Séquelles

Par Haldol

Titre : Séquelles
Auteur : Haldol
Résumé : Suite de Seigneur et Maître. Dans l&'opus précédent, Spike donnait sa version de l'histoire de sa vampirisation à Buffy. La Tueuse, devenue très curieuse sur la sexualité de ses deux amants, va voir Angel à Los Angeles pour en découvrir plus. Angel reprend le récit... mais c'est le versant Angelus qui lui conte la suite.
Note de l'auteur : Je ne voulais pas trop trahir les personnages : pas facile alors que les deux vampires sont, dans BtVS, hétérosexuels. Alors j'ai joué sur les caractères. Angelus est un monstre, un pervers polymorphe, incapable d'amour ou de compassion. Il n'a qu'une passion : détruire. Spike est un exalté, qui aime avec excès, mais qui ne s'épanouit que dans des relations sado-masochistes (cf. ses relations sexuelles avec Buffy).
Rating : NC-17


Buffy avale une gorgée de café... Il doit être froid à présent. Elle a parlé pendant longtemps. Je l'ai écouté, sans oser l'interrompre, sans oser bouger. C'est très bizarre : j'écoute le récit de l'histoire de la vampirisation de Spike dans la bouche de la femme que j'ai, autrefois, aimé plus que tout au monde. Aujourd'hui, bien sur, tout est différent.

Elle est là, à Los Angeles, à L'Hyperion, devant moi, belle comme le jour... Et elle est venu de Sunnydale dans le seul but que je lui parle de Spike... de Spike et de moi.

Elle s'est tue depuis près d'une minute. Il faut que je dise quelque chose...

"Ho ! Il t'a donc avoué qu'on s'était embrassé... Pourquoi ? "

Oui. Pourquoi Spike a-t-il été raconter ce détail très intime à la Tueuse, alors qu'il la déteste et qu'il a plusieurs fois essayé de la tuer ? C'est très curieux...

Buffy esquisse un petit sourire ; elle ne paraît pas à l'aise. Elle mordille sa lèvre inférieure et se décide enfin à répondre :

"Depuis qu'il a cette puce, il a beaucoup changé. Il se bat le plus souvent à mes côtés. C'est presque devenu un allié. Tu sais, lui et moi, on discute beaucoup..." souffle-t-elle en plongeant le nez dans sa tasse.

"Je vois" dis-je simplement.

Spike se confiant à la Tueuse... Il est masochiste. Il a toujours aimé ça : se faire rabaisser, humilier, se faire battre... Spike a le tempérament et la nature d'un esclave. Il ne s'épanouit que dans la douleur et dans la soumission.

Buffy pose la tasse et me fixe avec intensité : "Angel, je t'en pries, sois honnête avec moi. Je voudrais connaître son histoire. Vous vous êtes embrassés... Une seule fois, c'est ça ? Il ne s'est jamais passé rien d'autre ?"

"Buffy, je ne sais pas si c'est une bonne idée. Si Spike ne t'a rien dit d'autre, c'est peut-être qu'il a estimé que c'était suffisant". Je vois son visage se contracter. Elle se glace devant moi.

"Angel, si tu dis ça, c'est qu'il y a autre chose". Elle déglutit péniblement. Elle pressent qu'entre Spike et Angelus, les choses ont été très loin... sans doute beaucoup trop loin.

"Buffy, je ne suis pas sûr que tu aimerais m'entendre te raconter ce que j'ai fait subir à Spike" La Tueuse a posé sa main sur sa bouche, comme pour s'empêcher de hurler ; elle tremble légèrement. Je la sens complètement perdue. Elle plonge dans une dimension inconnue qui l'effraie.

"Je veux savoir ! Angel, je t'en pries. Pourquoi dis-tu " ce que j'ai fait subir à Spike " ?Tu l'as torturé ? Angelus l'a mis plus bas que terre, n'est-ce pas ? Racontes-moi ce qui s'est réellement passé entre vous".

Je soupire. Puisqu'elle veut savoir...

Mais par où commencer ?

Par Spike... Il faut que je lui livre mes pensées sur le vampire que j'ai fait naître.

William : le jouet d'Angelus.

"Buffy, tu veux vraiment connaître l'histoire de la dégradation de Spike ?" Elle opine de la tête.

"Très bien, voici donc ce que j'ai fait endurer à la créature que j'avais enfantée.

Lorsque je l'ai choisi, j'avais senti que Spike avait l'âme pure et qu'il était capable d'amours de toutes natures. Il a, encore aujourd'hui, la chair et le coeur tendres : c'est un faible. Spike a toujours été un faible...

Après sa naissance à la vie vampirique, j'ai compris qu'il développait une sorte de passion pour moi. Il avait envie de moi, je le sentais tout le temps. Drusilla aussi le sentait... Je m'en amusais sans cesse. Lorsque nous sortions chasser tous les deux, je lui choisissais de jeunes éphèbes à dévorer.

Nous buvions plus souvent de jeunes garçons que de jeunes femmes : des puceaux plutôt que des vierges.

Je le poussais dans cette voie là parce que je savais qu'il était totalement perdu : ses sentiments le perturbaient et je l'enfonçais dans son trouble et sa perplexité. Je trouvais si drôle de le rendre toujours plus fragile.

Mais, dans les premiers temps, on restait dans les non-dits. Je l'excitais par mes gestes, mes attitudes, mes mots mais j'avais érigé des barrières à l'extérieur desquelles je le maintenais prisonnier. Il se languissait en attendant une invitation de ma part à aller plus loin.

C'est exactement ce que je voulais. Pour moi, Spike n'était rien. Je ne voyais en lui qu'un moyen de satisfaire un de mes vices : la cruauté. Je souhaitais emmener Spike à me désirer plus que tout et à l'en priver. Je n'avais aucune intention de lui donner ce dont il rêvait. Ce n'était pour moi qu'un jeu pervers. Et ça m'amusait beaucoup.

Un soir, alors que Dru et Darla étaient parties dîner de quelques spectateurs au théâtre, nous sommes aller souper dans un restaurant très chic. En entrant, je l'ai tout de suite remarqué : un homme d'environ 25 ans, brun, élancé, mat de peau... Il revenait visiblement des colonies. Il respirait la santé et la force. Il était réellement très beau. Spike le dévorait du regard. Après le dîner, on l'a attendu dehors et on l'a suivi jusque chez lui. Il habitait un vaste immeuble au fond d'une grande cour pavée. Il faisait très sombre et le parfum du chèvrefeuille empestait l'air moite de cette nuit d'été trop chaude.

On l'a attaqué ensemble devant la porte d'entrée, à la lumière de la lune. Avant qu'il ait pu faire un mouvement ou dire un mot, on l'avait maîtrisé et on avait planté nos crocs de chaque côté de son cou. Ce contact quasi-charnel entre nos corps mêlés, la violence qu'on laissait exploser et l'odeur du sang accroissaient la tension sexuelle entre nous deux.

Je sentais que Spike était réellement très excité. J'ai décidé que c'était le bon moment pour passer à la vitesse supérieure avec mon élève. Je l'ai incité à satisfaire ses pulsions avec le jeune garçon dont on était en train de se nourrir. Je m'entends encore lui hurler ces mots qui le dégradaient : "Baise-le, William ! Vas-y ! T'en crèves d'envie ! Je le sais... Je le sens".

Ca m'excitait.

Spike est resté perplexe. Il ne s'attendait pas du tout à ça. Il espérait que je le traite enfin en amant, non que je lui livre le premier venu. Il me désirait, moi. Moi et personne d'autre.

Ce qu'il voulait, c'était se donner à moi, complètement et entièrement. Quelles qu'auraient été mes envies sexuelles, je savais qu'il se serait laissé faire. J'aurais pu en faire ce que je voulais. De ma part, il aurait tout accepté.

Mais je ne désirais nullement coucher avec lui... parce que, justement, lui mourrait d'envie de coucher avec moi.

Il était sous ma parfaite domination. Il ne pouvait pas s'empêcher de m'aimer. Je sentais l'odeur de son excitation sexuelle : il crevait de désir. Il voulait tant que je le baise. Et moi, par mes mots, par mes gestes, je le soumettais à de vicieuses tortures. Il me fixait de ses yeux bleus devenus durs, mâchoires contractées.

Comme il restait immobile, je me suis énervé. J'ai brisé la nuque du type dont on s'était nourri. Son corps s'est affalé sur le sol dans un bruit sourd. J'ai enjambé le cadavre et je me suis approché de Spike.

Je l'ai bousculé. Je voulais pousser ce petit jeu cruel à son extrême. La seule chose qui m'intéressait était de savoir jusqu'où je pourrais aller avant qu'il ne devienne fou.

Je me suis collé à son corps et j'ai murmuré dans son cou les phrases qui me brûlaient la langue :

"Ta sexualité est plus qu'indécise, William... Drusilla m'a parlé... Tu la baises mal. Elle n'est pas contente. Elle s'en plaint régulièrement à Miss Edith. Je parie que tu penses à moi quand tu la touches. Tu fantasmes en imaginant que la peau contre laquelle tu te frottes, c'est la mienne. Tu voudrais que ce soit mes mains qui caressent ton corps, mes mains qui satisfassent ton érection"

J'avais senti l'odeur de son excitation sexuelle. J'ai glissé mes doigts entre ses cuisses... Son sexe était déjà très dur. Il bandait... pour moi. Je me suis mis à rire, pour le blesser. Il a voulu se dégager de mon étreinte obscène mais je lui ai saisi les poignets. Je ne voulais pas qu'il s'évade de mon emprise. Je l'ai plaqué au mur.

Il n'a pas résisté. Il s'est laissé faire. J'ai abrasé son érection en frottant le haut de ma cuisse entre ses jambes. Ca me faisait marrer de le voir humilié, soumis à son désir de moi... Il avait détourné la tête, refusant de voir mon visage moqueur. Je me suis énervé : "Regarde-moi William. Dans les yeux. Montre-moi tes prunelles bleues que je puisse y lire tes envies" Il a obéi. William obéissait toujours.

J'ai d'abord glissé mes mains sous sa chemise et j'ai caressé son torse. Ensuite, j'ai laissé descendre mes doigts vers son ventre tendu. Ses muscles se contactaient et sa peau frissonnait.

J'ai lentement défait la ceinture, décroché le métal de la boucle. J'ai manipulé un par un les boutons argentés. Il respirait de plus en plus vite et de plus en plus fort. J'ai infiltré ma main sous le tissu et j'ai cherché son sexe. Il bandait : une érection dure et sublime.

J'ai continué de murmurer dans son cou : "Je sais ce que tu voudrais. Tu as envie de sentir mes lèvres sur ta peau, tu meurs d'envie de mettre ton sexe dans ma bouche... Ou peut-être préférerais-tu t'agenouiller devant moi et me faire jouir avec ta langue. Tu crois que tu pourrais faire ça pour moi ? Tu penses que tu pourrais me faire éjaculer en mettant mon sexe dans ta bouche ? Dis-le moi, William... Dis-le moi... "

Mes doigts lui donnaient ce qu'il désirait plus que tout : je le caressais lascivement, contrôlant sa jouissance... Il haletait. Je le regardais prendre son plaisir mais ce qui m'excitait, c'était l'issue que j'allais donner à ce contact charnel. J'ai toujours eu la passion de la destruction. Spike m'aimait réellement et je voulais qu'il en bave. Je l'avais conçu pour ça : pour le torturer. Angelus est le pire des monstres...

Quand je l'ai senti au bord de l'orgasme, je me suis arrêté. J'ai reculé d'un ou deux pas et je lui ai jeté les pires injures qui me passaient par la tête. Je voulais cracher ma haine et mon mépris. Je l'ai rabaissé, humilié comme il ne l'avait jamais été.

Il en a eu les larmes aux yeux. Il était là, en attente, honteux de ses pulsions, perturbé par les réactions de son corps. Et moi, je l'enfonçais.

Il m'a hurlé : "Va te faire foutre Angel ! "

Je lui ai répondu : "c'est justement ce que je vais faire, William... mais pas avec toi".

Je l'ai laissé excité, bandant, à moitié dévêtu, dans cette cour sombre saturée du parfum du chèvrefeuille qui dégoulinait au dessus de nous. Et, tandis qu'il se rhabillait, j'ai disparu dans la nuit noire.

J'ai été dans un de ces pubs underground où une faune bizarre se retrouvait en cachette. Tu sais, Buffy, l'homosexualité était qualifiée de crime au XIX° siècle en Angleterre, et même au début du XX° siècle. Il existait des endroits plus ou moins secrets où se rencontraient ceux qu'on appelait à l'époque les invertis. Je connaissais ces lieux particuliers. Je me suis installé au comptoir du bar et j'ai regardé autour de moi.

Je chassais.

J'ai choisi un gentil petit blondinet, un type qui ressemblait vaguement à Spike... quelqu'un qui pourrait renforcer encore davantage sa jalousie.

Ce jeune garçon n'avait même pas vingt ans. C'était une sorte d'adolescent éthéré avec un visage pur et gracieux. Rien qu'en le regardant, je pouvais sentir qu'il préférait les hommes aux femmes. Ce désir là vibrait dans tout son corps. J'ai été le draguer et je l'ai ramené à l'hôtel particulier ou Spike, Darla, Drusilla et moi habitions.

Spike était là. Il m'attendait. Je les ai présenté l'un à l'autre... Je... Je ne me souviens même plus comment il s'appelait... Anton, je crois... Non, je ne sais plus... Peu importe... On dira Anton, pour simplifier les choses...

J'ai fait comprendre à Spike que j'allais me faire ce jeune garçon : je voulais qu'il sache clairement que je n'allais pas seulement planter mes crocs en lui, mais que Anton allait également devenir mon amant.

Spike l'a regardé comme un ennemi à abattre. L'autre l'a senti très hostile. Il a compris qu'il était jaloux. J'ai entraîné Anton dans la chambre.

Je n'ai pas fermé la porte.

Je l'ai déshabillé, lentement, avec douceur et application. Je voulais que Spike envie cet adolescent à la peau diaphane. Je désirais qu'il regarde tout ce que j'allais donner à Anton et que je lui refuserais toujours.

Je l'ai embrassé, tendrement, en effleurant sa peau veloutée. Je sentais sous mes doigts ses veines dans lesquelles son sang bouillait. Ca m'excitait... J'avais faim de lui. Je contrôlais avec peine mon désir de mordre et de boire le sang de ce jeune puceau. J'ai léché son visage, son torse imberbe... Sa bouche... Il embrassait très bien. Sa langue se mélait à la mienne. Ses lèvres charnues étaient douces... Mon appétit pour lui grandissait.

Je l'ai allongé sur le lit et je l'ai caressé. Sous mes doigts froids, je sentais sa peau chaude et je respirais son odeur d'homme : l'odeur du tabac, l'odeur naissante de sa transpiration... Je l'ai fait descendre le long de mon corps et il m'a fait la plus extraordinaire des fellations. J'ai réalisé que mon amant n'était pas si puceau que ça, après tout.

Ensuite, je l'ai retourné à plat ventre et j'ai... "

Buffy baisse les yeux. Elle n'ose plus me regarder. Je comprends qu'elle soit gênée par ces révélations. Après tout, nous avons fait l'amour. Elle n'a jamais imaginé que j'avais un passé homosexuel... Enfin, Angelus, pas Angel...

Elle sait qui est Angelus : elle sait qu'il n'est pas moi.

Il faut que j'aille jusqu'au bout de ce récit et que j'exorcise une bonne fois pour toute cette histoire. Je reprends :

"Je me suis enfoncé en lui, j'ai déchiré ses entrailles... Il gémissait en dessous de moi mais je n'entendais rien. Le seul son que je captais, c'était la respiration douloureuse de Spike dans le couloir, derrière la porte entrouverte...

Je voulais qu'il me regarde le mordre, boire son sang... et le baiser. J'ai senti sa présence tout le temps ou je me suis amusé avec ce jeune garçon. J'ai... Ca a été terrible....

J'avais conçu cette scène pour blesser Spike le plus profondément possible. Ce rôle que je jouais était d'une perversité absolue. Je me suis amusé de lui avec un sadisme consommé.

William...

Je me délectais de sentir sa souffrance : je l'avais placé dans une situation de détresse psychologique intense.

Spike n'est pas un vampire comme les autres. Il est, en dépit de sa transformation vampirique, capable d'amour, de générosité, de don de soi... Il était la victime idéale. Je l'avais choisi pour ça : sa capacité à encaisser, sa résistance à la douleur morale, à la douleur physique.

Je l'avais suivi dans les salons mondains, j'avais assisté à son humiliation publique par Cecily : il me fallait un esclave comme celui-là... Je savais qu'il serait mon jouet, que je pourrais le torturer à l'envie...

Tandis que je travaillais le plus sensuellement possible le jeune blondinet, je respirais l'odeur de Spike, sa rage, son excitation sexuelle...

Et puis, je suis devenu plus violent... Je savais que Spike en deviendrait fou. J'ai baisé mon amant avec âpreté et brutalité, jusqu'à ce qu'il en hurle de douleur et de jouissance... Mais je n'entendais pas ses cris... Je ressentais seulement Spike... Spike et personne d'autre.

Au moment de jouir, j'ai planté mes crocs dans son cou. Anton a crié un instant et puis sa voix s'est perdu dans un souffle... Je l'ai bu lentement, en prenant tout mon temps...

Je me délectais de sentir son corps prisonnier du mien, mon sexe en lui, mes mains sur ses poignets, ma langue contre la peau délicate de sa nuque, ma bouche aspirant son sang chaud. Il était à moi, sous mon emprise, sous mon contrôle..."

Buffy me regarde, les yeux emplis de terreur. Elle a du mal à articuler : "Que.. Qu'est-ce que tu lui as fait ? Tu l'a vampirisé ? Tu l'as tué ? " Puis son regard devient humide. Elle murmure : "Et Spike ?"

Comment lui avouer ? Dois-je édulcorer mes actes et affadir le récit ? Je pense qu'il vaut mieux que je choisisse mes mots avec soin... De toute façon, les détails ne changeront rien pour elle. Elle est déjà plongée dans l'horreur.

Je reprends mon récit avec difficulté. Ces aveux me coûtent tellement : "Je ne l'ai pas tué... Je l'ai laissé à l'agonie, étendu à plat ventre sur le lit, cuisses ouvertes, sa tête baignant dans le sang qui s'écoulait de sa nuque... J'avais déchiré son cou avec mes dents...

Je suis sorti de la chambre sans me rhabiller. Je voulais que Spike me voit nu, le corps encore marqué par mes ébats sexuels mortifères avec ce garçon blond si désirable et si goûteux. Spike était planté dans le couloir, anéanti.

Je suis passé près de lui et j'ai effleuré son visage de ma main encore pleine de l'odeur d'Anton. J'ai approché mes lèvres de son cou et je lui ai susurré à l'oreille : "Tu en as envie, William ? Vas-y, prends-le... Celui-là, tu as le droit de le baiser. Je te le laisse. Il a un goût subtil et délicat. Il est délicieux, vraiment délicieux..." J'ai léché sa joue, un rapide coup de langue sur sa peau, et je suis parti vers la salle d'eau.

J'ai entendu Spike entrer dans le chambre...

Buffy est suspendue à mes paroles. Elle m'interroge : "Qu'est-ce qu'il a fait ? Il l'a... " Sa voix s'étrangle.

Je termine la phrase pour elle : "Il l'a tué. Il lui a brisé la nuque, d'un coup sec. Il ne l'a pas touché. Il n'a même pas voulu le boire".

Buffy baisse les yeux. Elle est anéantie.

"Je ne comprends pas" me dit-elle, désespérée. "Spike n'est pas... Je croyais qu'il aimait les femmes... et je découvre qu'il t'aime, toi. Ou du moins qu'il t'a aimé"

Je ne peux m'empêcher de sourire. La Tueuse ne nous connaît vraiment pas. Il faut que je lui explique :

"Buffy, tu n'y es pas. Spike et moi, on est des prédateurs sexuels. Les vampires sont des êtres hyper-sexués. Tout nous excite : les hommes comme les femmes. Nous avons tout le temps envie de faire l'amour et nous n'avons pas de barrières morales. Les rigueurs et les contraintes imposées par une société puritaine nous sont complètement étrangères. Nous voulons, nous prenons.

Nous sommes des vampires. Nous avons été conçus pour nous reproduire, nous multiplier, encore et encore.

La création...

Bien que je déteste faire cet aveu, je dois le concéder : nous sommes des sortes de Dieux. Comme lui, nous créons des êtres à notre image.

Puisque nous ne pouvons pas enfanter, il nous faut d'autres moyens... Nous nous nourrissons d'êtres humains et notre faim, sans limite, est souvent doublée d'un désir de création.

Se reproduire... Dieu, ou Satan, a mis en nous un désir sexuel puissant et dévastateur : les vampires ont envie des hommes comme ils ont envie des femmes. Tout m'excitait lorsque je n'avais pas d'âme. Tous les corps esthétiques, toutes les chairs tendres et goûteuses... Nous n'atteignons jamais l'état de satiété. Notre voracité est infinie".

Je ne sais pas si Buffy comprend. Elle a l'air très perturbé. Elle lève son regard perdu vers moi, espérant des réponses rationnelles qui n'échapperaient pas à son entendement.

Elle articule avec difficulté : "Spike en garde encore les séquelles. Il aime toujours souffrir. Il a besoin de se soumettre. Plus je suis dure, plus je suis sadique avec lui, plus il... " C'est à mon tour d'être perdu. Qu'est-ce que Buffy essaie de me dire. Spike est amoureux d'elle ??? Il faut que je sache.

"Buffy... Qu'est-ce que tu essaie de me faire comprendre. Spike est amoureux de toi ? " Elle rougit. Ce changement de couleur suffit. C'est une réponse très facile à interpréter. Je ne m'y attendais pas.

"Tu sais, tu n'as rien à craindre de lui. S'il t'aime, il ne te fera pas souffrir. Il a toujours chéri Drusilla, il l'a aimé comme un fou, il ne lui aurait jamais fait de mal. Il sait donner... même lorsqu'il ne reçoit rien d'autre en échange que la souffrance et le mépris". Buffy a le rouge aux joues. Elle n'ose lever les yeux vers moi.

Elle a posé trop de questions sur Spike et sa sexualité... Seigneur ! Buffy et Spike ! Je viens de comprendre.

"Ho !" C'est tout ce que je parviens à articuler. Buffy couche donc avec le vampire que j'ai asservi à mes délires malsains. Quel juste retour des choses. Il m'a enlevé la seule femme à laquelle je tenais vraiment. Spike, l'homme que j'ai pris plaisir à humilier, à torturer, me déchire l'âme en me prenant la Tueuse... Spike tient sa revanche sur moi en couchant avec elle...

Mon regard croise le sien. Elle a compris. Elle sait que j'ai deviné ce qu'il y a entre eux. Elle ne dit rien.

Le silence nous écrase.

Je me lève pour la raccompagner à la porte.

Je suis terriblement jaloux de Spike. Mais je le plains. Sa nature le conduit toujours à faire le mauvais choix. Buffy est comme Angelus, je le sens : elle le détruira. Elle écrasera l'amour qu'il lui porte... Il ne sait donc que souffrir...

Il souffrira.

Encore plus qu'avec moi.

Sur le perron de l'Hyperion, Buffy se retourne vers moi. Elle semble hésiter à parler. Après quelques secondes, elle se décide : "Il y a quatre ans, lorsque tu étais à Sunnydale et que Spike est venu pour soigner Drusilla avec ton sang, tu as été leur prisonnier quelques temps... Dis-moi, Spike et Drusilla t'ont torturé, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'il s'est réellement passé ?"

Je la regarde, impassible : "Buffy, oublies tout ça. Il y a des choses qu'il est préférable d'ignorer".

A suivre...