Westbury

Par Haldol

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Titre : Westbury
Auteur : Haldol
Email : haldol (chez] wanadoo [point) fr
Résumé : Fic post saison 7. Plus d'un an après la destruction de Sunnydale, Willow vient se ressourcer quelques jours chez Giles, à Westbury. Séparée de Kennedy, Willow ne parvient toujours pas à surmonter la mort de Tara. La vie en Angleterre va lui permettre de s'épanouir et la cohabitation avec Giles va la transformer, beaucoup plus profondément qu'elle ne l'aurait cru...
Histoire chaste sur le trouble, l'intimité, l'identité et la sensualité...
Rating : PG-13 (si vous avez pu regarder la série, vous pourrez lire ça...).
Warning : spoilers saison 5 d'Angel.
Note (géographique) de l'auteur : Giles, selon les canons du BuffyVerse, habite Westbury, dans le Wiltshire (cf. les deux premiers épisodes de la saison 7). Westbury est un village non loin de Bath (la ville aux thermes romains) et de Bristol. Pour une petite visualisation, voici un plan.


Chapitre 1

Willow demeura un instant sur le perron, n'osant sonner à la porte.

Westbury...

Deux ans déjà qu'elle n'était revenue chez Giles, dans cette campagne anglaise si accueillante, dans sa grande maison si chaleureuse.

Deux ans déjà que Giles avait soignée ses blessures morales, qu'il lui avait redonné un équilibre, qu'il l'avait 'réparée' alors qu'elle était brisée intérieurement.

Giles avait été si bon avec elle, alors qu'elle avait commis un meurtre et qu'elle avait essayé de le tuer, lui. Il ne lui avait jamais fait un reproche. Il lui avait pardonné et il l'avait protégée... protégée d'elle-même. Il lui avait réappris à vivre, sans sorcellerie... et sans Tara.

Tara...

Willow soupira, une boule au fond de la gorge. Maintenant que sa vie se délitait, que tout autour d'elle partait en lambeaux, elle avait besoin de lui plus que jamais. Besoin de la tendresse et de la réassurance de Rupert Giles... Besoin de sa sécurité et de son affection...

La petite sorcière inspira une bouffée d'air et, enfin, elle appuya sur la sonnette.

Giles ouvrit la porte de sa maison en grand et laissa entrer Willow :

- C'est bon de vous revoir, Giles" murmura la jeune sorcière en se blottissant dans ses bras. Elle laissa son sac tomber au sol.

- Bienvenue en Angleterre...". Il déposa un bref baiser sur son front. "Je suis heureux de ta décision de venir chez moi pour te reposer..."

Willow jeta un oeil autour de la pièce, avec un sourire nostalgique :

- C'est bon de se retrouver ici..." soupira-t-elle tandis que Giles refermait la porte derrière elle. Elle traversa le couloir, puis pénétra dans le salon. Son regard se posait sur chaque chose : elle retrouvait ses marques : "Deux ans, déjà... Rien n'a changé... Ah ! Si ! Vous avez acheté un nouveau fauteuil".

Giles appuya son dos contre le mur et croisa ses bras sur sa poitrine :

- Je chine parfois... J'aime les meubles anciens, les objets qui ont une histoire". Il regarda Willow s'approcher du fauteuil : "Il y a de bons antiquaires du côté de Bath".

Elle se retourna vers lui :

- Je vois. Il est magnifique ! Début XIX° siècle ?" questionna-t-elle en examinant le bois sculpté du dossier.

- Exactement" répondait Giles en souriant. "Toujours aussi douée et cultivée à ce que je vois... Ton agilité intellectuelle m'a manqué, Willow" confessa-t-il.

La jeune femme baissa les paupières et se mit à rougir violemment :

- Merci..." Elle n'était pas habituée à recevoir de tels compliments... surtout avec Kennedy, si froide, si méprisante, et surtout si inculte en tout domaine...

La petite sorcière, gênée de tant de gentillesse, préféra détourner la conversation :

- Mais vous trouvez du temps pour courir les antiquaires ?

- Oui, oui... Mon travail en tant qu'Observateur est désormais moins prenant. Avec les survivants, nous avons formé de nouvelles équipes, restructuré le Conseil, à Londres. Les Tueuses ont chacune leur protecteur... Le plus gros du travail a été fait. L'organisation est à nouveau solide. Ca me laisse plus de temps...".

La grande horloge à balancier, du XVIII°, se mit à tinter de son bruit métallique, sonnant sa musique traditionnelle.

Giles jeta un oeil distrait vers la comtoise :

- Je leur ai tellement donné, pendant tant d'années..." Il soupira : "J'ai besoin de vivre, maintenant... besoin d'une vie à moi" Il enfonça ses poings dans ses poches, l'air songeur ; puis, il se retourna vers Willow et fronça les sourcils : "Au fait, où est Kennedy ? Je suis surpris qu'elle ne soit pas venue avec toi..."

Willow regarda la vallée verdoyante à travers la fenêtre et haussa les épaules :

- Nous nous sommes séparées...

- Je suis désolé.

- Oh ! Non ! Ne le soyez pas... Vraiment. Cela devait arriver. Nous étions trop différentes..." Willow eut un sourire triste : "Elle était tout à sa mission de Tueuse, ne parlant que de combats, de supériorité des Elues, d'entraînements paramilitaires... On aurait dit Riley !" La jeune femme tendit les mains en avant, comme si elle montrait une évidence.

Les yeux de Giles se plissèrent dans son sourire :

- Je vois...

- Ni rêveries, ni douceur... Aucune magie... Aucun enchantement..." Une ombre passa dans le regard de la jeune femme.

Aucun enchantement...

Giles comprit que Kennedy n'avait pu remplacer Tara dans le coeur de Willow. Sans doute la jeune femme n'avait-elle jamais été amoureuse de sa dernière compagne. Le souvenir et l'amour de Tara étaient certainement encore trop puissants.

Giles, par discrétion, préféra ne rien dire, puisque Willow taisait son nom. Afin de dissiper le malaise et la nostalgie de la jeune femme, il changea de sujet :

- Je t'ai préparé la même chambre qu'il y a deux ans..." Il attrapa la grosse valise restée dans l'entrée. Willow le suivit docilement.

Giles commença à grimper l'escalier puis se retourna vers elle :

- Que dirais-tu d'une longue ballade à cheval ? Je ne crois pas qu'il pleuve avant deux bonnes heures... Ca nous laisse un peu de temps pour parcourir quelques kilomètres dans la vallée..."

Willow hocha la tête avec envie :

- Du cheval ? Avec plaisir, Giles... Ca aussi, ça m'a beaucoup manqué..."

* * * * *

La ballade fut longue, à travers les près verts du Westbury. Les sabots des chevaux s'enfonçaient dans l'herbe grasse.

Ils traversèrent des champs et des prairies dans lesquelles paissaient des moutons... ces moutons si caractéristiques des campagnes anglaises.

Willow adorait la quiétude qui émanait de ces lieux.

Ils n'évitèrent pas la pluie. Une averse violente les prit à un kilomètre de la demeure de l'observateur. Ils galopèrent en riant jusqu'aux écuries sous la pluie cinglante qui leur battait le visage.

Giles, plus expérimenté et plus agile, fut le premier à mettre pied à terre. Il se rua sur Willow, trempée jusqu'aux os, afin de l'aider à descendre de sa monture. Elle se laissa glisser contre lui.

L'observateur sentit sous ses doigts ses muscles raidis et sa peau qui frissonnait :

- Rentre, Willow. Tu trembles de froid.

- Non, non... Ca ira, Giles. Je préfère vous attendre" fit-elle en se frottant les bras vigoureusement pour faire circuler le sang dans son corps. Elle regarda Giles entraîner les chevaux vers leur box. Tout sentait bon la paille, la terre humide et la nature.

- Willow" insista-t-il. "J'en ai pour un moment à les déharnacher, les brosser... Tu vas attraper la mort...

- Okay, je me rends..." répondit-elle en grelottant.

- Vas prendre une bonne douche bien chaude. Tu seras à peine sortie de l'eau, que je serais déjà là : j'allumerai un bon feu de cheminée.

- Hhhmmm..." fit Willow avec envie. "Le rêve... J'ai hâte d'y être. Vous êtes un prince, Giles" lança-t-elle en disparaissant derrière la large porte de l'écurie : "Ne prenez pas froid !"

Willow courut jusqu'à la maison. En ouvrant la porte de la demeure, elle sentit la chaleur si agréable l'envelopper.

Elle se sentit un peu coupable de se laisser ainsi dorloter par la tiédeur de la maison tandis que Giles s'activait auprès des chevaux dans des vêtements trempés. Elle attrapa un gros pull pendu à la patère de l'entrée et, munie d'un parapluie, elle rebroussa chemin.

Lorsqu'elle passa à nouveau la porte de l'écurie, elle trouva Giles, torse nu, frottant vigoureusement les flancs de son cheval avec de la paille.

Elle observa les muscles de son dos et de ses bras saillir. Il se dégageait de lui une puissance rassurante. Willow demeura un instant à le regarder, en silence, soigner les bêtes.

Elle se rappela de lui, lorsqu'il jouait de la guitare et chantait à l'Expresso Pump. A l'époque, elle le trouvait déjà "sexy". Willow se mit à sourire avec nostalgie : Giles était toujours séduisant... pour un homme, bien sûr.

Rupert, devinant sa présence, finit par se retourner et la trouva là, appuyée contre le mur, qui l'observait. Willow lui fit un petit sourire amusé :

- Hey ! Giles ! Vous êtes un vrai 'gentleman farmer'.

- Willow, tu ne t'es même pas encore douchée ? Tu vas finir par attraper la crève.

- Je voulais vous apporter un pull sec mais je vois que vous n'en avez pas besoin" Sa peau nue fumait comme la robe des chevaux : l'humidité s'évaporait doucement de leurs chairs moites.

Giles attrapa le pull avec un de ces sourires tendres qui le caractérisait. Willow commença à faire demi-tour puis se ravisa :

- Vous êtes vraiment un bel homme, Giles... Si je n'étais pas lesbienne, je craquerais sûrement sur votre torse et votre musculature" plaisanta-t-elle sans rougir. Elle avait envie de le taquiner.

Giles partit d'un grand éclat de rire et s'écria :

- Vas-tu aller te doucher à la fin ?

- J'y cours !"

* * * * *

Installés devant un bon feu de cheminée, un verre de cognac à la main, Giles et Willow somnolaient, les joues rosies par la flambée puissante et par l'alcool.

Ils étaient assis par terre, au plus près de l'âtre, le dos appuyé contre le canapé. Dans la pénombre de la nuit, ils fixaient avec des yeux un peu perdus les flammes qui dansaient dans la cheminée.

Willow jouait d'une main avec les poils du tapis installé devant le foyer :

- Hhhmmm... Giles... Votre maison, votre jardin, vos chevaux, vos magnifiques livres anciens... tout est tellement reposant et agréable ici.

- Tu es chez toi, ici... Tu le sais, n'est-ce pas ?"

La petite sorcière hocha la tête :

- Je le sais, Giles... Merci" murmura-t-elle en portant le verre ambré à sa bouche. L'alcool lui râpa la gorge. C'était fort, très fort. Elle était un peu saoule maintenant.

Elle lécha ses lèvres puis reprit :

- Maintenant que Sunnydale a été rasé de la carte, votre maison est le seul repère que j'ai... Le seul endroit où je possède encore des souvenirs : des souvenirs de tranquillité et d'apaisement" Elle se laissa glisser davantage en arrière. "Et puis, l'Angleterre me plait : j'y suis bien".

Giles tourna son visage vers elle :

- Sunnydale ne te manque pas ? Tu ne regrettes pas la maison de ton enfance ?

- Non... Enfin, un peu, si... Mais ce n'est pas ça qui me manque..." Sa voix frêle se mit à dérailler légèrement. Elle sentit les larmes lui monter bêtement aux yeux : Willow mit cet excès d'émotion sur le compte de l'alcool : "Vous allez me trouver idiote, mais..."

Giles sentit son coeur se serrer devant la soudaine détresse de Willow. Il avança sa main, puis hésita un instant. Brisant sa rigueur naturelle, il osa enfin effleurer ses cheveux auburn. A son contact, la jeune femme ferma les yeux, comme si cette caresse, à peine ébauchée, lui donnait un réconfort immense.

Giles plongea ses yeux dans son verre et murmura :

- C'est Tara, n'est-ce pas ?"

Tara...

Personne n'avait prononcé son nom depuis si longtemps. Et Giles disait si bien ce nom. Sa voix chaude et suave fondait aux oreilles de Willow : Tara...

La jeune femme mordilla ses lèvres, les empêchant de trembler. Elle hocha la tête en silence.

Giles n'osa rien dire.

Un bout de quelques instants, Willow parvint à nouveau à parler :

- C'est sa tombe, Giles... C'est ça qui me fait le plus mal. Sa tombe a été engloutie lors de la destruction de Sunnydale et jamais plus je ne pourrais aller la voir..." Les larmes se mirent à ruisseler le long de ses joues roses sans qu'elle puisse les retenir.

Giles posa son verre sur le sol puis attrapa celui de Willow afin de dégager ses mains tremblantes. Ensuite, tout naturellement, il l'enlaça avec tendresse. La jeune femme se lâcha complètement, laissant son corps tendu se relaxer entièrement contre la poitrine et les épaules larges de Giles.

L'observateur la laissa sangloter contre lui, caressant ses cheveux auburn. Willow se mit à bafouiller :

- Je... je suis désolée, Giles...

- Shhh... Chut... C'est rien... Laisse toi aller, ne retiens pas ta peine".

Ses mots tendres réconfortèrent Willow. Elle enfouit son nez dans son cou et renifla :

- Elle me manque tellement, Giles. Tellement ! J'ai l'impression que je n'aimerais plus jamais, que je suis devenue incapable d'aimer...

- Chut... Shhh... Si, Willow, un jour, à nouveau, tu aimeras" murmura Giles à son oreille. "Laisse toi le temps..."

La petite sorcière essuya son visage baigné de larmes et releva ses yeux vers les bûches rougeoyantes : le feu commençait à s'éteindre. La pièce devenait de plus en plus sombre.

Willow repensa à cette jeune fille morte qui la hantait depuis deux ans déjà. Son esprit semblait s'évader de la pièce et s'engloutir dans ses souvenirs :

- Jamais je n'ai aimé quelqu'un comme Tara. Elle était mon tout, mon univers... On était comme connectées l'une à l'autre. Je pouvais deviner ses envies, ses désirs, ses pensées. On avait les mêmes passions, les mêmes goûts. Elle était comme un autre moi-même, Giles...

- Je sais..." murmura l'observateur en embrassant ses cheveux roux.

Willow, la tête sur le torse de Giles, se laissait cajoler comme une enfant :

- J'aimais sa douceur, sa voix murmurée et hésitante, son petit sourire en coin, tout timide... Et dans ses bras, j'étais si bien... Si bien..."

Elle enlaça davantage Giles et ferma les yeux.

- Le contact de sa peau me manque, Giles. Il me manque à en crever !" confessa-t-elle avec douleur. "C'est comme un cancer qui me ronge perpétuellement ! Je donnerais n'importe quoi pour l'embrasser encore une fois... Rien qu'une fois encore ses lèvres sur les miennes... J'ai mal, Giles, mal jusque dans ma chair, jusque dans mon corps... J'ai toujours cette boule, là" fit-elle en appuyant sa main au bas de son ventre. "Cette douleur ne s'arrête jamais..."

Giles caressa doucement son bras aux muscles contractés de souffrance. Il laissa sa main glisser jusqu'à son poing pressé contre son ventre noué. Il attrapa son poignet fragile et entrelaça ses doigts entre les siens, la forçant à lâcher prise, la forçant à se laisser aller.

Willow se décontracta progressivement. Elle serra la main de Giles, si large et si chaude, dans la sienne.

Dans ses bras, tout était si simple, si naturel...

Giles caressa d'un geste tendre la joue tiède de Willow :

- Kennedy n'a jamais apaisé ta peine ?" demanda-t-il dans un murmure d'Eglise. Willow secoua négativement la tête.

- Elle était... Elle était mécanique, très sûre d'elle... Sa fonction de Tueuse ne l'a pas arrangée" soupira-t-elle, comme en aparté. "Kennedy n'était qu'une de ces transitions nécessaires entre deux histoires..."

Giles glissa sa main sous le menton de Willow et la força à redresser son visage vers lui :

- Une transition ? Tu vois, Willow, toi-même tu reconnais qu'une nouvelle histoire d'amour est encore possible, que tu es inconsciemment déjà ouverte à cette possibilité. Peut-être es-tu déjà prête, sans le savoir, à aimer à nouveau ?"

Willow le regarda avec des yeux étonnés : c'est vrai ! C'était elle qui avait parlé de transition entre deux histoires... Peut-être que Giles avait raison... Peut-être aimerait-elle à nouveau... Peut-être serait-elle aimée...

L'observateur sentit que Willow reprenait enfin confiance en elle-même. Il était heureux d'avoir contribué à son apaisement :

- Sans doute que jamais tu n'aimeras personne comme tu as aimé Tara. Cet amour était unique. Elle était ton âme soeur..."

En entendant ces mots si justes, Willow sentit les larmes lui monter aux yeux. Giles reprit :

- Mais tu as encore droit au bonheur, Willow... Laisse le venir à toi, naturellement, doucement... Ne lui ferme pas la porte..."

Willow hocha la tête :

- Je sais, Giles. Même si Kennedy et moi n'étions pas faites l'une pour l'autre, elle m'aura au moins appris ça...".

Giles déposa à nouveau un baiser sur son front puis glissa ses mains sous les épaules de la jeune femme, l'invitant à se relever :

- Le feu est presque éteint, Willow. Je ne sais pas quelle heure il est" chuchota-t-il en l'aidant à se remettre debout. "Il doit être très tard..."

Willow tituba : le Cognac l'avait légèrement enivrée. Elle s'accrocha au bras de Giles pour ne pas tomber. Elle hoqueta :

- Il est vraiment fort, votre Cognac, Giles. J'ai la tête qui tourne un peu..." Giles glissa ses mains dans le dos de Willow, une sous ses épaules, une sous ses fesses, et la souleva dans ses bras.

Willow, surprise, s'exclama :

- Hey ! Qu'est-ce que vous faites ?"

Giles la pressa contre lui :

- Gentleman farmer jusqu'au bout, Willow. Je porte les jeunes filles saoules jusqu'à leur chambre avant qu'elles ne se rompent le cou dans les escaliers".

Willow eut un sourire apaisé : elle posa sa tête sur sa large épaule :

- Merci, Giles...

- C'est rien" chuchota l'observateur en grimpant les premières marches.

- Non... Pas pour le transport, même si vos bras sont confortables. Merci pour Tara, pour m'avoir écouté, pour ce que vous avez dit... Merci d'être toujours là pour moi. Vous êtes le meilleur des hommes, Giles, et je vous aime".

Rupert déposa la jeune femme devant la porte de sa chambre.

- Bonne nuit, Willow". La petite sorcière se mit sur la pointe des pieds et lui donna un rapide baiser sur la joue :

- Bonne nuit à vous aussi..." et elle referma la porte dans un geste lent, embué d'alcool.

* * * * * * *

Lorsque Willow se leva, il était 9 heures passées et Rupert Giles était dans la cuisine, déjà rasé et habillé ; il terminait son petit déjeuner.

- Vous savez quoi ? J'ai mal partout..." ricana-t-elle en s'asseyant péniblement à la table de la cuisine. "Ca faisait trop longtemps que je n'avais pas monté un cheval..."

L'observateur enclencha à nouveau la bouilloire avant de se rasseoir :

- Je n'ose pas te dire que tout à l'heure ça ira mieux..." fit Giles en avalant une gorgée de thé. "Les courbatures seront toujours là. Mais il suffit de réchauffer les muscles, de reprendre une activité physique, et la douleur s'estompera...

- Quelle activité physique ? Une autre balade à cheval ?

- Par exemple..." acquiesça Giles en scrutant le ciel depuis la fenêtre. "S'il ne pleut pas".

Willow tourna sa tête vers lui :

- Hey ! Même s'il pleut ! Je me suis vraiment bien amusée hier avec vous. Ce ne sont pas quelques gouttes d'eau qui vont m'empêcher de cravacher ma monture à vos côtés". Giles éclata de rire. Puis son visage reprit son éternel sourire tranquille.

Willow ferma les yeux un instant et passa sa main dans son cou, cherchant à apaiser une douleur sourde. Sa nuque était encore endolorie.

Le silence revint. On n'entendait dans la pièce que le bruit de l'eau frissonnant dans la bouilloire. Puis le claquement sec des toasts qui surgissent brusquement du grille-pain. L'observateur les attrapa et les déposa dans une assiette sur la table :

- Tu veux des oeufs brouillés ?" demanda-t-il, prêt à cuisiner. Willow secoua la tête. Après la cuite de la veille, une omelette ne lui disait vraiment rien, surtout au saut du lit.

Willow passa sa main dans ses cheveux roux :

- Giles..." murmura-t-elle doucement. Elle n'ajouta rien, attendant d'avoir capté son attention.

- Oui ?" finit par dire l'observateur en relevant les yeux vers elle.

- Vous avez des nouvelles de Buffy ?"

Un courant d'air froid glaça la pièce l'espace d'un instant.

Buffy.

Le nom était lâché.

Giles se crispa immédiatement.

Willow sentit la tension l'étreindre. Elle pouvait presque sentir la douleur physique saisir l'observateur dans sa chair.

Il se pencha vers le pot de marmelade, étirant son corps souple le long de la table, et attrapa la confiture en question :

- Tu en veux ?" demanda-t-il en lui présentant le pot : "C'est un mélange orange-citron... Il vient de chez Harrod's, à Londres.

- Je vais goûter" acquiesça Willow. La bouilloire se mit à siffler. Giles se leva et, sans un mot, remplit à nouveau la théière, laissant le thé infuser.

Willow insista :

- Vous n'avez pas répondu à ma question...

- Je..." Giles grimaça, visiblement embarrassé : "Cela fait bien longtemps que je n'ai plus de nouvelles..." Sa voix trahissait son aigreur. Conscient de sa faiblesse, Giles tenta de se rattraper : "Enfin, c'est normal... Cela fait des années que je ne suis plus son observateur. Et depuis plus d'un an, elle n'est plus 'la' Tueuse, mais une Tueuse parmi d'autres... Elle a d'autres occupations..."

Giles servit le thé brûlant dans leurs tasses et n'ajouta rien. Willow, désireuse de relancer le sujet, hasarda encore :

- Elle est toujours à Rome ?

- Je crois, oui..." Rupert hésita puis souffla, d'une voix un peu désespérée : "En fait, je n'en sais rien... Elle a trouvé ce nouveau type, ce nouveau 'monstre'...

- L'immortel..." murmura Willow, aidant Giles à se confesser.

Giles plongea les yeux dans son thé : son regard était noir et dur :

- L'immortel, oui..." ricana-t-il. Mais ce rire ne révélait que détresse et amertume. "Vampires, démons... Voilà les hommes dans les bras desquels elle aime à se jeter !" Il serra les dents. "Je n'avais pas rêvé cela pour elle... Je..." Il hésita. "Je ne la comprends pas..."

Willow jeta un oeil à Giles et elle sentit son coeur se serrer en voyant le visage défait de l'observateur : il souffrait profondément.

Elle soupira :

- Moi aussi, j'ai du mal à la saisir" Willow avala une gorgée de thé. "Mais vous savez, je ne l'ai pas vu depuis plus de six mois. Quelques coups de fil seulement... On parle un peu du boulot : recherche de Tueuses, assignation d'observateurs, renseignements en démonologie... Mais ce n'est plus comme avant... Elle a changé..." commença Willow avant d'ajouter aussitôt : "On a tous changé, je crois... Nous ne sommes plus des enfants"

Giles contracta ses mâchoires malgré lui :

- Je sais... Elle vit sa vie... C'est ce dont elle a toujours rêvé, depuis que je la connais : avoir une vie normale, ne pas être l'Elue, ne pas avoir de responsabilités" Il vida sa tasse de thé. "Sur un point, elle a réussi ! Le poids du monde ne repose plus sur ses épaules. Mais quant à la normalité..." Il soupira : "Pourquoi toujours des vampires ou des démons ?" conclut-il, comme dépassé par les évènements.

Willow regarda le visage grave de l'observateur : elle eut l'impression un instant que sa douleur était davantage celle d'un amant malheureux que celle d'un père. Elle fronça les sourcils : Giles aurait-il eu ce genre de sentiment pour Buffy ?

Elle détourna son regard :

- Et Spike..." hasarda-t-elle d'une toute petite voix : "Vous savez ?"

Giles ferma les yeux et laissa son dos reposer contre le dossier de la chaise :

- Je sais oui... Son vampire est revenu" cracha-t-il avec un mépris non dissimulé. "Je suis même étonné qu'elle ne se soit pas ruée dans ses bras".

Un lourd silence se fit. Willow n'osait plus rien dire. Elle ne voulait pas alourdir l'ambiance, déjà si pesante.

Giles finit par rouvrir les yeux et fixa Willow de ses prunelles vertes. La petite sorcière se sentit gênée. Elle attrapa un toast et se mit à le tartiner de marmelade.

Giles la regarda faire un instant, puis, curieusement, il brisa le silence :

- Je crois qu'elle ne me l'a jamais pardonné...

- Pardonné quoi ?" questionna Willow.

- D'avoir essayé de le tuer en jouant les commanditaires..." marmonna Giles en pensant à ce démon de Spike. "J'ai fait ce que j'ai cru devoir faire. Je regrette qu'elle n'ait pas compris que je voulais seulement la protéger..."

Willow avança sa petite main blanche vers celle de Giles et la serra dans la sienne :

- Je suis désolée..." souffla-t-elle avec tendresse.

Giles repoussa sa tasse de thé vide dans un soupir :

- Tu l'as toi-même justement souligné, Willow, les choses changent. Buffy a tourné cette page de sa vie. Aujourd'hui, elle préfère Rome, l'immortel et une vie anonyme, loin du Conseil, loin des observateurs, loin de toute sorte d'obligations..." Il eut envie d'ajouter "loin de moi" mais il se retint à temps, évitant de trahir ses sentiments.

- Elle ne prend jamais contact avec vous ?" s'étonna la petite sorcière en ajoutant un nuage de lait dans sa tasse.

Giles se leva et commença à débarrasser la table :

- Si, si... parfois, elle téléphone. Elle l'a fait il y a trois ou quatre mois, lorsqu'elle avait repéré une nouvelle Tueuse, à Rome... Mais c'est tout" Il détourna son regard vers la fenêtre : "Elle me l'a dit, ce terrible soir où Robin a failli tuer Spike : 'vous n'avez plus rien à m'apprendre'". Giles serra les poings, machinalement : "Spike d'abord, ensuite le fait que je me sois détourné d'elle pour prendre le parti de Faith... Tout cela a définitivement rompu notre lien".

Willow s'approcha de Giles, cherchant un moyen de le réconforter. Elle posa sa main sur son bras affectueusement :

- Vous avez fait de votre mieux, Giles... Elle était aveuglée et obsédée par Spike. Son jugement était obscurci". Elle caressa son dos : "Regardez la aujourd'hui ! Spike ? Il est revenu mais elle ne s'en soucie même plus ! Elle est déjà passée à autre chose... Vous n'avez rien à vous reprocher..."

Giles passa son bras autour de son épaule, la gorge nouée :

- Allez, va t'habiller, Willow... Je t'emmène en ville ce matin, voir les sorcières du Coven. Elles te réclament toutes depuis ton dernier séjour. Ensuite, on ira déjeuner à Bath, à côté des thermes romains.

- Et cet après-midi, on ira se balader à cheval ?

- Promis..."

Willow recula vers l'escalier, prête à monter à l'étage :

- Si vous continuez à me gâter de la sorte, je ne sais pas si vous allez réussir à vous débarrasser de moi !" plaisanta-t-elle en riant.

Giles croisa ses bras sur sa poitrine et la regarda monter les marches :

- Mais qui te dit que j'en ai envie ?"

A suivre...