
Titre : Westbury
Auteur : Haldol
Email : haldol (chez]
wanadoo [point) fr
Résumé : Fic post saison 7. Plus d'un an
après la destruction de Sunnydale, Willow vient se ressourcer
quelques jours chez Giles, à Westbury. Séparée de
Kennedy, Willow ne parvient toujours pas à surmonter la mort de
Tara. La vie en Angleterre va lui permettre de s'épanouir et la
cohabitation avec Giles va la transformer, beaucoup plus
profondément qu'elle ne l'aurait cru...
Histoire chaste sur le trouble, l'intimité, l'identité et
la sensualité...
Rating : PG-13 (si vous avez pu regarder la série, vous
pourrez lire ça...).
Warning : spoilers saison 5 d'Angel.
Note (géographique) de l'auteur : Giles, selon les canons
du BuffyVerse, habite Westbury, dans le Wiltshire (cf. les deux premiers
épisodes de la saison 7). Westbury est un village non loin de
Bath (la ville aux thermes romains) et de Bristol. Pour une petite
visualisation, voici
un plan.
Buffy guetta Giles toute la matinée. Elle souhaitait à tout prix quelques minutes de solitude avec lui.
Lorsque le téléphone sonna, Buffy ne fut pas étonnée de voir Willow jouer les maîtresses de maison et répondre, comme si elle était chez elle.
Buffy en profita pour attirer son ancien observateur dans un coin de la cuisine :
- Giles... " Elle minauda un peu, battant des cils et enroulant son bras autour du sien : "Vous pourrez m'emmener tout à l'heure à l'aéroport ?
- Bien entendu. On ne comptait pas te laisser prendre un taxi..."
Buffy tordit la bouche : il avait dit 'on'.
- Giles, je... Comment dire... Je n'ai pas vraiment eu le temps de vous voir... Je veux dire, est-ce qu'on ne pourrait pas y aller ensemble ? Rien que tout les deux... " Elle leva vers lui des yeux éplorés.
Rupert fut surpris. Il regarda sa Tueuse de ses yeux soudainement froids et impénétrables :
- Et Willow ?
- Je lui ferais mes adieux ici, avant de partir... Je l'adore et j'ai été heureuse de la revoir. Mais vous... " Elle papillonna : "Vous, c'est pas pareil... "
Rupert resta interdit. Il ne comprenait pas où elle voulait en venir.
Willow pénétra dans la cuisine avec un sentiment de malaise : Buffy, les joues roses, était accrochée au bras de Giles. Et celui-ci paraissait encore plus raide et crispé que d'habitude.
La petite sorcière fit comme si de rien était :
- Giles, c'était John. Il est à Londres ce matin. Il voulait savoir s'il pouvait passer cet après-midi pour vous emprunter la Range Rover ainsi que la remorque. Il doit aller charger l'engrais que Steven a reçu mais sa Jeep est en panne...
- Encore ?" s'exclama Giles ébahi.
- Oui, encore... " répondit Willow amusée. Les ennuis mécaniques perpétuels de John Kenneth les faisaient toujours rire.
Buffy crispa les mâchoires : encore une complicité dont elle était exclue. Willow poursuivit sans lui prêter attention :
- Je lui ai dit que cet après midi, il n'y aurait personne. Alors il passera ce soir et il ira chez Steven demain... "
Giles baissa les yeux :
- C'est dommage pour John d'être obligé d'attendre pour cet engrais... " commença-t-il. "Willow... Je peux emmener Buffy seul à l'aéroport. Tu pourrais rester ici pour attendre John... Buffy et moi, on prendra la Volkswagen... " Il détourna la tête en direction de la fenêtre, fuyant le regard de Willow.
La jeune femme eut l'impression qu'un poignard lui transperçait le ventre et lui arrachait le coeur. Giles dressait tout à coup entre elle et lui une frontière, un mur infranchissable au-delà duquel seule Buffy avait trouvé une place.
Willow serra les dents et fit semblant de n'être pas affectée. Cependant, ses yeux, tout à coup trop brillants, et ses joues rosies par l'émotion violente, la trahirent.
- Très bien" fit-elle d'une voix un peu tremblante. "Je vais rappeler John pour lui dire qu'il peut passer à quatorze heures, comme il le souhaitait... J'y vais tout de suite... " Et elle tourna les talons, fuyant au plus vite cette pièce afin de cacher son visage défait.
* * * * *
Lorsque Willow revint dans la cuisine, après avoir passé son coup de fil, elle s'était calmée. Giles s'approcha d'elle, rongé de culpabilité, et caressa tendrement son dos pour lui manifester son affection :
- Il faut que j'aille m'occuper des chevaux. Peut-être pourrais-tu emmener Buffy à Bath, vous promener, faire du shopping ? Ou peut-être pourrais-tu lui faire visiter les thermes romains ?
- Oui, bien sûr... Qu'en dis-tu, Buffy ?" questionna Willow en se retournant vers la Tueuse demeurée près de la fenêtre.
La jeune femme les gratifia d'un large sourire : elle détestait Westbury, ses vallées vertes, sa terre humide et cette pluie continuelle. L'idée d'une sortie en ville la ravissait :
- C'est une excellente idée ! Je ne dis pas non à une matinée de shopping : je ramènerais un souvenir à Dawn" Buffy souhaitait surtout éviter de se taper une visite culturelle. "Et puis, un peu d'asphalte me changera de toute cette boue de la campagne... sans vouloir vous vexer, Giles !" fit-elle en riant.
Giles attrapa son portefeuille et en sortit une carte de crédit qu'il tendit à Willow :
- Tu te rappelles du code ?"
La jeune fille opina avec un grand sourire :
- C'est le genre de chose qu'une femme n'oublie jamais, Giles !" L'observateur fut attendri par le visage doux et les fossettes rieuses de Willow ; il effleura son bras et l'embrassa rapidement sur le front, comme il le faisait toujours.
- Alors à tout à l'heure. Rentrez avant midi, si on veut être à l'heure à l'aéroport... "
Willow hocha la tête :
- Pas de problème, on ne sera pas en retard".
En retard ? Ca, non ! Il n'était pas question que Buffy rate son avion. Willow ne rêvait que de la voir partir.
Se retrouver enfin seule avec Giles et retrouver cette vie tranquille et paisible, près de lui, qui la comblait.
* * * * * *
Buffy suivit Willow jusqu'au garage, le cerveau en ébullition. La petite sorcière avait la carte bleue de Giles, avec le Code qu'elle connaissait déjà. Elle avait aussi les clefs de la voiture de Giles... Elle savait très bien conduire cette Volkswagen inversée, avec son volant à droite. Giles avait donc assuré le véhicule pour elle.
Tout, dans la maison de l'observateur, semblait marqué de l'empreinte de Willow.
Pour Buffy, tout cela était étrange. Giles et Willow avaient exactement les mêmes rapports qu'un couple. Un couple harmonieux, aimant, uni, se gratifiant de gestes tendres...
Ils partageaient tout.
Tout ? Enfin presque...
Tout...
Sauf le lit.
Buffy regarda Willow avec un oeil en coin : tout sauf le lit, n'est-ce pas ? La jeune femme déglutit. Ils ne couchaient pas ensemble. Non. C'était impossible.
Giles était si... si... si Giles, quoi ! Il était vieux ; il aurait pu être son père !
Et Willow était lesbienne, n'est-ce pas ?
Buffy plissa les yeux et scruta le profil de son amie qui conduisait. Willow semblait différente... Elle paraissait amoureuse. Oui. Tout simplement amoureuse.
Buffy esquissa un sourire : Willow amoureuse d'un homme ? Willow amoureuse de Giles ?
C'était ridicule.
Quoique...
Les deux jeunes femmes se promenèrent dans les rues de la ville, visitèrent quelques boutiques. Buffy ne regardait que des articles pour elle ou pour Dawn. Willow ne s'intéressait qu'à des objets ou vêtements susceptibles de plaire à Giles.
Dans un grand magasin, la petite sorcière choisit un pull pour lui :
- Qu'est-ce que tu en penses, Buffy ? Ce gris-bleu lui ira très bien" fit-elle en dépliant le vêtement pour se rendre compte de la carrure. La taille était la bonne.
Comme Buffy ne répondait rien, Willow baissa ses bras encombrés. La Tueuse la fixait avec des yeux curieux, les sourcils froncés :
- Will... Qu'est-ce qu'il se passe, exactement, entre Giles et toi ?"
Willow, comprenant l'allusion, s'empourpra immédiatement :
- Mais... Mais... Rien du tout... " Elle se mit à replier le pull maladroitement. Ses mains tremblaient et sa gorge était devenue très sèche.
Buffy se rapprocha d'elle :
- Willow, arrête... " souffla-t-elle doucement. "Je te connais... Ca fait plus de huit ans qu'on est amies. Je ne t'ai pas vue comme ça depuis... " Buffy se mit à réfléchir. "Oh ! C'est bien simple ! Depuis le lycée, lorsque tu bavais devant Alex !"
Willow sentit une bouffée de honte l'envahir :
- Mais c'est pas vrai ! Et puis en plus, je ne bavais pas devant Alex... Je... Je l'aimais beaucoup, c'est tout... " Elle reposa le pull et se mit à marcher à petits pas vers la sortie.
Buffy s'étonna :
- Tu ne le prends pas ?
- Hein ?
- Le pull !
- Oh ! Je... " Willow se racla la gorge nerveusement : "Je repasserais dans la semaine... "
Elles sortirent de la boutique. Dehors, il pleuvait encore.
- Merde ! Saloperie de temps !" s'énerva Buffy, plus habituée au soleil Californien qu'aux intempéries quotidiennes de l'Angleterre. Elle jeta un oeil à sa montre : 10 h 30. Elles avaient encore une bonne heure avant d'être obligées de rentrer.
Buffy attrapa le bras de Willow et l'entraîna vers le trottoir opposé :
- Tiens, il y a un Salon de Thé en face... On entre se mettre à l'abri ?" Willow, déboussolée, se laissa conduire à l'intérieur.
Le Salon de thé était un peu vieillot mais coquet. Une adresse typique, telle que les touristes devaient en rêver.
Buffy passa la commande avant de se remettre à cuisiner son amie :
- Willow" murmura-t-elle avec douceur. La petite sorcière n'osait plus la regarder dans les yeux. Elle se sentait piteuse, ridicule... comme prise en faute.
Buffy insista :
- Will... Tu es tombée amoureuse de Giles, n'est-ce pas ?
- Non ! Bien sûr que non !" s'exclama Willow avec trop de force pour être crédible. Les dénégations les plus vigoureuses sont toujours la preuve d'un mensonge mal maîtrisé.
La jeune femme respira lentement, tentant de reprendre son calme :
- Non... Et puis, je suis lesbienne, tu te rappelles ?"
Buffy se mit à ricaner :
- Lesbienne ? Cela ne t'avait pas empêché de tomber amoureuse d'Alex, puis de Oz. Tu l'aimais tellement que lorsqu'il t'a quitté, tu as perdu les pédales et tu a failli, à cause d'un de tes sorts ratés, me faire épouser Sp... " Elle se mordit la langue avant d'avoir prononcé le nom du vampire. Elle se reprit rapidement : "Peu importe... Ne nous égarons pas... "
Willow, le visage devenu blanc, osa enfin regarder son amie droit dans les yeux :
- Mais c'était avant !
- Avant quoi ?" questionna Buffy, distraite à cause de son lapsus à propos de Spike.
- Avant Tara... " souffla Willow, choquée et attristée que son amie n'ait pas comprit toute seule. Elle pouvait parfois être tellement insensible.
Buffy pinça les lèvres, confuse :
- Je... Désolée... " cafouilla la Tueuse en jouant d'une main avec les sucres entassés dans une petite coupelle en porcelaine.
Willow se mit à touiller nerveusement son thé avec sa cueillere. Elle respirait difficilement, encore secouée par le choc de cette conversation détestable qui lui échappait complètement.
- Depuis Tara, je... Comment te dire... " Elle ne trouvait plus ses mots. "Il y a eu Kennedy... J'aime les femmes désormais. Alex était juste un béguin d'adolescente. Oz a été le seul avec qui j'ai... Enfin, tu comprends... " conclut-elle, espérant que son amie ait à peu près saisi l'idée qu'elle avait bafouillé de manière inintelligible.
Buffy leva les yeux au ciel :
- Willow... Regarde les choses en face. Tu n'es pas lesbienne. Tu es bi. Tu as aimé des hommes, tu as aimé des femmes... Tu aimes des personnes lorsqu'elles te plaisent, lorsque tu es bien avec elles, sans te soucier de leur sexe.
- Buffy ... " murmura Willow, les paupières baissées et les joues écarlates. "Avec Giles, ce n'est pas ce que tu crois... " bafouilla-t-il sans conviction.
Elle ignorait elle-même quelles étaient exactement ses relations avec Giles... Elle refusait d'y penser !
Buffy avala une gorgée de thé puis reposa la tasse : beurk ! Dégueulasse. Fallait-il être britannique pour aimer ce jus jaunâtre au goût de poussière.
Il y eut un long silence durant lequel ni l'une ni l'autre n'osa parler, ni se regarder.
Buffy, au bout d'un moment, décida de débloquer la situation :
- Ecoute, Willow... Je ne voulais pas t'embarrasser. C'est juste que Giles et toi, vous vous comportez si bizarrement, comme le ferait un vrai couple alors que... " Buffy hésita, soudainement prise d'un doute : "Vous ne couchez pas ensemble, n'est-ce pas ?"
Willow releva des yeux paniqués vers Buffy. Elle était écarlate :
- Buffy !!!!
- Oh, désolée... C'était idiot... Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça" Elle repoussa une mèche blonde qui lui barrait le front et reprit : "Will... Tu sais quelle affection j'ai pour toi... et pour Giles... Et je ne voudrais pas vous voir souffrir, c'est tout".
Willow se laissa couler en arrière sur le dossier de la chaise :
- Pourquoi voudrais-tu qu'on souffre ?" commenta la petite sorcière, vexée.
- Willow... Giles a toujours été célibataire... ou presque" ajouta-t-elle en pensant à Olivia. "C'est un anglais, avec toute cette pudeur et cette éducation puritaine coincée qui l'étouffe. Il ne sait pas forcément avouer ses sentiments... ou son absence de sentiment... "
Willow prit la remarque comme un coup bas. Buffy continua son speech, bien décidée à vider son sac :
- Toi, d'un autre côté, tu ne sais plus trop où tu en es...
- Pardon ?" s'exclama Willow, de plus en plus énervée de ce jugement tranchant que Buffy portait sur sa vie.
La Tueuse ouvrit les bras en signe de lassitude :
- Tu l'as dit toi-même, Willow ! Depuis Tara, tu aimes les femmes... Depuis Tara, tu n'as pas... comment dire... Avec Tara et Kennedy, dans l'intimité... Hum... " Buffy avala sa salive : "Aucun homme ne t'a touchée depuis des années... Et de toute façon, Oz a été le seul...
- Mais qu'est-ce que tu veux dire ?" rétorqua Willow, la gorge nouée et les joues roses de honte. Elle avait à présent les mains moites.
Buffy baissa sa voix, ne souhaitant pas que les mamies du Salon de Thé puissent les entendre :
- Es-tu prête à subir un corps masculin, avec tout ce que ça implique ?
- Arrête ! Jamais je n'ai pensé à... à ça, avec Giles !" s'écria la jeune femme, le visage empourpré.
- Vraiment ? Et bien tu devrais, Willow... Tu devrais... Pense à son corps, ses cinquante ans, ses désirs... Pense aux fantasmes qu'un homme de son âge peut avoir...
- Buffy !" Willow était choquée d'entendre son amie parler ainsi de Giles. C'était tellement indécent !
Buffy leva vers la petite sorcière des yeux étonnés :
- Eh bien quoi, Willow ? Tu crois que Giles est un être asexué ? Tu rêves !" Elle fixa son amie avec des yeux de chatte : "Il est vieux, assez vieux pour être ton père, mais c'est un homme ! Et toi, tu es là, toute jeune et fraîche, à te blottir sans arrêt contre lui ! Redescend sur Terre, Will ! Vous jouez avec le feu, et vous allez finir par vous y brûler..."
* * * * * * * * *
Pendant tout le trajet du retour, Willow ne décrocha pas les mâchoires. Elle était vexée, elle se sentait honteuse. Buffy lui avait envoyé quelques piques violentes et perverses... et elle avait réussi, en quelques phrases, à mettre son âme perturbée à nu !
Car Willow devait bien le reconnaître : malgré l'âpreté de ces propos, la Tueuse lui avait sorti quelques vérités sur lesquelles Willow allait devoir méditer.
* * * * * * *
En arrivant à la résidence de Giles, Buffy leva vers Willow des yeux tristes et coupables :
- Je... Je suis désolée, Will. Je ne voulais pas te blesser... Ce que j'ai dit, tout à l'heure, c'était pour ton bien. Je ne veux pas que tu souffres. Et... " Elle mordilla sa lèvre inférieure avant d'ajouter : "Je ne veux pas qu'il souffre non plus, tu comprends ?
- Je sais... " murmura la petite sorcière avant de descendre de la Volkswagen.
Buffy se précipita dans ses bras et enlaça son amie :
- Willow, sois heureuse... Et promets-moi qu'on se reverra bientôt, qu'on n'attendra pas des mois avant de se retrouver... Ces trois jours ont été vraiment sympa" mentit Buffy.
- Pour moi aussi" répondit Willow comme un automate, alors qu'elle n'en pensait pas un mot. Ces trois jours ? Ils avaient été, pour elle, un véritable enfer.
Giles sortit de la maison :
- Ah ! Il me semblait bien avoir entendu la voiture. Je vois que vous avez fait vos adieux". Il s'approcha de Buffy : "Prête à partir ?
- Hhmmm" marmonna la Tueuse. "Je vais chercher mon sac".
Giles caressa machinalement l'épaule de Willow, le regard rivé sur la silhouette gracile de Buffy qui rentrait dans la maison.
Willow releva ses yeux vers l'observateur et sentit une boule se former dans sa gorge. Ses mains étaient sur elle, oui, mais tout son être et ses pensées étaient aspirés vers Buffy comme l'aurait été un aimant.
* * * * * * * *
L'aéroport d'Heathrow était immense et les voyageurs s'y déplaçaient comme dans une fourmilière. Giles repéra le comptoir de la compagnie Alitalia et Buffy enregistra ses bagages pour Rome.
L'observateur regarda sa montre : il restait un bon quart d'heure avant l'embarquement.
- Tu veux prendre un café ?
- Non, merci, Giles... Je préfère marcher. Vous me connaissez : la station assise et statique, ça ne me réussit pas trop" plaisanta la Tueuse dans un large sourire. Elle se mit à tripoter son coupon de vol avec fébrilité.
Ils restèrent debout, au milieu de l'aéroport, près des portes de contrôle. Ils parlèrent un peu de tout, de rien, du climat britannique que Buffy n'appréciait guère, et du travail épisodique de Giles au Conseil des Observateurs.
Leurs phrases étaient courtes, le rythme de leur conversation saccadé.
Buffy dansait d'un pied sur l'autre, comme une gamine qui cherche le moment propice pour avouer la bêtise qu'elle a commise.
- Giles... ?
- Oui ?
- J'ai été vraiment très heureuse de vous revoir...
- Moi aussi" murmura l'observateur en effleurant son bras.
Buffy profita de ce geste de tendresse inachevé pour se blottir contre sa poitrine.
Giles ne s'attendait pas du tout à ce mouvement d'affection. Il demeura quelques secondes interdit, incapable de bouger. Puis, enfin, il osa l'enlacer, plaquant son corps contre le sien.
La jeune femme, le visage enfoui contre son torse, murmura :
- C'est bon, Giles... Si bon... Vous m'avez tellement manqué".
Pour Giles, ces paroles coulaient comme du petit lait. Jamais il n'aurait cru qu'elle aurait pu se jeter dans ses bras. Jamais il n'aurait espéré qu'elle pourrait lui pardonner ses trahisons.
Une émotion immense l'inondait comme une vague. Le temps, comme suspendu, n'avait plus d'existence.
Il l'aimait, et elle était dans ses bras.
Puis, Buffy releva son visage et le fixa quelques instants, avec des yeux un peu brillants et plein d'étoiles. Son regard était comme inquiet et ses joues étaient très colorées.
Elle se souleva sur la pointe des pieds puis, fermant les yeux une seconde, elle déposa un baiser, lent et appuyé, sur la bouche de son observateur.
Giles ne s'attendait pas du tout à ça ! Il était comme assommé. Tout d'abord, son corps ne répondit pas. Ses lèvres demeurèrent scellées. Il était raide et crispé entre ses bras. Puis Buffy le regarda avec des yeux suppliants. Elle entrouvrit ses lèvres roses et humides et murmura son nom, comme une supplique.
Alors, Giles oublia tout. Abandonnant sa raison et sa morale, il l'embrassa. Buffy ne s'attendait pas à un tel baiser. Giles la dévorait, infiltrant sa langue dans sa bouche, aspirant son souffle... Ses doigts glissèrent derrière sa nuque, s'entremêlant à ses cheveux blonds, retenant son visage contre sa bouche.
Giles devenait de plus en plus entreprenant. Ses mains se faufilèrent sous son pull, comme s'il avait voulu s'imprégner d'elle, la capturer, la retenir...
En sentant ses paumes larges et tièdes caresser sa peau nue, Buffy frissonna et mit un terme au baiser.
Giles la fixait, pantelant, la respiration courte, se consumant littéralement d'amour pour elle, devant ses yeux.
Buffy reprit son souffle, puis effleura son visage du bout des doigts :
- Venez me voir à Rome... " murmura-t-elle. Et elle s'enfuit vers la porte d'embarquement, le laissant seul et désemparé au milieu de l'aéroport.
Une fois les portes de contrôle passées, Buffy reprit un pas normal. Elle se sentait enfin en sécurité.
Ce qu'elle avait fait, ce baiser, c'était complètement fou !
Seigneur Dieu ! Giles ! Elle avait embrassé Giles, alors qu'elle ne l'aimait pas !
Giles... Son baiser était vorace, ses mains invasives... Elle avait détesté ça. Détesté ! C'était comme embrasser son père...
Et puis ses caresses sur son corps. Comment pouvait-il avoir envie de la tripoter de la sorte ?
Pouah ! C'était dégoûtant.
La jeune femme passa machinalement le revers de sa main sur ses lèvres encore humides de son baiser, cherchant à détruire les vestiges de ce souvenir désagréable.
Bah... Peu importait, à présent. Ce baiser était une erreur. Mais c'était déjà du passé. Elle avait obtenu ce qu'elle voulait : une réponse. Giles l'aimait, elle, et pas Willow.
Oui, Giles était à elle. A elle et à personne d'autre ! Elle venait de le prouver.
Il n'avait pas le droit d'être avec une autre, d'en aimer une autre, d'en désirer une autre qu'elle... Même si elle, elle ne voulait pas de lui.
Il était son observateur. Il ne devait vivre et n'exister que pour elle.
Elle venait juste de le marquer à nouveau de son sceau, lui interdisant toute existence, toute vie amoureuse en dehors d'elle.
Giles était sa propriété.
Oui, en l'embrassant, elle venait juste de récupérer son bien, sa terre... Elle venait de reconquérir son territoire.