
Titre : Westbury
Auteur : Haldol
Email : haldol (chez]
wanadoo [point) fr
Résumé : Fic post saison 7. Plus d'un an
après la destruction de Sunnydale, Willow vient se ressourcer
quelques jours chez Giles, à Westbury. Séparée de
Kennedy, Willow ne parvient toujours pas à surmonter la mort de
Tara. La vie en Angleterre va lui permettre de s'épanouir et la
cohabitation avec Giles va la transformer, beaucoup plus
profondément qu'elle ne l'aurait cru...
Histoire chaste sur le trouble, l'intimité, l'identité et
la sensualité...
Rating : PG-13 (si vous avez pu regarder la série, vous
pourrez lire ça...).
Warning : spoilers saison 5 d'Angel.
Note (géographique) de l'auteur : Giles, selon les canons
du BuffyVerse, habite Westbury, dans le Wiltshire (cf. les deux premiers
épisodes de la saison 7). Westbury est un village non loin de
Bath (la ville aux thermes romains) et de Bristol. Pour une petite
visualisation, voici
un plan.
-- Westbury, Angleterre, 4 mois plus tard --
Mary Kenneth, la quarantaine rayonnante, regarda Willow s'avancer sur le court de tennis verdoyant dans sa petite tenue blanche :
- Ah ! Rupert, elle est ravissante ! Le blanc est définitivement sa couleur !" Giles eut un sourire en coin.
Il détailla la petite sorcière, qui marchait à pas menus au milieu de la pelouse baignée de soleil. C'est vrai qu'elle était jolie, avec ses cheveux roux flamboyants, sa peau mouchetée de tâches de rousseur, et cette micro robe si délicieusement british et tellement élégante.
Mary attrapa sa raquette et interpella son époux :
- John ! Séparons les couples : je te livre notre virginale Willow". Elle se tourna vers Giles avec un sourire amusé : "Rupert, avec moi !"
Willow se tortilla sur l'herbe verte avec embarras : elle n'avait jamais joué au tennis, et cette jupette ultra courte, qui la dévoilait jusqu'en haut des cuisses, la mettait mal à l'aise.
John s'approcha de sa partenaire avec un air de requin et glissa à son oreille :
- Vous allez voir, Willow, on va les écraser !"
La jeune femme le regarda d'un air désespéré ;
- John, vous faîtes une très mauvaise affaire avec moi ! Je... Je ne sais pas jouer !" confessa-t-elle.
John la regarda d'un air confiant :
- Petit à petit, en vivant avec Rupert, vous deviendrez britannique, vous en avez toutes les qualités. Vous finirez par exceller au tennis, comme tout bon sujet de sa très gracieuse majesté. Je vous fais confiance".
Willow fit un sourire qui ressemblait davantage à une grimace : elle n'était pas aussi convaincue que son partenaire.
A l'autre bout du terrain, la voix de Mary retentit :
- Prêts ? Je sers en premier".
Et la balle jaune fusa sur le gazon râpé.
* * * * *
Willow termina la partie sur les rotules. Le tennis était un sport beaucoup plus violent qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle avait couru partout, dans toutes les directions, perdant même sa raquette, et ratant la balle une fois sur deux.
Mary et Rupert remportèrent la partie haut la main, malgré les efforts désespérés de John pour marquer quelques points.
Willow, trempe de sueur, s'excusa encore :
- Je suis désolé, John. Mais je vous l'avais dit, je suis une calamité !" John Kenneth, le visage rouge d'avoir trop couru, éclata d'un grand rire :
- Aucune importance, Willow ! On dira que c'était votre première leçon. Vous reviendrez, avec Rupert, et je me chargerais de faire votre éducation... tennistique, bien entendu" ajouta-t-il d'un ton badin.
Mary exultait :
- Battu, écrasé, aplati, mon chéri !" lança-t-elle à son époux avec un air triomphal : "Tu vois ? Ta petite femme a été plus forte que toi aujourd'hui... Bon, d'accord, j'ai été aidée... Que veux-tu, Rupert a toujours excellé dans ce sport. Il est imbattable".
Giles passa par-dessus le filet d'un pas léger :
- Mary ! Tu es trop bonne avec moi..."
Mais déjà, l'observateur s'empressait auprès de Willow, visiblement exténuée. Il essuya de sa main son front trempé de sueur :
- Ca va ? Pas trop fatiguée ?" demanda-t-il tout doucement. Willow laissa tomber sa tête contre son épaule et mima un évanouissement :
- Je crois que je vais mourir, Giles. Votre ami m'a tué. Et cette satanée raquette est définitivement ma pire ennemie !"
Mary s'approcha d'eux :
- Il faudra remettre ça ! Maintenant que les beaux jours sont revenus et que le filet a été réparé, on va pouvoir réorganiser quelques parties, qu'en dites-vous ?"
Tous acquiescèrent.
Même Willow.
Malgré la fatigue, malgré les douleurs, malgré une pathétique chute en pleine partie, elle avait adoré ça. La vie en Angleterre la comblait entièrement : elle aimait les Kenneth, leur propriété magnifique, leurs soirées mémorables, leurs fabuleux jardins, et même leur court de tennis.
Ici, depuis quatre mois, elle oubliait tous les aspects négatifs de son ancienne vie : elle avait définitivement tiré un trait sur sa relation ratée avec Kennedy, et oublié ses errances : elle ne ressentait même plus le besoin de faire de la magie. Elle se sentait définitivement guérie.
Auprès de Giles, elle était enfin apaisée, enfin heureuse.
* * * * *
Arrivés chez Giles, Willow eut du mal à sortir de la Range Rover. Ses muscles étaient engourdis, son bras droit ankylosé. Elle avait des courbatures dans tout le corps.
Rupert, à peine franchi le seuil de la maison, ôta son polo blanc humide, en plein milieu du couloir, mettant son torse à nu :
- Arrghh ! Je suis trempe de sueur !" fit-il avec dégoût en passant sa main sous ses aisselles : "Je vais prendre une douche".
Willow le regarda grimper les escaliers sans rien dire. La scène qui venait de se dérouler devant ses yeux était si étrange...
Giles se déshabillant devant elle, comme si de rien était, comme s'ils étaient un couple... ce que, vraisemblablement, les Kenneth croyaient.
Giles torse nu... Comme ce premier soir, aux écuries, il y a quatre mois... Pourtant, à cette époque, Willow l'avait regardé comme... comme... comme Giles le bibliothécaire, Giles l'observateur de Buffy...
Aujourd'hui, tout lui paraissait différent. Elle n'aurait pas su dire en quoi, mais tout avait changé.
Elle avait changé. Elle le sentait. Et bien qu'elle ne voulait pas le reconnaître, avoir vu Giles se déshabiller devant elle l'avait troublée.
Willow haussa les épaules : non, c'était ridicule, elle était lesbienne à présent. C'est le tennis qui l'avait éreinté au point de lui mettre les idées en vrac.
Elle monta à son tour prendre une douche : l'eau chaude pourrait peut-être apaiser ses muscles endoloris.
Lorsque Giles sortit de la douche, il entendit l'eau couler dans la salle de bain de Willow.
Il descendit se préparer un thé et quelques sandwiches : petits pains de mie au concombre, clubs cheddar-tomates et une théière pleine d'un thé bien corsé.
Il entendit l'eau, à l'étage, s'arrêter de couler.
Puis le silence...
Giles, affamé, commença à grignoter quelques sandwiches, et but une première tasse de thé. Il regarda sa montre, étonné de ne pas voir Willow redescendre. Il commençait à faire nuit.
Finalement, un peu inquiet, il monta l'escalier.
Il frappa deux petits coups secs à la porte de la chambre de Willow. Une voix étouffée marmonna un "entrez !" pas vraiment motivé.
Giles pénétra dans une chambre plongée dans une semi obscurité. Willow était affalée sur le lit, dans une grande chemise en coton.
Giles crut qu'elle était malade :
- Willow" demanda-t-il d'un air soucieux "Ca ne va pas ?"
Willow se retourna en grimaçant :
- J'ai mal partout, Giles... Vraiment... J'ai l'impression d'avoir été écrasée par un camion. Je ne suis qu'une douleur..." fit-elle sur le ton de la plaisanterie. Mais, malgré la légèreté de son ton, Giles comprit qu'elle souffrait réellement.
Il s'approcha du lit et s'assit sur le rebord du matelas :
- Tu t'es blessée sur le court, lorsque tu es tombée ?
- Non, pas vraiment... C'est juste que je ne fais pas beaucoup de sport et que j'ai appris aujourd'hui que j'avais des muscles à des endroits insoupçonnés". Elle ne perdait pas son humour. "Mon bras droit est tout ankylosé, ma nuque endolorie et mon dos... Ah ! Mon dos est comme broyé..." souffla-t-elle d'une voix de martyre.
Giles esquissa un sourire. Il releva d'un geste lent une mèche de cheveux roux qui glissait sur son front et murmura :
- Tu veux que je te masse ?"
Le sang de Willow ne fit qu'un tour dans ses veines. Elle remercia le ciel d'être déjà si noir, obscurcissant la pièce : elle n'aurait pas voulu que Giles s'aperçoive que ses joues étaient écarlates.
- D'accord..." parvint-elle finalement à articuler.
Giles alluma la lampe de chevet et une lumière tamisée éclaira faiblement la pièce :
- Enlève ta chemise et mets-toi à plat ventre" commanda-t-il avant de sortir de la chambre.
Il alla chercher dans le placard à pharmacie un tube de crème au camphre dont il commença par s'enduire les mains :
- Je te préviens, Willow, cela ne sent pas très bon. Mais le camphre décontracte les muscles et soigne les douleurs.
- C'est exactement ce qu'il me faut" marmonna-t-elle, le nez à moitié enfoui dans l'oreiller.
Elle était bien, à plat ventre, le visage caché. Elle n'aurait pas pu soutenir son regard. Elle s'était déshabillée et avait baissé le drap du lit jusqu'à sa taille, exposant son dos nu aux soins de Giles.
Le lit plia un peu sous son poids, lorsqu'il se rassit auprès d'elle. Et puis, tout d'un coup, elle sentit ses larges mains chaudes se poser sur sa peau nue. Elle ne put réprimer un petit râle.
Les doigts de Giles se posèrent d'abord sur sa taille, malaxant délicieusement ses lombaires, puis ses dorsales. Il remonta jusqu'aux cervicales, décontracta sa nuque, avant de recommencer une nouvelle fois son massage, de bas en haut.
Ses gestes étaient précis et fermes. Il faisait rouler ses muscles, les désengorgeant un à un, malaxant sa chair douloureuse.
Le massage, au début tonique, se fondit ensuite en une caresse. Ses mains descendirent le long de sa colonne vertébrale, décontractant d'abord ses épaules blanches, puis parcourant ses flancs, s'arrêtant enfin à la lisère du drap, au bas de ses reins. Ses pouces, en particulier, savaient où appuyer, où trouver les points douloureux pour les faire disparaître.
Willow, au départ un peu nerveuse, se laissait aller aux soins experts de Giles. Ce qu'il lui faisait était tellement bon qu'elle aurait pu s'endormir, ainsi envahie de plaisir, abandonnée entre ses mains.
De temps en temps, elle laissait échapper un soupir ou un tout petit cri, lorsqu'un muscle noué se relaxait enfin.
Elle était au paradis.
Giles admira son grain de peau si parfait : des tâches de rousseur parsemaient tout son corps, telle une vraie anglaise.
Elle avait même quelques grains de beauté, cachés au creux des reins, à la naissance de ses fesses.
Sa peau était réellement très douce, crémeuse... Ses épaules étaient magnifiques et ses rondeurs, mal dissimulées par le drap chiffonné, possédaient la perfection du corps de ses vingt-quatre ans.
Lorsque Giles termina son massage, Willow eut envie de crier "Encore ! S'il vous plait, laissez vos mains sur moi..." mais elle préféra plaisanter : c'était plus facile.
- Hhhmmm... Giles..." marmonna-t-elle en serrant son oreiller : "Si vous refaites ça à chaque fois qu'on va jouer au tennis, je veux bien monter au filet tous les jours..."
Giles éclata de rire. Willow remonta le drap sous son cou pour se mettre à plat dos et se tourna vers lui :
- Vous avez des doigts de fée. Je ne plaisante pas, Giles. Je me sens beaucoup mieux. Mon corps est tout décontracté... C'était vraiment très agréable, très..." Elle ne put terminer sa phrase, de peur de laisser échapper un terme tendancieux ou ambigu qui aurait pu le rendre soupçonneux. Elle se sentait un peu bizarre.
Giles se leva du lit et la regarda d'un air énigmatique :
- Masser une peau aussi belle que la tienne est un plaisir, Willow. Un vrai plaisir". Il posa sa main sur la poignée de la porte et se retourna vers elle : "Viens manger maintenant... Tu ne peux pas rester le ventre creux. Il y a des sandwiches à la cuisine". Et il referma la porte, laissant Willow, allongée dans son lit, plus troublée que jamais.
* * * * *
Les Kenneth possédaient une très grande propriété dans laquelle ils adoraient organiser des réceptions. Willow et Giles étaient toujours invités.
John et Mary connaissaient Rupert depuis qu'ils étaient enfants : ils étaient tous les trois de la même génération.
Et tous appréciaient Willow, cette frêle jeune femme rousse qui, malgré sa nationalité américaine, semblait présenter des qualités toutes britanniques.
Willow, de son côté, adorait ce couple si dynamique et si ouvert. Elle s'entendait très bien avec Mary qui, par petites touches, parfaisait son éducation et la transformait peu à peu en sujet britannique.
Cette soirée-là était prévue de longue date : John et Mary fêtaient leur vingt-cinq ans de mariage.
Willow avait chiné toute la journée à Londres avec Giles. Ils s'étaient décidés pour un service à thé Régence qui avait coûté à Giles les yeux de la tête. Il n'avait pas voulu que Willow se ruine et avait payé seul. Mais sur le carton, il avait indiqué leurs deux noms : Willow & Rupert...
Tout le gratin de la région était invité. Une bonne cinquantaine de personnes déambulait dans les salons de l'immense demeure des Kenneth.
Willow avait revêtu une robe longue très simple, de couleur gris perle, que Giles avait tenu à lui offrir. Rupert, comme tous les hommes, avait revêtu le costume noir de rigueur.
Quelques invités, qui n'étaient pas venu à Westbury depuis longtemps, se demandèrent qui était la très jeune fille aux cheveux auburn qui se promenait dans les salons au bras de Rupert Giles.
Des voix de femmes aigries résonnaient dans un coin du Grand Salon :
- Il parait qu'elle est américaine...
- Elle est très discrète en tout cas...
- De Californie, vous croyez ? On m'a dit qu'elle venait de New York...
- Oui, sa robe est sobre et de bon goût...
- C'est lui qui a payé, bien entendu ! Amy Anderson les a vu à Bath dans une boutique de luxe : elle faisait des essayages de toilettes pendant qu'il la regardait...
- Oh ! Ma chère ! Elle veut tout simplement lui mettre le grappin dessus ! La fortune de Rupert rendrait n'importe quelle petite pieuvre amoureuse !
- Vingt ans à peine, j'en suis sûre...
- Il les aime très jeunes... Vraiment très jeunes... N'a-t-il pas déjà eu une histoire avec une mineure, lorsqu'il était à Sunnydale ?"
Margaret Kenneth, la mère de John, assise à côté de ce petit groupe de femmes curieuses, écoutait en silence les ragots circuler. La vieille dame avait déjà quatre-vingt ans mais elle comprenait les gens mieux que quiconque. Parmi ces vipères, beaucoup de personnes jalouses, mais aussi quelques femmes seules qui auraient donné cher pour épouser un célibataire riche comme Giles et s'offrir ainsi une situation.
Lorsque Willow passa non loin d'elle, la vieille dame l'interpella d'un mouvement de la main :
- Bonsoir Madame Kenneth" fit poliment Willow. "Je suis ravie de vous revoir...
- Moi aussi, ma petite. Asseyez-vous à côté de moi". Plusieurs paires d'yeux se braquèrent sur Willow et des oreilles indiscrètes se mirent à traîner.
Margaret dévisagea quelques instants la jeune femme assise près d'elle puis lui livra sa pensée :
- Vous savez, John, mon fils, pense beaucoup de bien de vous. Et moi aussi.
- Merci...
- Ne me remerciez pas. On ne se confonds pas en remerciements lorsque quelqu'un vous livre sa pensée".
Willow avala sa salive : elle ne savait plus quoi dire.
La vieille racla sa gorge et poursuivit :
- Rupert, je le connais depuis près de quarante ans... Vous voyez ? Il courrait encore en culottes courtes avec mon fils, que j'avais déjà l'oeil sur lui. C'est un homme bon, un homme de bien. Je sais qu'il a souffert et je ne veux pas qu'il soit malheureux..."
Willow se sentit horriblement vexée. Le rouge aux joues, presque les larmes au bord des yeux, elle protesta :
- Madame, je vous jure que...
- Laissez-moi finir !" coupa la vieille aristocrate.
Willow se tut aussitôt et laissa Margaret terminer :
- Lorsque vous avez surgi dans la vie de Rupert, je me suis inquiété, comme toutes ces perruches, ici" fit-elle en désignant un groupe de femmes à côté d'elle : "Je me suis demandé quelle était cette américaine qui venait jouer avec les sentiments et la fortune de Rupert. Et puis je vous ai observée, je vous ai surveillée...."
Willow ouvrit des yeux comme des soucoupes. La vieille hocha la tête, d'un air entendu :
- Oui, oui : surveillée..." Elle regarda Willow avec un sourire tendre : "Et puis j'ai vu... Oui, j'ai vu la façon avec laquelle vous le regardez, la façon dont vous lui tenez la main, dont vous cherchez sans cesse sa présence et son contact. Vous êtes amoureuse, ma petite. Vraiment amoureuse, et je suis rassurée".
Willow se troubla. Ses joues s'empourprèrent et elle baissa les paupières, gênée. Cette vieille femme se trompait : elle ne pouvait pas être amoureuse de Giles. Elle était lesbienne.
Elle adorait Giles, c'est vrai mais...
Margaret reprit ses analyses, empêchant Willow de réfléchir :
- Vous êtes jolie et bien faite. Vous avez de belles hanches, un corps taillé pour la maternité. Epousez-le, et faites lui des enfants. Des fils. Rupert fera un excellent père et le nom de Giles doit se perpétuer. Son nom de famille peut vivre par votre ventre. Vous avez ce pouvoir, comme toutes les femmes, ma petite".
La vieille s'interrompit :
- Rupert ! Venez par ici !" s'exclama-t-elle en interpellant Giles. L'observateur s'approcha et salua cette femme âgée qu'il connaissait depuis l'enfance.
Willow, toujours assise à côté de Mme Kenneth-mère, sentit ses jambes devenir en coton. Elle baissa les paupières, incapable d'affronter le regard de Giles.
Margaret ronchonna :
- Rupert, aidez-moi à me relever". Giles s'exécuta et Willow se mit debout à son tour.
La vieille femme leva les yeux vers Giles :
- Rupert, vous avez trouvé une perle rare, avec notre petite Willow... Elle a une excellente éducation et déjà des réflexes très britanniques. Elle est parfaite, vraiment parfaite... Vous avez vu son grain de peau ? On dirait une véritable anglaise" s'exclama la vielle femme en désignant le corps de Willow d'un mouvement de la main.
Giles eut un sourire en coin et inclina sa tête de côté :
- Oui, je sais, Margaret... Elle a des tâches de rousseur et des grains de beauté partout sur le corps, jusqu'au creux des reins...".
Willow devint écarlate et elle leva vers Giles des yeux paniqués. Rupert comprit le double sens de ses paroles. Il eut un sourire amusé : la confusion qu'entraînaient ses propos était plutôt flatteuse pour lui.
Il enlaça la jeune femme et déposa un rapide baiser sur ses cheveux roux magnifiques. Puis, sa main descendit le long de son bras et il entrelaça ses doigts entre les siens. Margaret regarda ces gestes de tendresse d'un air ravi.
Willow sentit une émotion violente la prendre toute entière. Elle perdait ses repères. Le simple contact de la main de Giles dans la sienne la perturbait au-delà des mots.
Elle ne savait plus où elle en était. Plus du tout.
Margaret les couva du regard, satisfaite de voir devant elle ce qu'elle prenait pour un couple uni :
- Rupert, regardez-là ! Elle est si jolie. Et puis, le blanc lui ira très bien ! Allez, épousez-la, cette petite ! Faites-lui de beaux enfants ! Promettez-le moi..."
Giles fut très surpris par les proportions énormes que le mensonge involontaire prenaient. Il voulut rectifier. Il commença à ouvrir la bouche mais il sentit une légère pression de la main de Willow dans la sienne.
La jeune femme le regarda avec ses grands yeux inquiets et perdus.
Giles ne sut exactement comment déchiffrer son regard. Il comprit qu'il devait se taire. Mais il ne sut pour quelles raisons il devait maintenir ce mensonge : pour contenter une vieille femme et ses illusions ? Pour sa propre réputation de célibataire endurci ?
Ou bien alors, était-ce pour elle, pour Willow, dont le regard noyé de doutes, semblait vouloir offrir des promesses insoupçonnées ?
Rupert serra un peu plus fort la main de Willow dans la sienne et présenta à Margaret Kenneth son plus large sourire.
- Promis ?" questionna à nouveau la vielle femme.
- Promis..." acquiesça-t-il, avec cette voix neutre et son regard impénétrable.