
Titre : Westbury
Auteur : Haldol
Email : haldol (chez]
wanadoo [point) fr
Résumé : Fic post saison 7. Plus d'un an
après la destruction de Sunnydale, Willow vient se ressourcer
quelques jours chez Giles, à Westbury. Séparée de
Kennedy, Willow ne parvient toujours pas à surmonter la mort de
Tara. La vie en Angleterre va lui permettre de s'épanouir et la
cohabitation avec Giles va la transformer, beaucoup plus
profondément qu'elle ne l'aurait cru...
Histoire chaste sur le trouble, l'intimité, l'identité et
la sensualité...
Rating : PG-13 (si vous avez pu regarder la série, vous
pourrez lire ça...).
Warning : spoilers saison 5 d'Angel.
Note (géographique) de l'auteur : Giles, selon les canons
du BuffyVerse, habite Westbury, dans le Wiltshire (cf. les deux premiers
épisodes de la saison 7). Westbury est un village non loin de
Bath (la ville aux thermes romains) et de Bristol. Pour une petite
visualisation, voici
un plan.
Giles erra longtemps, comme une âme en peine, au milieu de l'aéroport. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé. Il lui semblait que ce baiser n'avait été qu'une illusion, un mirage.
Buffy l'avait embrassé.
"Venez me voir à Rome..." Les mots résonnaient à son oreille comme un écho.
Rome...
Aller à Rome... La retrouver, être avec elle, comme elle le demandait.
Tout cela était fou ! Complètement fou !
Après son dernier échec amoureux, s'était-elle enfin rendu compte que Giles pourrait être celui auprès de qui elle trouverait le bonheur ?
Giles n'osait l'espérer...
"Venez me voir à Rome..." Ces mêmes mots tournoyaient à l'infini dans sa tête. Ils ne le quittèrent pas lorsqu'il regagna Westbury.
Willow l'attendait avec nervosité. Il avait du retard. Deux heures de retard, par rapport à l'heure à laquelle il aurait du rentrer. Peut-être que la circulation était réellement encombrée, peut-être que l'avion avait du retard et que l'embarquement n'avait pu commencé à l'heure, peut-être avait-il rencontré quelqu'un qu'il connaissait...
Pourtant, en voyant le visage défait de Giles, Willow comprit qu'il s'était passé quelque chose avec Buffy. Sans doute que la petite conversation qu'ils avaient eu en privé l'avait perturbé.
- Vous allez bien, Giles ? Vous n'avez pas l'air dans votre assiette... " hasarda Willow.
- Ca va, oui... " bougonna-t-il d'une voix qui indiquait exactement le contraire.
L'observateur ouvrit le réfrigérateur et attrapa une bouteille de rosé entamée. Il s'en servit un verre et l'avala d'un trait. A peine le premier verre fini, il s'en resservit un autre aussi sec.
Willow s'inquiéta : il était 5 heures de l'après-midi : pas vraiment le moment de s'enfiler du vin de table.
Qu'est-ce que Buffy avait bien pu lui dire pour le mettre dans cet état ?
L'avait-elle accusé de quelque chose ? Lui reprochait-elle encore la tentative de meurtre ratée envers Spike ?
Willow, assise à la table de la cuisine, posa sa tête entre ses deux mains, surveillant Giles du coin de l'oeil. Elle cherchait à comprendre ce qui avait bien pu se passer entre eux, loin de son regard.
Tout d'un coup, la petite sorcière frissonna : et si Buffy avait eu avec Giles la même conversation qu'avec elle, ce matin, au Salon de Thé ? La jeune femme commença à prendre peur : elle craignait que son amie ait dévoilé les troubles qui l'agitaient, sa sexualité hésitante et les sentiments ambigus qu'elle nourrissait envers Giles.
L'observateur, après le troisième verre, retourna dans l'entrée et enfila son pardessus :
- Je vais soigner les chevaux... " marmonna-t-il.
La porte claqua.
Willow eut l'impression que les murs de son univers étaient en train de se fissurer. Irrémédiablement.
* * * * * * * *
Les jours qui suivirent le départ de Buffy furent extrêmement pénibles pour la petite sorcière. Giles était taciturne, il avait l'air presque tout le temps absent.
Il passait beaucoup de temps seul, aux écuries, et avait décliné quelques invitations. Willow aurait tant voulu sortir davantage, l'égayer, et essayer de lui changer les idées.
Mais elle se heurtait désormais à un mur. Depuis le départ de Buffy, Giles était méconnaissable. Il parlait peu et ne se livrait pas. Il refusait d'expliquer ce qui le perturbait et la jeune femme n'osait le questionner trop directement.
Buffy demeurait un sujet tabou.
Willow attendait que le temps fasse son oeuvre, espérant que Giles, peu à peu, redeviendrait lui-même. Quoi qu'il se soit passé à l'aéroport, ce jour-là, Giles finirait sans doute par l'oublier, pensait Willow.
Jour après jour, elle espérait, ignorant tout de ce baiser qui dévorait inexorablement l'esprit de l'observateur.
Elle espéra que tout s'arrange pendant presque quinze jours, jusqu'à ce matin là...
Willow avait entendu Giles se lever très de bonne heure. Il avait erré un moment dans la maison avant de partir soigner les chevaux, comme tous les matins. Elle avait traîné longtemps dans son lit, craignant cette longue journée qui s'annonçait aussi triste que les précédentes.
Et puis, elle avait décidé de surfer un peu sur le net, histoire de faire quelques recherches. A peine fut-elle installée devant l'ordinateur qu'elle le vit : ce petit bout de papier griffonné à la hâte : Alitalia, Rome et quelques horaires d'avion. L'historique des pages web consultées lui confirma l'information. Giles voulait se rendre à Rome. Il ne rêvait que de retrouver Buffy.
A l'aéroport, deux semaines auparavant, l'observateur et la Tueuse ne s'étaient pas disputés, comme l'avait cru Willow.
Non, Giles et Buffy, au contraire, s'étaient rapprochés. La petite sorcière craignait de comprendre à quel point ils s'étaient réconciliés.
Son cerveau se mit à fumer. Giles était revenu d'Heathrow avec deux heures de retard. Qu'avait-il fait ? Etait-il avec elle ? S'étaient-ils embrassés ? S'étaient-ils touchés ? Avaient-ils été plus loin ?
Willow se sentit mourir intérieurement. Tous ses rêves, toute sa vie merveilleuse qu'elle s'était jusque là construite s'effondrait comme un château de cartes. Buffy lui reprenait tout. Elle lui reprenait Giles.
Willow comprenait avec certitude, mais un peu tard, que la Tueuse avait raison : oui, elle n'était pas lesbienne mais bisexuelle. Oui, elle était amoureuse de Rupert Giles. Désespérément et follement amoureuse de lui.
Oui, elle rêvait que Giles suive les conseils de la vieille Margaret Kenneth.
Mais la vie en avait décidé autrement. Aujourd'hui, elle perdait tout : les ballades à cheval sous la pluie à rire aux éclats avec lui, les parties de tennis avec leurs amis, les massages allongée sur le lit où Giles caressait enfin son corps, les soirées si agréables au coin du feu ou dans les salons mondains, les baisers qu'il déposait sur ses cheveux, et sa main dans la sienne...
Tout était fini.
Lorsque Giles revint des écuries, Willow fit comme si de rien était.
Elle se demanda en silence, toute la journée, combien de temps elle pourrait tenir, combien de temps elle pourrait demeurer avec lui, ici, en Angleterre, avant que Buffy ne lui usurpe sa place.
Il fallait prier pour qu'il ne prenne jamais cet avion.
Jamais...
Willow se mit donc à espérer en silence...
* * * * *
Giles avait beau jouer les misanthropes, il ne put cependant pas éviter l'anniversaire de Margaret Kenneth, la mère de son ami John.
Willow était ravi de pouvoir à nouveau sortir et de pouvoir entraîner Giles loin de sa morosité solitaire.
Elle se prépara avec soin et attention, choisissant une robe très claire, dégageant ses épaules, exhibant sa peau de lait mouchetée de tâches de rousseur si britannique. Elle se maquilla peu et se coiffa longuement. Sa chevelure auburn paraissait si anglaise... Margaret aimait ça. Et cette vieille femme était sa plus sûre alliée.
Elle ne l'avait pas revue depuis l'anniversaire des vingt-cinq ans de mariage de John et Mary. Peut-être que la vieille femme saurait dérider Giles...
La soirée fut pourtant un véritable calvaire pour Willow. Giles, installé à côté d'elle, l'ignora presque tout la soirée. Il paraissait absent... . jusqu'à ce que quelqu'un prononce le nom de Buffy.
En diagonale, de l'autre côté de la table, une femme d'une cinquantaine d'année, interpella l'observateur :
- Rupert, dites nous quelle était cette sylphide blonde que vous nous avez emmené l'autre soir ?
- Buffy ?" Le visage de Giles s'anima.
La femme fit un grand mouvement de la main :
- Buffy ! C'est cela ! Charmante jeune femme... Elle vit en Europe, je crois.
- En Italie...
- Que fait-elle dans la vie ?
- Elle travaille au lycée américain de Rome" annonça Giles, non sans fierté. Willow baissa les yeux vers son assiette.
Un jeune couple manifesta son admiration. Le lycée américain de Rome ? Elle était donc intellectuellement brillante...
- En plus, elle est vraiment très jolie... " ajouta un des convives.
A partir de cet instant, Giles devint intarissable. Il parla d'elle, encore et encore, vantant son courage, racontant avec émotion les épreuves que la vie lui avait fait subir, l'indifférence de son père, la mort de sa mère, le fait qu'elle ait à s'occuper de sa jeune soeur... Il loua son intelligence et sa force de caractère.
Willow, complètement déprimée, aurait voulu que la terre s'ouvre sous ses pieds et qu'elle l'engloutisse. L'ombre de Buffy planait toujours autour d'elle et s'évertuait à détruire la vie et le bonheur qu'elle s'était construit, ici, avec Giles.
Alors, lorsque, une fois sortis de table, Margaret vint lui demander si elle était toujours aussi heureuse avec Rupert, Willow ne put répondre : elle fondit tout simplement en larmes.
Les sanglots furent lourds, compulsifs. Willow ne parvenait plus à reprendre son souffle, ni à respirer. Elle était en pleine crise de désespoir et elle n'arrivait plus à se maîtriser. Les seuls mots qu'elle parvenait à articuler entre deux sanglots étaient des excuses pour son comportement indigne qui gâchait la soirée. Elle était désolée, désolée, désolée...
Giles, alarmé, dut la ramener chez eux. John et Mary étaient très inquiets. Au moment de fermer la portière de la voiture, Margaret, toute couronnée de ses 81 ans, retint son bras :
- Rupert... J'espère que cette crise de larmes est le fait des premières affres de la grossesse... Je n'ose croire que c'est vous qui la rendez délibérément malheureuse...
- Que... Quoi ?" s'étonna Giles qui avait déjà oublié l'incident de la soirée précédente. La mémoire lui revint comme un coup d'épée : Ah ! Oui ! La fameuse promesse...
La vieille femme insista :
- Si elle n'est pas encore enceinte, faites en sorte qu'elle le soit, Rupert. Une femme n'a besoin que de ça pour être heureuse : d'un bébé. Faites lui l'amour et engrossez-là" lança la vieille dame avant de claquer la portière de la voiture sur le nez d'un Giles ébahi.
Pendant le trajet, Willow se calma un peu. Arrivés chez eux, l'observateur l'aida à descendre de voiture et passa un bras autour de ses épaules pour la conduire jusqu'à l'intérieur. Il l'aida à ôter son manteau :
- Willow... " murmura-t-il d'une voix très douce. "Qu'est-ce qui se passe ?"
La jeune femme sentit sa gorge se nouer à nouveau. Elle était encore au bord des larmes.
Giles aussitôt l'enlaça affectueusement. Il caressa doucement son dos, glissant ses doigts dans sa chevelure rousse emmêlée. Willow posa sa tête contre sa poitrine et se mit à pleurer en silence.
Sentir le corps chaud et réconfortant de Giles était une véritable torture. Ses bras protecteurs autour d'elle, c'était si bon... si bon...
Giles attendit un moment puis l'interrogea à nouveau :
- Willow, s'il te plait... Parles-moi... Je pourrais peut-être t'aider, si tu me dis ce qui ne va pas... "
Willow s'arracha de ses bras à regret. Il fallait arrêter cette lente torture... même si c'était difficile.
Mais elle était incapable de lui parler maintenant. Elle était trop fatiguée, épuisée de larmes et de chagrin.
- Je suis désolée, Giles, désolée... " répéta-t-elle en s'enfuyant d'un pas rapide dans l'escalier.
* * * * * * *
Le lendemain, lorsque Willow se leva, la maison était vide. Giles devait être aux écuries... ou à Londres. On était vendredi et Giles allait souvent siéger au Conseil hebdomadaire des Observateurs.
La petite sorcière se sentait pitoyable en raison de son comportement de la veille. Elle déjeuna à la hâte et s'empressa de téléphoner à Mary pour s'excuser de son départ en catastrophe.
Mary la réconforta, tenta de savoir quel était le problème mais Willow éluda. Comment pouvait-elle avouer à son amie qu'en réalité, elle était lesbienne, ou plutôt qu'elle ne l'était plus, que Giles n'avait jamais posé les mains sur elle et que c'était de ça dont elle crevait ?
Inacceptable explication.
Elle se contenta donc d'un prétexte classique de grosse fatigue, d'une bénigne dispute qui l'avait perturbé et d'une migraine. Mary sembla s'en satisfaire.
Cependant, elle lui rappela que si elle avait un problème, elle pouvait l'appeler, quand elle le voulait, de jour comme de nuit. Willow promit... pour la forme.
La petite sorcière attendit Giles toute la matinée, assise à la table de la cuisine, les yeux dans le vide.
Lorsque l'observateur rentra enfin de Londres, en début d'après-midi, elle l'accueillit avec un visage creusé par les larmes.
Giles, un peu inquiet depuis les évènements de la veille, s'approcha d'elle :
- Tu vas mieux, Willow ?
- Je suis désolée pour ma sortie déplorable d'hier soir. Je ne voulais pas vous mettre dans l'embarras devant vos amis, Giles" La petite sorcière était bien décidée à pratiquer l'autoflagellation.
- Willow, ce n'est pas grave. L'important, c'est que tu ailles bien. Je me suis inquiété, hier soir... " Willow détourna la tête, fuyant son regard.
- J'ai téléphoné ce matin à Mary et je me suis excusée auprès d'elle, de John, et surtout auprès de Margaret. Je ne voulais pas gâcher sa soirée d'anniversaire"
Giles s'assit auprès d'elle :
- Tu n'as rien gâché du tout, Willow". Il voulut prendre sa main dans la sienne. Willow la retira vivement et croisa ses doigts sous la table :
- Arrêtez ça, Giles... S'il vous plaît..." murmura-t-elle, le coeur serré.
Giles se raidit, comprenant qu'ils allaient enfin entrer dans le vif du sujet et avoir cette conversation qu'ils avaient éludée depuis des mois, vivant dans un non-dit qui avait amené Willow aux portes de l'abîme.
La petite sorcière inspira une longue bouffée d'air puis releva des vers lui des yeux emplis de détresse :
- Giles... On ne peut plus continuer comme ça. Ca me fait trop mal" commença-t-elle, prête à ouvrir son coeur. "J'en crève, Giles !"
Rupert frissonna, craignant de comprendre. Willow, malgré sa souffrance, s'arma de courage et aborda enfin le sujet interdit :
- Vous l'aimez, n'est-ce pas ?" questionna-t-elle pour la forme. Elle connaissait déjà la réponse. "Buffy... Vous l'avez toujours aimé... Et vous voulez aller la rejoindre, à Rome... "
Giles passa une main sur son visage et frotta sa nuque :
- Willow, les choses sont tellement compliquées... Elle a manifesté des sentiments, à l'aéroport, qui... " Il s'arrêta, ne trouvant pas ses mots. "Mais elle est ma Tueuse et je suis son observateur... Enfin, je l'étais... Cette attirance est anormale... Ce n'est pas convenable. Je me sens tellement coupable" soupira-t-il, cherchant à éclaircir ses idées confuses : "Buffy est malheureuse, je le sais. C'est pour ça qu'elle se perd dans les bras de n'importe qui. Mais je ne sais pas ce qu'elle attend de moi, ni ce qu'elle veut. Et je crois que je ne sais pas ce que je veux non plus... " Il prit sa tête entre ses mains : "Oh ! Willow ! Je ne sais plus où j'en suis... "
Willow sentit une boule se former au fond de sa gorge :
- Moi non plus, Giles, je ne sais plus où j'en suis ! Lorsque je suis arrivée chez vous, il y a six mois, j'étais Willow, j'étais américaine, j'étais lesbienne, indépendante, libre... Et puis, peu à peu, j'ai perdu toutes mes certitudes, tous mes repères, pour me fondre dans votre univers. Je ne suis plus rien, Giles... Je ne suis plus qu'à vous".
Rupert ouvrait des yeux effarés. Jamais il ne s'était douté de ce que la frêle et fragile Willow endurait.
Elle détourna son regard : il était plus facile de se confesser sans le voir :
- Je suis tombée amoureuse de vous, Giles... Totalement, entièrement, j'ai dépassé le point de non-retour... Vous avez tout balayé dans mon coeur, même Tara. En moi, il n'y a plus de place que pour vous... "
Giles ne s'attendait pas à ça. Jamais aucune femme ne s'était livrée ainsi, avec cette candeur et cet absolutisme. Jamais aucune femme ne l'avait aimé comme Willow l'aimait aujourd'hui.
Il ne savait comment s'y prendre, comment la réconforter. Elle s'était mise à nu, abandonnant pour lui tout orgueil, tout amour-propre, jusqu'à son identité sexuelle.
Giles voulut l'enlacer mais Willow le repoussa et haussa le ton de manière incontrôlable :
- S'il vous plait ! Non ! Giles, non... Ne me touchez pas ! Je... je ne peux pas... " Elle tourna la tête, cachant son visage ravagé par la peine, ravalant les sanglots qui remontaient par vague dans sa gorge.
Ils restèrent un moment silencieux et immobiles, fuyant leurs regards respectifs. Puis, Willow, retrouvant un peu de courage, parvint à nouveau à parler :
- Quand partez-vous pour Rome ?" questionna-t-elle en fixant le ciel gris à travers la fenêtre.
Giles, nuque courbée, enfonça ses mains dans ses poches :
- Vendredi après-midi" confessa-t-il.
C'était dans deux jours.
Willow mordit ses lèvres pour s'empêcher de pleurer. Elle croisa ses bras sur sa poitrine et murmura :
- C'est bien... " avant de sortir de la pièce.
* * * * * *
Giles demeura un long moment, figé dans la cuisine, essayant de reprendre ses esprits. Les mots de Willow dansaient encore dans sa tête : "Je ne suis plus rien, Giles... Je ne suis plus qu'à vous... Je suis tombée amoureuse de vous, Giles... Totalement, entièrement, j'ai dépassé le point de non-retour... Vous avez tout balayé dans mon coeur, même Tara. En moi, il n'y a plus de place que pour vous".
Rupert aurait voulu prendre Willow dans ses bras, la cajoler encore... et peut-être lui faire l'amour ? Giles se laissa tomber sur une chaise et prit sa tête entre ses mains, complètement perdu : faire l'amour avec Willow...
La vieille Margaret murmurait encore à son oreille ses ordres : promettez-moi de l'épouser... Engrossez-là...
L'observateur ferma les yeux, se remémorant ces instants d'intimité qu'il avait vécu avec elle : Willow... les courbes de ses hanches, de ses épaules, sa peau laiteuse, ses tâches de rousseur, la douceur de son corps, son parfum...
Faire l'amour avec Willow...
Giles aurait voulu que... Il soupira : il ne savait pas ce qu'il voulait. Il voulait que Willow reste là, à Westbury, avec lui. Il ne voulait pas briser cette harmonie parfaite qu'ils avaient si naturellement créée. Willow était intellectuellement son âme soeur. Elle était si douce, si belle, si délicieuse...
Comment aurait-il pu se douter qu'elle avait renoncé aux femmes pour lui ? Il ne parvenait pas à croire que la tendre et charnelle Willow l'aimât, lui, Rupert Giles...
Il ne comprenait plus rien. Tout devenait si confus, si compliqué !
Sa vie lui échappait, il perdait le contrôle !
Faire l'amour avec Willow ?
Faire l'amour avec Buffy...
Oui, Buffy, blonde et rayonnante, avec son port de Reine et son air vainqueur. Buffy et son tempérament de feu, sa fougue, sa passion... et tous ces hommes qu'elle dévorait inlassablement.
Giles sentit son corps réagir.
Pour l'instant, c'était Buffy qui ravageait son crâne, qui le consumait entièrement, de la tête aux pieds. Sa jeune Tueuse lui excitait les sens.
Par ce baiser, elle l'avait envoûté, fait de lui sa chose, son esclave consentent. Buffy aurait pu faire de Giles ce qu'elle voulait.
Il fallait agir, faire un choix.
Alors, il trancha.
Giles se décida enfin à appeler sa Tueuse, sur le portable. Il tomba sur sa messagerie :
- Buffy. C'est Giles... Je prends ton invitation à la lettre. Je serais là vendredi soir. J'ai pris le week-end. Mon vol atterrit à 17 h 15. Compagnie Alitalia". Il raccrocha sans rien oser ajouter. Surtout pas un mot de ses sentiments.
Dans deux jours, il serait avec elle. Dans deux jours, il se livrerait à elle, corps et âme, sans orgueil, sans fierté, pieds et poings liés.
Comme Willow venait de se livrer à lui.
Avant même d'arriver à Rome, Giles fut saisi d'un doute : Buffy ne l'avait pas rappelé.
Ses craintes se renforcèrent en atterrissant : elle n'était pas à l'aéroport pour l'accueillir.
Lorsqu'il sonna à sa porte, il ne fut pas tellement surpris de trouver Andrew avec son air ahuri :
- Giles ? Rupert Giles ? Mon maître dans l'Observation ? Qu'est-ce que vous faîtes ici ? Un problème urgent ?" Andrew parlait à toute vitesse, ne laissant pas Giles en placer une.
Puis, devant son air grave, le jeune homme plaqua ses mains sur ses deux joues, l'air effondré :
- Qui est mort ?"
Giles fronça les sourcils, abasourdi :
- Mort ? Mais personne n'est mort !" répondit-il agacé. "Où est Buffy ?
- Buffy ?" C'était au tour d'Andrew d'être étonné : "Elle est partie pour le week-end, avec son ami... Vous savez ? L'immortel... Ils s'étaient séparés mais il semblerait que, brusquement, mercredi dernier, ils se soient réconciliés" expliqua Andrew, visiblement surpris par ce renversement subit de situation.
Giles courba les épaules :
- Mercredi ? Tu veux dire avant-hier ?" C'était le jour où il lui avait téléphoné.
Andrew hocha la tête :
- Oui, oui... Avant-hier, c'est ça. Elle m'a demandé si je pouvais garder Dawn ce week-end. Elle est partie tout à l'heure, en trombe. Elle est rentrée plus tôt que d'habitude, comme si elle avait le diable aux fesses. Elle a fait sa valise en un éclair... " Andrew leva un oeil vers le plafond, l'air pensif : "D'ailleurs, je n'ai jamais vu une femme faire sa valise si rapidement... Enfin bref ! Elle est partie très vite. Je crois qu'il l'attendait dans la voiture... "
Puis Andrew regarda Giles avec un grand sourire :
- Vous voulez boire quelque chose ?
- Non, je... Non merci... " Giles avait l'impression que tout l'univers s'écroulait autour de lui.
Elle était partie pour le fuir.
Le fuir, lui, Rupert Giles !
Elle l'avait manipulé ! Elle avait menti ! Piteux et lâches mensonges !
Comment avait-elle pu lui faire ça ?!
Giles serra les poins de rage et ses dents se mirent à crisser dans ses mâchoires. Il fit demi-tour sans un mot, laissant Andrew perplexe sur le pas de la porte.
Giles reprit la direction de l'aéroport, comme un robot. Sa vie s'effondrait. Il venait de se ridiculiser, de se traîner lamentablement par terre.
Buffy... Le sale petit monstre !
Jamais plus il ne pourrait la revoir ou la regarder dans les yeux.
Il aurait voulu, dans l'instant, la battre, l'étrangler, l'empêcher de se moquer encore de lui.
Pourquoi lui avait-elle fait ça ? Pourquoi ? Il avait envie de hurler sa détresse, de crier son désespoir à s'en faire éclater les poumons, à s'en déchirer les cordes vocales.
Il avait envie de frapper n'importe qui, n'importe quoi...
Il avait aussi envie de boire...
Et par-dessus tout, il avait envie de se retrouver près de Willow, qui l'aimait inconditionnellement... Se laisser aller tout contre son corps... Faire en sorte qu'elle soigne ses blessures d'orgueil, ses blessures internes si profondes...
Se fondre en elle, entrer en elle comme on rentre au port...
Willow, si douce, si amoureuse...
Willow qui s'était déclarée à lui, sans pudeur, se mettant à nue et lui livrant son coeur...
Willow auprès de qui il était si bien... si bien...
Giles prit le premier vol retour disponible pour Londres. Arrivé en territoire britannique, il conduisit en trombe jusqu'à Westbury, pressé de la retrouver, pressé de tomber à ses genoux et de lui demander pardon.
Pressé de la prendre...
Les roues de la Land Rover crissèrent sur le gravier de l'allée. Il claqua la portière bruyamment, et se précipita vers la maison. La demeure était plongée dans l'obscurité et la porte était fermée à clef.
Il regarda sa montre : 1 h 45 du matin. Willow, peut-être, dormait-elle déjà ?
Une fois à l'intérieur, il jeta son sac par terre et grimpa les escaliers quatre à quatre. Il ouvrit la porte de la chambre de Willow sans frapper, prêt à se jeter sur elle et à noyer son chagrin entre ses cuisses.
Il ne trouva qu'un lit vide, tout comme l'étaient les placards de la pièce...
Sur les draps, un petit bout de papier, griffonné à la hâte :
J'espère que vous serez heureux avec elle, et qu'elle finira par aimer Westbury comme moi-même j'ai aimé ces terres.
Voici mon adresse à Los Angeles, chez mes parents, pour me faire parvenir mon courrier.
Adieu,
Willow
Giles se laissa tomber sur le lit, anéanti, ravagé de honte et de désespoir.
Partie.
Elle était partie.
Il avait tout gâché.