'avança vers le salon, et jeta un coup d'oeil machinal dans la pièce.
Il allait ressortir sans la voir. Et puis, il aperçut la pointe de ses pieds nus, débordant du canapé. Elle était allongée sur le sofa, abandonnée dans les bras de Morphée, un bout de tissu serré contre sa poitrine.
Giles s'approcha tout doucement et la regarda dormir. Elle semblait épuisée et son corps flottait dans des vêtements trop larges. Ses yeux étaient cernés, ses joues creuses et ses paupières gonflées d'avoir trop pleuré.
Giles, intérieurement, ricana nerveusement en repensant à Anya et à ses questions indiscrètes : 'avait-il remarqué sa maigreur, ses yeux cernés, son apparente fatigue ?' Comment Anya pouvait-elle lui demander ça ?!!!
Bien sûr qu'il avait noté tous les détails de la déchéance physique de Dawn... Dawn qui ne se nourrissait plus, Dawn qui errait dans la maison comme un fantôme, de plus en plus blanche, de plus en plus mince, légère comme un voile... comme si elle voulait se faire disparaître, se fondre dans les murs, ne plus peser de poids... ne plus être un poids pour lui...
Quinze ans... Si jeune... Pouvait-elle seulement savoir ce qu'était la passion ? Non, c'était impossible... Maintenue dans cet univers malsain, auprès de lui, elle sublimait juste sa douleur, telle une tragédienne.
Giles sentit sa poitrine oppressée. Il ne pouvait plus continuer comme ça. Il fallait trouver une issue !
Peut-être, après tout, qu'il fallait qu'il la remette à sa véritable famille... Hank n'était pas un père parfait, bien au contraire. Mais au moins, lui, il se comportait comme un véritable père, non comme un pervers.
Giles attrapa dans le placard le plaid dont, quelques mois plus tôt, elle l'avait recouvert. Il s'agenouilla en silence près d'elle et l'enveloppa de la fine couverture.
Si près d'elle, il pouvait détailler le grain parfait de sa peau, le tracé délicat de ses lèvres pulpeuses, voir les perles de sel entre ses cils, encore tout humides de larmes...
Le regard de Giles descendit de son visage vers son corps.
Il se laissa aller à observer ses formes qui s'évanouissaient au fil des privations qu'elle s'infligeait quotidiennement.
Ses petits seins, si fermes et rebondis, redevenaient si juvéniles... On eu dit qu'elle cherchait à régresser dans le corps d'un enfant...
Giles soupira tristement. Régresser en enfance... jusqu'à ce 'doudou' de chiffon qu'elle pressait si désespérément contre elle.
Ce chiffon ?
Giles sentit son coeur se serrer en comprenant que ce morceau de coton qu'elle tenait si fermement contre elle était un de ses vieux tee-shirts, ce tee-shirt qu'il portait parfois le matin, après ses nuits passées avec elle.
Ainsi, elle dormait, le nez dans son odeur...
L'observateur ressentit un véritable choc, comme si on lui arrachait le coeur de la poitrine. En un flash, il sentit toutes ses certitudes, bardées de sa belle morale, le quitter.
Cette enfant fragile était-elle réellement en train de se laisser mourir d'amour et de chagrin ?
Se pouvait-il qu'elle l'aime à ce point là ?
Se pouvait-il qu'elle l'aime réellement à en mourir ?
Giles resta comme un con au milieu de la pièce, à regarder dormir cette enfant, au corps si épuisé de privations.
Et, pour la première fois, Giles ne fut plus si sûr qu'en respectant les règles sociales, qu'en respectant la loi, il fut réellement en train d'agir dans l'intérêt de Dawn.
Où était le bien ? Où était le mal ?
Il n'en savait plus rien.
Dawn arriva à la Boutique Magique un peu avant midi. Elle avait erré toute la matinée, comme une âme en peine. Elle avait encore, comme toutes les nuits, pleuré tout son saoul et désormais, elle était en colère contre Giles.
Il fallait qu'elle lui parle, qu'elle débloque la situation. Cela ne pouvait plus durer. Son rejet d'elle, cet abandon sentimental était en train de la ronger et de la rendre malade de chagrin.
Elle avait besoin de lui. Un besoin charnel et vital.
Dawn avait l'impression que s'il ne lui revenait pas, elle en mourrait. Qu'elle en mourrait vraiment...
Son estomac refusait toute nourriture, plus rien n'avait de saveur sans lui. Son ventre demeurait noué en permanence... Elle n'avait plus goût à rien.
Elle désirait se blottir contre lui... Elle aurait tout donné pour qu'il la prenne juste une fois dans ses bras, qu'il dépose encore un baiser sur son front et qu'il la berce doucement.
Pourquoi ne voulait-il pas d'elle ? Pourquoi la rejetait-il au nom d'une morale abstraite qui les faisait souffrir tous les deux ? Ce n'est pas la morale qui le réconforterait le soir dans son lit ! Ce n'est pas la morale qui l'embrasserait et lui dirait 'je t'aime', au creux de l'oreille.
Elle, elle avait ce pouvoir : ce pouvoir de l'aimer et de le rendre heureux ! Pourquoi repoussait-il le bonheur qui s'offrait à lui ?
Tout ça au nom des conventions sociales, du 'qu'en dira-t-on', et de cette morale qu'elle haïssait plus que tout.
L'adolescente entra dans la Boutique et chercha immédiatement Giles des yeux :
- Oh ! Tu arrives trop tard, Dawnie " commença Willow qui était venue faire de recherches. " Ton ami Chris est déjà reparti ! "
L'adolescente ouvrit des yeux tout ronds :
- Chris ?
- Oui, il est passé te voir tout à l'heure. Il voulait t'inviter chez lui, ce soir... En amoureux, je crois. Tu vois ce que je veux dire ? Je crois que ses parents ne seront pas là... Ils sont invités chez des amis, d'après ce que j'ai compris... " ajouta la petite sorcière avec malice. Elle avait la sensation très agréable de jouer les entremetteuses.
La réaction de Dawn la décontenança :
- Où est Giles ? " questionna l'adolescente. Willow crut seulement qu'elle était gênée et qu'elle craignait que l'observateur fut au courant de ses amourettes d'enfant.
- Giles est déjà parti déjeuner " répondit la jeune femme.
Dawn regarda sa montre, surprise. La sorcière rousse toussota :
- Oui, je sais, il est parti tôt aujourd'hui... .Avant que Chris ne passe " précisa Willow, pensant rassurer la jeune fille. " Il avait l'air de très mauvaise humeur. Mais tu viens déjeuner avec moi ? Je suis toute seule ce midi. Tara prépare un exposé avec un étudiant de son groupe de sociologie : elle est restée travailler à la bibliothèque, à la Fac ".
Dawn hésita un instant avant d'accepter la proposition de Willow. Après tout, cela lui changerait les idées. Et au moins, elle ne serait pas seule : cela lui éviterait de ruminer pendant des heures. Le temps passerait plus vite, en compagnie de la petite sorcière.
Ensuite, elle essayerait de parler à Giles, de le convaincre de ne pas l'abandonner à Hank, son terrible père. Elle ne pensait même plus à le convaincre de ne plus le rejeter et de l'aimer. Le combat semblait perdu. Elle ne savait plus quoi faire.
Willow invita Dawn dans un petit restaurant calme pas très loin du magasin. En réalité, elle avait quelques motivations cachées. Après avoir échangé quelques banalités, Willow attaqua le sujet qui lui tenait à coeur :
- Alors, Dawnie, on ne te voit plus beaucoup ces derniers temps. On dirait que tu as tes petits secrets... . Dis-moi tout, c'est sérieux avec ce garçon ? "
Dawn regarda la jeune femme avec des yeux vides : ce garçon ? Quel garçon ? Giles n'était pas vraiment un... Oh ! Chris ! Willow parlait certainement de Chris !
- Heu... Je ne sais pas trop... " fit Dawn en baissant les paupières. Elle ne savait pas vraiment quoi dire.
Willow baissa la voix :
- Dawnie, si je te parle, ce n'est pas par curiosité. Je ne veux pas te mettre mal à l'aise mais... Comment dire... " Elle toussota, essayant de se donner une contenance, puis elle commença : " En l'absence de Buffy... " Willow se mordit la langue et reprit très vite : " Je veux dire, puisque Buffy n'est plus là, tu n'as personne pour parler de trucs de femme. Enfin, je ne vois pas Giles te parler de...
- De quoi ? " s'étonna l'adolescente.
- De rapports sexuels protégés, Dawnie... " fit Willow, mal à l'aise dans ce rôle de mère de remplacement.
Dawn sentit le rouge lui empourprer les joues. Willow poursuivit avec lenteur :
- Tu as quinze ans, c'est un peu jeune, je sais... Mais les choses arrivent parfois si vite et... Regarde Buffy, elle a perdu sa virginité le jour de ses 17 ans " expliqua Willow. " Enfin, ce que je veux dire c'est qu'il faut en parler et prévenir plutôt que de guérir. Giles est sans doute un excellent père mais pour ce genre de choses, il n'est peut-être pas au top... " conclut la jeune sorcière d'un air songeur.
En effet, Willow imaginait très mal Giles parler de sexualité avec Dawn. D'ailleurs, pour Willow, 'sexe' et 'Giles' étaient deux termes relativement incompatibles. Elle fut tirée de sa rêverie par une remarque de Dawn :
- Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Willow ? Que je dois acheter des préservatifs ? Qu'il faut que je prenne la pilule ? "
Willow fit un geste négatif de la main :
- Non, non... Tu n'y aies pas obligée, Dawnie... C'est juste par précaution... Si tu penses que ça peut devenir sérieux avec ce garçon... Et bien dans ce cas, tu sais que tu peux venir me parler et je t'emmènerais chez ma gynéco. Elle te donnera des conseils de contraception. Elle te prescrira la pilule, si tu le désires ".
Dawn regarda un long moment Willow, sans rien dire.
Prendre la pilule... Elle n'y avait jamais pensé.
Son ventre se noua en pensant à l'acte charnel. Elle voulait que ce soit Giles ! Giles et personne d'autre !
Tout d'un coup, elle se figea : et si elle le punissait ? Si elle respectait les ordres de Giles : elle devrait, un jour, 'faire l'amour avec un jeune homme de son âge', lui avait-il dit.
Oui, si elle se donnait à quelqu'un, à n'importe qui, sans doute mourrait-elle vraiment... peut-être alors que Giles comprendrait son erreur, qu'il la pleurerait.
Elle avait des rêveries tragiques d'enfant malheureuse.
Mais, du haut de ses quinze ans, elle pensa que cette mesure masochiste d'autopunition aurait raison de la détermination de Giles.
L'adolescente sublimait sa souffrance et sa future dégradation. Giles aurait mal. Il aurait tellement mal lorsqu'il saurait qu'elle n'était plus vierge ! Et il comprendrait que tout était de sa faute. De sa faute à lui !
Pour Dawn, se détruire, se laisser salir et souiller par le premier venu, était le meilleur moyen de punir Giles... et de se punir elle-même.
Dawn avala sa salive et articula péniblement :
- En fait, avec Chris, c'est... Il a envie de...
- Tu veux dire que c'est sérieux ? "questionna la jeune sorcière, toute heureuse de voir que Dawn se confiait à elle.
- Oui " souffla Dawn dans un murmure.
- Tu veux qu'on s'en occupe ? Toi et moi ? " questionna la jeune femme, toute dévouée dans son rôle de mère de substitution.
- Oui... Merci Willow... On peut le faire aujourd'hui ? "
Alors, la petite sorcière sortit son téléphone portable et composa le numéro de sa gynéco.
* * * * *
Lorsque Willow revint à la Boutique Magique chercher Tara, il était plus de 16 heures :
- Mais où étais-tu ? " questionna Tara, un soupçon de reproche dans la voix : " on avait dit 15 heures ! Je me sss-suis inquiétée...
- Et où est Dawn ? " interrogea Anya en cherchant l'adolescente du regard.
Willow se laissa tomber sur une chaise :
- Dawn est rentrée chez elle " Elle caressa la main de Tara et ajouta à son endroit : " Je suis désolée, ma puce, mais j'étais chez la gynéco.
- Quelque chose ne va pas ? " s'inquiéta Tara.
- Non, non, au contraire, tout va bien. C'est juste que... C'était pour Dawn.
- Pour Dawn ? " répéta Anya en s'approchant des deux sorcières.
Willow releva les yeux vers l'ex-démon vengeur :
- Oui, en l'absence de Buffy... " elle se mordit encore la langue et se rattrapa aussitôt : " Je veux dire, puisque Buffy n'est plus là, quelqu'un doit bien jouer le rôle d'une mère pour Dawnie. On ne peut pas la laisser seule et faire des bêtises. Il y a des choses très intimes que Giles, malgré toute sa bonne volonté, ne peut pas faire... " plaida Willow.
Tara s'étonna :
- Mais c'est sss-sérieux, avec son copain de classe ?
- Faut croire, oui... Dawn est sans doute comme Buffy : précoce ".
Anya planta ses poings sur ses hanches :
- Tu as fait prescrire la pilule à Dawn ? Mais tu es une pousse au crime, Willow ! " s'énerva l'ancien démon vengeur, visiblement très en colère.
- 'Pousse au crime' ? Quel crime ? Tu y vas un peu fort Anya ! " s'exclama la sorcière rousse, vexée. " J'ai fait ce que j'ai cru bon de faire. Tant que Buffy n'est pas là, moi, je fais ce que je peux. Et ce n'est pas facile de jouer les intérimaires !!! " s'énerva la jeune femme.
'Tant que Buffy n'est pas là... .Jouer les intérimaires... '
Anya et Tara fixèrent Willow avec un regard angoissé :
- Non, chérie... " commença la sorcière blonde. " Ne me dis ppp-pas que tu comptes toujours ressusciter Buffy ? "
Un large sourire triomphant barra le visage de Willow :
- Tara, en magie et sorcellerie, je peux tout faire. Tout ! Rien ne me résiste ! " conclut-elle, le regard transformé par le goût du Pouvoir.
* * * * *
Dawn était affalée sur son lit, en plein milieu de l'après-midi ; elle réfléchissait. Tous les jours, la même sensation étrange et désagréable la prenait : c'était bizarre d'être à nouveau dans sa chambre d'enfant, comme du temps où... comme 'avant Giles'.
Elle regarda le réveil : 17 h 11.
Elle soupira et roula de côté sur les draps, le coeur gros. Pourquoi Giles s'obstinait-il à lui faire du mal ? A leur faire du mal à tous les deux ? Il soufflait le chaud et le froid sur sa vie à l'en rendre folle.
Elle attrapa une petite boite bleue et rose posée sur sa table de chevet et se mit à la triturer nerveusement. A quoi cela servirait-il, hein ?
Dawn ferma les yeux et repensa à Chris : pourrait-elle se jeter dans ses bras et s'y abandonner, dans le seul but de punir Giles ?
Elle soupira. Ne se punirait-elle pas davantage, elle, qu'elle ne le punirait lui ? Peut-être que Giles n'en aurait rien à faire ?
Non... Non, c'était impossible. Il aurait mal. Il aurait forcément mal ! Il fallait qu'il ait mal, pensa Dawn, les larmes aux yeux.
Si Giles la voyait couler et sombrer, peut-être ne la rejetterait-il pas ? Peut-être ne la renverrait-il pas chez son père ? Peut-être la garderait-il toujours auprès de lui ?
Dawn était prête à tout pour rester près de lui, pour qu'il la reprenne encore une fois au moins dans ses bras... elle était même prête au pire.
L'adolescente se redressa sur son lit et examina une nouvelle fois la boite de pilules. Où allait-elle la mettre ?
Elle réfléchit un moment puis, elle eut un sourire amer : elle savait où la placer.
Elle sortit du lit et alla dans la salle de bain.
Dawn déposa la boite bien en évidence sur le rebord du lavabo. Giles ne pourrait la manquer, ce soir, lorsqu'il irait dans la salle de bain.
Elle recula vers la porte et murmura :
- C'est pour vous, Giles... C'est ce que vous vouliez, non ? " Elle essuya une larme perlant au bord de ses yeux : " C'est ce que vous vouliez... "
Puis, Dawn redescendit et décrocha le combiné du téléphone. Elle composa rapidement un numéro :
- Allo, Chris ? Ca tient toujours ton invitation ?... Tête à tête, tous les deux, chez toi, c'est ça ?... Je serais là à huit heures et demi... "
* * * * * *
Lorsque Giles rentra, vers 20 heures, il trouva Dawn dans la cuisine, en train de mettre sous cellophane une salade composée qu'elle lui avait préparé.
- Oh ! Vous êtes déjà là ? " fit la jeune fille, sans le regarder.
- Bonsoir, Dawn "
- Vous avez une salade toute prête pour le dîner et j'ai acheté un poulet rôti. Il est tout cuit, il n'y a plus qu'à le faire réchauffer... " Elle parlait en s'affairant, évitant soigneusement de lever les yeux vers lui.
Elle jeta un oeil autour d'elle, contemplant la table mise :
- Bien, voilà, je crois que vous avez tout ce qu'il vous faut... " Elle se dirigea vers l'entrée et attrapa un sac à dos posé par terre et que Giles n'avait jusque là pas remarqué. " Bon, et bien... Bonne soirée " lança-t-elle d'un ton qu'elle voulait désinvolte.
Giles s'étonna :
- Tu sors ? " Dawn le regarda pour la première fois. Ses grands yeux bleus cernés le fixaient avec dureté :
- Je vais chez Chris... Ses parents sont sortis " Elle était figée dans une attitude corporelle provocante, le front haut et fier. " Ne m'attendez pas. Je rentrerai tard, Giles... " Sa voix trembla lorsqu'elle prononça ces derniers mots : " Vous comprenez ? "
La porte claqua avant même que Giles ait pu réagir. Il resta planté dans l'entrée de la cuisine, bouche bée. Il avait l'impression d'avoir été renversé par un 35 tonnes.
Les mots de Dawn tournaient et retournaient dans sa tête : "Je rentrerai tard, Giles... Vous comprenez ?" "Ses parents sont sortis".
Non, non, non !
Il ne comprenait rien du tout !!!
Il ne voulait pas comprendre !
Dawn ne pouvait pas...
Seigneur ! Quinze ans ! A peine quinze ans !
Avec un autre... Avec ce jeune crétin inexpérimenté...
S'il lui faisait du mal, il le tuerait !
Giles serra les poings à s'en faire blanchir les jointures.
Il ne put dîner. Son ventre était noué, son esprit devenait confus. Il lui semblait que tout son corps hurlait de cette douleur de perdre Dawn.
Ses bras et ses jambes lui semblaient de plomb. Sa chair la réclamait, comme une mère réclame son enfant.
Il monta à l'étage en traînant des pieds, espérant toujours qu'il entendrait claquer la porte derrière lui... espérant qu'elle lui reviendrait... .avant de commettre l'irréparable.
Mais il n'y avait que le silence, l'éternel silence.
Giles se sentait bouillir. Il avait des sueurs froides. Il avait besoin de se passer de l'eau sur la figure, pour tenter de se décontracter un peu.
Mais lorsqu'il entra dans la salle de bain et qu'il voulut ouvrir le robinet, ses yeux se glacèrent d'horreur.
La boite bleue et rose...
Une boite de pilules.
Non... Elle était bien trop jeune... Elle ne pouvait pas faire ça...
Ca ?
Pourtant, Dieu sait qu'elle avait eu l'air prête, ce matin du mois d'août, lorsqu'elle avait osé glisser sa main sous la toile du pyjama.
Pourquoi l'avait-il arrêté, hein ? Pourquoi ?
Tout ça pour quoi ?
Toute cette bonne morale, cette bonne éducation... Aujourd'hui, il s'étranglait de douleur avec !
Et Dawn, elle, allait quand même commettre l'irréparable, avec un autre.
Elle se laissait couler, elle se laissait totalement dériver et sombrer ! Giles le voyait bien ! Jusqu'où se laisserait-elle aller dans cette chute vers le néant ?
Tout ça, c'était de sa faute ! De sa seule faute !
La morale... Le bien... Le mal... Il avait cru tout savoir ! Tout lui avait toujours paru si simple.
Blanc. Noir. Pas d'intermédiaire, pas de zones d'ombres... jusqu'à Dawn.
Aujourd'hui, il ne savait plus rien...
Tout ce en quoi il croyait l'avait conduit à regarder Dawn s'autodétruire devant lui. Elle ne mangeait plus, et maintenant, elle allait commettre l'irréparable entre les bras d'un jeune crétin qui allait la déflorer avec brutalité et égoïsme.
Giles en aurait pleuré de rage.
Rupert prit sa tête entre ses mains, comme si son crâne allait exploser.
Sans elle, sa vie n'avait plus de sens !
Elle était sa raison d'être. Jamais il n'avait été aussi heureux depuis la mort de Buffy... D'ailleurs, jamais il n'avait été heureux comme ça, avec sa Tueuse.
Dawn, Dawn, Dawn...
Il voulait la rendre heureuse ! Il voulait l'aimer, lui donner tout ce qu'il pourrait lui donner ! Tout cet amour qu'elle réclamait si désespérément et sans lequel elle était en train de mourir !
Il avait besoin d'elle, il la désirait tellement !
Mais désormais, elle était dans les bras d'un autre...
Giles, allongé sur son lit, scrutait le plafond les yeux grands ouverts.
Les mains nouées derrière la nuque, le drap baissé jusqu'à la taille, il écoutait le bruissement des feuilles des arbres dans la rue, sous l'effet du vent.
Il jeta un oeil au réveil : 23 h 48.
Ca devait être fait maintenant, non ? Elle devait être devenue femme...
Giles plaqua ses deux mains sur son visage, anéanti.
Le temps qui s'égrenait était en train de le rendre fou. Fou de douleur...
* * * *
Chris infiltra ses mains sous le chemisier bleu de Dawn, cherchant à toucher ses seins. Arrggh ! Trop de tissu ! Trop de vêtements.
Le jeune homme se mit à déboutonner avec rapidité sa blouse. La jeune fille, allongée à côté de lui sur le lit, se laissa faire, les dents serrées, les yeux fermés.
Chris écarta les deux pans du chemisier, et admira une seconde sa poitrine emprisonnée dans la dentelle blanche :
- Tourne toi, Dawn, j'arrive pas à défaire ton soutien gorge, là ".
Elle se laissa manipuler, se laissa retourner à plat ventre. Elle sentit ses doigts malhabiles et trop pressés tirer sur l'élastique, et enfin, les agrafes cédèrent. Chris l'attrapa aussitôt par les épaules pour la remettre à plat dos : il crevait de voir ses seins.
Dawn se sentit à nouveau manipulée comme une poupée, tournée et retournée comme un vulgaire objet.
Chris fut un peu déçu : ses seins étaient beaucoup plus petits que ceux des actrices porno sur lesquelles il fantasmait sans cesse.
Il se mit à les malaxer, l'un après l'autre. Dawn sentit une boule au fond de la gorge : c'était désagréable, presque douloureux. Il était si brutal, si maladroit... Il n'y avait pas l'ombre de la moindre sensualité dans ses prétendues caresses.
Chris se redressa un instant sur le lit et arracha son propre tee-shirt d'un mouvement rapide. Puis, il descendit ses mains vers la taille de Dawn et il souleva sa jupe.
Dawn, instinctivement, serra les cuisses et tourna la tête, regardant le filet de lumière provenant du couloir resté allumé.
Chris, la sentant stressée et craignant qu'elle se défile, s'allongea tout contre son corps et l'embrassa. Il fallait distraire son attention, afin d'obtenir plus bas ce qu'il voulait.
Un baiser, long, lent... et sa main avide qui se mit à glisser entre ses cuisses.
Dawn sentit ses doigts chercher leur chemin vers son sexe.
Chris, bloqué par la tension de ses muscles, lui souffla à l'oreille :
- Ecarte, Dawnie, écarte les jambes... "
Alors, l'adolescente, tout doucement, obéit : elle ouvrit lentement ses cuisses. Chris engouffra sa main avec brutalité à l'intérieur de sa culotte et plongea avec gourmandise ses doigts entre les boucles de son sexe.
Il ne savait trop comment s'y prendre, ni quoi faire exactement... Il ne se rendait pas compte que son triangle intime n'était pas prêt à recevoir le moindre de ses assauts. Elle était sèche, froide et raide comme un bout de bois. Elle n'était pas excitée mais au contraire apeurée comme un petit animal traqué.
Chris, copiant les gestes vus dans les films pornographiques, enfonça avec rudesse ses doigts en elle.
Dawn poussa un petit cri : il lui faisait mal. Réellement mal.
- Arrête, Chris...
- Attends, attends... " Il chercha à la faire taire en plaquant sa bouche contre la sienne.
- Chris, s'il te plait... " répéta-t-elle en essayant de refermer ses cuisses ouvertes d'une manière obscène et qui lui faisait honte.
- Bouge pas, Dawn ! Laisse-toi faire ! " ordonna Chris qui bandait comme un fou. Il tenta de lui rouvrir les jambes d'un geste brutal.
- Non, arrête ! " Dawn, qui commençait à paniquer, avait élevé la voix. Elle se redressa dans le lit, le repoussant fermement. Elle rabattit sa jupe sur ses jambes nues, honteuse et mal à l'aise.
Le jeune homme sentit une colère et une frustration l'envahir : elle ne pouvait pas le stopper ! Pas maintenant !
- A quoi tu joues, là, Dawn ?
- Je... J'ai plus envie " murmura-t-elle d'un ton coupable.
- Quoi ? " éructa Chris, pressant sa main contre son sexe en érection.
- Je ne me sens pas bien " chuchota-t-elle en renfilant son chemisier.
- Tu sais comment on appelle les filles comme toi, Dawn ? Des allumeuses ! De sales petites allumeuses !
- Chris, je suis désolée... " sanglota-t-elle, en serrant ses bras contre sa poitrine.
Le jeune homme frappa du poing sur le matelas, la rage au ventre :
- T'es qu'une petite garce. Voilà ce que tu es ! Allez, casse-toi ! " cracha-t-il en se laissant retomber sur le dos dans le lit.
Dawn, pétrifiée de peur, ne parvenait plus à bouger. Chris tourna vers elle des yeux noirs de colère :
- Putain ! Casse-toi avant que je change d'avis et que je te fasse passer l'envie de jouer encore les salopes ! "
Dawn sortit du lit avec précipitation et s'enfuit de cette maison, les muscles de son corps crispés d'angoisse.
Arrivée dehors, elle se mit à courir à perdre haleine en direction de chez elle.
* * * * *
Willow, debout au milieu de la cuisine de l'appartement des Harris, recompta les boites de poudre que Tara tenait entre ses mains :
- Ok, c'est bon... Là, je crois qu'on a tout... " Elle se tourna vers Alex : " Tu as la jarre ? Bien... Qui a les yeux de mandragore ?
- Moi... " soupira Anya en exhibant une fiole.
- Parfait " Willow était tout sourire. " J'ai le livre des rituels, la cendre de phoenix... Je crois qu'il ne nous manque rien... "
Tara s'approcha de sa compagne :
- Willow, tu es sûre ? Ne crois-tu pas qu'on devrait renoncer ? Ca risque d'être très dangereux ?
- Oui ! " renchérit Anya. " A-t-on vraiment le droit de faire ça ? Est-ce que ce n'est pas... mal ? " interrogea-t-elle, visiblement très perturbée.
Willow se renfrogna ;
- Le mal, c'est de laisser Buffy engluée en enfer. Il faut l'arracher des ténèbres et la ramener vers la lumière, vers nous. Elle appartient à ce monde... La ressusciter, c'est au contraire faire le bien, j'en suis convaincue ! Et de toute façon, on ne va pas renoncer maintenant qu'on est si près du but ! "
Anya se pencha vers Alex et murmura à son oreille :
- Tu la crois, toi ? Tu crois vraiment que c'est bien de ramener Buffy d'entre les morts ? "
Alex ne savait trop quoi répondre :
- J'en sais rien, An' " Tout ça le dépassait. Il suivait ces trois femelles, c'est elles qui avaient le pouvoir. Point barre. Mieux valait juste leur obéir pour ne pas les avoir à dos et être tranquille.
Anya insista :
- Mais tu penses vraiment qu'on a raison de jouer avec des forces aussi puissantes ?
- Non, sans doute pas... " soupira Alex. " On devrait sans doute laisser Buffy en paix...
- Tu crois que ce serait ça, faire le bien ? "
Alex regarda sa fiancée avec un regard amoureux :
- C'est de ça dont tu me parlais l'autre soir ? Cette conversation obscure sur le bien, le mal... C'était ça ?
- Hhhmmm " marmonna Anya qui ne voulait ni confirmer ni infirmer : ce n'était pas le moment d'embrouiller l'esprit d'Alex avec les problèmes de Giles.
Il prit la jeune femme dans ses bras :
- Moi aimer Buffy ! Alors si Buffy revient, moi content ! C'est peut-être primaire comme raisonnement mais tu sais, je ne suis pas vraiment qualifié pour les discours philosophiques... "
Willow s'approcha du couple enlacé :
- Qu'est-ce que vous fabriquez tous les deux ? C'est pas le moment pour ça... Il est temps d'aller au cimetière, à présent. Allez ! Au travail ! " Elle se retourna un instant vers Alex et fronça un sourcil :
- Pas de chips, hein, Alex ? Okay ?
Le jeune homme ne comprit pas :
- Hein ?
- Pas de chips ! N'en emporte pas. Et si t'en as mangé, va te laver les mains ".
Willow vit tout de suite qu'Alex était largué :
- A cause du sel, Alex...
- Le sel ?
Tara s'approcha d'eux et donna les précisions nécessaires :
- Le sel stérilise tout... Le sel rend la terre morte, il empêche toute vie...
- Ah ! " s'exclama Alex, enfin éclairé.
Willow attrapa son livre de sorcellerie et lança à la cantonade :
- On y va ?
- On est prêt " fit Alex. Et tous suivirent la petite sorcière vers l'extérieur de l'appartement.
Mais tout d'un coup, Anya s'arrêta :
- Oh ! Un instant ! J'ai oublié quelque chose ! " Elle rentra nouveau dans l'appartement et se précipita dans la cuisine. Et, loin du regard de tous, elle ouvrit le placard à la recherche d'une petite boite bleue marine.
Elle l'attrapa avec une rapidité nerveuse et versa dans la poche de sa veste une poignée de son contenu.
Une poignée de sel...
* * * * *
Dawn avait couru comme une folle à travers les rues, fuyant ce monstre de Chris qui l'avait insultée, qui lui avait fait si mal et si peur !
Elle enfonça la clef avec fébrilité dans la serrure. La maison était plongée dans l'obscurité et elle ne voulait pas réveiller Giles.
Lorsque enfin elle referma la porte et qu'elle se sentit en sécurité, elle éclata en sanglots. Toute l'angoisse qui l'avait rongée depuis que Chris l'avait touchée, toute la douleur qu'elle avait ressenti dans son ventre et qu'elle avait fait taire, étaient en train de remonter à la surface.
Et cette course effrénée dans les rues de Sunnydale avait définitivement affaibli son petit corps devenu si maigre et si fragile...
Elle pleurait tellement qu'elle n'y voyait plus rien, et la fatigue était telle qu'elle en avait des vertiges. Elle rata une des marches de l'escalier et s'écorcha le genou en tombant lourdement.
Ses sanglots redoublèrent, non sous l'effet de la souffrance physique, mais sous l'effet de la honte et de l'humiliation qui l'irradiaient entière.
Elle se sentait sale, elle se sentait nulle. Elle aimait un homme qui la rejetait et voulait l'abandonner et elle avait passé la soirée à se faire tripoter par un pauvre type qui l'avait traité de salope.
Elle était au bord du gouffre.
Et puis, dans le silence de la maison, elle entendit un petit bruit.
Un craquement.
Un craquement de bois, celui des marches de l'escalier.
Elle releva les yeux et elle le vit. Là, en haut des marches, vêtu de son simple pantalon de pyjama. Rupert Giles.
En apercevant son regard perdu et baigné de larmes, Giles se précipita sur elle et la releva.
Il la prit dans ses bras, la serrant contre lui, caressant amoureusement ses longs cheveux soyeux. Dawn s'abandonna toute entière contre lui, enserrant ses reins comme une bouée de sauvetage. Elle était au bord de l'évanouissement.
L'observateur serrait les dents à s'en briser les mâchoires : qu'est-ce qu'il lui avait fait subir, hein ? Qu'est-ce qu'il lui avait fait, ce jeune con, pour la mettre dans cet état ?
Il releva doucement une mèche de cheveux :
- Il t'a fait mal ? " murmura-t-il, la gorge serrée.
Dawn se remit à pleurer de plus belle.
Giles ferma les yeux de rage :
- Oh ! Dawnie ! Tu as eu mal ? Qu'est-ce que ce salaud t'a fait ? Tu veux voir un médecin ? "
Comme elle ne répondait toujours rien, déversant contre son torse nu des torrents de larmes, Giles glissa sa main sous son menton, la forçant à le regarder :
- Dawn, dis-moi... S'il te plait, parle-moi... Il t'a fait mal ? Il t'a blessée ?
- Je... Il n'a rien fait... J'ai pas voulu, Giles... J'ai pas pu !" confessa-t-elle en hoquetant, les joues écarlates.
Giles sentit comme une bouffée d'oxygène envahir son corps. Il pressa sa tête contre sa poitrine et respira lentement, comme libéré : elle était toujours à lui ! Elle était toujours vierge.
- Dawn, Dawn... " Il embrassa ses cheveux, releva son visage et posa ses lèvres sur son front, le regard légèrement fiévreux...
Les sanglots de Dawn s'interrompirent progressivement, et elle le fixa de ses grands yeux suppliants. Giles caressa ses joues et sécha ses larmes de son pouce.
La sensation de chaleur et de bien-être était intense. Dawn ferma un instant les yeux, savourant enfin le bonheur de se retrouver à nouveau dans les bras de Giles.
C'était peut-être la dernière fois.
Et puis, tout à coup, elle sentit sur ses lèvres la douceur de sa bouche... . Il l'embrassait ! Rupert Giles cédait enfin à ses envies, à sa nature. Oui, il l'embrassait enfin !
Dawn sentit avec délice la pointe de sa langue frayer son chemin pour la goûter. Elle crut rêver. Elle se laissa faire, le crâne emporté par l'ivresse.
Lorsque Giles interrompit le baiser, elle le regarda avec ses grands yeux tristes plein d'espoir, craignant qu'il la repousse encore. Elle avait peur qu'il desserre son étreinte :
- Si vous me lâchez, Giles, je tombe... " murmura-t-elle d'une petite voix toute faible.
Giles, sans un mot, glissa une main sous ses fesses, l'autre dans son dos, et la souleva dans ses bras, comme une mariée au soir de sa nuit de noces.
Dawn, comprenant ce qui allait enfin se passer, posa sa tête sur son épaule en noua ses petites mains blanches derrière son cou.
Lorsqu'il l'entraîna vers la chambre, elle n'eut pas peur. Elle avait l'impression qu'au contraire, il avait le pouvoir de lui redonner le goût de vivre.
Oui. Il allait l'aimer.
Avec lui, dans ses bras, elle allait pouvoir enfin recommencer à vivre.
* * * * *
Assis en tailleur autour de la tombe de la Tueuse, Willow, Tara, Alex et Anya, préparaient le rituel. Ils dispersaient les poudres, lançaient des incantations, préparaient le cercle qui ramènerait la Tueuse à la vie.
Et Willow, concentrée, était en train d'allumer un feu sacré, le feu maternel qui lui permettrait d'enfanter à nouveau la Tueuse.
Anya agissait de manière mécanique. Ses pensées étaient ailleurs.
Où était le bien ? Ramener Buffy à la vie ? Arrêter Giles ?
Où était le mal ? Jouer avec la vie et la mort ? Laisser Giles et Dawn au bord de l'abîme des sens ?
Elle effleura la poche de sa veste du bout des doigts. Elle sentit les grains de sel crisser contre le tissu de son vêtement.
Que fallait-il faire ?
* * * * *
Dawn, allongée tout contre Giles, couvrait de baisers son épaule luisante de transpiration :
- Je vous aime, je vous aime, je vous aime... " répéta-t-elle d'une voix rieuse. Son coeur battait encore la chamade et son esprit était encore ivre de la jouissance extrême qu'il avait provoquée dans son jeune corps novice.
Giles passa un bras autour d'elle et déposa un rapide baiser sur son front.
L'adolescente continua de l'embrasser, tout en caressant son ventre, jouant à enrouler ses doigts entre les boucles des poils de son torse.
Giles soupira, le souffle encore un peu court après l'effort fourni :
- Dawn... Que va-t-on faire maintenant ? "
L'adolescente se dressa sur son coude, plaçant son visage au dessus du sien. Elle le fixa un instant puis déposa un rapide baiser sur ses lèvres :
- Rien... " susurra-t-elle avant de reposer sa tête sur l'oreiller près de lui. Elle effleura ses flancs et se pressa davantage contre son corps et poursuivit : " On continuera de vivre de la même façon. On mangera ensemble, on regardera la télé ensemble, on dormira ensemble, vous me prendrez dans vos bras, le soir, dans ce lit, comme on l'a toujours fait... "
Puis, elle déposa un nouveau baiser sur sa peau moite :
- Mais là, en plus, vous me ferez l'amour " ajouta-t-elle avec candeur et innocence. " Comme ce soir... "
Giles eut un sourire amusé : Dawn était là, tellement belle, tellement amoureuse, et pour elle, les choses paraissaient si simples, si évidentes.
Pourtant, tout était beaucoup plus compliqué pour l'observateur :
- Dawn... Tu nous imagines mentir, tout le temps et à tout le monde ? "
L'adolescente haussa les épaules :
- C'est l'intimité, la vie privée... Personne n'a besoin de savoir.
- Tu crois que les choses pourraient être si simples ? " s'étonna-t-il.
- Elles sont simples, Giles ! C'est vous qui vous obstinez à vouloir tout compliquer ! Je vous aime, Giles. Je vous aime plus que tout, à en perdre la raison. Si vous m'abandonnez encore, je vous jure que j'en mourrais. Maintenant que j'ai connu la perfection du bonheur absolu dans vos bras, si vous me quittez, je m'étiolerais comme une plante privée d'eau... Et j'en mourrais, Giles. J'en mourrais sûrement ".
Giles la pressa plus fort contre elle. Il était heureux et ne voulait plus s'encombrer de cette morale qui avait tant fait souffrir Dawn et qui avait failli ruiner leur bonheur.
Les choses étaient ainsi. Il avait 47 ans, il venait de faire l'amour à une adolescente de quinze ans dont il avait la charge... et il recommencerait.
Encore et encore...
Tant qu'elle voudrait de lui.
C'était aussi simple que ça.
L'avenir ?
Dawn grandirait, il vieillirait. Ils se sépareraient, très certainement... Dans combien d'années ? Il n'en savait rien et ne voulait pas le savoir.
Si Dawn lui avait appris quelque chose, c'était bien ça : il fallait juste vivre l'instant présent.
Giles caressa son visage juvénile et chercha à nouveau sa bouche d'ange. Elle était à lui, elle l'aimait passionnément, et il était heureux.
Oui, pour la première fois de sa vie, il était heureux.
* * * * *
A quelques kilomètres de là, Anya regardait Willow accomplir le rituel avec angoisse. Son esprit tergiversait toujours autant : la moralité, le bien, le mal... Que devait-elle faire ?
Giles ? Buffy ? Dawn ?
Leurs noms et leurs visages tournoyaient dans sa tête perturbée.
Anya soupira. Dans un instant, selon le rituel, ils devraient tous fermer les yeux. C'était le moment ou jamais d'agir.
L'ex-démon retint son souffle. Elle avait les moins moites et son coeur battait la chamade.
Elle cherchait un argument à tout prix, un critère lui permettant de séparer le bien du mal, d'assurer la pesée à l'aune de la moralité.
Elle soupira, lasse de se torturer l'esprit avec ces débats dont elle ne voyait jamais l'issue.
Ramener les morts à la vie, c'était sans doute plus mal que de faire l'amour avec des vivants, non ?
Elle jeta un oeil à Alex qui déjà avait les yeux clos.
Oui... Faire l'amour, cela ne pouvait jamais être vraiment faire le mal...
Alors, elle plongea la main dans sa poche et jeta dans le feu sacré allumé par Willow une poignée de sel.
FIN