Le Miroir du Temps

par Spikie

1-2 | 3-4 | 5-6

TITRE : Le Miroir du Temps
AUTEUR : Spikie
NOTES : Qui n'a pas rêvé d'une fin heureuse entre Buffy et Angel ? Certainement pas moi !
C'est ce que j'ai tenté de faire en écrivant cette nouvelle.
De nombreux "flash-back" (écrits en italique) aideront ceux qui ne connaissent pas à fond la série, à mieux comprendre l'histoire. Pour les autres, ce sera une occasion de se remémorer les plus belles scènes ou les plus émouvants dialogues de nos deux héros.
CONTEXTE : L'action se situe juste avant que ne débute la 5ème saison.


1ère partie

Sunnydale, Californie - été 2000.

Le Scooby Gang était réuni chez Giles. Une journée comme les autres, mis à part peut-être que les vacances étaient terminées et que tous patientaient avant de débuter la réunion. Mais Buffy se faisait attendre !

- Alors Willow ! Comment se sont passées tes vacances ?, demanda Anya. Note que je ne dis pas ça parce que je m'intéresse à toi...

- Anya !, dit Alex en flanquant un coup de coude dans les côtes de sa petite amie.

- Aie ! Ben quoi ? C'est vrai que je me moque totalement de ce qu'elle a pu faire avec... avec Ursula.

- Tara !, rectifia Willow.

- Oh ! Tara, Ursula, tout ça c'est du pareil au même. N'empêche que je me demande ce que l'on peut ressentir lorsqu'on...

Alex la bâillonna.

- Désolé. Alors, vous... vous êtes parties toutes les deux ?

- Oui ! Nous avons visité l'Europe... Paris, Londres, Milan... c'était magnifique ! N'est-ce pas Tara ?

- C'est vrai, répondit celle-ci en baissant les yeux.

Elle ne se sentait pas encore vraiment à l'aise dans le groupe, même si tous ceux qui le composaient lui faisaient bien comprendre que puisqu'elle était avec Willow, elle était aussi des leurs. Mais cela viendrait, elle en était persuadée.

- Nous avons été dans une brocante à Paris et y avons trouvé ceci, ajouta Willow.

Elle tendit un livre ancien à Giles.

- Willow ! C'est très gentil à toi de m'offrir ce livre...

- Euh !... en fait... il s'agirait plutôt d'un prêt...

- Oh !... et je parie que tu as besoin de moi pour le traduire...

- On ne peut rien vous cacher...

- Eh bien, c'est d'accord !

- Merci Giles ! Je savais que je pouvais compter sur vous.

- Oh ! Eh bien... euh, dit-il en remontant d'un doigt ses lunettes sur le nez. Mais il était déjà plongé dans ses pensées.

Il passa la main sur la couverture de cuivre du manuscrit et y lut : "Sorts et Contre-sorts".

- Voilà qui semble intéressant !...

Puis l'ouvrant au hasard, il commença à le déchiffrer.

Au fur et à mesure de sa lecture, ses yeux s'agrandirent de surprise.

- Mon Dieu !

- Giles ? Qu'avez-vous découvert ?, demanda Alex. Est-ce qu'on y apprend quel sort jeter pour devenir riche et célèbre, sous entendu adulé par toutes les plus belles femmes de la Terre ? Parce que là... ça m'intéresse !

Sans répondre, Giles fonça vers un petit coffre en bois. Ca faisant, il en ressortit un miroir dont le manche était incrusté de pierres violettes. Il le compara avec une illustration de l'ouvrage qu'il tenait dans ses mains.

- Mon Dieu !

- Giles, vous vous répétez !, lança Alex. Je vous croyais moins avare de mots...

- Giles ? Que se passe-t-il ?, l'interrompit Willow. Vous... vous me rendez nerveuse...

A ce moment précis, la porte de l'appartement s'ouvrit à toute volée.

- Salut tout le monde, claironna Buffy en entrant dans la pièce. Ben quoi, vous en faites une tête ! Quelqu'un est mort ?

Alors Giles se tourna vers elle et répondit :

- Non... mais quelqu'un qui l'est déjà pourrait bien revivre !

Galway, Irlande - 1753.

Angélus sortit en titubant de la seule taverne de la ville. Encore une fois, il avait bu le peu d'argent qu'il avait réussi à voler à son père.

Au loin, il aperçut une belle jeune femme, blonde, qui semblait attendre qu'Angélus vienne à elle. Ce qu'il fit.

- Pardonnez-moi, mais puis-je vous demander... ce qu'une dame de votre condition fait, à cette heure, dans cette ruelle dont la réputation n'est plus à faire ?, demanda-t-il.

Prenant l'air ingénu, elle répondit :

- Peut-être qu'elle se sent seule ?

- Dans ce cas... accepteriez-vous que je vous escorte ? Vous protéger est mon seul but, et j'essayerai d'égayer votre solitude !

- Votre bonté vous honore...

- ... On me le dit souvent.

- Etes-vous certain de pouvoir relever ce défi ?

- Gente dame, sachez, dit-il en s'approchant, qu'en dehors d'une journée de labeur honnête, aucun défi ne m'a jamais fait reculer...

Il était maintenant tout près d'elle.

- Oh, votre visage est si joli... d'où êtes-vous ?, la questionna-t-il.

- A la fois d'ici... et de partout.

- J'ai toujours voulu connaître le monde... Je n'ai jamais été nulle part...

- Veux-tu me suivre ?

- Où ça ?

- Voir des choses inconnues, que tu n'imagines pas.

- C'est très tentant...

- Je sais... et effrayant !

- Je n'aurai pas peur... s'il te plait... montre-moi ton monde, répondit Angélus.

S'approchant de lui, elle posa une main sur sa poitrine.

- Ferme les yeux, souffla-t-elle.

Il obéit, laissant Galway loin derrière lui. Alors, il sentit les lèvres froides sur son cou puis une douleur, vive, brutale, qui l'empêcha  de crier ou de résister. Pendant de longues secondes, elle but son sang.

Puis, la vampire griffa le haut de son profond décolleté, attira la tête d'Angélus et le fit boire à son tour.

Tout d'abord, le goût l'écoeura mais ensuite, il le trouva délicieux, tellement bon. On aurait dit un élixir, un élixir de vie. Il en était sûr. Le sang qu'il était en train de boire allait changer sa vie. Il serait plus fort, désormais, il aurait aussi plus de pouvoir. Il le ressentait.

Il resserra son étreinte et continua de boire avidement le sang de la dame. Elle était si belle, si attirante et sentait tellement bon. Elle s'appelait Darla et l'initia au monde de la nuit, celui des vampires.

Elle devint son maître et son mentor, sa compagne, son amante.

Elle était sa créatrice.

Los Angeles, Californie - le même jour.

Angel arpentait de long en large la pièce qui lui servait de bureau. Soudain, Cordélia déboula et se cogna à lui.

- Angel, heureusement que tu es là ! Je te croyais déjà reparti pour Sunnydale.

- Reparti ? Pourquoi serai-je retourné à Sunnydale ? Tu sais bien que Buffy n'a désormais plus besoin de moi ! Elle a ce... Riley, lâcha-t-il d'un ton méprisant.

- Ecoute, je ne pense pas qu'elle soit toujours avec lui. Je vous ai vu... tous les deux... en train de...

- Tu as eu une vision ?

Quand Doyle, mi-humain mi-démon, était mort, Angel avait cru qu'il serait plus difficile pour lui d'aider tous ceux qui, dans cette ville, avaient besoin de lui. Doyle avait des visions qui permettaient à Angel de parer au plus pressé et d'aider la ou les personnes concernées par ces visions avant qu'il ne soit trop tard.

Seulement, Doyle s'était sacrifié pour permettre à Angel de sauver Cordélia ainsi qu'une famille de semi-démons persécutée par "Le Fléau". Mais avant de le faire, il avait embrassé Cordy et ainsi lui avait transmis son don de prescience.

Depuis, Cordélia s'efforçait d'aider au mieux Angel, mais n'avait pas encore totalement l'habitude de déchiffrer ses visions. Si bien que, quelques fois, ses interprétations étaient plutôt hasardeuses.

- Bon, calme-toi et raconte-moi ce que tu as vu.

- Mais je t'ai déjà tout dit. Toi et Buffy en train de... Tu sais, la dernière fois, tu étais redevenu... Grr ! Et tu avais tué Jenny ! Dis, tu sais que t'es pas mal torse nu ! Peut-être que tu devrais songer à devenir mannequin. Pense à toutes les portes que ça t'ouvrirait et à moi aussi, par conséquent !

- Cordy ! Si on en revenait à ta vision. Est-ce que tu m'as vu redevenir Angélus ?

- Non, en fait... Mais si tu fricotes avec Buffy, tu sais que ça arrivera ! C'est pour ça que tu es venu à Los Angeles !

- Merci Cordélia ! On peut toujours compter sur toi pour nous rappeler les bons souvenirs !, lança-t-il, ironique.

- Oh ! A ton service !

Prenant son cache-poussière, il sortit du bureau.

- Eh ! Où tu vas ?

- A Sunnydale !

- Mais, ma vision...

* * * * *

Pendant qu'il conduisait sur la route qui le ramenait vers Buffy, il se souvint de la première fois où il l'avait vu.

Los Angeles, Californie - 1996.

Une voiture aux vitres teintées noires se gara devant le Lycée Emery. La vitre du conducteur se baissa légèrement, laissant apparaître le visage d'Angel. Il observait une jeune fille, aux longs cheveux blonds, qui parlait avec ses amies, puis qui s'assit sur les marches, devant le bâtiment, une fois celles-ci parties.

Soudain, un homme s'approcha d'elle.

- Buffy Summers ?

- Oui ? Salut !, répondit-elle. C'est pour quoi ?

- J'ai besoin de vous parler... Vous devez venir avec moi, votre destinée vous attend.

- Je n'ai pas de destinée. Je suis sans destinée, désolée !, lança-t-elle.

- Oh si, vous en avez une ! C'est vous qui êtes l'Elue. Vous seule pouvez les arrêter.

- Qui ?, demanda-t-elle en redoutant la réponse.

- Les vampires !

- Hein ?!

Angel venait d'assister à la rencontre entre la nouvelle Tueuse et Merrick, son ancien Observateur, qui allait être tué quelques jours plus tard.

* *

Plus tard, au cimetière, il la vit combattre, sans beaucoup d'élégance, son premier vampire. Quand il se désintégra sous ses yeux, Buffy réalisa la puissance de son pouvoir.

* *

Toujours invisible à ses yeux, il raccompagna Buffy chez elle. Elle se fit sermonner par sa mère à cause de son retard, puis fila dans la salle de bains. De l'autre côté de la fenêtre, dissimulé par quelques branches d'arbres, Angel la vit pleurer, alors qu'elle prenait conscience du sombre avenir qui l'attendait.

Dès les premières secondes, il était tombé follement amoureux d'elle. Le rôle qu'il avait choisi de jouer près d'elle par la suite s'était révélé d'autant plus difficile à tenir.

2ème partie

Chez Giles, Sunnydale - la nuit suivante.

- Ouf !, dit Buffy en déposant son sac rempli d'armes sur la table du salon. Je suis morte. Une autre nuit comme celle-là et vous vous retrouverez sans Tueuse. A croire que les vampires ne savent pas que les vacances sont terminées et que la Tueuse et ses amis sont de retour !

- On en a tué 17 !, continua Alex. Enfin Buffy en a tué 11 et nous 6. Ce qui n'est déjà pas mal, vu que Tara venait pour la première fois avec nous et qu'Anya s'est contentée de nous regarder de loin !

- Eh !, protesta-t-elle. J'avais pas envie de me faire tuer, c'est tout.

- Giles ? Toujours perdu dans vos pensées ?, demanda Willow.

- Oh ! Pardon... Vous disiez ?...

Puis sans laisser le temps aux autres de répondre :

- Incroyable !... C'est fascinant... je n'espérais pas faire une telle découverte un jour...

- Giles, il serait temps que vous vous expliquiez ! Hier vous nous avez mis à la porte, prétextant de nombreuses recherches à faire sur le livre que Willow a rapporté de France. Et ce soir vous n'écoutez rien, alors que d'habitude vous voulez tout connaître de nos rencontres démoniaques afin de ne pas passer à côté d'un élément capital.

- Capital, c'est le mot...

- Oh, je vois !

En fait, elle ne voyait rien du tout.

- Giles ! Il faut que je vous tape dessus pour que vous vous décidiez à cracher le morceau ?

- J'attendais en fait une confirmation de mes doutes par l'un de mes amis, mais il y a peu de chance pour que je me trompe...

- Je n'aime pas quand vous prenez ce ton, Giles. La dernière fois, c'était pour l'Ascension du maire, répliqua Willow.

- Non, ne vous inquiétez pas. C'est plutôt une bonne chose... enfin... pour Buffy.

- Pour moi ? Vous savez, si c'est pour me priver de mes pouvoirs encore une fois... merci, mais c'est non ! En plus, c'est pas mon anniversaire !

Un an et demi plus tôt, le Conseil avait appliqué le "Cruciamentum". C'était un rite immuable depuis une douzaine de siècles, qui n'était facile ni pour la Tueuse, ni pour l'Observateur. Lorsqu'une Tueuse atteignait dix-huit ans, il était temps pour elle de passer l'épreuve. C'était un exercice archaïque et cruel. Fragile et sans défense, Buffy avait été cloîtrée dans une maison perdue au milieu de nulle part, et un démon très puissant y avait été lâché. Il s'en était fallut de peu pour qu'elle ne s'en sorte pas vivante.

- Ça concerne Angel, reprit Giles.

- Vous avez découvert une prophétie annonçant le retour d'Angélus ?, demanda Alex. Parce que si c'est le cas, je ne lui ferai pas de cadeau, cette fois !

Alex n'aimait pas Angel. Tout d'abord, parce que, le temps qu'il était redevenu Angélus, après avoir fait l'amour avec Buffy, il avait tué Jenny Calendar, la seule prof qu'il aimait bien quand il était au Lycée et aussi la seule femme dont Giles ait jamais été amoureux ! Mais il le détestait surtout parce que Buffy avait été très éprise de lui, au détriment d'Alex.

- Alex !, le sermonna Willow

- Ok, ok, j'ai rien dit !

- S'il vous plait, écoutez-moi !, leur demanda Giles. Ce que j'ai découvert et très difficile à expliquer et encore plus à réaliser ! Le livre de Willow contient un contre-sort à la malédiction d'Angel.

- Quoi ?, s'écria Buffy.

- Buffy... Il est écrit que l'on peut modifier le sort qui a été jeté, si l'on peut prouver que le vampire fait, désormais, le bien autour de lui et cela sans jamais tuer pour se nourrir.

- Mais... comment ?

- Grâce à cela, dit Giles en exhibant le miroir qu'il avait sortit la veille de son coffre, le Miroir du Temps. Une incantation permet à la personne qui la dit de remonter dans le temps, à l'époque où le sort a été jeté. Si elle parvient à convaincre les Bohémiens du bien-fondé de sa demande, le sort sera modifié et la malédiction à demi-levée.

Dans la pièce, le silence absolu se fit. Tous réfléchissaient à ce que Giles venait d'annoncer, à ce que cela signifiait mais aussi à ce que Jenny Calendar leur avait apprit quand ils avaient découvert qu'elle appartenait au clan des bohémiens. Ses mots résonnaient encore dans leurs têtes : "Le destin d'Angel est de souffrir, pas de vivre comme un être humain. Un seul moment de véritable bonheur, de satisfaction... un seul moment pendant lequel son âme ne le tourmentera plus et le laissera en paix... un seul... et il redeviendra un vampire sanguinaire."

Enfin, Buffy reprit la parole.

- Oui mais... Riley ?, demanda-t-elle en évoquant son petit ami.

- Moi, je suis partant !, lança une voix derrière eux.

Angel sortit de l'ombre.

Roumanie - 1898.

La Bohémienne leva une main au-dessus d'une boule de Thésulah et prononça l'incantation :
 

Nici mort nici al fiintei,
Te invoq, spirit al treserii
Reda trupului ce separa omul de animal
Cu ajurtorul acestui magic glod de cristal.

Ni morts, ni vivants,
Je vous invoque, esprits du règne du milieu.
Regagnez le corps qui nous sépare de l'animal.
Et puisse cet artefact vous servir de guide.

La douleur s'abattit sur Angélus. Il vacilla puis se retourna pour voir ce qui l'attaquait mais ne vit rien.

Il tomba à genoux, le souffle court. Il avait l'impression qu'un ennemi invisible lui arrachait les entrailles. Il se releva et courut dans les bois.

Puis il retomba et s'évanouit.

Quand il revint à lui, un Gitan était penché au-dessus de lui.

- Ça fait mal, n'est-ce pas ? C'est bien, ça va te faire plus mal encore...

- Où suis-je ?, l'interrogea Angélus.

- Tu ne te rappelles pas ? Tous les méfaits que tu as commis depuis cent ans vont revenir dans ta mémoire dans un instant... Tous les visages de ceux que tu as tué... le visage de notre fille... il te hantera... Et tu sauras alors ce qu'est la vraie souffrance.

- J'ai tué ?...

Puis les souvenirs affluèrent : Darla, sa transformation, les massacres qu'il avait perpétrés et les tortures infligées... La Gitane, si belle, si confiante. Il était responsable de toutes ces morts.

- Oh non ! Non !, gémit-il.

Un sentiment de culpabilité submergea Angélus et le tortura. Sous le regard satisfait du Gitan, il hurla à la mort.

- C'est vrai qu'il est pas mal, chuchota Anya à Tara. Mais pas aussi bien que mon Alex !

- Angel ? Mais que fais-tu à Sunnydale ?

- Cordélia a eu une prémonition, dit-il simplement.

Buffy le regardait comme s'il n'était qu'une illusion.

Il était toujours aussi beau. Tout habillé de noir, son cache-poussière en cuir sur le dos, il ressemblait aux héros des romans sentimentaux qu'elle adorait lire quand elle avait 15 ans. Cinq ans plus tard, sa vie avait évolué bien différemment de celles des autres jeunes filles de son âge. La plupart d'entre elles ne rencontrait pas le prince charmant tant désiré mais cela ne les privait pas d'une vie quasi "normale". Elles sortaient aussi longtemps que leur jeunesse le leur permettait, puis après avoir trouvé un boulot un tant soit peu intéressant, elles fondaient une famille et menaient une petite vie tranquille avec leur mari et leurs enfants.

Buffy, quant à elle, ne pourrait rien avoir de tout cela. Elle ne pouvait jamais sortir et s'amuser avec l'insouciance de ses, presque, 20 ans. Elle ne ferait jamais le métier de son choix, ne se marierait jamais ni ne fonderait une famille. Elle n'aurait jamais une vie "normale".

La seule chose dont elle pouvait se vanter, c'était d'avoir vécu un amour passionnel, fusionnel et éternel avec un homme qui ne l'était pas moins !

Mais au moins avait-elle rencontré son prince charmant ! Angel.

Buffy se remémora leur première rencontre.

Sunnydale, Californie - 1997.

Buffy se dirigeait vers le Bronze pour rejoindre ses nouveaux amis, quand elle entendit quelqu'un marcher derrière elle. Le surprenant, elle le fit tomber sur le sol.

- Pourquoi me suivez-vous ?, demanda-t-elle à l'inconnu.

- Je sais ce que vous croyez, lui répondit-il, mais soyez tranquille, je ne mords pas !

Elle lui permit de se relever, mais resta sur ses gardes.

- Je dois dire que je m'attendais à ce que vous soyez plus grande... ou plus musclée en tous cas. Mais vous savez cogner ! avoua-t-il en se massant la tête.

- Que voulez-vous ?, le questionna-t-elle.

- La même chose que vous !

- D'accord, qu'est-ce que JE veux ?

- Vous voulez les tuer, les tuer tous.

- C'est faux ! Je suis désolée... Ce que je veux c'est qu'on me fiche la paix !

- Croyez-vous avoir encore le choix ? Ici vous êtes aux portes de l'enfer ! Elles sont sur le point de s'ouvrir ! Vous ne pouvez pas reculer !

Il prit quelque chose dans la poche intérieure de sa veste et lui jeta.

- Tenez-vous prête.

- Prête pour quoi ?, lui demanda-t-elle.

- Pour la Moisson.

- Qui êtes-vous ?

- Disons que... je suis un ami.

- Oui mais, si je ne veux pas d'ami ?

- Je n'ai pas dit que je serai le vôtre...

Il s'éloigna et disparut dans l'ombre.

Alors, Buffy ouvrit la boite qu'il lui avait donné et trouva à l'intérieur une croix en argent.

* *

Buffy était à la recherche de l'un de ses amis, prisonnier des vampires. Dans le cimetière, alors qu'elle était bloquée devant une porte, elle retrouva l'inconnu.

- J'imagine que vous n'avez pas la clé...

- Ils n'aiment pas beaucoup que j'aille les voir à l'improviste, lui répondit-il.

- Pourquoi ?

- Parce qu'ils ne m'aiment pas !

- Alors ça, vraiment, ça me surprend !, plaisanta-t-elle.

- Je savais qu'un jour où l'autre vous découvririez cette entrée. A vrai dire, je pensais que vous auriez été plus... rapide que ça !, dit-il dans un sourire.

- Navrée de vous décevoir !... Ecoutez, si on est apparemment appelé à se revoir chaque fois que je me lance dans des recherches vampiresques, puis-je savoir au moins votre nom ?

- Angel.

- Angel ? J'aime bien.

- Giles, dit Angel en s'approchant de l'ancien observateur. Pourriez-vous m'en dire plus ?

- Eh bien, la personne qui décidera de retourner dans le passé pour défendre ta cause, devra dire une incantation en regardant le miroir. Elle se retrouvera alors au moment précis où les Bohémiens s'apprêtent à lancer la malédiction. Elle n'aura alors que très peu de temps pour les convaincre que tu n'es plus mauvais. S'ils acceptent de la croire, elle sera de nouveau projetée dans le présent. Il faut savoir que celui-ci n'aura pas changé. Tu seras toujours hanté par les âmes de ceux que tu auras tués et cela ne fera pas revenir Kendra ou... Jenny !

- Mais alors... ?

- Alors ?... euh... tu auras exactement la vie que tu mènes actuellement à la seule différence qu'il te sera permis d'aimer et de vivre pleinement cet amour ! Avec t... tout ce que cela signifie... Mais il y aura peut-être des effets secondaires  !

- Je me moque de ce que cela pourra produire sur moi !, déclara Angel.

Angel et Buffy ne se quittaient pas des yeux. Il était encore damné, un vampire avec une âme, luttant contre ses démons et elle était l'élue, une Tueuse sans avenir, la seule de sa génération. Mais, dans quelques jours peut-être, tout cela aurait changé.

Dans quelques jours, quelques heures même, ils pourraient peut-être vivre pleinement leur amour. Un amour qui avait faillit causer leur perte à tous les deux.

Sunnydale - 1997.

- Qu'est-ce que tu dis ? Tu veux un rendez-vous ?

- Non.

- Tu ne veux pas un rendez-vous ?

- Qui a dit "rendez-vous" ? J-Je n'ai jamais dit "rendez-vous".

- C'est vrai. Tu veux juste qu'on prenne un café ou autre chose.

- Un café ?

- Je savais que ça arriverait, lui avait dit Angel.

- Quoi ? Que penses-tu qu'il arrive ?

- Tu as 16 ans, j'en ai 241

- J'ai fait le calcul.

- Tu ne sais pas ce que tu fais, tu ne sais pas ce que tu veux.

- Non, au contraire. Je veux arrêter cette conversation.

- Ecoute, si je te donne un rendez-vous, nous savons toi et moi qu'une chose en entraîne une autre.

- C'est déjà en train de se produire. Tu ne penses pas qu'il est un peu tard pour brandir un panneau "DANGER".

- J'essaye juste de te protéger. Cela pourrait devenir incontrôlable.

- N'est-ce pas ce que c'est supposé devenir ?, murmura Buffy.

- Ce n'est pas un conte de fées. Quand je t'embrasse, tu ne te réveilles pas d'un long sommeil et vis heureuse pour toujours.

- Non. Quand tu m'embrasses, j'ai envie de mourir.

Sunnydale - 1998.

Un démon appelé le Juge avait tenté de les tuer en les brûlant afin de s'approprier leur humanité et ainsi retrouver toute sa force.

Buffy et Angel avaient réussi de justesse à faire diversion et à s'enfuir par les égouts de la ville. Ils échappèrent aux vampires que Spike avait lancés après eux et regagnèrent la rue grâce à une échelle de service.

Dehors, il pleuvait des cordes.

- Dépêchons, cria-t-il, il  faut nous abriter.

Sous la pluie battante, ils coururent jusqu'à l'appartement d'Angel.

Buffy était glacée.

- Tu trembles comme une feuille..., lui dit-il.

- J'ai froid, répondit-elle en claquant des dents.

- Il te faut des vêtements secs.

Il se dirigea vers sa commode.

- Mets ça, la conseilla-t-il en lui tendant un sweat-shirt et un bas de jogging, et va te mettre au lit pour te réchauffer.

Buffy hésita puis se dirigea vers le lit proprement fait. Elle s'y laissa tomber en serrant contre elle les vêtements secs.

Dehors, le tonnerre grondait et les éclairs déchiraient de temps en temps le ciel.

Angel s'approcha d'elle. Quand elle leva les yeux, elle réalisa qu'il la fixait.

- Désolé, dit-il en se retournant.

Mais elle savait qu'il l'avait fait à contre-coeur.

Lentement, Buffy défit le gilet de son twin-set et laissa échapper une petite plainte en ôtant l'une des manches.

- Qu'est-ce qu'il y a ?, demanda Angel.

- Oh !... C'est rien, c'est pas grave... J'ai sûrement dû me couper, murmura-t-elle.

- Est-ce que... je peux voir ?

- Bien sûr !, déclara-t-elle en couvrant pudiquement sa poitrine avec son cardigan.

Angel s'assit au bord du lit et elle pivota pour lui montrer sa blessure. Elle sentit ses doigts froids écarter doucement la fine bretelle du caraco, puis ses mains lui palper l'épaule. Elle frissonna.

- C'est presque refermé, l'informa-t-il d'une voix rauque qui trahissait son émotion. Ça ira.

Ils ne bougèrent ni l'un ni l'autre. Buffy entendit Angel déglutir. Puis elle se retourna et se blottit dans ses bras. Des larmes perlèrent à ses paupières puis roulèrent sur ses joues. Ils étaient bouleversés d'avoir cru ne jamais se revoir.

- J'ai failli te perdre aujourd'hui, murmura Buffy, faisant écho aux pensées d'Angel.

- Moi aussi...

Angel la serra plus fort contre son torse pendant qu'elle pleurait à chaudes larmes.

- Angel... c'est pire encore que d'être tuée...

- Chut..., souffla son compagnon. Je...

- Quoi ?

- ... Je t'aime. J'ai lutté contre ça, mais rien n'y fait, continua-t-il d'une voix brisée.

- Moi aussi, je t'aime Angel, lui répondit-elle, étranglée par l'émotion.

Ils s'embrassèrent, tout doucement d'abord, puis de plus en plus passionnément. Ils étaient en train de franchir un cap, d'aller plus loin qu'ils ne l'avaient jamais fait.

C'était un serment, une promesse qu'ils se faisaient.

- Buffy, il ne faut pas, non...

- Chut... embrasse-moi...

Leurs lèvres s'unirent de nouveau, puis Angel étendit Buffy sur le lit.

Tandis que leurs corps se joignaient, Angel sentit une joie immense prendre possession de son coeur. Pour la première fois depuis deux siècles, il crut être au paradis...

* *

Le tonnerre grondait. Angel se réveilla en sursaut, une douleur immense lui déchirant le corps et l'âme.

Il s'habilla à la hâte et sortit sous l'orage en se tenant la tête.

Tombant à genoux et submergé par cette souffrance, il comprit qu'on lui arrachait son âme, une fois encore.

- Buffy... Buffy ! cria-t-il.

Son nom fut le dernier qu'Angel prononça.

A suivre...